Biographie de la Bienheureuse Adèle de Trenquelléon

Présentation

Le 10 juin 2018, à Agen, en France, la Mère Adèle de Batz de Trenquelléon a été proclamée bienheureuse.

Désormais elle n’est plus simplement la fondatrice des Filles de Marie Immaculée, elle est proposée comme modèle à tous les croyants qui se reconnaissent comme membres de l’Eglise catholique.

Nous avons donc le devoir de la faire connaître, d’abord à tous les membres de la Famille marianiste, mais aussi à tous les chrétiens que nous rencontrons.

A l’occasion de la proclamation de l’héroïcité de ses vertus (1986), les Sœurs marianistes de France ont édité une magnifique brochure racontant la vie de Mère Adèle, Allez jeter vos filets. Ce texte nous a servi de trame pour rédiger la présente adaptation.

Nous avons aussi exploité largement la correspondance échangée entre le Père Chaminade et la Mère Adèle ; elle nous donne un accès direct, sans intermédiaire, à leurs préoccupations, leurs joies et leurs peines, en un mot, à leur vie. Nous citons de larges extraits de cette correspondance à travers laquelle nous découvrons comment l’Esprit Saint a conduit nos Fondateurs dans leur mission. Le charisme ne se réduit pas ici à un slogan : il est l’expérience vécue par une femme et un homme parfaitement dociles aux inspirations de l’Esprit.

Je remercie le Fr. Somda Stéphane et le P. Robert Witwicki pour leur relecture soigneuse du document.

Que ce retour aux sources nous ouvre le chemin vers l’avenir

Léo Pauels, SM Village Chaminade, 2018.

Enfance

1789 ! C’est l’année où éclate la Révolution française qui va bouleverser non seulement la société, mais aussi l’Eglise de France. Le 10 juin, au château de Trenquelléon naît une petite fille ; elle portera le nom d’Adèle de Batz de Trenquelléon. Elle reçoit le baptême le jour même de sa naissance dans l’église paroissiale. Le château des parents s’élève à Feugarolles, un petit village situé non loin d’Agen, dans le sud de la France.

A cette époque, la France est encore gouvernée par un roi, le roi Louis XVI. Le  père d’Adèle, le baron Charles de  Batz de Trenquelléon, est officier des Gardes françaises au service du roi. Avec son épouse, il a fréquenté la haute société de Paris et de Versailles. C’est un homme droit et très croyant ;  il porte une grande estime à sa femme dont il dit volontiers : c’est une sainte ! Quand il n’est pas retenu à la cour du roi, il aime revenir sur ses terres, à Feugarolles ; il fréquente alors les villageois, avec qui il entretient d’excellentes relations.

La maman d’Adèle est une descendante du roi Saint Louis. Elle aime enseigner le catéchisme aux enfants, visiter les malades et les vieillards isolés. Elle vient au secours des pauvres. Le soir, au château, elle préside la prière qui réunit la famille et tous les domestiques.

Le 14 juillet 1789, les émeutiers s’emparent de la Bastille, une forteresse  de  Paris  qui  servait  de  prison.  C’est  le  signal  qui déclenche les troubles graves qui vont agiter la France pendant plus de dix ans, connus sous le nom de Révolution française. Le roi dissout le régiment des Gardes françaises et le baron de Trenquelléon revient chez lui. L’année suivante, en 1791, le roi est arrêté. Les nobles quittent le pays ; le baron de Trenquelléon décide lui aussi de partir en exil. Il se rend d’abord en Allemagne, puis en Angleterre. La baronne est restée au château. En 1791, elle donne naissance à un garçon qui recevra le prénom de Charles. En 1794, la Terreur s’installe dans toute la France : réquisitions, pillages des maisons des riches, parfois assassinats. A Trenquelléon, les bijoux et l’argenterie sont confisqués, mais la famille peut encore rester au château.

Adèle, qui a quatre ans, est une enfant gaie, spontanée. Un jour, sa mère lui achète une nouvelle robe. L’enfant fait la moue. « Elle ne te plaît pas ? » demande la maman. – « Oh non, c’est pas ça ! Mais j’aurais préféré qu’on utilise cet argent pour secourir les pauvres ».
Une tante de Paris, sachant que  la famille est dans la gêne, lui envoie une forte somme d’argent pour son anniversaire. Sa mère lui dit : « Dans la prison de Nérac il y a des pauvres prisonniers espagnols qui n’ont pas de vêtements, pas de couvertures. N’aimerais-tu pas donner une partie de cet argent pour leur venir en aide ? » – « Prenez tout : donnez leur tout », répond l’enfant.

Adèle est ardente, généreuse, oui, mais elle a aussi les défauts de ses qualités. Elle est parfois un peu vive, ou même entêtée. Mais sa mère veille à la formation de son caractère.

Le 4 septembre 1797, un nouveau gouvernement prend la tête de la révolution. Il dresse une nouvelle liste de personnes qui sont chassées du pays. Le nom de la baronne y figure. Avec Adèle et Charles, accompagnée d’une servante, la petite famille prend le chemin de l’Espagne.

A la même époque, un prêtre bordelais prend lui aussi la route de l’Espagne, il s’agit de Guillaume-Joseph Chaminade qui, dans quelques années, jouera un rôle décisif dans l’orientation d’Adèle. Pour le moment ils ne se connaissent pas, mais ils partagent l’épreuve de l’exil.

Exil en Espagne et au Portugal

Le premier lieu de refuge sera la petite ville de Tolosa, non loin de la frontière française. La baronne et ses enfants y passent l’hiver. Mais au printemps, le gouvernement français impose à l’Espagne de faire partir les réfugiés français de son territoire. La baronne reprend donc la route avec ses deux jeunes enfants. Ils arrivent au Portugal, à la ville de Bragance. C’est là que M. de Trenquelléon pourra rejoindre les siens pour la plus grande joie de tous. Il voit enfin son fils Charles, né après son départ de Feugarolles. L’année suivante, une petite sœur vient encore agrandir la famille.

En 1800, les troubles politiques commencent à se calmer en France. La famille se rapproche alors de la frontière française et installe à Saint-Sébastien. La veille de Noël, la maman et sa fille vont à l’église proche du Carmel pour se confesser. Le prêtre propose alors à Adèle de faire sa première communion. Adèle préfère la retarder pour s’y préparer soigneusement et, le jour de l’Epiphanie, elle reçoit le Corps du Seigneur. Cette rencontre avec le Christ dans l’Eucharistie marque pour elle le point de départ de sa marche vers la vie religieuse. Le Christ prend désormais la première place dans sa vie.

Quand la famille obtient enfin la permission de rentrer en France, Adèle confie à sa mère son désir de rester à Saint-Sébastien pour se faire carmélite. Elle a douze ans. Sa mère  lui  explique qu’elle est encore trop jeune, mais que plus tard, elle la laissera libre de suivre sa vocation. La famille rentre à Feugarolles ; en cours de route, Adèle voit beaucoup d’églises désaffectées, sans prêtre, les campagnes abandonnées. Elle gardera toujours dans son cœur un grand désir d’évangéliser les campagnes.

De retour au château

Après l’expérience de l’exil, Adèle est donc de retour au château familial avec ses parents, son frère Charles et sa petite sœur, Désirée. Le baron choisit de rester sur ses terres. Madame la baronne reprend ses activités auprès des enfants. Avec beaucoup de discrétion, elle visite les familles les plus pauvres, et les malades. Souvent, Adèle  l’accompagne ;  elle s’ouvre ainsi  aux besoins des autres.

Pour l’instruction de la fillette, on fait appel à l’une de ses tantes. Charles, lui, aura comme précepteur M. Ducourneau, un ancien séminariste, qui n’a pas pu achever ses études à cause de la Révolution. C’est un homme cultivé et très attaché au Seigneur, qui exerce bientôt une grande influence sur son élève, mais aussi sur Adèle et les autres membres de la famille.

Agen, dont dépend Feugarolles, vient de recevoir un nouvel évêque, Mgr Jacoupy. Il décide de donner la confirmation à tous ceux qui en feront la demande. Adèle est inscrite et demande à faire une longue retraite chez les sœurs carmélites pour bien se préparer à accueillir l’Esprit Saint. Elle y passera six semaines. C’est un temps de grâces où se dessine déjà le projet de Dieu sur elle. Au soir de sa confirmation elle note ses résolutions en ces termes concis et énergiques : « Renoncer entièrement à ma propre volonté ; renoncer entièrement à l’orgueil et au respect humain.»

Après les célébrations, l’évêque invite les nouveaux confirmés et leurs parents à partager son repas. Adèle se trouve à côté de Jeanne Diché, de quelques années son aînée, fille d’un magistrat d’Agen. Elles s’entendent si bien qu’une solide amitié se noue qui va durer toute leur vie.

Ayant reçu l’Esprit Saint, Adèle demande à M. Ducourneau d’être son directeur spirituel. Celui-ci rédige pour elle un règlement de vie, entièrement tourné vers l’amour de Dieu et du prochain, la prière, les sacrements, la docilité envers les parents. Il lui recommande de contempler Dieu comme un Dieu d’amour, un Dieu Père, et non comme un Dieu Juge qui punit.

Adèle se dépense au service des pauvres. Ils viennent souvent frapper à la porte du château. Elle tient à les servir elle-même. Il y a toujours quelque chose pour eux. Elle aime faire le catéchisme aux enfants et subvenir à leurs besoins. Elle fait de l’élevage, de la broderie, de la couture. Le produit de son travail va dans la caisse des pauvres. Elle organise même pour eux une petite école et, comme les enfants arrivent à n’importe quelle heure, elle doit souvent répéter plusieurs fois la même leçon. A la maison, on l’encourage et on la soutient.

A travers ses nombreuses activités apostoliques, Adèle cherche à répondre aux appels de Dieu. Elle  le prie dans le calme de sa chambre ou dans la chapelle du château. Elle le sert dans les enfants, les pauvres, les familles qu’elle côtoie.

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