Le père Stoffel faisait partie d’un groupe de professeurs qui s’était donné pour mission de rehausser le menu du père Joseph par quelques morceaux de choix. Il avait pour complice un fin gourmet : j’ai nommé le père Fessel.

Le père Fessel aimait bien la volaille, ce qui est le fait d’un cœur sensible, mais il l’aimait surtout rôtie, ce qui est l’indice d’un jugement sûr et d’un goût nullement dépravé.

Or, je ne vous apprendrais rien en disant qu’un bon poulet, un canard ou une dinde grassouillette étaient choses rares sur nos tables à Saint Remy. Et pourtant la basse-cour regorgeait de ces volailles que le père Fessel lorgnait tous les jours d’un œil attendri. La tentation était trop forte. Il eût fallu, pour y résister, une vertu surhumaine qu’il ne possédait pas. Il s’en ouvrit au père Stoffel qui lui tranquillisa la conscience.

poules

Bref, le père Fessel réussit à se procurer un piège, qu’on tendait près du potager, au bas de la Carte. Au début, il ne fonctionnait pas très bien et les poules s’en tiraient en y laissant quelques poignées de plumes. D’où, grand émoi à l’Ecole d’Agriculture. On accusait la « bête des poules » et le père Fessel riait sous cape. Ce fut bien pis quand on constata d’authentiques disparitions.

Elles se renouvelaient d’ailleurs avec une inquiétante régularité. Pour utiliser leurs larcins, nos deux compères présentaient les bêtes plumées et décapitées au père Joseph en les baptisant gelinottes. Le père Stoffel prétendait avoir découvert dans le parc un passage fréquenté de ces animaux et il décrivait avec minutie les ruses d’apache qu’il déployait pour les capturer.

Ces messieurs en restaient béats d’admiration.

Le père Simon se prit même un jour de querelle avec le père Zinger qui osait soutenir que les gelinottes de M. Stoffel ne différaient pas beaucoup des poules de basse cour et à ce sujet, on le vit, carcasse en mains, démontrer les particularités anatomiques des gelinottes.

Mais les meilleures plaisanteries ont une fin. Un jour M. Stoffel fut surpris par le Directeur, alors qu’il dissimulait sous un chou une poule qu’il venait d’occire.

L’affaire fit quelque bruit et pendant quinze jours (une éternité pour lui), M. Stoffel dut jeûner le tabac à priser et arroser ses regrets, à l’heure des repas, par quelques verres d’eau fraiche.

SOUVENIRS DE ST REMY HTE SAONE, (E. BERGERET) N°05,1906, pp 11-12, 31/01/201

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