« Tout passe … »
« Tout passe … » Entre les 6 et 13 de ce mois d’août 2026, dix-huit religieux marianistes se retrouvent au Greisinghof, maison marianiste à proximité de Linz, dans ce qui fut le noviciat marianiste d’Autriche – et donc noviciat du père Gapp – pour vivre leur retraite annuelle en forme d’itinéraire spirituel à la suite de notre bienheureux frère parmi les saints du ciel, Jacob Gapp. Les provenances des frères attestent du caractère européen, voire international, de la retraite : six marianistes de la province d’Espagne, deux de la région de France – Jean-Marie Leclerc et moi-même, Nicolas –, deux du séminaire de Rome – Hervé, vice-recteur, et Nicolas, séminariste du Togo –, deux de Suisse – les pères Leo et Anselme (Togolais aux études à Fribourg) –, deux du Togo, parce qu’en mission en Autriche – Ferdinand et père Robert –, et bien sûr la représentation de l’Administration générale avec notre cher père André-Joseph, Jose Ignacio, secrétaire général et Antonio Gascon, archiviste sortant.
« Tout passe … » Les journées s’égrainent rapidement et pieusement à Greisinghof, mais elles imposent aux retraitants la soumission aux horaires autrichiens : laudes à 7 h.30 suivies du petit-déjeuner à 8 heures, messe à 11 heures et déjeuner à 12 heures, vêpres à 17 h.30 avec dîner à 18 heures ; en revanche, les soirées offrent une plage horaire très généreuse. Toutefois, mardi 11 août, ce rythme quotidien est interrompu avec une journée d’excursion, ou plutôt un pèlerinage, dans le Tyrol, à trois heures et demie de car de Greisinghof, pour découvrir Watten, village natal de Jacob Gapp. Au cœur de la vallée de l’Inn, nous visitons et prions dans l’église où le futur bienheureux fut baptisé, confirmé, reçu la première communion, célébra sa première messe… et dénonça publiquement en chaire le national-socialisme. Dans l’après-midi, nous célébrons l’Eucharistie dans la chapelle de Notre-Dame-des-Neiges, sur les hauteurs de Watten, à proximité des alpages, dans laquelle le père Gapp célébra une autre messe de Prémices, puis trouva brièvement refuge en décembre 1938 après s’être élevé contre le régime hitlérien ; pour notre célébration eucharistique, le calice du père Gapp est mis à disposition des célébrants. Par ailleurs, le matin du jeudi 13 août, mémoire liturgique de notre bienheureux frère au jour anniversaire de son offrande dans le sang, une visite du camp de concentration de Mauthausen, à une vingtaine de kilomètres de Greisinghof, offre un temps de recueillement très particulier : un pèlerinage – encore un – dans ce lieu terrifiant du souvenir de la barbarie et de la cruauté nazies et de mémoire de leurs victimes.
« Tout passe … » Et la retraite prend fin. Jeudi 13 août, en début de soirée – 19 heures, c’est déjà tard pour les Autrichiens ! –, nous, retraitants, nous retrouvons avec les frères de la région d’Autriche et des membres des CLM locales pour célébrer la liturgie en l’honneur du père Gapp et pour clôturer la retraite. Devant le mémorial du père Gapp, à l’extérieur de la maison, la lettre de Jabob à sa famille est lue, puis nous marchons en procession vers la chapelle du centre spirituel pour la célébration eucharistique. Au cours de cette messe, nous renouvelons nos vœux perpétuels après les supérieurs d’unité en embrassant, comme à l’accoutumée, le lectionnaire et en vénérant l’anneau de profession perpétuelle du père Gapp conservé dans un reliquaire. Après l’action liturgique, la fête s’achève dans la salle à manger de la maison de Greisinghof avec la dégustation d’un Goulash.
« Tout passe … » Les enseignements sont magistralement assurés par notre cher frère le père Emilio Cardenas, de la Communauté internationale de la Madeleine, à partir de la vie et de la correspondance du bienheureux Jacob Gapp. Humblement, Emilio tient à souligner que ce travail édifiant autour de la vie du père Gapp est surtout l’aboutissement des recherches du père Josef Levit, marianiste, postulateur de la cause du bienheureux. Mais à travers ces quelques lignes, reconnaissons et saluons le labeur d’Emilio dans la poursuite de la recherche et dans la diffusion de la vie de Jacob Gapp. Aussi, est-il agréable de partager, ici, deux idées fortes, parmi tant d’autres, qui nous sont données à méditer par Emilio :
« Tout passe … » surtout la gloire reçue des hommes ! Le sinistre juge Freisler, président du Tribunal du Peuple (Volksgerichtshof), homme lige et serviteur zélé du IIIe Reich usa, et abusa, de son pouvoir pour condamner le père Gapp et tant d’autres opposants au régime hitlérien. Le Seigneur « renverse les puissants de leurs trônes » : Roland Freisler trouva fortuitement la mort lors d’un bombardement aérien allié ; plus encore, il est frappé aujourd’hui par l’opprobre. Jacob Gapp, religieux et prêtre marianiste traversé par de graves crises existentielles, est piégé, arrêté, condamné à mort et au déshonneur. Le Seigneur « élève les humbles » : aujourd’hui le père Gapp est un exemple pour ceux qui veulent lutter contre l’oppression, l’injustice et l’iniquité ; mieux encore, reconnu comme un témoin de la foi absolue, de l’espérance indéfectible, et de l’amour inconditionnel pour le Christ Jésus et de son Église, Jacob Gapp est élevé à la gloire des autels.
« Tout passe … » Emilio Cardenas aime rappeler que les « serviteurs de Dieu » déclarés « bienheureux » puis « saints » par l’Église, se sanctifient rarement seuls : les « béatifiés » et « canonisés » de l’Église ont souvent été accompagnés par d’autres saints restés humblement discrets et cachés à l’histoire de ce monde … qui passe. De fait, le père Gapp fut patiemment et fraternellement guidé dans les obscurités de son existence par le père François-Joseph Jung, Provincial d’Autriche, Assistant général et Vicaire général de la Société de Marie, qu’il affectionnait tant. C’est lui, le père Jung, qui écrivit à Jacob Gapp, à l’occasion de sa profession perpétuelle, cette belle maxime reprise bien des fois par le futur bienheureux dans sa correspondance, et surtout dans ses deux dernières lettres écrites avant son exécution : « Tout passe, sauf le ciel » (autre variante de la traduction « Tout passe, seul le ciel demeure »).








