La joie de Marie dans le Magnificat (Lc 1,47-55)

Introduction

Tout au long de cette année, la revue VFM a traité de la joie en abordant ce sujet de maintes façons. Je commencerai cependant cette réflexion sur la joie de Marie dans la Magnificat en nous posant la question : Qu’est-ce que la joie ? quand éprouvons-nous de la joie ? qu’est-ce qui la suscite ?

N’est-ce pas un sentiment de bonheur, une émotion profonde, agréable, ressentie lorsque nous nous trouvons devant une situation où nous constatons qu’il se vit quelque chose de vrai, de bon, de beau ?

Quant à la joie chrétienne, fruit de l’Esprit Saint, n’est-elle pas celle que nous goûtons lorsque nous sommes touchés par la grâce ?   Je pense à la joie émerveillée de Mireille, une jeune femme adulte, baptisée la nuit de Pâques en la cathédrale d’Agen, il y a quelques années. La joie rayonnait sur son visage et son petit garçon la regardait avec bonheur tandis qu’éclatait l’alleluia !

La joie est très présente tout au long de la Bible. Chaque fois que Dieu se révèle comme créateur et sauveur, cela provoque en l’homme une joie débordante. Ainsi après avoir chanté l’œuvre de la création, le psalmiste s’écrie :« Que mon poème lui soit agréable ; moi, je me réjouis dans le Seigneur. » Ps 103,34. et conscient du salut apporté par Dieu, il invite l’assemblée en ces termes :  «  Venez, crions de joie pour le Seigneur, acclamons notre Rocher, notre salut ».

La grandeur de Dieu dans sa création, la fidélité du Dieu qui sauve, qui tient promesse tout cela est source d’allégresse pour le croyant. Et Jésus nous présente son Père comme celui qui invite à entrer dans la joie du Royaume. : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. » Mt 25,21 La joie fait partie de l’environnement de Dieu.

Ainsi, à celui qui veut prêter un peu attention, il apparaîtra que la joie se trouve partout dans l’ancienne comme dans la nouvelle alliance. Venons-en à Marie au jour où elle rend visite à sa cousine Elisabeth (c’est l’Evangile d’aujourd’hui car, depuis son Assomption, Marie est toujours en visite)

D’où vient la joie de Marie ?

Il y a quelques jours elle a été saluée d’une façon qui ne l’a pas laissée indifférente. « Je te salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ». Etonnée, bouleversée, elle s’est demandée ce que pouvait signifier cette salutation. Elle a perçu qu’il y avait là quelque chose de merveilleux, d’extraordinaire. Si elle est pleine de grâce c’est parce que le Seigneur est avec elle.

Elle avance sur la route qui la conduit de Galilée en Judée et elle repense avec bonheur à cette merveilleuse salutation. Marie connaît les Ecritures : elle sait que, lorsque Dieu s’adresse à quelqu’un par ces mots c’est qu’Il appelle cette personne à une mission pour son peuple. Ainsi Dieu avait dit à Moïse : « Je suis avec toi. Et voici à quel signe on reconnaîtra que c’est moi qui t’ai envoyé : quand tu auras fait sortir d’Égypte mon peuple, vous rendrez un culte à Dieu sur cette montagne. Ex. 3,12 Et puis à Josué: « Aujourd’hui, je vais commencer à te rendre grand devant tout Israël, pour qu’il sache que je suis avec toi comme j’ai été avec Moïse ». Jos. 3,7

Et puis encore à Gédéon, Jg. 6,12 ; au roi David: « Tout ce que tu as l’intention de faire, fais-le, car le Seigneur est avec toi. » 2 Sam. 7,3 ; aux prophètes Jérémie, Jer. 1,8 ; Isaïe Is. 41,10

Marie aussi a entendu l’ange lui dire : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils (…) L’Esprit Saint viendra sur toi, (…)c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. » Et elle s’interroge sur ce que Dieu attend d’elle. Elle arrive à Aïn Karem, remplie de la salutation qu’elle a reçue.

Tout au long de la route, elle a laissé descendre les paroles que l’ange lui a dites, ces paroles qui l’emplissent d’allégresse et de gratitude tout en la rendant de plus en plus consciente de sa petitesse. Et elle sent tout son être envahi par la présence d’une vie nouvelle qui s’implante non seulement en son corps de femme mais aussi dans son esprit et dans son cœur.

La Vie qu’elle porte en elle la remplit de bonheur. Comme toute jeune femme qui découvre qu’elle porte un enfant, elle rayonne d’une joie indicible. Dieu l’associe à son œuvre. Bien plus, elle porte en elle le Fils du Très-Haut, son Dieu, celui qu’Israël attend.

Elle est encore habitée par la joie de savoir que sa cousine, âgée, connaît aussi ce bonheur de porter la Vie. Femme attentive aux autres, Marie se réjouit de ce que l’ange lui a révélé de la naissance prochaine de celui qui préparera le chemin de son Fils. Elle partage la joie et peut-être aussi l’angoisse de sa vieille cousine. Elle est partie en hâte, nous précise Luc pour se mettre au service. Elle traduit en actes la réponse qu’elle a donnée à l’ange : « voici la servante du Seigneur » et elle commence par aller se mettre au service de sa cousine, sans plus attendre car la joie a des ailes.

A peine arrivée chez Zacharie, Elisabeth va la confirmer dans sa réponse à l’appel de Dieu. Elle a eu pleinement raison de s’en remettre totalement à son Dieu. « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. » « Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Lc1,45 Elisabeth bénit Marie et l’enfant qu’elle porte puis prononce sur elle la première béatitude celle de la foi. Elisabeth comme Marie, femmes formées par les Ecritures ont souvent prié avec le psalmiste : « Heureux qui craint le Seigneur et marche en ses voies »

Elles sont heureuses toutes les deux, heureuses de la joie qui leur est donnée par la présence de Dieu. Oui, heureuse es-tu Marie d’avoir CRU. Et tu nous ouvres, tu nous montres le chemin. Le oui plénier que tu as donné en réponse à l’annonce de l’ange nous englobe tous et toutes. C’est au nom de toute l’humanité que toi, une femme de chez nous, tu adhères au dessein de salut de Dieu. Et comme l’écrit St Irénée cité par la Constitution sur l’Eglise de Vatican II L.G. n°56 :

« Le nœud dû à la désobéissance d’Eve, s’est dénoué par l’obéissance de Marie ; ce que la vierge Eve avait noué par son incrédulité, la Vierge Marie l’a dénoué par sa foi. » Conduis-nous sur les chemins de la foi, de l’abandon à Dieu et nous trouverons la joie, cette joie que toi-même as communiquée à Elisabeth et à Jean Baptiste : « Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi. » Heureuse Elisabeth qui a su reconnaître la présence du Seigneur dans sa jeune cousine !

Ecoutons Jean Paul II : « A la Visitation, lorsque la salutation d’Elisabeth rend témoignage à ce moment primordial, (de l’Annonciation) la foi de Marie devient encore plus consciente et trouve une nouvelle expression. Ce qui, lors de l’Annonciation, restait caché dans les profondeurs de l’«obéissance de la foi», se libère maintenant, dirait-on, comme une flamme claire, vivifiante, de l’esprit. Les expressions utilisées par Marie au seuil de la maison d’Elisabeth constituent une profession de foi inspirée, dans laquelle la réponse à la parole de la Révélation s’exprime par l’élévation spirituelle et poétique de tout son être vers Dieu. Dans ces expressions sublimes, qui sont à la fois très simples et pleinement inspirées par les textes sacrés du peuple d’Israël, transparaît l’expérience personnelle de Marie, l’extase de son cœur. » R.M. n° 36

Marie laisse éclater sa joie

Et Marie, femme heureuse, femme libre, qui se sait aimée de Dieu et qui l’aime par-dessus tout laisse éclater sa joie. Elle s’émerveille et chante combien son Dieu est merveilleux.

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais, tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !

Toute cette première partie du Magnificat est très personnelle. Marie contemple ce que le Seigneur a fait pour elle. La joie qui l’inonde de se savoir choisie entre toutes les femmes pour donner aux hommes Celui qu’ils attendent, le Fils de Dieu, s’élève en chant de louange et d’action de grâce.

Marie se perçoit en Dieu, plongée dans son amour, l’amour de Celui qui l’a créée, Celui qui l’a sauvée. Si elle est comblée de grâce c’est parce que celui qu’elle porte en Elle, par avance l’a rachetée, l’a libérée. C’est Lui, Dieu son Sauveur. Personnellement, elle est objet de l’amour unique de son Dieu, un Dieu qui la connaît, l’aime et la sauve. Elle chante la raison profonde de sa joie : Dieu est son Sauveur.

Dieu a posé son regard sur Elle. Il a regardé l’humilité de sa servante. C’est Dieu qui a eu l’initiative. Comment Marie aurait-elle pu imaginer pareil regard, pareille mission ? Marie au contraire se présente devant Dieu dans toute son humilité si bien que pour venir à elle Dieu s’est penché comme un père se penche, s’abaisse pour se mettre à la hauteur de son petit enfant.

Nous entrons là dans le mystère de l’incarnation du Fils, ce chemin de descente, en provenance du Père, chemin qui ira jusqu’à la Croix pour remonter vers le Père. Et pour ce chemin d’incarnation, Dieu l’a regardée, elle, la petite jeune fille de Nazareth. Dieu l’a enveloppée d’un regard plein de tendresse, d’amour et cela gratuitement. Elle n’a rien à donner. Elle a seulement ouvert son cœur et son corps à l’irruption de l’Amour, Amour de Celui qui est tout Amour et Il a pris chair en Elle.

Elle perçoit sa vie en elle. Cela la rend plus humble encore si c’est possible. Devant le mystère elle se sait si petite. Mais Dieu en a décidé ainsi et Elle chante ce qu’Il a fait en elle, pour elle et par elle. Et elle proclame que, désormais, s’émerveillant de ce que Dieu a fait, toutes les générations la proclameront bienheureuse. Marie ne s’attribue rien, Elle reçoit tout de Dieu et fait tout remonter vers Lui en louange et en chant de joie. Oui, bienheureuse es-tu, Marie, d’avoir porté en toi, le Fils de Dieu, l’enfant du salut, notre Sauveur, oui, bienheureuse es-tu d’avoir cru et d’avoir apporté un consentement libre et joyeux au projet de Dieu.

Et la joie de Marie déborde car vraiment le Seigneur a fait pour elle de grandes choses : Saint est son Nom ! Oui, il est le Saint, le tout Autre mais aussi celui qui se fait tout petit pour rejoindre, par elle, grâce à son oui, toute l’humanité et lui faire don du salut.

La joie de Marie c’est de découvrir à l’œuvre la miséricorde de Dieu pour ceux qui le craignent

Mais Marie n’en reste pas là, son chant s’élargit, elle voit plus loin que son horizon personnel. Elle est fille de son peuple et elle contemple le plan de salut de Dieu à l’égard d’Israël, un Israël appelé à embrasser toute l’humanité. Marie, issue d’une petite ville de Galilée, aux marges d’Israël, aurait pu avoir un horizon très limité, mais l’on voit que sa fréquentation assidue des Ecritures, sa place parmi les « anawim », les petits, les pauvres, les préférés de Dieu lui donnent une vue très large de l’Histoire du salut. Nourrie de la Parole, elle est capable de saisir l’amour de Dieu à l’œuvre dans le monde.

Revenons à son chant de joie :

Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent ;
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël, son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais.

Appartenant au petit reste fidèle d’Israël, Marie se nourrit des psaumes (il n’y a pas moins de 18 citations des psaumes dans son cantique). Tout en étant consciente de l’amour que Dieu a pour elle, elle se sait, en effet, bénéficiaire d’un amour de prédilection et dans le même temps, elle est profondément convaincue que Dieu enveloppe tous ceux qui le craignent d’un amour semblable.

Cette crainte dont parle Marie, ce n’est pas la peur c’est, au contraire, ce qui fait que l’on reconnaît que Dieu est Dieu et que nous sommes des créatures qui avons tout reçu de Lui.. La crainte de Dieu, c’est ce qui nous conduit à faire ce que Dieu aime pour ne pas perdre l’amour dont il nous entoure. C’est la crainte de blesser quelqu’un qu’on aime, de ne pas savoir répondre à l’amour dont on est l’objet… Et Marie de magnifier le Seigneur pour cet amour qu’il montre à tous ceux qui cherchent à vivre dans sa lumière et de proclamer que cet amour est de toujours à toujours. Comment s’exprime-t-il ?

C’est là qu’inspirée par l’Esprit qui l’a prise sous son ombre, Marie va prophétiser dévoilant comment le plan de salut de Dieu est à l’œuvre. Ce projet de salut est souvent caché sous l’apparence des événements humains qui voient triompher les orgueilleux, les puissants et les riches. Et Marie d’exalter l’action de Dieu qui se révèle à ceux qui sont fidèles à sa parole : les humbles, les affamés.

Elle va utiliser 7 verbes : il déploie, disperse, renverse, élève, comble, renvoie, relève. 7 verbes d’action à l’aoriste, en grec, ce qui donne au verbe un sens très particulier : cette action est passée, elle s’actualise aujourd’hui et elle durera toujours. Dieu est fidèle à sa promesse, et le plan de salut annoncé, il continue de l’accomplir et cela jusqu’à la fin des temps. Jésus quittant ses disciples leur dira : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Mt 28,20

« il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères,
en faveur d’Abraham et de sa race, à jamais. »

Ainsi comme l’écrivait Jean Paul II dans Redemptoris Mater :

« Le Dieu de l’Alliance, chanté par la Vierge de Nazareth dans l’exultation de son esprit, est en même temps celui qui « renverse les puissants de leurs trônes et élève les humbles, comble de biens les affamés, et renvoie les riches les mains vides…disperse les superbes et étend son amour sur ceux qui le craignent ». Marie est profondément marquée par l’esprit des « pauvres de Yahvé » qui, selon la prière des psaumes, attendaient de Dieu leur salut et mettaient en lui toute leur confiance (cf. Ps 25 ; 31 ; 35 ; 55). Elle proclame en réalité l’avènement du mystère du salut, la venue du « Messie des pauvres » (cf. Is. 114 ;61,1) R.M. 37

Que nous enseigne Marie à travers son Magnificat ?

Marie est notre Mère et à ce titre, comme toute Mère, elle instruit, éduque et cela essentiellement par sa façon de vivre. Nous le savons par expérience, nous sommes beaucoup plus influencés par l’exemple que par les discours. Et ce que va nous révéler Marie à travers son Magnificat, ce sont ses attitudes profondes, ces attitudes dont elle a vécu tout au long de sa vie.

En exaltant son Seigneur, elle nous apprend à reconnaître en Dieu celui dont nous avons tout reçu, à commencer par le don de la Vie. C’est lui qui nous a voulus et créés à son image et ressemblance. Marie nous apprend à chanter la joie de la Vie. Elle nous apprend à en rendre grâce en en prenant soin : prendre soin de notre vie, prendre soin de la vie des autres, dès qu’elle commence et jusqu’à sa fin. Marie nous apprend à nous émerveiller de ce don de la vie et à exalter Dieu d’avoir fait de nous des vivants. « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant » disait St. Irénée

Marie nous invite à louer le Seigneur qui nous sauve, à chanter, avec Elle, la joie d’être sauvés. Joie du baptême que nos Fondateurs, autant le Père Chaminade qu’Adèle aimaient à célébrer, joie de la vie sacramentelle : l’Eucharistie nous introduit toujours plus avant dans le mystère par excellence de notre salut, le mystère pascal, la réconciliation qui vient renouveler et raffermir la vie reçue au baptême. Oui, Dieu est celui qui nous libère, nous arrache au mal, au péché et fait de nous des vivants, joyeux de participer au courant d’amour qui circule au sein de notre Dieu Trinité dont la seule toute-puissance est l’amour.

Marie nous enseigne enfin à reconnaître et à vivre ce que nous sommes dans la joie : des créatures dont la grandeur vient de ce que Dieu fait des merveilles pour nous, pour chacun/e. Dieu nous a donné la vie. Le Père nous aime d’un amour tel qu’il a donné son Fils pour nous et qu’à son tour le Fils a livré sa vie. « Il n’est pas de plus grand amour que de livrer sa vie pour ses amis. » Et qui plus est, Dieu veut nous associer à son plan d’amour comme Il a associé Marie, lui demandant d’être la Mère de son Fils. Lorsqu’un jeune en quête d’un emploi trouve un employeur, c’est la joie et il invite au champagne ! Par tout ce que nous faisons nous pouvons, vivons, nous pouvons collaborer à l’accomplissement de l’œuvre de Dieu.

Et comme pour ouvrir un espace de méditation je citerai saint Ambroise :

« Qu’en chacun ce soit l’âme de Marie qui exalte le Seigneur, qu’en chacun ce soit l’esprit de Marie qui exulte en Dieu ; si, selon la chair, la mère du Christ est unique, selon la foi, toutes les âmes engendrent le Christ; chacune, en effet, accueille en elle le Verbe de Dieu… L’âme de Marie exalte le Seigneur, et son esprit exulte en Dieu, car, consacrée en âme et en esprit au Père et au Fils, celle-ci adore avec une pieuse affection un seul Dieu, dont tout provient, et un seul Seigneur, en vertu duquel existent toutes les choses. »

Devant tout ce que Dieu fait pour Elle, Marie s’exclame : « Saint est son nom ! » A notre tour, avec Marie, de nous émerveiller de ce que Dieu est à la fois le tout Autre et en même temps si intime à nous-mêmes. Il nous est arrivé devant lever de soleil derrière les montagnes, un coucher de soleil en mer de nous sentir saisis par la majesté de la création et de percevoir la grandeur du Créateur. Laissons ce sentiment de la grandeur et de la présence de Dieu nous envahir et nous percevrons la joie d’être, en Jésus, les enfants bien-aimés de Dieu, notre Père. « Dieu est Dieu, cela suffit ! » disait François d’Assise à Frère Léon et cela emplissait son cœur de joie au plus fort de l’épreuve.

Mais qui pénètre dans l’amour dont Dieu l’aime sent son cœur s’ouvrir, entend l’appel à : « Elargir l’espace de sa tente »., et découvre alors l’amour de Dieu à l’œuvre de toujours à toujours. Marie nous invite à mettre toute notre confiance en Dieu, à croire à son amour car Il est fidèle. Elle nous engage à voir comment s’exerce la miséricorde de Dieu dans les événements petits et grands. Elle nous apprend à reconnaître le passage de Dieu en tout ce qui peut arriver.

Elle nous affermit dans la conviction que Dieu est à l’œuvre là où l’on aide les pauvres à se mettre debout, à prendre leur vie en mains, là où l’on est attentif à répondre à toute soif de justice et de paix, là où l’on respecte la vie que ce soit de la nature, de la création comme a fortiori de l’être humain. Et Marie nous redit que, malgré les apparences qui nous conduisent souvent à penser que les riches, les puissants, les assoiffés de pouvoir triomphent, c’est Dieu qui, dans la faiblesse de son amour, a le dernier mot.

A travers son Cantique, nous découvrons Marie, la Femme qui écrase la tête du serpent. Au plus sombre des dernière années de sa vie, le Père Chaminade, au noviciat de Sainte Anne, aimait se rendre, accompagné d’un novice, auprès de la statue de l’Immaculée et là, s’adressant au serpent, il disait : elle t’a écrasé la tête et elle te l’écrasera toujours » faisant écho au texte de la Genèse : « Je mettrai une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » Gen.3,15

Oui, Marie est cette Femme promise aux origines et dont l’Apocalypse nous parle, nous la montrant guerroyant contre les forces du Mal jusqu’à la fin des temps. « le Dragon se mit en colère contre la Femme, et s’en alla faire la guerre contre le reste de sa descendance,ceux qui observent les commandements de Dieuet qui gardent le témoignage pour Jésus. » Apo.12,17 ainsi, n’ayons pas peur de rencontrer l’adversité mais demeurons fermes dans la foi car, comme le prophétise Marie, Dieu sauve et se souvient de sa miséricorde.

C’est bien ce qu’affirme encore l’Apocalypse : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! » Apo. 12,10 Telle doit être la source de notre joie, l’assurance que la victoire appartient à Dieu.. Comme l’a dit Jésus à ses apôtres avant sa Passion, mais cela vaut pour nous : « Amen, amen, je vous le dis : vous allez pleurer et vous lamenter, tandis que le monde se réjouira. Vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. » Jn 16,20

Marie nous introduit dans la joie, la joie de Dieu, cette joie qui est notre rempart, et elle fait de nous des personnes « heureuses de croire ».

* * * * *

Au terme de cette méditation, je voudrais retenir quelques raisons pour lesquelles nous pouvons invoquer Marie sous ce vocable de Notre Dame de toute joie

Joie de la réponse à l’appel de Dieu
Joie de porter le Christ
Joie de se mettre au service
Joie de se conforter mutuellement dans la foi
Joie de se savoir et de se reconnaître créature et créature sauvée
Joie de l’amour que Dieu nous offre sans se lasser
Joie de la fidélité de notre Dieu

Traduction du Magnificat proposée par un moine de l’Abbaye d’Orval : le Père Bernard Joseph SAMAIN, ocso

L’ÉBLOUISSEMENT DE MARIE

Mon cœur chante le Seigneur : il est magnifique !
L’intime de mon être frémit de joie en Dieu, lui, mon Sauveur.
Il a fait attention à moi, petite fille de rien du tout.
Désormais tout le monde me félicitera: Tu es bénie, Marie!
C’est vrai, il a fait de grandes choses en moi, ce Dieu capable de tout.
Son nom de Père est unique, sans égal.
Et sa grande bonté rayonne de toujours à toujours sur ceux qui vivent en sa présence dans l’amour.
Il est fort, mon Père, mon Abba !
Voyez : les orgueilleux, il les remet à leur place, les grands, il les rabaisse, et les petits, il les fait grandir.
Ceux qui ont faim, il leur donne son pain, largement, et les riches, il les renvoie vides.
Il prend grand soin d’Israël, son enfant : fidèle à la parole donnée à nos ancêtres, il se souvient de sa bonté, et cette bonté, il la répand sur Abraham,et sur nous tous les fils d’Abraham, aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps.

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