Le père Gogniat était un homme d’une quarantaine d’années, ni grand, ni gros, mais solide, bien en chair, brun, au regard un peu dur, à l’allure décidée, aux lèvres fines et pincées. Qu’avait-il été dans le monde ? Industriel ou commerçant, je pense, car il en avait le tempérament.

Il était chef de la division des petits en même temps que surveillant de leur étude. Son aspect rude, ses manières brusques ne lui attiraient pas beaucoup, au début, les sympathies de ses élèves. A dire vrai, il ne  s’en moquait pas mal et n’avait aucun souci de la popularité.

chahut2Au moment où il entra à Saint-Remy, la division qui lui était confiée était dans un désordre inexprimable ; elle avait eu à sa tête, pendant quelques années, un homme qui était absolument son antithèse, j’ai nommé le brave père Volant.

Le père Volant était un bon vieillard pacifique, ennemi des histoires, paternel à l’excès et qui, de faiblesses en faiblesses, en était arrivé à perdre toute autorité sur ses élèves.

A l’étude, il lui arrivait fréquemment de s’endormir d’un sommeil profond qui était le signal d’une rigolade générale. Boulettes et flèches de papier partaient de tous les coins sur les élèves studieux qui auraient voulu travailler quand même et qui bon gré mal gré étaient obligés de prendre part à l’allégresse générale, sous peine d’un bombardement plus dangereux.

C’est alors, suivant les saisons, qu’on lâchait des nuées de papillons, de hannetons ou de sauterelles dans l’étude et quand le père Volant, réveillé par le tintamarre, daignait revenir à lui, le travail reprenait sans enthousiasme jusqu’à la somnolence suivante dont on guettait le prochain retour.

Les petites frondes de poche fabriquées avec les élastiques de bottines ou de bretelles étaient alors très en vogue. Elles servaient à lancer du papier fortement roulé qui avait la dureté du bois. On ne respectait rien à cet âge ! Et plus d’une fois le crane luisant du père Volant endormi était le point de mire choisit.

En récréation, son grand âge l’empêchait de suivre nos jeux de façon effective et d’exercer une surveillance active. C’était un relâchement complet sur toute la ligne. Autant dire qu’il n’y avait plus de discipline.

Une réforme radicale s’imposait ; il fallait pour l’accomplir un homme décidé, énergique, qui n’eût pas peur des fortes têtes. On choisit le père Gogniat.

SOUVENIRS DE ST REMY HTE SAONE, (E.BERGERET) n°28, 1913, pp. 3-4

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