Nous revenons sur nos pas et après avoir heurté violemment à sa porte un jeune professeur à lunettes, l’air doux et timide nous introduit dans la salle de dessin. C’est le père Simon, qui est devenu le remarquable paysagiste que l’on sait. Il nous promène dans sa grande salle, sans mot dire, un peu gêné par cette inspection inattendue. Ce n’était pas encore le musée de peinture qu’en fit plus tard le père Renard.

Aux murs quelques crayons de Julien, des ornements en plâtre, deux ou trois bustes d’après l’antique : Homère, Caton, Venus. Par contre, nous admirons une collection remarquable de minuscules travaux de menuiserie pour servir à l’enseignement du dessin linéaire. Il y a là des portes, des fenêtres, des meubles, des vases, des roues et jusqu’à un cabestan. Les tables des élèves sont basses et sales, pailletées d’encre de chine, tailladées à coups de canifs, recouvertes d’inscriptions et de guignols. Et par dessus tout plane une bonne odeur fade, de poussière, de siccatif et de fusain !

N’empêche que mon impression fut bonne ; la salle de dessin fut toujours ma salle de prédilection. Et je saurai gré toute ma vie à M. Simon et au père Renard de m’avoir inculqué l’amour d’un art qui réserve à ses fervents des plaisirs sans mélange.

Delà on accède directement à la salle des costumes. C’est un émerveillement pour nous. Nous sommes en pleine poésie ! (les enfants ne sont pas difficiles).

Tout un panneau de mur est garni de chapeaux les plus divers et des casques les plus invraisemblables. Dans les coins, des armures en fer battu, des lances, des haches d’armes, des hallebardes, des épées, tout l’attirail du guerrier moyen âgeux. Et puis des perruques de toutes les couleurs, des monceaux d’habits aux teintes éclatantes, costumes de princes, de pages et de roturiers, une collection de savates et de godillots à rendre jaloux un fripier et au plafond, des ailes d’ange en zinc que revêtaient les petits déguisés en chérubins sur le reposoir de la Fête-Dieu.

Tout cela d’ailleurs est tamisé par une vénérable couche de poussière et des toiles d’araignées que tout le monde respecte.
Plus tard cette salle, devenue trop étroite, était transférée derrière le théâtre, non loin de la chambre du grand costumier, le père Hergott. Je devais y goûter des joies inoubliables les soirs de représentation, quand l’ami Bidaux l’emplissait de sa verve endiablée et de ses spirituelles bouffonneries.
Mais ce jour là je n’en avais vu que le côté mystérieux. Elle avait frappé mon imagination d’enfant et m’avait imposé une sorte de respect mêlé de curiosité.

SOUVENIRS DE ST REMY HTE SAONE, (E.BERGERET) n°10, 1908, pp. 9-10

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