{"id":868,"date":"2015-10-12T14:55:51","date_gmt":"2015-10-12T13:55:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=868"},"modified":"2016-02-03T17:00:04","modified_gmt":"2016-02-03T16:00:04","slug":"quand-adele-se-raconte","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/quand-adele-se-raconte\/","title":{"rendered":"Quand Ad\u00e8le se raconte\u2026"},"content":{"rendered":"<h2 id=\"naissance-et-petite-enfance-dans-une-periode-troublee\" >Naissance et petite enfance dans une p\u00e9riode troubl\u00e9e<\/h2>\n<p>C\u2019est le 27 septembre 1787 que mon p\u00e8re, le baron Charles de Batz de Trenquell\u00e9on \u00e9pouse, dans la chapelle de l\u2019Ev\u00each\u00e9 de Montauban, Marie Ursule de Peyronnencq. Mgr de Malide, \u00e9v\u00eaque de Montpellier, son oncle maternel, b\u00e9nit leur union . Tout sourit alors aux jeunes mari\u00e9s. Mon p\u00e8re sert dans le r\u00e9giment des Gardes fran\u00e7aises. Avec maman, ils habitent tant\u00f4t \u00e0 Paris, rue Saint Honor\u00e9, dans un appartement que leur ont am\u00e9nag\u00e9 mes oncles, les fr\u00e8res de papa, le comte et le vicomte de Malide, tant\u00f4t au ch\u00e2teau de Trenquell\u00e9on, sur les terres de Feugarolles, en bordure de la Ba\u00efse, non loin de N\u00e9rac, la patrie d\u2019Henri IV.<\/p>\n<p>Papa descend d\u2019une vieille famille noble du B\u00e9arn. Homme droit, d\u2019une foi profonde, il porte une estime admirative \u00e0 maman dont il dit volontiers\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une sainte\u00a0!\u00a0\u00bb Les paysans et les m\u00e9tayers qui vivent dans les alentours du ch\u00e2teau aiment \u00e0 le rencontrer car il s\u2019int\u00e9resse \u00e0 eux, \u00e0 leur famille, il prend toujours des nouvelles des uns et des autres. Ses rapports avec les gens sont empreints de simplicit\u00e9 et de cordialit\u00e9. Tous l\u2019appr\u00e9cient. Quant \u00e0 maman, originaire du Rouergue, sa famille remonte \u00e0 Saint Louis. Elle enseigne le cat\u00e9chisme aux enfants, visite les malades, les vieillards isol\u00e9s, subvient aux besoins des pauvres. Le soir, au ch\u00e2teau, elle pr\u00e9side la pri\u00e8re o\u00f9 se retrouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te la famille et les domestiques.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1789 toute la famille se trouve \u00e0 Trenquell\u00e9on du fait des \u00e9lections auxquelles papa doit participer. Il prend part, comme vous le savez, aux assembl\u00e9es de la noblesse \u00e0 Condom et \u00e0 N\u00e9rac puis regagne Paris. Trois mois plus tard, le 10 juin 1789 voici que j\u2019arrive dans la famille. Je m\u2019appelle Ad\u00e8le de Batz de Trenquell\u00e9on, Je suis baptis\u00e9e le jour m\u00eame mais le nom de papa ne figure pas sur l\u2019acte de bapt\u00eame. Son service, en effet, le retient \u00e0 Paris. Les violences ne vont pas tarder \u00e0 commencer.<\/p>\n<p>Mes trois premi\u00e8res ann\u00e9es correspondent aux trois premi\u00e8res ann\u00e9es de la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0: celle des Etats G\u00e9n\u00e9raux, de l\u2019Assembl\u00e9e nationale constituante et de la L\u00e9gislative. 14 juillet 1789\u00a0: prise de la Bastille, le 31 ao\u00fbt, le Roi dissout le r\u00e9giment des gardes fran\u00e7aises. L\u2019ann\u00e9e suivante la constitution civile du clerg\u00e9\u00a0contraint les pr\u00eatres soit \u00e0 signer la constitution soit \u00e0 passer dans la clandestinit\u00e9. Le 22 juin 1791, l\u2019arrestation du Roi \u00e0 Varennes d\u00e9cide papa \u00e0 partir en exil. Il rejoint, en novembre, le prince de Cond\u00e9 sur le Rhin pour tenter d\u2019organiser la lib\u00e9ration du Roi. La tentative ayant \u00e9chou\u00e9, il passe en Angleterre.<\/p>\n<p>Maman, rest\u00e9e au ch\u00e2teau avec sa belle-m\u00e8re, un oncle et deux s\u0153urs de son mari, met au monde mon jeune fr\u00e8re\u00a0: Charles, le 26 janvier 1792.<\/p>\n<p>En 1794 la Terreur s\u2019installe dans toute la France. Des perquisitions ont lieu, le ch\u00e2teau de Trenquell\u00e9on n\u2019est pas \u00e9pargn\u00e9, des biens sont confisqu\u00e9s. Je me rappelle l\u2019arriv\u00e9e des sans-culottes venus de N\u00e9rac. Les voil\u00e0 qui se mettent \u00e0 fouiller de fond en comble le ch\u00e2teau. Maman nous envoie dans nos chambres\u00a0; effray\u00e9e, je demande \u00e0 la bonne\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que tout ceci, Ursule\u00a0?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Ce sont des gens qui viennent prendre tout ce qui se trouve au ch\u00e2teau.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Mais alors, nous allons devenir comme le bonhomme Job\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t, maman m\u2019a inculqu\u00e9 un grand respect et un grand amour pour les pauvres. Un jour maman me montre une tr\u00e8s jolie robe qu\u2019elle vient de m\u2019acheter, je ne peux pas m\u2019emp\u00eacher de lui dire\u00a0: <em>\u00ab Maman, \u00a0il aurait mieux valu employer cet argent \u00e0 secourir les pauvres\u00a0; cela m\u2019aurait fait plus plaisir\u00a0\u00bb.<\/em> Pauvre Maman si heureuse de cet achat\u00a0! Une autre fois, une tante de Paris m\u2019a envoy\u00e9 de l\u2019argent, car elle sait que la vie \u00e0 Trenquell\u00e9on n\u2019est pas facile tous les jours. Mais Maman qui veut m\u2019apprendre le partage me propose de donner une partie de cette somme pour secourir les prisonniers qui se trouvent \u00e0 N\u00e9rac. Sans h\u00e9siter je lui r\u00e9ponds\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Maman, donnez-leur tout\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>En famille, on parle souvent des carm\u00e9lites que la R\u00e9volution a oblig\u00e9es \u00e0 vivre dans la clandestinit\u00e9. Je les admire. Est-ce d\u00e9j\u00e0 J\u00e9sus qui me fait signe\u00a0? Toujours est-il que j\u2019habille ma poup\u00e9e en carm\u00e9lite et qu\u2019on me trouve fr\u00e9quemment occup\u00e9e \u00e0 griffonner des messages destin\u00e9s au pr\u00eatre qui les visite.<\/p>\n<p>J\u2019aime la droiture et je n\u2019accepte pas que l\u2019on vienne \u00e0 gronder, injustement \u00e0 mes yeux, mon petit fr\u00e8re, je me d\u00e9nonce aussit\u00f4t. On dit volontiers que je suis g\u00e9n\u00e9reuse, pleine de compassion pour les pauvres, je dois tout cela \u00e0 maman qui m\u2019emm\u00e8ne dans ses visites aux pauvres, aux malades, des environs. Par contre je suis plut\u00f4t emport\u00e9e, j\u2019ai un caract\u00e8re vif et parfois m\u00eame violent. Je m\u2019irrite de la moindre r\u00e9sistance, heureusement maman et mes tantes veillent et gr\u00e2ce \u00e0 elles petit \u00e0 petit j\u2019apprends \u00e0 devenir patiente, compr\u00e9hensive et tol\u00e9rante. Toute ma vie, jusqu\u2019au dernier moment j\u2019aurai \u00e0 lutter pour me montrer patiente et ma\u00eetresse de moi.<\/p>\n<p>Enfin la p\u00e9riode de la Terreur s\u2019ach\u00e8ve. Avec le Directoire, la tranquillit\u00e9 revient. Mais bient\u00f4t le coup d\u2019Etat du 18 Fructidor (4 septembre 1797) ram\u00e8ne au pouvoir les Jacobins et des listes de proscription sont dress\u00e9es. Maman apprend soudain avec stupeur que son nom y figure. Il faut partir sans attendre. Et nous, les enfants, qu\u2019allons-nous faire\u00a0?<\/p>\n<h2 id=\"exil-et-premiere-communion\" >Exil et premi\u00e8re communion<\/h2>\n<p>Lorsque maman revient \u00e0 la maison, certaine que son nom figure sur les listes de proscription, il n\u2019y a plus de temps \u00e0 perdre\u00a0: elle doit partir si elle veut sauver sa vie. A peine arriv\u00e9e, elle nous interroge mon fr\u00e8re et moi\u00a0: <em>\u00ab\u00a0mes enfants, que voulez-vous faire, rester ici avec bonne-maman et vos tantes ou bien venir avec moi\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> D\u2019un m\u00eame \u00e9lan\u00a0: <em>\u00ab\u00a0nous partons avec vous, maman.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>En h\u00e2te, maman rassemble quelques affaires tandis que des amis se chargent de nous trouver une voiture et nous voil\u00e0 sur la route, vers l\u2019Espagne, avec une femme de chambre qui a bien voulu nous accompagner. En chemin, de la voiture, je crie <em>\u00ab\u00a0ah\u00a0! les sc\u00e9l\u00e9rats, les sc\u00e9l\u00e9rats, ils nous assassinent\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em> Je ne peux pas admettre que l\u2019on nous chasse de la sorte.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s \u00e0 Pau, maman apprend que, dans ce d\u00e9partement, nous avons un d\u00e9lai suppl\u00e9mentaire de vingt quatre heures pour quitter la France, cela lui permet de chercher quelque lettre de recommandation. Un brave homme lui donne les coordonn\u00e9es d\u2019un cousin, fr\u00e8re lai, dans un couvent de Tolosa. Et nous arrivons \u00e0 Tolosa, je n\u2019oublierai pas les conditions de ce voyage, la peur, l\u2019angoisse mais aussi le manque de tout. Un jour, o\u00f9 j\u2019avais grand soif, j\u2019ai bu dans le b\u00e9ret qu\u2019un muletier me tendait en guise de verre\u2026<\/p>\n<p>A Tolosa, le fr\u00e8re lai auquel nous avions \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9s, se montre tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9, pr\u00eat \u00e0 nous rendre service. Il parvient \u00e0 nous trouver un appartement. Malgr\u00e9 tout, ce n\u2019est pas facile pour une femme seule avec ses deux enfants. Heureusement la Providence veille et gr\u00e2ce \u00e0 un \u00e9migr\u00e9 fran\u00e7ais, originaire de N\u00e9rac, maman est finalement accept\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 de Tolosa.<\/p>\n<p>Les jours, les semaines passent. Au printemps 1798, le gouvernement espagnol, d\u2019abord favorable aux \u00e9migr\u00e9s fran\u00e7ais, change d\u2019avis et d\u00e9cr\u00e8te qu\u2019ils doivent sortir d\u2019Espagne sous peine d\u2019\u00eatre d\u00e9port\u00e9s aux Iles Canaries. Maman est constern\u00e9e, il nous faut songer \u00e0 partir pour le Portugal. Partir encore\u2026 Papa, d\u2019Angleterre, suit de pr\u00e8s la situation. Inquiet, il intervient aupr\u00e8s du Premier ministre du Portugal. Et rapidement nous recevons l\u2019autorisation d\u2019entrer dans ce pays. Toutefois un petit fait vous dira quelles \u00e9taient l\u2019angoisse mais aussi la foi de maman. A la premi\u00e8re lecture de la lettre de papa qui lui faisait part de ses d\u00e9marches, elle comprend qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 inutiles\u2026Aussit\u00f4t, maman se met \u00e0 invoquer l\u2019Esprit Saint puis, pos\u00e9ment, elle relit la lettre et d\u00e9couvre sa m\u00e9prise. Depuis ce jour, maman a toujours invoqu\u00e9 l\u2019Esprit Saint avant d\u2019entreprendre quoi que ce soit.<\/p>\n<p>Nous nous installons \u00e0 Bragance. Il y a l\u00e0 bon nombre de pr\u00eatres fran\u00e7ais exil\u00e9s, heureux d\u2019avoir des nouvelles de France. A leur avis il est difficile de trouver \u00e0 se loger \u00e0 Bragance or sans que nous ayons fait quelque d\u00e9marche que ce soit, une proposition nous est faite d\u2019une maison meubl\u00e9e. Cette proposition est assortie d\u2019une invitation \u00e0 d\u00e9jeuner. La vie au Portugal, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention du Premier ministre portugais, est plus facile. Au bout de quelques mois, en juillet, papa peut enfin nous rejoindre. C\u2019est \u00e0 Bragance qu\u2019avec Charles nous avons la joie d\u2019accueillir une petite s\u0153ur\u00a0: D\u00e9sir\u00e9e. Elle est baptis\u00e9e \u00e0 la cath\u00e9drale de Bragance le 12 juin 1799.<\/p>\n<p>A la longue, les dispositions du gouvernement espagnol \u00e0 l\u2019\u00e9gard des \u00e9migr\u00e9s \u00e9voluent et bient\u00f4t, elles nous permettent d\u2019envisager de nous rapprocher de la France. C\u2019est ainsi que nous nous installons \u00e0 Saint S\u00e9bastien \u00e0 l\u2019automne 1800.<\/p>\n<p>J\u2019aime accompagner maman qui va souvent prier chez les carm\u00e9lites dont le couvent jouxte l\u2019\u00e9glise Santa Maria o\u00f9 nous nous rendons \u00e9galement. La veille de No\u00ebl je vais avec maman \u00e0 l\u2019\u00e9glise\u00a0; elle va se confesser et je veux faire de m\u00eame. A ma grande surprise, le pr\u00eatre m\u2019invite \u00e0 communier le lendemain, mais je ne suis pas pr\u00eate, je veux absolument me pr\u00e9parer \u00e0 une telle rencontre avec mon Seigneur. Le ton de notre \u00e9change monte, maman s\u2019approche alors du confessionnal et le pr\u00eatre vient parler \u00e0 maman. Il lui explique qu\u2019en Espagne, c\u2019est le pr\u00eatre qui d\u00e9cide du moment o\u00f9 un enfant peut communier et il pense que je suis pr\u00eate. Mais moi je tiens \u00e0 pr\u00e9parer mon c\u0153ur pour une telle rencontre. Finalement, j\u2019obtiens un d\u00e9lai, c\u2019est le jour de l\u2019Epiphanie que je ferai ma premi\u00e8re communion.<\/p>\n<p>Quel bonheur\u00a0! Comme je veux faire, pendant ces quelques jours, tout ce qui peut plaire \u00e0 J\u00e9sus pour qu\u2019il se sente bien chez moi. Je l\u2019aime tellement\u00a0! Je ne veux pas faire les choses \u00e0 moiti\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Le jour de l\u2019Epiphanie arrive quelle joie\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>Le 4 novembre 1801 nous quittons Saint S\u00e9bastien. Je voulais rester en Espagne pour devenir carm\u00e9lite. Mes parents n\u2019ont pas voulu, mais maman m\u2019a promis que lorsque je serai en \u00e2ge d\u2019entrer au carmel si celui-ci n\u2019\u00e9tait pas restaur\u00e9 en France, ils m\u2019accompagneraient. Forte de cette promesse j\u2019ai accept\u00e9 de partir avec eux.<\/p>\n<p>Le 14 novembre, nous arrivons \u00e0 Trenquell\u00e9on, voici plus de 4 ans que nous sommes partis, maman, Charles et moi. Quant \u00e0 Papa, il y a bien plus longtemps. Je ne pourrai jamais oublier ce que j\u2019ai vu sur le chemin du retour\u00a0: les \u00e9glises de nombreux villages transform\u00e9es en granges, en remises, avec les volailles qui vont et viennent, les statues mutil\u00e9es, la mis\u00e8re pr\u00e9sente partout\u2026<\/p>\n<p>En arrivant au ch\u00e2teau quel bonheur de retrouver ceux que nous avons laiss\u00e9s. Mais je suis un peu triste, Bonne-maman n\u2019est plus, elle est all\u00e9e rejoindre les siens aupr\u00e8s du Seigneur.<\/p>\n<h2 id=\"la-confirmation-esprit-saint-et-mission\" >La Confirmation\u00a0: Esprit Saint et mission<\/h2>\n<p>Doucement, la vie reprend son cours \u00e0 Trenquell\u00e9on\u2026 Il y a beaucoup de mis\u00e8re autour de nous. Maman les soulage comme elle peut. Souvent je l\u2019accompagne dans ses visites aupr\u00e8s des personnes malades, isol\u00e9es. Au ch\u00e2teau, des pauvres viennent demander \u00e0 manger. Avec maman, j\u2019apprends \u00e0 les servir. Maman nous a toujours appris \u00e0 partager. Elle fait aussi le cat\u00e9chisme aux enfants du village. Comme j\u2019aime voir ces enfants d\u00e9couvrir qui sont J\u00e9sus, Marie. Avec maman ils d\u00e9couvrent la pri\u00e8re.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublie pas cependant l\u2019appel de J\u00e9sus\u00a0: devenir carm\u00e9lite. Lorsque Monsieur Ducourneau qui se pr\u00e9parait \u00e0 devenir pr\u00eatre au moment de la R\u00e9volution, vient au ch\u00e2teau, en 1802, pour s\u2019occuper de l\u2019\u00e9ducation de Charles, sur les conseils de maman, je lui demande de me donner un r\u00e8glement de vie pour que, le moment venu, je puisse r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel du Seigneur.<\/p>\n<p>A la suite de ce r\u00e8glement qui m\u2019invite \u00e0 une demi-heure d\u2019oraison matin et soir, \u00e0 la messe quotidienne, la lecture, la pri\u00e8re du chapelet\u2026 j\u2019ajoute : \u00ab\u00a0<em>je prends la r\u00e9solution de m\u2019appliquer principalement \u00e0 la pratique de l\u2019humilit\u00e9, de la douceur, de l\u2019ob\u00e9issance, de renoncer \u00e0 ma volont\u00e9 propre, de m\u2019appliquer enfin \u00e0 la pratique de toutes les vertus, en particulier de celles qui sont le plus n\u00e9cessaires pour mon \u00e9tat actuel et le Carmel.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Un jour, maman me fait part de l\u2019intention de Mgr Jacoupy, le nouvel \u00e9v\u00eaque d\u2019Agen, &#8211; le si\u00e8ge \u00e9piscopal d\u2019Agen \u00e9tait vacant depuis plusieurs ann\u00e9es du fait de la R\u00e9volution &#8211; de proposer le sacrement de confirmation \u00e0 tous ceux, jeunes ou moins jeunes qui le souhaitent. Avec joie, j\u2019acquiesce \u00e0 cette invitation. Mais je tiens \u00e0 me pr\u00e9parer le mieux possible \u00e0 la venue de l\u2019Esprit Saint. Je sais que des carm\u00e9lites continuent \u00e0 vivre, cach\u00e9es, le carmel n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9tabli en France, dans un appartement \u00e0 Agen. Je fais part \u00e0 maman de mon souhait de passer quelque temps avec ces religieuses pour me disposer \u00e0 recevoir ce sacrement. Et je me retrouve au carmel pendant six semaines, partageant toutes les activit\u00e9s des religieuses. Aupr\u00e8s d\u2019elles je d\u00e9couvre un peu plus l\u2019oraison, cette rencontre personnelle avec le Seigneur, l\u2019intensit\u00e9 du silence, leur amour de Th\u00e9r\u00e8se et de Jean de la Croix. Et puis j\u2019aime, \u00e0 3 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, lorsque la cloche sonne et que tout s\u2019arr\u00eate\u00a0: c\u2019est le silence et chacune, l\u00e0 o\u00f9 elle se trouve, se rend pr\u00e9sente pendant un moment, au Calvaire avec Marie et Jean, communiant \u00e0 l\u2019amour de Celui qui a donn\u00e9 sa vie pour ses amis, pour moi.<\/p>\n<p>Le 6 f\u00e9vrier 1803 c\u2019est le grand jour de la confirmation. Apr\u00e8s la c\u00e9l\u00e9bration, l\u2019Ev\u00eaque nous retient \u00e0 d\u00e9jeuner. Je me trouve \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Jeanne Dich\u00e9, une jeune fille un peu plus \u00e2g\u00e9e que moi. Nous faisons connaissance et nous commen\u00e7ons \u00e0 parler, \u00e0 \u00e9changer. Tr\u00e8s vite nous sympathisons. Papa qui a vu combien j\u2019\u00e9tais heureuse de la rencontre que je venais de faire, propose \u00e0 Monsieur Dich\u00e9 qui habite \u00e0 Agen d\u2019envoyer sa fille passer quelques jours au ch\u00e2teau au moment des vacances. Je per\u00e7ois que c\u2019est une solide amiti\u00e9 qui commence, nou\u00e9e dans l\u2019Esprit que nous venons de recevoir. Avant de nous s\u00e9parer nous nous promettons de nous \u00e9crire. Nous voulons nous donner des nouvelles non de la pluie et du beau temps mais de notre vie chr\u00e9tienne. Nous voulons, en nous \u00e9crivant, nous stimuler dans la pri\u00e8re, la vie de foi mais aussi pour la mission. L\u2019Esprit Saint n\u2019a-t-il pas transform\u00e9 les ap\u00f4tres\u00a0? Au sortir du C\u00e9nacle ce furent des hommes tout chang\u00e9s\u00a0: de l\u00e2ches, de timides qu\u2019ils \u00e9taient auparavant, ils devinrent tout ardents et pr\u00eats \u00e0 soutenir la foi en J\u00e9sus-Christ au p\u00e9ril m\u00eame de leur vie. Nous venons de recevoir la confirmation, avec l\u2019aide de l\u2019Esprit Saint, que pouvons-nous faire, l\u00e0 o\u00f9 nous sommes pour que J\u00e9sus-Christ soit connu, aim\u00e9, servi\u00a0?<\/p>\n<p>Monsieur Ducourneau me guide avec sagesse. Il insiste souvent pour que je contemple un Dieu tout Amour, toute mis\u00e9ricorde, un Dieu P\u00e8re et non pas un Dieu qui juge et qui ch\u00e2tie. En effet, il s\u2019est vite rendu compte que j\u2019\u00e9tais un peu port\u00e9e au scrupule. Alors avec une grande bont\u00e9, il m\u2019interdit de recommencer une pri\u00e8re ou une lecture que j\u2019estime avoir mal faite. Il m\u2019ouvre \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019amour, un amour qui se traduit dans le service des pauvres, des enfants, des malades. A l\u2019\u00e9cole de maman, je fais de la broderie, de la couture, de l\u2019\u00e9levage et ce que je peux gagner ainsi va alimenter la caisse des pauvres. Je ne sais comment cela se fait, malgr\u00e9 ce que j\u2019y mets, elle se trouve presque toujours vide et il faut que l\u2019Esprit Saint me rende tr\u00e8s ing\u00e9nieuse pour d\u00e9couvrir sans cesse de nouveaux moyens de trouver de l\u2019argent. Pour moi, je m\u2019en tiens \u00e0 ce qui est n\u00e9cessaire, il y a tant de pauvret\u00e9s \u00e0 soulager\u00a0!<\/p>\n<p>Un jour papa me rapporte, pour l\u2019engraisser, un porcelet qu\u2019il a achet\u00e9 avec l\u2019argent de la caisse des pauvres. Or d\u00e8s le lendemain l\u2019animal tombe malade. Que se passe-t-il ? Il semble qu\u2019il y ait eu dans l\u2019auge du cochon du poison destin\u00e9 aux rats. Toujours est-il que l\u2019animal meurt et je n\u2019ai pas d\u2019argent pour en acheter un autre. Devant mes larmes et mon d\u00e9sarroi, papa n\u2019\u00e9coute que son c\u0153ur et tr\u00e8s vite il me rapporte un nouvel animal. Attention au poison cette fois\u00a0!<\/p>\n<p>La vie s\u2019\u00e9coule ainsi\u2026 Peu \u00e0 peu je sens mon c\u0153ur s\u2019ouvrir de plus en plus aux multiples d\u00e9tresses avec lesquelles je suis en contact. Amour du Christ, amour des pauvres, c\u2019est tout un.<\/p>\n<h2 id=\"sunir-pour-vivre-levangile\" >S\u2019unir pour vivre l\u2019Evangile<\/h2>\n<p>Durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1804, Jeanne Dich\u00e9 vient passer quelques semaines de vacances \u00e0 Trenquell\u00e9on. Quelle joie de pouvoir partager ce qui nous tient le plus \u00e0 c\u0153ur, de pouvoir prier ensemble, en un mot de raviver ce \u00e0 quoi nous avons \u00e9t\u00e9 appel\u00e9es par notre confirmation, il y a un an et demi. Nous devons conserver bien vivante la m\u00e9moire d\u2019un jour si heureux pour nous\u00a0; n\u2019est-ce pas le jour o\u00f9 l\u2019amour du P\u00e8re et du Fils qui est le Saint Esprit est descendu sur nous\u00a0?<\/p>\n<p>L\u2019une comme l\u2019autre nous br\u00fblons du d\u00e9sir de faire conna\u00eetre et aimer J\u00e9sus. Et puis il y a autour de nous des jeunes de notre \u00e2ge qui meurent. Combien de temps aurons-nous pour nous pr\u00e9parer \u00e0 la rencontre d\u00e9finitive avec Dieu\u00a0? Nous parlons souvent de tout cela avec Monsieur Ducourneau. Comme il nous \u00e9coute, nous comprend\u00a0! Un jour, en marchant il lance l\u2019id\u00e9e d\u2019une association. Oui, pourquoi ne pas nous unir pour nous aider \u00e0 vivre de la foi, de l\u2019amour de Dieu et avoir ainsi notre lampe bien garnie pour accueillir l\u2019Epoux, le moment venu.<\/p>\n<p>La suggestion nous enchante et sur le champ nous d\u00e9cidons de commencer aussit\u00f4t, tous les trois, et nous constituons ainsi la \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb dont le mot de ralliement est \u00ab\u00a0mon Dieu\u00a0\u00a0\u00bb, mot qui nous rappelle que nous sommes l\u00e0 pour aimer Dieu et notre prochain. Par notre soci\u00e9t\u00e9, nous mettons tout en commun, sachant pouvoir compter les uns sur les autres pour avancer sur le chemin o\u00f9 le Seigneur nous appelle.<\/p>\n<p>A peine rentr\u00e9e \u00e0 Agen, Jeanne s\u2019empresse de parler de notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 des amies, \u00e0 ses s\u0153urs en particulier \u00e0 Agathe. De son c\u00f4t\u00e9, Monsieur Ducourneau va passer quelque temps en famille, dans les Landes, il en profite pour trouver des associ\u00e9es. Pour maintenir la flamme, Jeanne et moi nous \u00e9crivons, chaque semaine, une petite lettre qui circule parmi les membres de l\u2019association. Nous commentons une f\u00eate liturgique, nous rappelons l\u2019importance de la pr\u00e9paration aux sacrements, sp\u00e9cialement \u00e0 la communion, nous cherchons \u00e0 imiter la Vierge Marie. Nous f\u00eatons l\u2019anniversaire de notre bapt\u00eame. C\u2019est bien l\u00e0 que tout a commenc\u00e9 de notre vie avec le Seigneur\u00a0!\u00a0Nous proposons \u00e9galement des intentions de pri\u00e8re pour les associ\u00e9es, pour les personnes de notre entourage, malades, personnes en difficult\u00e9. Nous prions aussi pour la conversion des protestants.<\/p>\n<p>En avril 1805, Jeanne se marie, elle \u00e9pouse le Docteur Belloc. Mon amie demeure membre de la \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, mais, prise par ses occupations, elle m\u2019en laisse l\u2019enti\u00e8re responsabilit\u00e9. Chaque semaine, j\u2019\u00e9cris pour que notre ardeur ne se ralentisse pas, nous devons toujours chercher \u00e0 gagner des \u00e2mes \u00e0 J\u00e9sus-Christ. Si nous aimons Dieu v\u00e9ritablement, les int\u00e9r\u00eats de sa gloire nous seront chers. Je fais souvent, personnellement l\u2019exp\u00e9rience que celui qui n\u2019avance pas recule, alors je cherche \u00e0 encourager, \u00e0 interpeller, \u00e0 inviter \u00e0 la confiance et cela m\u2019aide \u00e0 avancer.<\/p>\n<p>Ce qui me donne de l\u2019assurance c\u2019est la communion qui existe entre les membres de notre soci\u00e9t\u00e9 qui b\u00e9n\u00e9ficient \u00e9galement de la pri\u00e8re et de l\u2019offrande de pr\u00eatres qui veulent bien s\u2019unir \u00e0 notre d\u00e9marche. Parmi eux, il y a Monsieur Miquel, ce \u00ab\u00a0saint missionnaire\u00a0\u00bb qui est venu pr\u00eacher la Mission \u00e0 Agen en 1805, il ne nous oublie pas. Et puis Mgr Jacoupy, l\u2019Ev\u00eaque d\u2019Agen n\u2019a-t-il pas b\u00e9ni notre association lors de sa premi\u00e8re visite \u00e0 Feugarolles en septembre 1805\u00a0?<\/p>\n<p>Lorsque Monsieur Ducourneau doit quitter Trenquell\u00e9on pour accompagner Charles pour ses \u00e9tudes \u00e0 Paris, notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb n\u00e9e de son inspiration, passe sous la direction de Monsieur, Larribeau, le cur\u00e9 de Lompian qui en devient membre. A partir de 1807, celui-ci c\u00e9l\u00e8bre r\u00e9guli\u00e8rement la messe du premier vendredi du mois \u00e0 nos intentions. Quelle gr\u00e2ce\u00a0! Lui aussi \u00e9crit pour exhorter et stimuler notre z\u00e8le et ses lettres passe de main en main. De temps \u00e0 autre il vient au ch\u00e2teau. C\u2019est l\u2019occasion pour les associ\u00e9es qui le peuvent de venir faire r\u00e9collection. Quant \u00e0 moi, j\u2019ai grande confiance en lui et chaque ann\u00e9e je vais le retrouver \u00e0 Lompian pour faire une retraite personnelle.<\/p>\n<p>Notre groupe est tr\u00e8s actif. Chacune travaille dans son secteur et recrute des amies. En 1805, nous \u00e9tions sept, au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1807 vingt-quatre et \u00e0 la fin 1808 nous voil\u00e0 soixante. Les pauvres autour de nous sont si nombreux\u00a0: il faut multiplier les services pour r\u00e9pondre \u00e0 leurs besoins. Ce sont les malades, les personnes \u00e2g\u00e9es, les enfants qui n\u2019ont pas la possibilit\u00e9 d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9cole, ni au cat\u00e9chisme, qui n\u2019ont pas de distractions. Nous cherchons \u00e0 mettre en \u0153uvre tous les moyens possibles pour r\u00e9pondre aux attentes que nous d\u00e9celons. Parmi ces enfants d\u00e9munis, je fais connaissance avec Dubrana\u00a0: il voudrait \u00eatre pr\u00eatre, mais ses parents n\u2019ont absolument pas les moyens d\u2019acheter son trousseau ou de payer ses \u00e9tudes. Nous d\u00e9cidons de le prendre en charge. Dans nos lettres, nous parlons de lui et nous veillons \u00e0 ce qu\u2019il ait tout ce dont il a besoin pour aller jusqu\u2019au bout de sa formation.<\/p>\n<p>Certaines que notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb ne s\u2019est pas form\u00e9e toute seule, nous cherchons \u00e0 \u00eatre bien fid\u00e8les \u00e0 coop\u00e9rer aux desseins de Dieu sur nous. J\u2019ai souvent recours \u00e0 la protectrice de la Soci\u00e9t\u00e9, la tr\u00e8s Sainte Vierge. Elle est si puissante aupr\u00e8s de son Fils et puis nous sommes ses enfants particuli\u00e8res\u00a0!<\/p>\n<h3 id=\"la-congregation-de-bordeaux\" >La Congr\u00e9gation de Bordeaux<\/h3>\n<p>Durant l\u2019\u00e9t\u00e9 1808, je suis tout heureuse de partir avec maman pour quelque temps \u00e0 Figeac dans le Lot chez ma grand-m\u00e8re, la Comtesse de Peyronnencq. Peut-\u00eatre pourrai-je faire quelque conqu\u00eate pour l\u2019association\u00a0?<\/p>\n<p>Avant de quitter Figeac, maman va rendre visite \u00e0 S\u0153ur Gertrude, une religieuse qu\u2019elle conna\u00eet depuis son enfance. Elle trouve l\u00e0 Monsieur Jean Lafon. Dans le cours de la conversation, maman en vient \u00e0 parler de ce que vit notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb en Agenais. Tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9, Monsieur Lafon l\u2019interroge puis il dit qu\u2019il est lui-m\u00eame membre de la Congr\u00e9gation fond\u00e9e \u00e0 Bordeaux, en 1801, par le P\u00e8re Chaminade. Il trouve beaucoup de ressemblances entre les deux groupes, il pense m\u00eame que nous aurions tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 nous affilier \u00e0 la Congr\u00e9gation et il propose de me faire parvenir des documents.<\/p>\n<p>D\u00e8s son retour maman m\u2019informe de cette rencontre que j\u2019estime tout \u00e0 fait providentielle. Une fois revenue \u00e0 Trenquell\u00e9on, je m\u2019empresse de communiquer cette nouvelle \u00e0 Monsieur Larribeau et j\u2019apprends avec bonheur que ce dernier est inscrit depuis plusieurs ann\u00e9es parmi les pr\u00eatres de la congr\u00e9gation de Bordeaux. Il m\u2019encourage vivement \u00e0 entrer en relation avec le P\u00e8re Chaminade, ce que je fais sans tarder. De son c\u00f4t\u00e9, Monsieur Lafon parle de nous \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p>En novembre je connais un temps de grande \u00e9preuve. Mes parents me font part qu\u2019un jeune homme, distingu\u00e9, respectable sur tous les plans, souhaiterait m\u2019\u00e9pouser. Et me voici plong\u00e9e dans le d\u00e9sarroi\u00a0: que dois-je faire\u00a0? Maman se tait, elle prie, elle ne veut en rien influencer ma r\u00e9ponse. J\u2019ai sous les yeux l\u2019exemple de Jeanne, Madame Belloc, l\u2019amie des premiers jours, la fondatrice de notre soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est une \u00e9pouse heureuse, une m\u00e8re de famille d\u00e9vou\u00e9e et elle continue \u00e0 \u0153uvrer au sein de notre soci\u00e9t\u00e9. Oui, que dois-je faire\u00a0? Je dirais bien, oui, mais le Seigneur n\u2019attend-il pas autre chose de moi\u00a0? Je prie, je demande conseil et enfin la veille de la f\u00eate de la pr\u00e9sentation de Marie, je peux \u00ab\u00a0dire positivement non \u00e0 un \u00e9tablissement qu\u2019on me propose\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Quelques jours apr\u00e8s je re\u00e7ois une longue lettre du P\u00e8re Chaminade qui explique l\u2019organisation et les pratiques des diff\u00e9rents groupes de la congr\u00e9gation. Sa lettre est accompagn\u00e9e du livre de l\u2019association\u00a0: \u00ab\u00a0le Manuel du serviteur de Marie\u00a0\u00bb. Que je suis heureuse\u00a0! Toutes ces pri\u00e8res, ces instructions, ces beaux cantiques en l\u2019honneur de Marie\u00a0!<\/p>\n<p>Tr\u00e8s rapidement notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb s\u2019affilie \u00e0 la troisi\u00e8me division de la congr\u00e9gation c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 celle des jeunes personnes. Le groupe de Bordeaux nous accueille avec joie. Quant \u00e0 nous, heureuses de constater que d\u2019autres partagent le m\u00eame id\u00e9al, nous appr\u00e9cions de trouver des directives s\u00fbres et avec enthousiasme nous d\u00e9couvrons la cons\u00e9cration \u00e0 Marie que font les membres de la congr\u00e9gation lors de leur engagement.<\/p>\n<p>Au comble de la joie, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Agathe\u00a0: \u00ab\u00a0il faut nous faire saintes, \u00e0 quelque prix que ce soit. Implorons sans cesse l\u2019assistance de la Sainte Vierge\u2026Faisons-lui le don de nous-m\u00eames par la cons\u00e9cration qui est dans le Manuel\u00a0; exhortez toutes nos s\u0153urs \u00e0 la faire souvent.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lib\u00e9r\u00e9e par le non que j\u2019ai dit en toute connaissance, mon c\u0153ur est d\u00e9sormais et plus que jamais tout \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Nous enrichissons notre r\u00e8glement de nouveaux articles de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre plus en conformit\u00e9 avec Bordeaux. Les m\u00e8res de famille rejoignent la quatri\u00e8me division soit celle des Dames de la retraite ainsi d\u00e9nomm\u00e9es car elles font une journ\u00e9e de retraite par mois. Maman est la premi\u00e8re \u00e0 s\u2019affilier.<\/p>\n<p>La correspondance s\u2019\u00e9tablit r\u00e9guli\u00e8rement entre Bordeaux et Agen. Mademoiselle F\u00e9licit\u00e9 Lacombe est charg\u00e9e par le P\u00e8re Chaminade de nous accompagner plus particuli\u00e8rement. Quant au P\u00e8re Larribeau, bien connu du Fondateur, il poursuit sa mission \u00e0 notre \u00e9gard.<\/p>\n<p>Toutes, l\u00e0 o\u00f9 nous sommes, nous continuons \u00e0 faire ce que nous pouvons pour partager ce que nous avons re\u00e7u. Au ch\u00e2teau, j\u2019accueille ma petite \u00e9cole. Les petits p\u00e2tres, les enfants des hameaux arrivent \u00e0 n\u2019importe quelle heure, je l\u00e2che tout alors pour m\u2019en occuper, leur apprendre \u00e0 lire, compter, \u00e9crire mais aussi prier. Comme je b\u00e9nis Dieu de me donner ce bonheur de le faire conna\u00eetre et aimer par ces enfants\u00a0!<\/p>\n<p>A l\u2019automne 1809 je tombe gravement malade. Au bout de six semaines je me r\u00e9tablis, mais je garde au fond de moi la conscience de la pr\u00e9carit\u00e9 de la vie. Il faut nous h\u00e2ter de mettre le temps \u00e0 profit, nous ne savons pas quelle sera la dur\u00e9e de nos jours. La mort n\u2019\u00e9pargne aucun \u00e2ge. Je n\u2019ai que vingt ans et j\u2019ai bien manqu\u00e9 y payer le tribut\u00a0!<\/p>\n<p>J\u2019apprends que, par un d\u00e9cret, l\u2019Empereur a d\u00e9cid\u00e9 la suppression de toutes les associations pieuses, trop favorables \u00e0 son go\u00fbt pour le Pape. La congr\u00e9gation tombe sous cet arr\u00eat\u00e9, il va falloir agir avec grande prudence.<\/p>\n<p>En octobre 1811 alors que papa se rend \u00e0 Paris pour voir Charles, il prend mal. Il rentre \u00e0 la maison, malade. Peu \u00e0 peu il est immobilis\u00e9 par une paralysie lente et sans espoir d\u2019am\u00e9lioration. Pauvre papa\u00a0! Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour le soulager, comme j\u2019aime lorsqu\u2019il m\u2019appelle \u00ab\u00a0sa fid\u00e8le Antigone\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p>Au mois d\u2019octobre 1812, j\u2019ai la joie de passer quelques jours aupr\u00e8s de Madame Belloc \u00e0 Saint Avit. J\u2019esp\u00e8re bien faire quelques conqu\u00eates pour notre division et pour celle des Dames de la retraite. Que l\u2019exemple des saints nous stimule\u00a0!<\/p>\n<p>A peine rentr\u00e9e \u00e0 Trenquell\u00e9on, j\u2019apprends que le Docteur Belloc est tomb\u00e9 malade. Tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9, il s\u2019est donn\u00e9 sans compter et sans prendre de pr\u00e9cautions. Atteint par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie r\u00e9gnante, il meurt le14 novembre. Comme les desseins de Dieu sont imp\u00e9n\u00e9trables\u00a0! Pr\u00e9parons-nous \u00e0 faire notre route car nous la ferons t\u00f4t ou tard.<\/p>\n<h3 id=\"le-cher-projet\" >Le \u00ab\u00a0cher projet\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Notre soci\u00e9t\u00e9 poursuit son chemin et finalement en juillet 1813, le P\u00e8re Chaminade peut d\u00e9l\u00e9guer ses pouvoirs \u00e0 Monsieur Laumont, cur\u00e9 de sainte Radegonde, pour qu\u2019il nous re\u00e7oive officiellement dans la Congr\u00e9gation. D\u00e8s que j\u2019en suis inform\u00e9e, j\u2019invite toutes les associ\u00e9es \u00e0 se pr\u00e9parer, avec la plus grande ardeur possible, \u00e0 cette glorieuse alliance que nous allons contracter avec Marie.<\/p>\n<p>Papa, quant \u00e0 lui, ne va pas bien, le m\u00e9decin pense qu\u2019une cure \u00e0 Bar\u00e8ges lui ferait du bien. Maman et lui d\u00e9cident donc de partir et me laissent gardienne du ch\u00e2teau. Agathe me rejoint. Ensemble nous prenons le temps de nous rendre \u00e0 Lompian aupr\u00e8s de Monsieur Larribeau, vous pouvez imaginer notre joie. Agathe, partie, c\u2019est Madame Belloc qui vient en attendant le retour de mes parents.<\/p>\n<p>A l\u2019automne, Charles se marie. Avec sa jeune femme, ils s\u2019installent \u00e0 Trenquell\u00e9on.<\/p>\n<p>De plus en plus grandit en moi le d\u00e9sir de me consacrer \u00e0 temps plein \u00e0 la mission. Certes, pour l\u2019instant, papa a besoin de mes services, et puis les congr\u00e9gations religieuses ne sont toujours pas r\u00e9tablies, mais j\u2019aspire au titre d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9pouse de J\u00e9sus-Christ\u00a0\u00bb, c\u2019est l\u00e0 tout mon bonheur. Quelques associ\u00e9es partagent ce m\u00eame appel \u00e0 la vie religieuse.<\/p>\n<p>Depuis un certain temps, je porte sur la poitrine une petite croix. C\u2019est, pour moi, le signe de mon appartenance \u00e0 J\u00e9sus-Christ et de mon d\u00e9sir de faire sa volont\u00e9 en toutes choses. Quelques amies, dont Agathe, font de m\u00eame.<\/p>\n<p>En 1814 l\u2019Empire s\u2019effondre c\u2019est le temps de la Restauration. A la maison, on est heureux. Au mois d\u2019avril, je vois passer Mgr le Duc d\u2019Angoul\u00eame \u00e0 Port Sainte Marie. Quelle joie de saluer le prince, mais quelle joie plus grande encore de conna\u00eetre notre Dieu\u00a0!<\/p>\n<p>Les 13 et 14 juin, nous nous retrouvons \u00e0 Lompian autour de Monsieur Larribeau pour deux jours de retraite. Nous partageons toutes le d\u00e9sir de nous consacrer \u00e0 Dieu et apr\u00e8s les enseignements qui nous sont dispens\u00e9s, chacune de nous prend un nom de religion. Je suis Marie de la Conception. Quel bonheur de porter le nom de Marie, celle qui a dit oui. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, le Verbe de Dieu a pris notre chair. Le Fils de Dieu a pu devenir le fils de l\u2019homme\u00a0!<\/p>\n<p>Notre \u00ab\u00a0cher projet\u00a0\u00bb avance, nous sommes toutes br\u00fblantes de z\u00e8le pour son ex\u00e9cution.<\/p>\n<p>Un mois plus tard Messieurs Larribeau et Laumont viennent passer deux jours \u00e0 Trenquell\u00e9on. Nous parlons de notre \u00ab\u00a0cher projet\u00a0\u00bb et voyons ensemble ce qu\u2019il convient de faire pour maintenir les c\u0153urs et les volont\u00e9s bien pr\u00e9par\u00e9s pour sa mise en \u0153uvre, d\u00e8s que ce sera possible. Monsieur Larribeau ne se sentant pas capable de r\u00e9diger nos constitutions, il demande \u00e0 Monsieur Laumont de s\u2019en charger. Celui-ci \u00e9labore un projet qu\u2019il transmet au P\u00e8re Chaminade. Attentif aux signes des temps, d\u00e9sireux de conna\u00eetre la volont\u00e9 de Dieu, ce dernier patiente. Je m\u2019inqui\u00e8te de ne pas recevoir de nouvelles, je lui ai pourtant \u00e9crit, demandant de commencer le noviciat avec quelques amies en d\u00e9cembre. Mais c\u2019est le silence\u00a0!<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse tant attendue arrive enfin, le projet de constitutions est trop imparfait, il faut le reprendre. Nous avons toutefois la permission de faire le v\u0153u de chastet\u00e9 pour six mois, en la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception de Marie. D\u2019ici la f\u00eate de la pr\u00e9sentation de J\u00e9sus au Temple, le P\u00e8re Chaminade pense pouvoir nous envoyer un texte qui nous permette de commencer un noviciat en r\u00e8gle.<\/p>\n<p>Il me semble que, pour manifester l\u2019engagement que nous venons de prendre, nous devrions porter un anneau, en argent, pour que ce ne soit pas trop cher. J\u2019en fais part \u00e0 Agathe qui acquiesce et nous nous procurons ce signe, symbole de notre appartenance \u00e0 J\u00e9sus-Christ.<\/p>\n<p>Au printemps papa se trouve de plus en plus mal, il souffre beaucoup. Alors que mon entourage me pousse \u00e0 me rendre \u00e0 Bordeaux pour y rencontrer le P\u00e8re Chaminade, je dois renoncer, ma place est en famille n\u2019est-ce pas\u00a0?<\/p>\n<p>Napol\u00e9on d\u00e9barque soudain au Golfe Juan, c\u2019est l\u2019aventure des \u00ab\u00a0cent jours\u00a0\u00bb qui vient freiner l\u2019ex\u00e9cution de nos projets.<\/p>\n<p>Papa ne parle plus, il souffre, nous communiquons encore par le regard, mais que c\u2019est dur de voir souffrir les siens. Il montre une patience extraordinaire\u00a0\u2026 Le 18 juin, au d\u00e9but de l\u2019apr\u00e8s-midi, il rejoint son Seigneur.<\/p>\n<p>Me voil\u00e0 d\u00e9sormais totalement libre pour le projet de Dieu, mais le P\u00e8re Chaminade ne donne pas signe de vie. Messieurs Larribeau et Laumont, Mgr Jacoupy, l\u2019Ev\u00eaque d\u2019Agen nous encouragent \u00e0 aller de l\u2019avant.<\/p>\n<p>A la mi-ao\u00fbt, je passe une quinzaine de jours \u00e0 Agen avec Agathe. Nous prions, m\u00e9ditons, partageons nos r\u00e9flexions quant \u00e0 l\u2019avenir.<\/p>\n<p>Enfin le 3 octobre, le P\u00e8re Chaminade pr\u00e9cise le but que nous aurons \u00e0 poursuivre et conclut par ces mots\u00a0: <em>\u00ab\u00a0votre communaut\u00e9 sera toute compos\u00e9e de religieuses missionnaires.\u00a0\u00bb<\/em> C\u2019est bien ce que nous souhaitons, c\u2019est merveilleux. Quelques semaines plus tard, il annonce que les constitutions sont finies, et qu\u2019il compte venir en janvier pour nous installer. Cette fois nous ne nous sentons pas pr\u00eates\u00a0: nous n\u2019avons pas de logement, nous n\u2019avons pas vu les constitutions.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Chaminade repousse son voyage. Madame Belloc ayant appris qu\u2019une partie de l\u2019ancien couvent du refuge est \u00e0 louer, s\u2019occupe de la location et de l\u2019am\u00e9nagement. L\u00e0-dessus, plusieurs amies se d\u00e9sistent, moi-m\u00eame, je suis tent\u00e9e d\u2019abandonner. Maman prie, me soutient en silence avec beaucoup d\u2019affection. Heureusement cela ne dure pas.<\/p>\n<p>Finalement le 25 mai \u00e0 4 heures du matin, avec trois amies venues me rejoindre, nous quittons Trenquell\u00e9on. Vers 9 heures, nous arrivons au Refuge o\u00f9 nous retrouvons deux futures religieuses ainsi que Madame Belloc.<\/p>\n<h3 id=\"les-filles-de-marie\" >Les Filles de Marie<\/h3>\n<p>A peine arriv\u00e9es au Refuge, nous chantons notre action de gr\u00e2ce. Papa disait souvent\u00a0: \u00ab\u00a0Ad\u00e8le, tu seras fondatrice\u00a0!\u00a0\u00bb Je pense \u00e0 lui.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Chaminade, emp\u00each\u00e9 de venir, a envoy\u00e9 Mademoiselle de Lamourous, fondatrice de la Mis\u00e9ricorde \u00e0 Bordeaux avec mission de nous initier \u00e0 la vie religieuse.<\/p>\n<p>Le jour m\u00eame de notre arriv\u00e9e, nous rencontrons Mgr Jacoupy, tr\u00e8s heureux de nous accueillir dans son dioc\u00e8se. D\u00e8s le lendemain, il vient nous voir dans notre petit couvent.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Chaminade arrive le 8 juin. Il apporte le texte des constitutions et jusqu\u2019au mois de juillet, il prend le temps de nous les pr\u00e9senter, de nous les expliquer de fa\u00e7on \u00e0 nous inculquer l\u2019esprit de l\u2019Institut. Avant de regagner Bordeaux, apr\u00e8s avoir pris conseil de Mademoiselle de Lamourous en qui il a toute confiance, il me confie la responsabilit\u00e9 de la jeune communaut\u00e9 naissante. J\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 que ce soit quelqu\u2019un d\u2019autre mais ne suis-je pas venue pour faire la volont\u00e9 de Dieu\u00a0?<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite des points de vue diff\u00e9rents vont se faire jour entre Mgr Jacoupy et le P\u00e8re Chaminade. L\u2019Ev\u00eaque se contenterait bien des v\u0153ux temporaires, mais le P\u00e8re Chaminade veut que nous soyons de vraies religieuses avec des v\u0153ux perp\u00e9tuels ce qui exige la cl\u00f4ture. Le temps passe\u2026Enfin l\u2019Ev\u00eaque nous autorise \u00e0 rev\u00eatir l\u2019habit religieux le jour de No\u00ebl.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est que le 25 juillet 1817, \u00e0 neuf heures du soir, dans le secret du confessionnal, (sur ordre de Mgr Jacoupy qui craint des repr\u00e9sailles de la part d\u2019un gouvernement r\u00e9ticent \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie religieuse), qu\u2019une \u00e0 une nous nous engageons \u00e0 vie dans l\u2019Institut des Filles de Marie. Nous sommes neuf. Une novice prononce ses premiers v\u0153ux et deux jours plus tard, le P\u00e8re Chaminade a la joie de rev\u00eatir deux postulantes de l\u2019habit religieux.<\/p>\n<p>D\u00e8s les premiers jours, nous donnons une place privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 la Congr\u00e9gation. Tr\u00e8s vite, elle s\u2019organise\u00a0: il y a les Dames de la retraite, les jeunes personnes et les filles de service. Aid\u00e9e par M\u00e8re Emmanuel, je m\u2019occupe des jeunes filles. Madame Belloc, tr\u00e8s en lien avec la communaut\u00e9, partage notre pri\u00e8re et suit plus particuli\u00e8rement les Dames de la retraite.<\/p>\n<p>Nous stimulons les membres de la congr\u00e9gation, les incitant \u00e0 \u00eatre missionnaires, chacune selon son \u00e9tat, aupr\u00e8s de leur famille, de leurs amies, de leurs voisines\u2026Elles font le cat\u00e9chisme, pr\u00e9parent les enfants \u00e0 la premi\u00e8re communion, instruisent les pauvres chez eux, font la lecture aux malades, visitent les prisonniers, font jouer les enfants, pr\u00eatent des livres\u2026suivant la consigne du P\u00e8re Chaminade qui nous invite \u00e0 multiplier les chr\u00e9tiens, nous essayons d\u2019en faire de vivants t\u00e9moins de la Bonne Nouvelle.<\/p>\n<p>Nous cherchons autant que nous le pouvons \u00e0 \u00eatre proches de ces jeunes. Elles nous font confiance. Nous sommes un peu leurs m\u00e8res, nous leur t\u00e9moignons beaucoup d\u2019amour.<\/p>\n<p>S\u0153ur Saint Vincent s\u2019occupe des classes. En effet, avant m\u00eame notre arriv\u00e9e contrairement \u00e0 ce qui nous avait \u00e9t\u00e9 dit, nous avons su que les petites filles pauvres d\u2019Agen n\u2019\u00e9taient pas scolaris\u00e9es alors, en accord avec le P\u00e8re Chaminade, nous avons imm\u00e9diatement ouvert des classes gratuites pour ces enfants. Il faut voir la joie de ces fillettes qui viennent apprendre \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire, compter\u2026 qui apprennent \u00e0 conna\u00eetre et aimer J\u00e9sus et Marie. Nous avons de plus en plus de demandes.<\/p>\n<p>S\u0153ur Anne re\u00e7oit des jeunes filles un peu plus \u00e2g\u00e9es pour leur donner une formation professionnelle. Quant \u00e0 S\u0153ur saint Fran\u00e7ois qui conna\u00eet bien les gens de la campagne, les pauvres, et qui parle le patois, elle accompagne de pauvres femmes qui n\u2019ont aucune formation, et qui ont eu des vies souvent boulevers\u00e9es. Elle les rejoint dans leur langue, leur vient en aide sur le plan financier mais aussi leur fait d\u00e9couvrir le Christ, et sa M\u00e8re, elle en pr\u00e9pare certaines \u00e0 la premi\u00e8re communion, \u00e0 la confirmation. Elles ont 40, 50, 60 ans\u2026 Ces pauvres femmes lui manifestent une confiance extraordinaire.<\/p>\n<p>M\u00e8re Marie du Sacr\u00e9 C\u0153ur (Agathe) aid\u00e9e de M\u00e8re Marie Th\u00e9r\u00e8se dispense la formation spirituelle aux novices tandis que M\u00e8re Marie Emmanuel leur enseigne la lecture, l\u2019\u00e9criture, la musique, la grammaire. Le P\u00e8re Chaminade tient en effet \u00e0 ce que les novices re\u00e7oivent une solide formation.<\/p>\n<p>Plus \u00e2g\u00e9e, M\u00e8re Saint Esprit est \u00e0 l\u2019accueil. Elle a le souci de l\u2019observance de la R\u00e8gle. Il ne faut pas que les parloirs se prolongent, que les entretiens avec les retraitantes se multiplient. Les retraitantes b\u00e9n\u00e9ficient de toute notre attention. Des m\u00e8res de famille viennent r\u00e9guli\u00e8rement faire retraite, en groupes ou seules.<\/p>\n<p>Heureusement, je sens le P\u00e8re Chaminade, le bon P\u00e8re comme nous aimons \u00e0 l\u2019appeler, tr\u00e8s proche. Il suit tout ce que nous faisons. Il nous accompagne vraiment comme un p\u00e8re dans ce que nous avons \u00e0 vivre. Je le consulte souvent. Je me sens tellement d\u00e9munie. Le Seigneur est l\u00e0 et je compte sur lui.<\/p>\n<p>J\u2019ai plus particuli\u00e8rement le souci de la communaut\u00e9. Il est tellement important que nous n\u2019ayons qu\u2019un c\u0153ur et qu\u2019une \u00e2me. Nous sommes toutes tr\u00e8s diff\u00e9rentes, par l\u2019\u00e2ge, l\u2019origine familiale, la formation\u2026Nous devons \u00eatre une seule famille, la Famille de Marie. Notre amour pour le Bien-Aim\u00e9 doit \u00eatre de plus en plus g\u00e9n\u00e9reux, notre dynamisme apostolique ne doit pas se ralentir, il faut marcher dans la carri\u00e8re des saints, nous faire saintes \u00e0 quelque prix que ce soit\u00a0!<\/p>\n<h3 id=\"echange-entre-deux-fondatrices\" >Echange entre deux Fondatrices<\/h3>\n<p>En 1809 alors que je me trouvais en vacances chez ma grand-m\u00e8re \u00e0 Figeac, j\u2019avais entendu parler d\u2019Emilie de Rodat et j\u2019avais eu alors le d\u00e9sir de l\u2019engager dans notre \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb. Mais cela n\u2019avait pas pu se faire et voil\u00e0 qu\u2019en 1819, par maman, j\u2019apprends qu\u2019elle a contribu\u00e9 \u00e0 fonder un institut religieux \u00e0 Villefranche de Rouergue. Aussit\u00f4t, heureuse de cette nouvelle, car tout ce qui peut servir \u00e0 procurer la gloire de Dieu me touche profond\u00e9ment, j\u2019\u00e9cris \u00e0 M\u00e8re Emilie pour lui demander de nous unir par la pri\u00e8re. La communion des saints est tellement importante\u00a0! C\u2019est un tel soutien\u00a0! J\u2019expose, ensuite en d\u00e9tail ce que nous r\u00e9alisons par les Congr\u00e9gations pensant que cette \u0153uvre si f\u00e9conde pourrait certainement se fonder \u00e0 Villefranche. Enhardie, je parle m\u00eame des Congr\u00e9gations pour les hommes m\u00eame si nous ne nous en occupons pas mais peut-\u00eatre que leur aum\u00f4nier pourrait prendre contact avec le P\u00e8re Chaminade. Je termine ma lettre par le constat que les activit\u00e9s que nous avons sont tr\u00e8s semblables \u00e0 celles de Villefranche.<\/p>\n<p>M\u00e8re Emilie donne imm\u00e9diatement son assentiment \u00e0 cette suggestion et moins de deux mois apr\u00e8s ce premier contact nous envisageons une union des deux instituts. Le P\u00e8re Chaminade a re\u00e7u un courrier de Monsieur Marty auquel il doit envoyer prochainement nos constitutions.<\/p>\n<p>M\u00e8re Emilie m\u2019entretient des soucis qu\u2019elle rencontre avec les sant\u00e9s de ses s\u0153urs, comme je la comprends moi qui suis pr\u00e9occup\u00e9e actuellement par la sant\u00e9 de plusieurs s\u0153urs et en particulier de M\u00e8re Emmanuel. Je lui fais part de ce que nous avons d\u00e9cid\u00e9 de faire pour s\u0153ur Emmanuel et lui propose de faire avec sa communaut\u00e9 quelque chose de semblable pour la s\u0153ur qui est gravement malade, mais qu\u2019elle voie avec le sup\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Je re\u00e7ois beaucoup de cette correspondance. Nous avons grand besoin, l\u2019une et l\u2019autre, des lumi\u00e8res de l\u2019Esprit Saint pour remplir la mission que le Seigneur nous a confi\u00e9e, et savoir que nous pouvons nous appuyer l\u2019une sur l\u2019autre, quelle gr\u00e2ce\u00a0! J\u2019\u00e9cris en toute confiance.<\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, la perspective de l\u2019union des deux communaut\u00e9s se pr\u00e9cisant, j\u2019envoie \u00e0 M\u00e8re Emilie une poup\u00e9e rev\u00eatue de notre habit. J\u2019insiste aupr\u00e8s d\u2019elle pour qu\u2019elle veille sur les sant\u00e9s et, bien que consciente de mes faiblesses, de mes d\u00e9couragements, je lui \u00e9cris que nous devons \u00eatre la lumi\u00e8re de notre communaut\u00e9 par le bon exemple. Nos filles doivent toujours trouver notre c\u0153ur ouvert \u00e0 tous leurs besoins, pr\u00eat \u00e0 supporter leurs faiblesses, nous faisant tout \u00e0 toutes pour qu\u2019elles soient \u00e0 J\u00e9sus-Christ. Je l\u2019encourage et lui demande de m\u2019aider de ses conseils.<\/p>\n<p>Pour avancer dans l\u2019union, nous envisageons, en accord avec nos sup\u00e9rieurs, de nous rendre visite mutuellement. Le P\u00e8re Chaminade, exige toutefois, \u00e0 cause de notre cl\u00f4ture, que ce soit Villefranche qui commence. Cela me contrarie, mais j\u2019adore les desseins de Dieu. J\u2019invite donc M\u00e8re Emilie \u00e0 venir au plus t\u00f4t, toutes nous l\u2019attendons et nous faisons une f\u00eate de l\u2019accueillir prochainement.<\/p>\n<p>Je lui recommande notre d\u00e9m\u00e9nagement lorsque nous quittons le Refuge pour l\u2019ancien couvent des augustins, puis le d\u00e9part pour une nouvelle fondation \u00e0 Tonneins et c\u2019est avec plaisir que j\u2019apprends que l\u2019\u0153uvre des Congr\u00e9gations s\u2019\u00e9tablit \u00e0 Villefranche. L\u2019\u0153uvre de la Congr\u00e9gation est un ouvrage, mais qui donne bien de la consolation<\/p>\n<p>Finalement, en juillet 1822, le P\u00e8re Chaminade vient \u00e0 Agen pour nous pr\u00eacher la retraite. M\u00e8re Emilie, une de ses s\u0153urs et le P\u00e8re Marty nous rejoignent pour quelques jours. Quelle joie de part et d\u2019autre\u00a0!<\/p>\n<p>De retour chez elle, M\u00e8re Emilie fait \u00e0 ses s\u0153urs le compte-rendu de ce qu\u2019elle a v\u00e9cu, apporte des pr\u00e9cisions au projet. Elle m\u2019\u00e9crit au bout de quelque temps que, de crainte probablement de perdre leur sup\u00e9rieure, ses S\u0153urs se montrent r\u00e9ticentes au projet d\u2019union. Il faut renoncer. J\u2019avoue que cela me co\u00fbte mais je fais le sacrifice \u00e0 mon Dieu.<\/p>\n<p>Nous continuons toutefois \u00e0 nous \u00e9crire\u00a0: nous nous confions nos malades, la mission qui se d\u00e9veloppe, les fondations mais aussi les difficult\u00e9s que nous rencontrons dans l\u2019accompagnement des personnes. J\u2019\u00e9cris ainsi \u00e0 M\u00e8re Emilie, qu\u2019il faut beaucoup prier, agir avec une grande douceur, savoir sacrifier ce qui n\u2019est pas absolument essentiel, parfois il faut distraire les S\u0153urs, en leur donnant, sans en avoir l\u2019air, des occupations de leur go\u00fbt.<\/p>\n<p>Notre correspondance s\u2019espace, non qu\u2019elle ne compte plus pour nous mais j\u2019ai des ennuis de sant\u00e9, M\u00e8re Emilie \u00e9galement et puis il y a, de part et d\u2019autre, les fondations, la mort de religieuses, novices ou s\u0153urs sur lesquelles nous comptons plus sp\u00e9cialement. Que c\u2019est dur \u00e0 vivre lorsqu\u2019on sait tout le bien qui serait \u00e0 accomplir\u00a0et d\u00e9j\u00e0 le manque de sujets qui se fait cruellement sentir ! Pourtant notre Institut ne sera-t-il pas d\u2019autant plus solide que nous saurons le fonder sur la Croix\u00a0? Nous le savons, l\u2019une et l\u2019autre, les liens qui nous unissent dans le C\u0153ur de Marie, notre M\u00e8re, ne sont pas de nature \u00e0 se rompre.<\/p>\n<p>Comptant beaucoup sur la pri\u00e8re l\u2019une de l\u2019autre, nous nous stimulons pour relever notre courage dans les embarras de notre charge et travailler \u00e0 devenir des saintes. Oui, n\u2019ayons d\u2019autre d\u00e9sir que celui-l\u00e0\u00a0: de nous consumer pour la gloire et l\u2019honneur de notre Epoux\u00a0! Que rien ne nous co\u00fbte pour Lui\u00a0; Il a tant fait pour nous\u00a0!<\/p>\n<h3 id=\"aller-jusquau-bout-du-monde\" >Aller jusqu\u2019au bout du monde<strong>\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Le 6 septembre 1820 nous quittons le Refuge pour les \u00ab\u00a0Augustins\u00a0\u00bb. Le Refuge, propri\u00e9t\u00e9 entour\u00e9e de deux c\u00f4t\u00e9s par le gourbaut, \u00e9gout \u00e0 ciel ouvert est assez insalubre, il est en outre impossible d\u2019y faire des agrandissements. Aux \u00ab\u00a0Augustins\u00a0\u00bb il y a un tr\u00e8s beau jardin, ce sera meilleur pour la sant\u00e9 des s\u0153urs.<\/p>\n<p>D\u00e8s le lendemain de l\u2019installation aux \u00ab\u00a0Augustins\u00a0\u00bb, avec six s\u0153urs, accompagn\u00e9es par le P\u00e8re Chaminade, nous partons pour Tonneins.<\/p>\n<p>Tonneins est situ\u00e9e sur la Garonne, \u00e0 quelque 40 kilom\u00e8tres d\u2019Agen. Il y a, dans cette ville, bon nombre de Protestants. Du reste lorsqu\u2019il s\u2019est agi d\u2019acqu\u00e9rir la propri\u00e9t\u00e9, Monsieur Lacaussade, qui agissait en notre nom, a rencontr\u00e9 bien des difficult\u00e9s, la propri\u00e9taire \u00e9tant protestante, ne voulait pas vendre \u00e0 une communaut\u00e9 catholique.<\/p>\n<p>Quel sujet de b\u00e9nir la Providence que ce champ ouvert au z\u00e8le de l\u2019Institut\u00a0! je mets ce grand projet sous l\u2019intercession particuli\u00e8re de l\u2019ap\u00f4tre du Chablais, saint Fran\u00e7ois de Sales. Dans cette ville, les Protestants font la classe aux gar\u00e7ons et aux filles et ils enseignent tr\u00e8s bien alors c\u2019est une tentation pour les mauvais catholiques de leur confier leurs enfants. Les S\u0153urs vont faire un bon travail.<\/p>\n<p>Elles ont \u00e0 peine commenc\u00e9 leur mission, que d\u2019autres villes nous r\u00e9clament. En 1822, apr\u00e8s l\u2019installation des Fr\u00e8res en Alsace, on nous appelle l\u00e0-bas, mais ce projet n\u2019aboutit pas. C\u2019est loin et les sujets manquent.<\/p>\n<p>Souhaitant voir leur fille se rapprocher d\u2019eux, les parents de Charlotte (Lolotte) de Lachapelle proposent de racheter l\u2019h\u00f4pital et le sanctuaire de Pi\u00e9tat \u00e0 Condom o\u00f9 ils habitent. Il y a l\u00e0 un certain nombre de congr\u00e9ganistes tr\u00e8s actives qui connaissent bien Lolotte. Ce sont elles qui pr\u00e9parent notre arriv\u00e9e. Elles sont tellement heureuses de voir une de nos communaut\u00e9s s\u2019installer pr\u00e8s d\u2019elles.<\/p>\n<p>Ces congr\u00e9ganistes, je les connais, je suis venue si souvent \u00e0 Condom\u00a0! C\u2019est avec une vive \u00e9motion que nous arrivons \u00e0 Pi\u00e9tat en la f\u00eate de Notre Dame du Mont Carmel, (16 juillet 1824) accompagn\u00e9es par le P\u00e8re Chaminade. Il installe notre petite communaut\u00e9 puis r\u00e9unit les congr\u00e9ganistes et les encourage vivement \u00e0 travailler de concert avec les S\u0153urs.<\/p>\n<p>A Condom, les s\u0153urs commencent les m\u00eames activit\u00e9s qu\u2019\u00e0 Agen ou \u00e0 Tonneins. Elles attachent un soin tout particulier \u00e0 la Congr\u00e9gation et aux classes gratuites. En outre, avec le P\u00e8re Chaminade nous avons pens\u00e9 qu\u2019il serait bon d\u2019ouvrir un pensionnat de fa\u00e7on \u00e0 prodiguer une solide formation chr\u00e9tienne aux jeunes filles de la classe dirigeante. De la sorte ce sont toutes les filles de quelque classe sociale qu\u2019elles soient qui pourront \u00eatre \u00e9duqu\u00e9es au plan des connaissances humaines mais aussi au plan de la foi. Ce pensionnat doit permettre de former des chr\u00e9tiennes, c\u2019est l\u00e0 son unique but.<\/p>\n<p>Le 26 juillet nous prenons la route de Bordeaux afin d\u2019y installer le noviciat, rue Mazarin. Le P\u00e8re Chaminade, de plus en plus pris par le d\u00e9veloppement de la Famille de Marie, a du mal \u00e0 se rendre \u00e0 Agen. Ayant son pied-\u00e0-terre \u00e0 Bordeaux, il pourra, de la sorte, mieux s\u2019occuper des novices. La formation \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019Institut est tellement importante\u00a0! Il faut faire de chaque novice une missionnaire, c\u2019est ce que j\u2019\u00e9cris \u00e0 M\u00e8re Louis de Gonzague qui est ma\u00eetresse des novices\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Sentez\u2026votre glorieuse destin\u00e9e\u00a0: former des \u00e9pouses \u00e0 l\u2019Agneau de Dieu, des missionnaires destin\u00e9es \u00e0 aller, un jour, \u00e0 la recherche des brebis du divin Pasteur\u2026\u00a0.Fatiguons-nous, \u00e0 l\u2019exemple de J\u00e9sus-Christ, \u00e0 la recherche de la Samaritaine, ne craignons pas notre peine pour une si grande \u0153uvre\u00a0<\/em>!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Il faut aussi apprendre aux novices \u00e0 faire tout au nom de Marie pour la gloire du Seigneur, c\u2019est encore ce que je rappelle \u00e0 la ma\u00eetresse des novices\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0\u00a0\u00a0<em>Je suis souvent occup\u00e9e du cher noviciat de la rue Mazarin et de la ch\u00e8re M\u00e8re. Mais j\u2019ai confiance qu\u2019il sera prot\u00e9g\u00e9 de Marie. Il me semble que nous n\u2019avons pas eu encore assez de d\u00e9votion envers la tr\u00e8s Sainte Vierge\u00a0: il faudrait l\u2019inculquer davantage dans le c\u0153ur de nos enfants. Faire tout au nom de Marie. Demandons de vraies vocations par l\u2019intercession de Marie<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie se d\u00e9veloppe en Alsace, en Franche-Comt\u00e9. Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1826, Monsieur Bardenet, missionnaire, qui a \u00e9t\u00e9 cur\u00e9 d\u2019Arbois dans le Jura, pense que l\u2019ancien couvent des Capucins conviendrait tout \u00e0 fait aux activit\u00e9s des S\u0153urs. Il invite le P\u00e8re Chaminade \u00e0 se rendre sur les lieux pour voir par lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Celui-ci estime qu\u2019une fondation serait possible. Nous en parlons ensemble et d\u00e9terminons les S\u0153urs qui vont composer la nouvelle communaut\u00e9. C\u2019est toujours, pour moi, un d\u00e9chirement de voir partir des S\u0153urs. Mais le Seigneur n\u2019a-t-il pas dit\u00a0: \u00ab\u00a0Allez\u00a0! de toutes les nations faites des disciples,\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ma sant\u00e9 est de plus en plus fragile pourtant j\u2019ai assez de force pour accompagner les neuf s\u0153urs et les deux novices qui vont constituer la communaut\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Bordeaux. Le dimanche 28 octobre 1826 elles se mettent en route et arrivent \u00e0 Arbois apr\u00e8s trois semaines de voyage. Elles sont accueillies avec chaleur et commencent aussit\u00f4t leurs activit\u00e9s au service de la population.<\/p>\n<p>Un mois apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, M\u00e8re Marie Joseph, ma cousine, tombe gravement malade. Elle est aux portes de la mort. Quel coup\u00a0! Je redouble de pri\u00e8re, invite les communaut\u00e9s \u00e0 faire de m\u00eame. Heureusement le Seigneur m\u2019\u00e9pargne de la voir mourir.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, je sens que le temps est court, nous devons nous h\u00e2ter de le mettre \u00e0 profit et nous faire saintes, quoi qu\u2019il en co\u00fbte.<\/p>\n<h3 id=\"hosanna-au-fils-de-david\" >\u00ab\u00a0Hosanna au Fils de David\u00a0!\u00a0\u00bb<\/h3>\n<p>Il est un texte d\u2019Evangile que j\u2019ai toujours aim\u00e9 c\u2019est celui des vierges sages et des vierges folles. (Mt. 25,1 ss) En effet j\u2019ai toujours eu au c\u0153ur le d\u00e9sir de veiller de sorte que le Seigneur ne me surprenne pas \u00e0 l\u2019improviste. J\u2019ai souvent invit\u00e9 les membres de la \u00ab\u00a0petite soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 faire provision d\u2019huile afin que lors de la venue de l\u2019Epoux, nous puissions entrer avec lui dans la salle des noces. C\u2019est ainsi que j\u2019\u00e9crivais \u00e0 Agathe en d\u00e9cembre 1805\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Soyons des vierges sages et non des vierges folles. Vivons toujours dans une continuelle attente du divin Epoux.\u00a0\u00bb<\/p><\/blockquote>\n<p>Depuis des ann\u00e9es ma sant\u00e9 donne des inqui\u00e9tudes.Et maintenant je me sens tr\u00e8s fatigu\u00e9e. J\u2019ai du mal \u00e0 me remettre du voyage \u00e0 Bordeaux pour accompagner mes ch\u00e8res filles qui sont parties, en r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019appel de la mission, pour la lointaine Franche Comt\u00e9. Et voil\u00e0 que l\u2019annonce de la grave maladie contract\u00e9e par M\u00e8re Marie Joseph, \u00e0 peine arriv\u00e9e \u00e0 Arbois, me terrasse. Nous sommes au lendemain de No\u00ebl 1826, je viens d\u2019\u00e9crire \u00e0 M\u00e8re Louis de Gonzague qui se trouve \u00e0 Bordeaux\u00a0: \u00ab\u00a0la nouvelle de la maladie de la ch\u00e8re Marie Joseph m\u2019a atterr\u00e9e. Qu\u2019avons-nous \u00e0 faire\u00a0? \u00e0 prier\u2026Si nous nous convertissions bien, toutes, peut-\u00eatre le bon Dieu se laisserait-il fl\u00e9chir comme Il fit pour les Ninivites\u00a0?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette \u00e9preuve m\u2019atteint s\u00e9rieusement et de janvier \u00e0 avril 1827 je dois arr\u00eater la correspondance. Il me faut \u00e9galement cesser toute esp\u00e8ce de conf\u00e9rence. Que c\u2019est dur de ne plus pouvoir remplir le devoir le plus essentiel de ma charge.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Mon estomac ne peut presque rien prendre, je suis dans un \u00e9tat de langueur ennuyeux \u00e0 la nature. Si seulement je savais en faire bon usage\u00a0! Si nous connaissions le prix des souffrances\u00a0! Heureux qui est bien entr\u00e9 dans cette science du Crucifix\u00a0!\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Le P\u00e8re Chaminade a demand\u00e9 \u00e0 toutes les communaut\u00e9s de l\u2019Institut de s\u2019unir dans la pri\u00e8re pour demander ma gu\u00e9rison. Les Congr\u00e9ganistes d\u2019Agen sont all\u00e9es en p\u00e8lerinage \u00e0 Notre Dame de Bon Encontre. Peut-\u00eatre est-ce pour cela qu\u2019au mois d\u2019ao\u00fbt, je peux suivre la retraite annuelle\u00a0? Toutefois je ne me fais pas beaucoup d\u2019illusion et je note\u00a0:\u00a0 \u00ab\u00a0\u00a0le second fruit que je pr\u00e9tends retirer de cette retraite, c\u2019est de me pr\u00e9parer \u00e0 entrer dans mon \u00e9ternit\u00e9 qui, suivant les apparences, est prochaine.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but septembre, Monsieur Laumont meurt apr\u00e8s avoir beaucoup souffert. Il laisse un grand vide. Nous perdons un bienfaiteur et un ami\u00a0.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard je connais une nouvelle rechute. Le m\u00e9decin exige un repos absolu, il ne veut pas que j\u2019aille et vienne, alors depuis ce repos, cela va un peu mieux, mais je ne peux toujours pas manger. Que cet \u00e9tat est dur \u00e0 vivre\u00a0! Je me tra\u00eene en langueur et souffrant toujours sans pouvoir prendre que tr\u00e8s peu et encore en souffrir. Mais cela m\u2019\u00f4te le go\u00fbt de la pri\u00e8re, je fais tout par force. H\u00e9las\u00a0! je vais \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 sans pouvoir m\u2019en occuper s\u00e9rieusement\u00a0; il ne faut pas attendre d\u2019\u00eatre malade pour penser \u00e0 se pr\u00e9parer.<\/p>\n<p>Connaissant le prix de la sant\u00e9, j\u2019\u00e9cris \u00e0 M\u00e8re Louis de Gonzague\u00a0: \u00ab\u00a0\u00a0 je vous interdis la soupe aux choux et prie la bonne s\u0153ur Fran\u00e7oise de vous en tenir d\u2019autres. Je vous recommande, autant que possible, et pour l\u2019habitude, le coucher et le lever de la R\u00e8gle. Que gagne-t-on \u00e0 se mettre aux invalides\u00a0? Laissez soigner votre estomac, faites servir \u00e0 table, avec vous, la s\u0153ur Assomption ou autres, parce que vous mangez, ensuite, trop vite pour rattraper les autres\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Je me pr\u00e9occupe du d\u00e9veloppement de l\u2019Institut, du choix des pr\u00e9dicateurs de retraite, le 15 novembre, j\u2019\u00e9cris au Maire d\u2019Agen pour solliciter l\u2019avis de la municipalit\u00e9 en vue de faire approuver l\u2019Institut par le gouvernement.<\/p>\n<p>Mais mon attention se porte de mani\u00e8re privil\u00e9gi\u00e9e sur le noviciat. Tandis que la ma\u00eetresse des novices travaille \u00e0 former un cort\u00e8ge de vierges fid\u00e8les pour le c\u00e9leste Epoux en agissant, moi j\u2019y contribue en souffrant. Je l\u2019encourage \u00e0 vivre de la foi et non plus de cette vie naturelle et terrestre, \u00e0 songer \u00e0 la fin qui nous attend, \u00e0 porter les yeux vers la Patrie c\u00e9leste.<\/p>\n<p>Fin novembre, j\u2019adresse un dernier message \u00e0 Agathe, M\u00e8re Marie du Sacr\u00e9-C\u0153ur\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0je ne puis pas vous \u00e9crire plus au long vu mon \u00e9tat de souffrance. Mon c\u0153ur vous ch\u00e9rit toutes et prend part \u00e0 vos peines et vous veut grandes saintes.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Mes forces diminuent chaque jour, le 23 d\u00e9cembre, je demande la communion en Viatique et j\u2019adresse \u00e0 mes filles mes derni\u00e8res recommandations. \u00ab\u00a0La plus grande peine que je pourrais \u00e9prouver serait de voir la charit\u00e9 s\u2019affaiblir dans le c\u0153ur d\u2019une seule de mes filles\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le jour de No\u00ebl, je demande le sacrement des malades. Les S\u0153urs sont r\u00e9unies autour de moi. Je trouve assez de force pour leur parler de l\u2019amour du Ma\u00eetre que nous avons choisi de servir. Par son sacrement le Seigneur me comble de sa paix, de sa joie. Je regarde le Crucifix, en pensant \u00e0 ses souffrances, je fais le signe de la croix, je tiens mon chapelet.<\/p>\n<p>En plus des S\u0153urs, de Monsieur Mouran, Monsieur Serres, Madame Belloc, l\u2019amie de la confirmation se trouve l\u00e0. Que de gr\u00e2ces\u00a0!<\/p>\n<p>Je demande qu\u2019on me lise les derniers moments de sainte Jeanne de Chantal que j\u2019aime beaucoup, mais je regrette de ne pas pouvoir, comme elle, m\u2019adresser en particulier \u00e0 chacune de mes filles.<\/p>\n<p>Le 8 janvier, croyant que le moment est venu, les deux pr\u00eatres viennent r\u00e9citer les pri\u00e8res de la recommandation de l\u2019\u00e2me, la peur me saisit, je me reprends peu apr\u00e8s\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0tout ce que Dieu voudra\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019agonie se prolonge. La nuit suivante, \u00e0 l\u2019aube du 10 janvier, j\u2019ai un sursaut et je m\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Hosanna au Fils de David\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est avec ce cri de foi que j\u2019accueille celui que, toute ma vie, j\u2019ai cherch\u00e9 et tant aim\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":125,"comment_status":"open","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[95],"ht_kb_tag":[126],"class_list":["post-868","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-fondateurs","ht_kb_tag-adele"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/868"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/125"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=868"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/868\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":872,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/868\/revisions\/872"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=868"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=868"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=868"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}