Journal intime et notes

En lisant les pages qui nous sont restées du JOURNAL INTIME et des NOTES du P. Joseph Simler, quatrième Supérieur général de la Société de Marie, j’ai constaté, d’une part, un foisonnement de dévotions qui me sont apparues comme la « scala paradisiaca » de son ascension spirituelle vers Dieu ; d’autre part, le repliement de la conscience vers le terre-à-terre de la condition humaine.
Progressivement, la lecture de ce document m’amena à déceler chez son auteur une double tendance : à la fois un épanouissement religieux et une sorte de refoulement psychique. Les biographes du P. Simler, le
« second Fondateur de la Société de Marie », m’avaient peut-être préparé à une lecture hagiographique de ce texte : je suis resté, en effet, quelque temps dupe de ce cadre de fond.
Mais, peu à peu, l’auteur lui-même m’a appris que dans cette double expérience résidait «toute la science ascétique» ; qu’en lui habitait la contradiction paulinienne qui porte à désirer le bien et à suivre le moins bien ou peut-être le mal ; que sa prière avait normalement Dieu, Marie, les anges, les saints comme interlocuteurs mais que lui choisissait (1er avril 1882) le Bon Larron comme patron et intercesseur ; qu’il confessait à Dieu ses incapacités humaines mais lui présentait aussi, peu après, des projets ambitieux pour l’extension du Règne.

J’ai relu les pages du P. Simler avec une seconde arrière-pensée. Je croyais y trouver l’évidence de ce que la postérité a attribué au « second Fondateur de la Société de Marie »: la réhabilitation du P. Chaminade, le travail des Constitutions, le rayonnement de la Société à travers les continents, l’élaboration de la doctrine sur laquelle repose l’esprit de la fondation. Oui, tout cela existe. Mais tellement discret, tellement “au jour le jour” qu’il faut penser au grain de sénevé enterré plutôt qu’à l’arbre sur lequel les oiseaux font leur nid.

Le JOURNAL INTIME et les NOTES du P. Simler sont décidément l’histoire de son âme et non l’histoire de la Société qu’il gouverna pendant trente ans. Et pourtant, les deux réalités se rejoignent bien des fois et peuvent être résumées par cette citation : « Nous sommes comme un monument vivant qui dit que le salut est venu, vient et viendra toujours par Marie » (24 mai 1878).
Dans ces pages, le Bon Père apparaît admirable d’humilité, de foi, de simplicité, de piété filiale, d’abandon à la Providence, de dévotion à la Très Sainte Vierge, à saint Joseph, aux saints anges, aux saints patrons. Quelques passages de l’un de ses plus beaux ouvrages, le Guide de l’oraison, peuvent servir d’introduction à ces pages : « Il est avantageux d’écrire sur un carnet, immédiatement après l’oraison, les pensées, les sentiments et les résolutions qui ont fait impression. En les mettant par écrit, on arrive à mieux les comprendre et à mieux les retenir. Dans la suite, on relit ces notes avec grand profit et même avec grand plaisir. L’âme éprouve ce que nous ressentons quand nous retrouvons d’anciennes connaissances ». Et dans son JOURNAL INTIME il notait : « Ces jours de décembre (1881), je relis les notes de l’année dernière et je fais revivre les sentiments que j’ai éprouvés ».

Deux autres passages du Guide de l’oraison résument bien les sentiments qui éclatent à chaque page de ces NOTES : « C’est un signe excellent si vous sortez de l’oraison avec la conviction qu’il faut commencer par la réforme de vous-même et qu’aucune réforme n’est plus nécessaire ni plus pressante. Après chaque oraison, chaque jour – dit l’auteur de l’Imitation – nous devons renouveler notre bon propos, nous exciter à la ferveur comme si notre conversion datait de ce moment et dire “Affermissez-moi, ô mon Dieu, dans le bon propos et dans votre saint service ; aidez- moi à commencer parfaitement aujourd’hui, à cette heure, car ce que j’ai fait jusqu’à présent n’est rien” (Imitation 1, 19). Celui qui ne s’attache pas d’abord et constamment à sa propre rénovation est dans l’illusion ».

Les pages qui suivent sont reproduites d’après le JOURNAL INTIME du Bon Père Simler et diverses feuilles détachées trouvées dans ses papiers.
Le JOURNAL INTIME ne nous est pas parvenu intact : dans une de ses dernières maladies, le Bon Père avait commencé à le relire et à le détruire au fur et à mesure qu’il avançait dans la lecture. Son secrétaire, M. l’abbé Klobb, parvint heureusement à lui soustraire le manuscrit et à récupérer la plupart des pages déchirées.

AMBROGIO ALBANO SM

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