Marie, modèle pour l’Eglise d’aujourd’hui

A quelques jours de la fête du bienheureux Père Chaminade, en ce temps où, partout, nous fêtons nos Fondateurs, il est d’actualité d’approfondir le rôle de Marie et notre relation avec elle. Le Père Chaminade a très bien compris la place de Marie dans l’histoire du salut, et quand on regarde ce qu’il a écrit, on est frappé par la modernité de sa pensée. Le concile Vatican II, que nous citerons, est en pleine harmonie avec ce que disait le Père Chaminade : il était d’Eglise.

La trame de mon exposé reprendra exactement le thème qui m’a été donné. Si l’on veut parler de Marie comme modèle pour l’Eglise d’aujourd’hui, il faut dire :

  • ce qu’elle est, cette Eglise d’aujourd’hui ;
  • ensuite, il faut aller rechercher dans l’Ecriture d’abord, puis dans la Tradition de l’Eglise, qui est Marie. Oui, que savons-nous d’elle ? Il faut dépasser sans doute ce que nous en dit notre imagination, soit que nous la voyions comme une Mère toute-puissante, soit que nous préférions nous adresser à elle plutôt qu’à Dieu, car elle peut mieux nous comprendre. Il ne faut pas que notre dévotion à Marie nous fasse dire des erreurs sur Dieu.
  • Et enfin, une fois tirée au clair la mission de Marie pour le monde, nous pourrons nous demander comment elle est un modèle pour l’Eglise.

L’église d’aujourd’hui

Le Mystère de l’Eglise

L’Eglise, d’aujourd’hui et de toujours, c’est le peuple de Dieu, sauvé par la croix du Christ en qui il a mis sa foi, nourri et vivifié par l’Esprit-Saint. Ecoutons le Concile Vatican II qui l’a si bien définie (L.G. n°2) :

“ Tous ceux qu’il a choisis, le Père, avant tous les siècles, les “ a distingués et prédestinés à reproduire l’image de son Fils qui devient ainsi l’aîné d’une multitude de frères ” (Rom. 8, 29). Et tous ceux qui croient au Christ, il a voulu les appeler à former la sainte Eglise qui, annoncée en figures dès l’origine du monde, merveilleusement préparée dans l’histoire du peuple d’Israël et de l’Ancienne Alliance, établie enfin dans ces temps qui sont les derniers, s’est manifestée grâce à l’effusion de l’Esprit-Saint et au terme des siècles, se consommera dans la gloire. ”

Ce texte nous montre combien l’Eglise est d’abord un Mystère, lié au Mystère de la Trinité : Dieu, dans son amour, a voulu créer un peuple qu’il a sauvé, qui est le signe pour le monde entier que l’homme est sauvé. C’est bien de l’ordre de la foi, car cela n’a rien d’évident ni de visible. Parce qu’elle est sauvée par Dieu, l’Eglise est sainte, et en cela, nous verrons que Marie en est le modèle. Mais en même temps, elle est formée d’hommes limités, pécheurs, pécheurs pardonnés, mais pécheurs toujours.

Nous trouvons là toutes les limites de ce que nous entendons souvent par Eglise, c’est-à-dire son Magistère, à qui nous reprochons bien des défauts parfois, et les limites de ce que nous vivons, nous, chrétiens à qui l’on reproche si souvent de ne pas être parfaits. Dans cette humanité, Marie nous est toute proche, même si elle-même n’a pas commis de péché.

Une Eglise pour le monde

Cette Eglise, elle existe pour le monde, pour rayonner la figure du Christ face au monde. Là encore, le Concile nous le dit dans sa constitution sur l’Eglise dans le monde (GS n°1) :

“ Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit-Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il leur faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. ”

Cette solidarité avec le monde fait de l’Eglise une réalité très concrète, qui change au cours du temps, car le monde change. L’Eglise d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec l’Eglise du V° ou du XI° ou du XIX° siècle. Et donc sûrement son lien avec Marie n’est pas tout à fait le même à chacune de ces époques. Si Marie est de façon universelle un modèle pour l’Eglise, sans doute l’Eglise ne s’inspire pas toujours de ce modèle de la même manière.

L’Eglise d’aujourd’hui

Comment pourrait-on qualifier l’Eglise d’aujourd’hui ? Je m’inspirerai pour cela de la lettre des évêques aux catholiques de France publiée en novembre 1996, et qui analyse bien le contexte d’aujourd’hui, pour nous, en France. Les évêques évoquent la crise que traverse l’Eglise, la baisse de la pratique religieuse, la crise des vocations… L’Eglise est touchée par la montée de l’individualisme (on est croyant mais pas pratiquant par ex). Chacun se fait sa religion et l’Eglise a perdu son autorité. Mais cette crise est liée profondément aux grandes mutations vécues dans le monde ces dernières décennies :

“ La crise que traverse l’Église aujourd’hui est due, dans une large mesure, à la répercussion, dans l’Église elle-même et dans la vie de ses membres, d’un ensemble de mutations sociales et culturelles rapides, profondes et qui ont une dimension mondiale. Nous sommes en train de changer de monde et de société. Un monde s’efface et un autre est en train d’émerger, sans qu’existe aucun modèle préétabli pour sa construction (…)

Dans la société française actuelle, un phénomène nous apparaît particulièrement préoccupant : l’aggravation des fractures sociales. Nous savons bien qu’au plan mondial, l’écart ne cesse de se creuser entre les pays pauvres et les pays riches et que la mondialisation des circuits financiers et économiques a tendance à aggraver cet écart.

Mais, en France même, nous connaissons depuis bien des années le développement du chômage et de la précarité, l’apparition de couches sociales dont la misère semble devenue le destin. Dans ce contexte, on ne peut pas oublier la situation difficile faite aux immigrés présents sur le sol de notre pays, tandis que l’aggravation de la crise et des sentiments d’insécurité contribuent à la montée de sentiments xénophobes à peine dissimulés. (…)

Une autre évolution profonde affecte notre société. Sous les chocs conjugués de la généralisation de l’esprit critique, de la rencontre des cultures et des progrès de la technique, les savoir-vivre fondamentaux que véhiculaient les grandes traditions sont ébranlés. C’est la grammaire élémentaire de l’existence humaine qui vient à faire défaut : qu’il s’agisse d’accepter la différence sexuelle, de devenir père ou mère, de donner un sens à tout ce qui concerne la naissance et la mort.

Dans de multiples domaines de l’existence, et particulièrement pour les jeunes générations, il n’est plus possible de se reposer calmement sur les traditions et usages reçus, sans consentir à un effort d’appropriation personnelle.

Cette situation est éprouvante pour les personnes, obligées d’aller puiser au plus profond d’elles-mêmes les ressources nécessaires pour affronter les situations de précarité auxquelles elles sont confrontées (…) Cette crise de transmission généralisée entraîne beaucoup de fragilités personnelles et permet aussi de comprendre que notre société tout entière vit sous le signe d’une fragilité identique par rapport à ses raisons de vivre et de construire son avenir. ”

Cet extrait un peu long de la lettre des évêques nous permet de réaliser comment l’Eglise d’aujourd’hui, parce qu’elle dans le monde, est affectée profondément par l’évolution du monde, jusqu’à éprouver des difficultés dans son annonce de l’Evangile et dans sa mission de transmettre le dépôt de la foi qui nous vient des Apôtres.

La foi de l’Eglise

Dans ce contexte, l’Eglise éprouve un besoin plus urgent encore de se mettre elle-même à l’écoute de la Parole, de se laisser transformer et d’aller au cœur de la foi : c’est le centre de la lettre des évêques. Nous sommes acculés à nous centrer sur l’essentiel, à laisser tomber ce qui était trop lié à une culture aujourd’hui dépassée, à nous centrer résolument sur Jésus Christ.

Dans ce travail d’approfondissement, nul doute que Marie, qui n’a vécu que pour son Fils, se présente comme un modèle précieux pour l’Eglise.

Marie de Nazareth

Marie est une femme juive de son temps, elle connaît et médite l’Ecriture, elle accomplit la loi (on le constate lors de la Présentation au Temple et lors du pèlerinage à Jérusalem), elle vit dans l’attente du Messie.

Ce qui frappe le plus quand on regarde dans l’Evangile ce qui est dit de Marie, c’est sa discrétion : on en parle peu. C’est pourquoi ce qui en est dit a tant de poids, sans doute.

Ecoutons ce qu’Adèle de Trenquelléon en retient dans une lettre de 1805 (n°17) :

Les vertus de Marie doivent être notre objet d’imitation, et surtout entre les deux fêtes qui lui sont consacrées, l’Assomption et la Nativité, vont me fournir une ample matière.
La pureté, cette vertu plus angélique qu’humaine, la Ste Vierge l’a possédée dans le degré le plus éminent…
L’humilité aussi a été une vertu favorite de la Ste Vierge…
L’obéissance a aussi paru dans Marie d’une manière admirable…
L’amour de Dieu a surtout brillé dans cette vierge incomparable…
La patience dans les souffrances a été aussi bien parfaite dans la Ste Vierge…

La foi et l’obéissance de Marie

A l’Annonciation, on est frappé par l’écoute de Marie. On la sent disponible à ce qui est dit, elle cherche à savoir et à comprendre. Elle fait confiance à ce qui lui est dit et acquiesce. Marie manifeste ainsi une foi profonde, qui sait se mettre à l’écoute et accepte de servir. Elisabeth, sa cousine, la salue comme “ bienheureuse, (car elle est) celle qui a cru ”. La foi de Marie est sans nul doute le principal point d’insistance du Père Chaminade. Ecoutons-le :

“ Tous ces mystères d’amour n’ont pas été opérés en Marie sans son active participation. Ils ne s’opèrent en elle qu’après qu’elle a prononcé son ‘Fiat’ qui fait le bonheur du ciel et de la terre.
C’est son admirable foi qui la met dans la disposition actuelle de recevoir tous ces bienfaits du Très-Haut.
Quelle admirable foi que celle de (…) Marie ” (Manuel de Direction – EM II, 635)

A sa suite, il nous invite à vivre de la foi. C’est elle qui transforme le monde.

“ Elle croit aux mystères qui lui sont annoncés, et ces mystères, s’accomplissent en elle, et ils ne s’accomplissent que parce qu’elle a cru [ … ]
Foi, accomplissement ; quelle instruction pour nous !
Les mêmes mystères nous sont annoncés,
ils s’accompliront si nous avons la foi ;
ils s’accompliront pour ainsi dire, en proportion de notre foi. ”

(Manuel de direction – EM II –635)

J’ai dit que Marie sait se mettre à l’écoute : nous la voyons souvent “ garder toutes ces choses en son cœur ” : elle garde les événements, les médite, cherche à les comprendre bien qu’elle soit très déroutée. Marie est tout intérieure, tout ce qui se passe trouve un écho en elle, elle sait confronter ce qu’elle vit avec la Parole de Dieu, elle réagit avec sa foi.

Un autre mot dit bien l’attitude de Marie, c’est l’obéissance. En accueillant la Parole qui lui est dite, elle acquiesce au projet de Dieu transmis par l’ange, elle se met dans une attitude profonde d’obéissance à la volonté de Dieu. A travers elle, nous saisissons l’importance de cette attitude, qui nous sauve en permettant l’Incarnation. Obéir n’est pas à la mode aujourd’hui, et pourtant, nous voyons que cela construit l’humanité.

Marie, la Mère de Jésus

Cette foi, cette disponibilité, cette humilité qui lui fait accepter en toute simplicité ce qui lui est proposé, c’est ce qui permet l’Incarnation. Elle devient la Mère de Jésus. Elle le donne au monde. Nous la voyons dans l’Evangile déroutée par les agissements de son Fils. Il n’est pas naturel à une Mère de lâcher son enfant.

Et nous voyons Marie passer cette épreuve, au Temple de Jérusalem, puis quand son Fils se met à parler aux foules et à guérir (elle le cherche alors avec d’autres membres de la famille) : elle ne comprend pas, on la voit se heurter à la réalité, puis dans la méditation au fond de son cœur, elle accepte.

Enfin à la Passion : le don est réalisé : elle a accepté de perdre son Fils, elle est là, debout au pied de la croix.

Nous sommes impressionnés par une telle capacité de s’effacer et d’entrer dans la mission de son Fils, et nous ne pouvons que constater que c’est à partir de cela que le monde est sauvé. Adèle de Trenquelléon manifeste son admiration devant cette réalité :

“ Un Dieu s’est anéanti jusqu’à prendre la forme d’esclave… Et qui choisit-il pour cela ? Une vierge humble. Dans quel moment s’opère ce prodige ? Dans le moment où cette vierge incomparable fait l’acte d’humilité le plus parfait, en s’avouant la servante du Seigneur, quand lui-même l’honore de la qualité de sa mère. ”

(Lettre n’35 du 25/03/1806 à Agathe Diché)

Marie, disciple de Jésus

Marie, qui devine progressivement le mystère de son Fils, sera la première à nous inciter à le suivre. C’est ainsi que nous lisons, dans la famille marianiste, la phrase de Marie aux serviteurs de Cana : “ Tout ce qu’il vous dira, faites-le ”. Si l’on regarde bien le texte, on voit Marie, au début du récit, présente parce qu’elle a été invitée ; à la fin du récit, elle repart avec Jésus et ses disciples : Marie est là la première des disciples de son Fils.

Quand Jésus dit : “ qui est ma Mère, qui sont mes frères ? ce sont ceux qui écoutent la Parole… ” Il est clair que Marie mérite pleinement le titre de Mère, car elle est celle qui écoute la Parole précisément, et la met en pratique. Cette parole de Jésus, qui pouvait paraître une mise à distance de sa mère, constitue au contraire son éloge.

Enfin, les Actes des Apôtres nous montrent Marie en prière au milieu des disciples, dans l’attente de l’Esprit-Saint. Cela résume sans doute toute sa vie, qui a été remplie par la prière, ce qui lui permet de guider les Apôtres sur ce chemin. Et nous ne savons pas la suite… On ne parle pas d’elle à la Pentecôte. Nous pouvons penser que depuis longtemps déjà, “ l’Esprit Saint est venu sur elle et la puissance du Très-Haut l’a couverte de son ombre ”.

Marie, la Vierge Immaculée

De l’Evangile aussi, l’Eglise a retenu la virginité de Marie, signe éminent du don total d’elle même à Dieu, sans retour ni repliement. Sa vie est vouée entièrement à son Fils et à sa mission. Elle n’a vécu que pour accomplir le dessein de Dieu, elle s’est effacée devant, et en même temps c’est ce qui fait toute sa dignité et lui donne une place éminente dans l’Eglise.

Contemplant la vie de Marie et tous les dons que nous venons d’évoquer, l’Eglise, dans sa réflexion au cours des siècles, en est venue à penser que Marie, la pleine de grâce, avait été comblée de grâce dès l’origine, pour être ainsi préparée à sa mission. Le salut donné par la vie, la mort et la Résurrection de son Fils lui a été donné par avance pour faire d’elle la demeure de Dieu. C’est ce que l’on a appelé l’Immaculée Conception.

Marie, modèle pour l’Eglise d’aujourd’hui

Quand on reprend dans l’Evangile la vie de Marie, comme on vient de le faire, on n’est pas étonné qu’elle puisse être un modèle pour l’Eglise. Mais en parlant de Marie comme modèle pour l’Eglise, nous pouvons entendre deux sens différents. Ecoutons Lumen Gentium :

“ Marie est vraiment “ Mère des membres du Christ… ayant coopéré par sa charité à la naissance dans l’Eglise des fidèles qui sont les membres de ce Chef (3) ”. C’est pourquoi encore elle est saluée comme un membre suréminent et absolument unique de l’Eglise, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité, objet de la part de l’Eglise catholique, instruite par l’Esprit-Saint, d’un sentiment filial de piété, comme il convient pour une mère très aimante. ” (LG 53)

Le Concile utilise deux mots : modèle et exemplaire. Les deux termes ne sont pas similaires :

  • Sur le modèle de Marie est née l’Eglise. On dit aussi que Marie est le type de l’Eglise, on pourrait dire l’exemplaire initial, le “ prototype ”. Quoi que fasse l’Eglise, c’est sa réalité, Marie est son prototype.
  • Mais Marie est aussi pour l’Eglise un modèle à imiter. Si l’Eglise la regarde, elle trouvera dans son exemple une inspiration pour accomplir sa mission et y être plus fidèle.

Marie, prototype de l’Eglise

– “ Ceux qui regardaient “ avec la foi vers Jésus auteur du salut ” savaient bien que Jésus était le Fils de Marie et qu’elle était sa Mère, et que, comme telle, elle était depuis le moment de la conception et de la naissance, un témoin unique du mystère de Jésus de ce mystère qui s’était dévoilé et confirmé sous leurs yeux. ” (RM n°26)

Marie est le premier témoin, témoin unique du Mystère de Jésus, car elle était sa mère. Elle représente donc à l’origine ce que sera l’Eglise, après la Résurrection et la Pentecôte : le témoin du salut apporté par le Christ pour toutes les nations.

– Marie, couverte par l’Esprit-Saint à l’Annonciation, est la nouvelle tente de l’Alliance, elle préfigure l’Eglise, Temple de l’Esprit-Saint. C’est cette présence de l’Esprit en elle qui lui permet de témoigner de sa foi. “

“ Précisément cette foi de Marie, qui marque le commencement de l’Alliance nouvelle et éternelle de Dieu avec l’humanité en Jésus-Christ, cette foi héroïque “ précède ” le témoignage apostolique de l’Église et demeure au cœur de l’Église, cachée comme un héritage spécial de la révélation de Dieu. Tous ceux qui participent à cet héritage mystérieux de génération en génération, acceptant le témoignage apostolique de l’Église, participent, en un sens, à la foi de Marie. ” (RM n°27)

Marie est là le modèle initial de l’Eglise, elle précède l’Eglise. Par son oui, elle est la porte d’entrée de Dieu dans le monde (Nouvelle Eve / ancienne Eve), comme l’Eglise doit permettre au monde de rencontrer Dieu. Marie, préfigurant l’Eglise, mais aussi présente à sa naissance, s’est vue confier par son Fils tous les disciples de son Fils à la croix. Marie, dès l’Evangile, est liée intimement au Mystère de l’Eglise.

– Marie est le prototype de la foi chrétienne, de la communauté des croyants, de l’être humain

  • qui écoute la Parole et l’observe
  • qui s’adresse à Dieu dans la prière
  • qui garde les événements pour les méditer
  • qui dit oui à la volonté de Dieu
  • qui se laisse combler par Dieu

C’est de cette foi que vit l’Eglise, à l’image de Marie.

– Un autre parallèle peut être fait entre Marie et l’Eglise, déjà contenu dans ce qui a été dit précédemment, mais qui mérite d’être explicité. Marie est Vierge et Mère, et l’Eglise l’est aussi. Ecoutons Jean-Paul II :

“ L’Église, Vierge et mère, Marie demeure pour l’Église un “ modèle permanent ”. On peut donc dire que, surtout sous cet aspect, c’est-à-dire comme modèle ou plutôt comme “ figure ”, Marie, présente dans le mystère du Christ, reste constamment présente aussi dans le mystère de l’Église. Car l’Église aussi “ reçoit le nom de Mère et de Vierge et ces appellations ont une profonde justification biblique et théologique

L’Église “ devient une Mère grâce à la parole de Dieu qu’elle reçoit avec fidélité ”. Comme Marie qui a cru la première, accueillant la parole de Dieu qui lui était révélée à l’Annonciation et lui restant fidèle en toutes ses épreuves jusqu’à la Croix, ainsi l’Église devient Mère lorsque, accueillant avec fidélité la parole de Dieu, “ par la prédication et par le baptême, elle engendre, à une vie nouvelle et immortelle, des fils conçus du Saint Esprit et nés de Dieu. ” (RM n°42-43)

Pour que la Parole de Dieu soit entendue jusqu’au bout du monde, il faut qu’elle soit annoncée. La mission de l’Eglise est d’évangéliser, d’annoncer la Parole. Elle engendre ainsi de nouveaux enfants, comme une mère féconde.

“ L’Eglise aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu’elle garde intègre et pure ; imitant la Mère de son Seigneur, elle conserve par la vertu du Saint-Esprit, dans leur pureté virginale : une foi intègre, une ferme espérance, une charité sincère. ” (LG n°64)

Par sa fidélité à son Seigneur, l’Eglise est Vierge, entièrement consacrée à son Epoux (l’Apocalypse par le d’elle comme l’Epouse).

– Marie est aussi l’exemple parfait et achevé de la Rédemption dont nous bénéficions tous. Elle est la première sauvée, figure de tous ceux qui, après elle, accueilleront le salut de Dieu. L’Eglise est le Peuple sauvé par la croix et la Résurrection du Christ.

Marie est ainsi le modèle rayonnant de l’espérance authentiquement chrétienne : en elle est concrétisée l’espérance de tous les chrétiens, espérance d’être sauvés et de vivre sans fin dans la lumière de Dieu et l’amour du Père.

“ Si l’Eglise, en la personne de la bienheureuse Vierge, atteint déjà à la perfection sans tache ni ride, les fidèles du Christ, eux, sont encore tendus dans leur effort pour croître en sainteté par la victoire sur le péché : c’est pourquoi ils lèvent les yeux vers Marie, exemplaire de vertu qui rayonne sur toute la communauté des élus. ” (LG 65)

Marie, modèle pour l’Eglise

Nous avons vu que Marie représente, dans sa personne, ce que l’Eglise est comme corps. Nous sentons déjà, à travers cette notion de type de l’Eglise, que cela représente des exigences pour l’Eglise qui doit chercher aussi à être le plus fidèle possible à son modèle. L’Eglise doit aussi imiter Marie, après l’avoir contemplée. Nous allons voir maintenant en quoi l’attitude de Marie peut inspirer l’Eglise.

Ecoutons le Père Chaminade :

Mais en tout ce saint exercice, le religieux de Marie la fait entrer en tout et partout. C’est par elle, avec elle et comme elle qu’il s’efforce constamment à parvenir à la perfection à laquelle il se sont appelé avec la douce confiance que sous la protection de sa tendre Mère et son avocate il y réussira infailliblement; en la prenant pour Patronne, pour Modèle, car il croit fermement qu’imiter Marie c’est imiter son adorable Fils, fin capitale de notre glorieuse vocation. EM II 773

Marie, modèle d’Incarnation

Sans Marie, ce qui est humain dans l’Evangile ne serait qu’un déguisement. C’est elle qui a permis l’Incarnation. Elle devient modèle pour nous, invitation à entrer résolument dans le monde.

C’est dans notre culture que vient le Christ

C’est Marie qui nous apprend que le Christ vient dans notre vie ordinaire. On le rencontre ici et maintenant, et non pas ailleurs et autrement !

Dieu nous rejoint dans le présent (double sens du mot) Il s’agit dons de consentir à une réalité qui bien souvent nous dérange, à l’autre qui nous gêne. C’est cela le Fiat de Marie.

En disant cela, nous sentons combien il est important d’écouter attentivement et avec bienveillance notre monde, tel qu’il est aujourd’hui. C’est pour celui-là que Jésus est venu, pour les hommes de notre temps, là où ils en sont. Se désespérer sur ce qu’est le monde ne l’évangélise pas, ne lui révèle rien ni personne.

Il ne nous est pas demandé de sortir de notre vie pour une démarche spirituelle exaltante, mais de

  • vivre notre vie de famille (bien souvent source de souffrance, notre croix quotidienne, même si elle est source de bonheur)
  • vivre notre vie professionnelle, assumer ses responsabilités (routine, exigence des clients dans bien des métiers, responsabilités de personnes avec tous les conflits qui peuvent en découler…)
  • vivre la jeunesse ou avec la jeunesse et ses questions, ses angoisses, ses épreuves, ses enthousiasmes (être avec eux, les écouter avant de donner des réponses…)
  • vivre la vieillesse, le handicap, la maladie (exemple des sœurs en maison de retraite, vieillissement de la Province : le vivre vraiment…)

Chacun est invité à trouver dans sa propre vie ce à quoi il aimerait peut-être échapper ; c’est sûrement le lieu où Dieu l’attend pour l’habiter avec lui. Pour que notre vie soit habitée par le Christ, il faut d’abord qu’elle soit habitée par nous-mêmes.

Marie, modèle de foi et d’espérance

Les Chrétiens cherchent dans sa foi un soutien et un modèle pour leur foi.

Marie a cheminé dans la foi. Tout n’a pas été évident pour elle du premier coup. La foi est un chemin. Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir, et c’est dans la mesure où l’on compte sur le Seigneur qu’on le découvre. Nous sentons bien que cette attitude ne nous est pas naturelle. Tant que tout va bien, nous semblons vivre dans la foi. Vienne une épreuve et rien n’est plus évident. Nous avons alors bien besoin du modèle de Marie pour tenir et continuer d’avancer dans la foi. Marie est le modèle de cette foi qui tient face à la souffrance et au mal : au pied de la croix, elle continue de vivre dans la confiance

Acceptons avec Marie, en esprit de soumission, le glaive des afflictions qui perce notre âme. Unissons nos peines à celles de cette Vierge sainte qu’on peut bien appeler la Mère des affligés, car, qui l’a été plus qu’Elle ? (Adèle Lettre 173)

La très Sainte Vierge était déjà rendue sur le Calvaire lorsque sa divine Majesté arriva, chargé de sa croix. Marie était la Mère de jésus et la plus tendre des Mères ; et en cette qualité, elle eût été très déplacée sur le calvaire, mais tous ces sentiments naturels étaient absorbés en Dieu et elle ne pensait plus qu’à remplir les augustes fonctions d’associée aux Mystères de notre Rédemption. Celui qui médite les Mystères du calvaire tout en tenant les yeux de son esprit et de sa foi appliqués sur Jésus-Christ, ne doit pas les détourner de sa sainte Mère, et dans le vrai que saurions-nous faire sur le calvaire si nous ne tâchions pas d’imiter Marie ? (EM II 705)

Cette attitude de foi est particulièrement importante dans notre monde d’aujourd’hui, où l’homme ne croit plus qu’en lui-même, en sa technique, même si il commence à être ébranlé dans cette conviction. Il lui est bien difficile de faire confiance à quelqu’un et de s’en remettre à un autre de sa vie. Il est important que les chrétiens témoignent de cette confiance en un Dieu présent à notre vie.

C’est à cela que les évêques nous invitent quand ils nous disent d’aller au cœur de la foi. Ils nous disent aussi de ne pas en rester à une foi superficielle, mais à approfondir le mystère d’un Dieu d’amour qui se révèle à nous comme Père, Fils et Esprit-Saint, à nous centrer sur Jésus Christ qui nous l’a révélé.

Marie modèle de prière, modèle de ceux qui gardent la Parole, les événements dans leur cœur

Marie nous est présentée une seule fois en prière, mais il nous est dit que c’était une prière assidue, ce qui signifie répétée : c’est au Cénacle, avec les Apôtres, dans l’attente de l’Esprit-Saint. Nous apprenons là que sa prière n’était pas uniquement personnelle, mais un acte d’Eglise, le rassemblement d’une communauté. C’est le lieu de l’accueil de l’Esprit-Saint qui nous fait grandir dans la foi et fait de nous des missionnaires.

Prier, c’est rencontrer le Christ, écouter sa Parole, s’en imprégner pour en vivre. Prier, c’est aussi garder dans son cœur, ce qui permet de méditer sur l’action de Dieu dans notre vie. Comme Israël fait sans cesse mémoire des merveilles de Dieu accomplies dans son histoire, nous sommes invités à ruminer en nous toutes les rencontres que nous avons faites, qui nous disent quelque chose de l’amour de Dieu.

C’est cette mémoire qui nous permet de chanter les louanges de Dieu, de reprendre le Magnificat de Marie. Pour cela, il faut prendre le temps de relire les événements, pour y trouver des traces de la présence de Dieu. Cette attitude encore n’est pas naturelle.

Quand nous ruminons les événements, c’est plutôt pour entretenir une rancœur, une colère, ou notre jalousie. La foi nous invite à aller plus loin, à rechercher dans l’événement quel qu’il soit, un enseignement, une invitation à progresser ou une meilleure connaissance de nous –même. Alors nous pouvons y déceler les traces de la présence de Dieu.

Quel est l’esprit de l’Institut de Marie ?
L’esprit intérieur qui nous fera adorer Dieu continuellement dans notre cœur, comme dans son temple, à l’imitation de l’auguste Marie. (EM II 768)

Cette mémoire nourrit notre espérance et notre confiance. Puisque Dieu a été présent, il le sera encore. C’est ce qui permet de tenir dans les difficultés, de ne pas se laisser abattre et de trouver force et dynamisme.

Enfin, garder dans son cœur, faire mémoire, c’est ce qui permet de transmettre aux autres. C’est là toute la force du témoignage de ceux qui veulent bien nous dire leur expérience de foi. D’autre part, c’est ce dont on a fait l’expérience qu’on peut parler le mieux. C’est là que s’enracine notre mission.

Marie, modèle de la mission de l’Eglise

Marie, modèle pour la mission de l’Eglise : JB Armbruster, conférence de 1991 :

“ La double démarche de Marie, se consacrant à la personne et à la mission de son Fils, est en fait une unique démarche. Pour avoir part à la mission, il faut d’abord se consacrer à la personne du Sauveur. Telle est l’exigence fondamentale de toute Alliance d’amour. Pour aller jusqu’au bout avec quelqu’un et maintenir le dynamisme de son action, il faut entre les deux personnes un lien d’appartenance.

Parce que l’Eglise appartient à son Seigneur, elle se doit, en ce même amour sponsal, d’embrasser la mission du Sauveur. Pour s’engager au nom du Christ, et surtout pour persévérer dans cet engagement, il est logique de lui appartenir. De cette priorité de l’être sur le faire, Marie reste le meilleur exemplaire. Pas d’amour du Christ sans amour des hommes, mais à l’inverse aussi, pas d’amour des hommes sans amour du Christ, c’est le message essentiel de la jeune Mère de Jésus à toute l’Eglise.

Marie montre aussi à l’Eglise et à ses membres la plus parfaite manière de servir l’œuvre du Sauveur. Le texte de Vatican II précise que Marie est toute au service du mystère de la Rédemption en dépendance de son Fils et en union avec lui, par la grâce du Dieu Tout Puissant (LG. n’ 56). Car elle est Fille d’Adam comme nous. Jésus est premier. Marie coopère à sa mission en Servante qui dépend de lui. ” (…)

“ Marie fut préparée et appelée par un don gratuit de Dieu. L’Eglise non plus n’a pas à accaparer la mission ; elle la reçoit sans cesse de son Seigneur et de l’Esprit-Saint qui prolonge et mène à son terme celle du Christ. La mission est une grâce et non un dû. ”(JBA p19)

La mission vécue avec Marie comme modèle se fait paisiblement, car elle est reçue. Même si nous devons faire preuve d’inventivité et ne pas nous endormir car il y a urgence.

La seule mission, c’est de donner le Christ

La seule mission, c’est de donner le Christ, c’est-à-dire donner ce qui ne nous appartient pas, c’est permettre la rencontre de quelqu’un.

Cela suppose donc de notre part que nous l’ayons rencontré : “ l’essentiel, c’est l’intérieur ”, c’est notre relation intime avec le Christ. Comme Marie, nous devons d’abord l’accueillir, l’accepter dans notre vie. C’est une rencontre qui nous éblouit, nous transforme. Nous sommes d’abord invités à une vie d’intime union avec le Christ dans l’Eglise, par la participation à la Liturgie, l’écoute de la Parole et la prière régulière.

Notre première mission se situe dans les conditions ordinaires de l’existence, ce qui suppose de vivre du Christ, dans la foi, l’espérance et la charité. Nous prenons conscience d’avoir découvert un trésor, une perle rare. Nous ne sommes pas parfaits pour autant. Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, mais il change notre vie, comme toute rencontre vraie. Alors nous ne pouvons résister au désir de l’annoncer, sans oublier :

– Que c’est lui-même qui se donne avant tout, et qui nous est donné par le Père. Donc cette rencontre ne nous appartient pas. C’est l’amour de Dieu présent en nous qui donne à toute mission son efficacité.

– La foi est don de Dieu. L’Esprit-Saint nous devance dans le cœur de l’homme. Il s’agit moins de donner le Christ, que d’aider à le reconnaître dans l’expérience de chacun.

– Et Marie est la première à désirer cette rencontre entre le Christ et l’homme. C’est pour cela qu’elle existe. Elle nous accompagne donc toujours dans cette mission.

Cela suppose de notre part une attitude de désappropriation, d’accueil. La mission ne nous appartient pas. Son succès ne dépend pas de nous. Nous ne sommes pas au premier plan, c’est le Christ qui est premier. De notre part, cela sous entend humilité, écoute, accueil.

De vrais missionnaires ne doivent compter nullement sur eux, sur leurs talents et leur industrie, mais mettre toute leur confiance dans le secours de la grâce de leur mission, et aussi dans la protection de la Sainte Vierge, travaillant à cette œuvre, pour laquelle elle a été élevée à la Maternité divine. (EM II 55)

L’essentiel de la mission de Marie a consisté dans sa foi et son obéissance. Nous aussi devons être attentifs aux signes que Dieu nous donne et lui faire confiance d’abord et avant tout. Cela protège d’un certain activisme, de l’agitation caractéristique de notre monde et dans laquelle nous nous laissons facilement prendre, d’autant plus que nous nous sentons dépassés par les situations que nous rencontrons, par le mal qui semble dominer le monde.

Appliquez-vous beaucoup à animer toutes vos actions de l’esprit de la foi. Je ne doute pas que ce soit par cette voie que le bon Dieu ne veuille vous conduire : une vie commune, des actions ordinaires, mais faites avec des intentions non ordinaires, voilà ce que le bon Dieu veut de sa chère enfant. (Lettre Adèle n° 532)

“ Marie, la Reine des Apôtres, est l’exemple parfait de cette vie spirituelle et apostolique. Tandis qu’elle menait sur terre une vie semblable à celle de tous, remplie par les soins et les labeurs familiaux, Marie demeurait toujours intimement unie à son Fils et coopérait à l’œuvre du Sauveur à un titre absolument unique. ” (JBA p23)

Conclusion

Pour conclure, je vous lis quelques extraits d’un très beau texte écrit par un Mariste, François Marc : “ Pour une Eglise mariale ”, texte que je vous laisserai. Il a été publié dans la revue “ Marianistes ” n°56

Je voudrais plaider pour une Église mariale. Non pas une Église qui multiplie les processions ou les bénédictions de statues géantes… une Église qui “vit l’Évangile à la manière de Marie”.

L’Église mariale suit Marie dans la montagne et part avec elle à la rencontre de la vie. Elle rend Visite aux femmes et aux hommes et, au-delà des stérilités apparentes, elle est à l’affût de ce qui naît de ce qui est possible, de. la vie qui palpite en eux.

L’Église mariale se réjouit et chante. Au lieu de se lamenter sur son sort et sur les malheurs du monde, elle s’émerveille de ce qui est beau sur la terre et dans le cœur des hommes. Et elle y voit l’œuvre de Dieu.

L’Église mariale sait qu’elle est l’objet d’un amour gratuit et que Dieu a des entrailles de mère. Elle l’a vu, Dieu, sur le pas de la porte, guetter l’improbable retour du Fils ; elle l’a vu se jeter à son cou, passer à son doigt l’anneau de fête et organiser lui-même la Fête des retrouvailles… Quand elle feuillette l’album de famille, elle voit Zachée sur son sycomore, Matthieu et les publicains, une femme adultère, une Samaritaine, des étrangers, des lépreux, des mendiants, un prisonnier de droit commun sur son poteau d’exécution. Alors, vous comprenez, l’Église mariale, elle ne désespère de personne.

Elle “n’éteint pas la mèche qui fume encore ”. Quand elle trouve quelqu’un sur le bord de la route, blessé par la vie, elle est saisie de compassion. Et avec une infinie douceur, elle soigne ses plaies. Elle est le port assuré et toujours ouvert, le refuge des pécheurs, mater misericordiae, la mère de miséricorde.

L’Église mariale ne connaît pas les réponses avant que les questions ne soient posées. Son chemin n’est pas tracé d’avance. Elle connaît les doutes et les inquiétudes, la nuit et la solitude. C’est le prix de la confiance. Elle participe à la conversation et ne prétend pas tout savoir. Elle accepte de chercher.

L’Église mariale habite à Nazareth, dans le silence et la simplicité. Elle n’habite pas au château. Sa maison ressemble à toutes les autres. Elle sort de chez elle pour parler avec les autres habitants du village. Elle pleure et elle se réjouit avec eux. Mais jamais elle ne leur fait la leçon. Elle écoute, surtout. Elle fait son marché, elle va chercher l’eau au puits, elle est invitée quand il y a un mariage. C’est là qu’elle rencontre les gens. Beaucoup aiment s’asseoir un moment dans sa maison. On y respire un bonheur.

L’Église mariale se tient au pied de la Croix. Elle ne se réfugie pas dans une forteresse ou dans une chapelle ou dans un silence prudent quand des hommes sont écrasés. Elle est exposée, dans ses actes comme dans ses paroles. Avec un humble courage, elle se tient aux côtés des plus petits.

L’Église mariale laisse entrer le vent de Pentecôte, le vent qui pousse dehors et qui délie les langues. Et sur la place publique, elle prend la parole. Pas pour asséner une doctrine, pas pour grossir ses rangs. Elle dit que la promesse est tenue, que le combat est gagné, que le Dragon est terrassé à jamais. Mais voici le grand secret qu’elle ne peut que murmurer : pour gagner la victoire. Dieu a déposé les armes. C’est vrai, nous sommes dans l’intervalle, dans le temps de l’histoire humaine. Et c’est une histoire douloureuse.

Pourtant, tous les soirs à la fin des vêpres, l’Église chante le Magnificat. Car l’Église sait où sa joie demeure. Et voici : Dieu n’a pas trouvé inhabitable notre monde ; il n’a pas trouvé inhabitables les plaies du monde, la violence du monde, la méchanceté du monde. C’est là qu’il nous a rejoints. Et là, sur la croix, nous avons vu la “miséricorde”, le cœur ouvert de notre Dieu.

C’est là au pied de la Croix, qu’un peuple est né, un peuple marial. “Voyant sa Mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, Jésus dit à sa mère : “Femme, voici ton fils”. Puis il dit au Disciple : “Voici ta mère”. A partir de cette heure, le disciple la prit chez lui.

“Frères et sœurs, soyons de ce peuple. Prenons Marie chez nous.
Entrons avec elle dans “l’humble et déchirant bonheur” d’aimer et d’être aimés.
Et l’Église sera dans ce monde, comme le disait Thérèse de Lisieux, “un cœur brillant d’amour”.

(François Marc, tiré de “La Croix” du 11 mai 1996.)

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