{"id":703,"date":"2015-05-14T17:08:24","date_gmt":"2015-05-14T16:08:24","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=703"},"modified":"2016-02-03T18:42:25","modified_gmt":"2016-02-03T17:42:25","slug":"condition-de-la-femme-du-point-de-vue-du-dogme-marial","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/condition-de-la-femme-du-point-de-vue-du-dogme-marial\/","title":{"rendered":"Condition de la femme du point de vue du dogme marial"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"la-condition-de-la-femme-du-point-de-vue-du-dogme-marial\" >La condition de la femme du point de vue du dogme marial<\/h1>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-710\" src=\"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine.jpg\" alt=\"marie-condition-feminine\" width=\"800\" height=\"412\" srcset=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine.jpg 800w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine-300x155.jpg 300w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine-50x26.jpg 50w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine-600x309.jpg 600w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/marie-condition-feminine-320x165.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9volution de la condition f\u00e9minine au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale est l\u2019un des faits les plus lourds de signification de toute l\u2019histoire pass\u00e9e.<\/p>\n<p>Si difficile qu\u2019il soit d\u2019assigner un commencement aux grands mouvements de l\u2019histoire, et sans vouloir assigner un commencement absolu et r\u00e9cent \u00e0 l\u2019\u00e9mancipation de la femme, on peut dire qu\u2019elle a \u00e9merg\u00e9 au si\u00e8cle dernier dans un processus d\u2019\u00e9galisation avec la condition masculine\u00a0: ce fut la conqu\u00eate des droits civiques et de la pleine capacit\u00e9 juridique au lendemain de la seconde guerre mondiale, puis la revendication de la libert\u00e9 sexuelle, de la maternit\u00e9 responsable, du libre choix des \u00e9tudes, du m\u00e9tier, des activit\u00e9s et des responsabilit\u00e9s sociales dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et le mouvement continue depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle nouveau par la revendication et la reconnaissance du droit des femmes \u00e0 la parit\u00e9 absolue avec les hommes sur tous les plans du pouvoir, politique, juridique, administratif, industriel, de la r\u00e9tribution du travail, de l\u2019exercice des fonctions honorifiques dans tous les secteurs de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Il est juste de parler d\u2019une vraie r\u00e9volution plut\u00f4t que d\u2019une simple \u00e9volution, puisqu\u2019elle transforme radicalement les structures de la famille et de la soci\u00e9t\u00e9 occidentales\u00a0: la fille \u00e9chappe au pouvoir paternel, l\u2019\u00e9pouse au pouvoir marital, la femme sort de son enfermement dans les travaux du m\u00e9nage et les soins des enfants, elle acquiert la pleine ma\u00eetrise de son corps, de sa vie et de ses occupations\u00a0; les diff\u00e9rences entre la femme et les hommes s\u2019effacent, puisque ces derniers sont pareillement requis par les soins du m\u00e9nage et des enfants, sont concurrenc\u00e9s par les femmes dans leurs \u00e9tudes et leurs m\u00e9tiers et peuvent leur \u00eatre subordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Des philosophes ont vu dans ces changements une v\u00e9ritable mutation civilisationnelle, une rupture radicale avec ce qui subsistait encore dans l\u2019Europe contemporaine des structures patriarcales des soci\u00e9t\u00e9s archa\u00efques, l\u2019actualisation des grands id\u00e9aux de la modernit\u00e9 qui pr\u00f4naient l\u2019\u00e9galit\u00e9 absolue des \u00eatres humains, la reconnaissance de leur \u00e9gale dignit\u00e9 dans le plein respect des droits semblables de chacun d\u2019eux.<\/p>\n<p>Les \u201cr\u00e9volutions arabes\u201d qui se d\u00e9roulent sous nos yeux donnent un grand relief \u00e0 cette \u00e9volution du monde occidental en montrant que nombre de femmes arabes et musulmanes aspirent \u00e0 ce que leur soient reconnus les m\u00eames droits, la m\u00eame libert\u00e9, la m\u00eame dignit\u00e9, la m\u00eame ind\u00e9pendance, les m\u00eames possibilit\u00e9s de carri\u00e8re, la m\u00eame place dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019aux femmes du monde occidental de tradition chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>En fait, la tradition chr\u00e9tienne a-t-elle jou\u00e9 un r\u00f4le efficace dans cette \u00e9volution de la condition f\u00e9minine et quelles r\u00e9percussions cette \u00e9volution a-t-elle eues dans le pass\u00e9 de l\u2019\u00c9glise et risque-t-elle d\u2019avoir dans son avenir\u00a0?<\/p>\n<p>Voil\u00e0 la question que je voudrais \u00e9tudier devant vous et avec vous. Les autorit\u00e9s de l\u2019\u00c9glise ne cachent pas leur m\u00e9fiance envers une \u00e9volution qui perturbe \u00e0 ce point l\u2019ordre de la soci\u00e9t\u00e9 et m\u00eame, pensent-elles, l\u2019ordre \u201cnaturel\u201d qui repose sur la diff\u00e9rence sexuelle, et plusieurs d\u00e9clarations ou d\u00e9cisions r\u00e9centes sugg\u00e8rent que ces autorit\u00e9s redoutent que de tels changements ne conduisent \u00e0 un \u00e9branlement de l\u2019ordre hi\u00e9rarchique sur lequel l\u2019\u00c9glise est fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Des esprits anticl\u00e9ricaux ne seraient pas loin de leur donner raison sur ce point, \u00e9videmment dans un dessein oppos\u00e9, en remarquant que les avanc\u00e9es de la condition f\u00e9minine ne sauraient \u00eatre port\u00e9es au cr\u00e9dit du christianisme, car l\u2019expansion du culte marial, surtout dans la tradition catholique, tend au contraire \u00e0 exalter les valeurs de virginit\u00e9, de soumission, d\u2019humilit\u00e9 propres \u00e0 maintenir la condition f\u00e9minine dans son \u00e9tat social et \u201cnaturel\u201d d\u2019assujettissement et d\u2019effacement par rapport \u00e0 l\u2019homme. &#8211; Alors, Marie, championne ou adversaire de l\u2019\u00e9mancipation de la femme\u00a0? Tel est l\u2019enjeu de notre r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Je chercherai \u00e0 montrer que la tradition de l\u2019\u00c9glise, en donnant \u00e0 Marie le titre de \u201cNouvelle \u00c8ve\u201d, a reconnu en elle la femme qui a lib\u00e9r\u00e9 son sexe de la soumission au sexe oppos\u00e9, conform\u00e9ment \u00e0 la gratitude que Marie exprime \u00e0 Dieu pour avoir \u201cjet\u00e9 les puissants \u00e0 bas de leurs tr\u00f4nes et \u00e9lev\u00e9 les humbles\u201d\u00a0; quelques rapides r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019histoire prouveront ensuite que l\u2019\u00c9glise a utilement \u0153uvr\u00e9, sous l\u2019\u00e9gide de Marie Nouvelle \u00c8ve, \u00e0 jeter les fondements de la lib\u00e9ration de la femme qui parvient sous nos yeux \u00e0 son ach\u00e8vement dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale\u00a0; nous chercherons enfin quels fruits on peut attendre de cette lib\u00e9ration dans et pour l\u2019avenir de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<h2 id=\"marie-nouvelle-eve\" >Marie Nouvelle \u00c8ve<\/h2>\n<p>Le titre de Nouvelle \u00c8ve appara\u00eet tr\u00e8s t\u00f4t dans l\u2019\u00c9glise, puisqu\u2019on le trouve chez les \u00e9crivains du d\u00e9but du second si\u00e8cle, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e8s les origines de l\u2019histoire du salut que les pr\u00e9dicateurs chr\u00e9tiens exposent aux juifs et aux pa\u00efens pour les attirer \u00e0 la foi nouvelle, et ce titre appara\u00eet en lien avec celui de Nouvel Adam attribu\u00e9 au Christ (1 Cor 15,45) en tant que Premier-n\u00e9 de la cr\u00e9ation (Col 1,15), et avec la conception du salut comme <em>\u201ccr\u00e9ation nouvelle\u201d,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire <em>\u201cr\u00e9conciliation\u201d<\/em> de l\u2019homme avec Dieu, ou comme humanit\u00e9 r\u00e9concili\u00e9e avec elle-m\u00eame, ainsi que le dit saint Paul\u00a0: <em>\u201cSi quelqu\u2019un est en Christ, il est une nouvelle cr\u00e9ature. Le monde ancien est pass\u00e9, voici qu\u2019une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle est l\u00e0. Tout vient de Dieu, qui nous a r\u00e9concili\u00e9s avec lui par le Christ et nous a confi\u00e9 le minist\u00e8re de la r\u00e9conciliation\u201d<\/em> (2 Cor 5,17-18) qui se poursuit dans l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n<p>Que signifie ce langage du salut\u00a0? Nous le comprenons d\u2019habitude comme le pardon obtenu de Dieu \u00e0 notre profit par le sang du Christ, le pardon du p\u00e9ch\u00e9 lui- m\u00eame compris comme l\u2019\u00e9tat de r\u00e9volte contre Dieu qui entra\u00eene l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 sa perte depuis ses origines, exigeant r\u00e9paration et expiation.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas faux, mais tr\u00e8s insuffisant. Le r\u00e9cit biblique raconte que Dieu cr\u00e9a l\u2019\u00eatre humain \u201chomme et femme \u00e0 son image\u201d (Gen 1,27). Or, il n\u2019y a pas de diff\u00e9rence sexuelle en Dieu, par contre il y a bien dans le Dieu Trinit\u00e9 de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, relation de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, de P\u00e8re \u00e0 Fils, mais dans l\u2019unit\u00e9 de l\u2019Esprit d\u2019amour, car Dieu est Esprit (Jean 4,24) et Amour (1 Jn 4,8), c\u2019est pourquoi J\u00e9sus nous a donn\u00e9 son testament salutaire en disant \u00e0 Dieu\u00a0: \u201cQue tous soient un comme toi, P\u00e8re, tu es en moi et que je suis en toi, qu\u2019ils soient en nous eux aussi\u201d (Jean 17,21).<\/p>\n<p>L\u2019\u00eatre humain est image de Dieu, fondamentalement, en tant que l\u2019homme et la femme vivent en totale intimit\u00e9 et \u00e9galit\u00e9, unifi\u00e9s par le lien de l\u2019amour. Malheureusement, ce n\u2019est pas ainsi que d\u00e9buta l\u2019histoire humaine\u00a0: d\u00e9sob\u00e9issant \u00e0 la loi de Dieu qui les vouait \u00e0 \u201cne faire \u00e0 deux qu\u2019une seule chair\u201d (Mat. 19,6), nos premiers parents ont encouru la condamnation que la Bible r\u00e9sume dans cette parole de Dieu \u00e0 \u00c8ve\u00a0: <em>\u201dTa convoitise te poussera vers ton mari et lui dominera sur toi\u201d<\/em> (Gen 3,16). La domination d\u2019un sexe sur l\u2019autre est l\u2019expression fondamentale du p\u00e9ch\u00e9 des origines, qui d\u00e9stabilise la soci\u00e9t\u00e9 humaine, suscitant la jalousie de Ca\u00efn contre la supr\u00e9matie de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 et son meurtre (Gen 4).<\/p>\n<p>Le narrateur biblique ignorait \u00e9videmment que l&#8217;homo sapiens sapiens est apparu tr\u00e8s diff\u00e9remment dans l\u2019univers, qu\u2019il a mis plusieurs mill\u00e9naires \u00e0 sortir de l\u2019animalit\u00e9, que l\u2019esp\u00e8ce humaine dont il est issu a d\u00fb an\u00e9antir plusieurs autres souches d\u2019\u00eatres humano\u00efdes et de nombreux animaux avant d\u2019\u00e9merger \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019une rationalit\u00e9 encore tr\u00e8s peu \u00e9clair\u00e9e.<\/p>\n<p>La pr\u00e9histoire fournit ainsi une autre interpr\u00e9tation du p\u00e9ch\u00e9 originel, \u00e0 savoir que l\u2019homme est originellement un tr\u00e8s grand pr\u00e9dateur qui s\u2019est fait sa place dans l\u2019univers \u00e0 coups de meurtres qui n\u2019\u00e9pargnaient pas ses semblables, et cela est vrai singuli\u00e8rement du m\u00e2le qui a assur\u00e9 sa domination sur l\u2019univers en s\u2019adonnant au maniement des armes et en affermissant ses prises sur ses compagnes, r\u00e9duites au soin des enfants, \u00e0 la pr\u00e9paration de la nourriture, \u00e0 l\u2019entretien du logis.<\/p>\n<p>Cette nouvelle version des origines humaines n\u2019est pas de nature \u00e0 infirmer notre foi dans la cr\u00e9ation de l\u2019homme \u00e0 l\u2019image de Dieu, car le fait que l\u2019homme ait n\u00e9anmoins r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019orienter et \u00e0 cro\u00eetre dans le sens de la libert\u00e9, de l\u2019amour de ses semblables, de la culture de l\u2019esprit, du sentiment de sa dignit\u00e9 fonci\u00e8re, du respect de ses droits et, plus encore, de la croyance en un \u00catre infiniment puissant et Souverain Juge, tout cela sugg\u00e8re qu\u2019une main transcendante, qu\u2019un amour paternel a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 la naissance de l\u2019homme, y compris \u00e0 sa pr\u00e9histoire, et conduit ses destin\u00e9es \u00e0 la rencontre de son Sauveur.<\/p>\n<p>La longue histoire de la mont\u00e9e de l\u2019homme vers ce que nous appelons maintenant \u201chumanit\u00e9\u201d sugg\u00e8re \u00e9galement que Dieu n\u2019a pas attendu plusieurs mill\u00e9naires pour se pr\u00e9occuper de notre salut et que la cr\u00e9ation de l\u2019homme s\u2019est faite dans la pr\u00e9vision de ce salut, &#8211; et nous renouons ici avec les noms du Nouvel Adam et de la Nouvelle \u00c8ve.<\/p>\n<p>Le concept paulinien du Christ premier-n\u00e9 de la cr\u00e9ation signifie, en effet, que la vis\u00e9e du Christ \u00e0 venir pr\u00e9existait de toute \u00e9ternit\u00e9 dans la pens\u00e9e de Dieu, d\u2019avance r\u00e9solu \u00e0 habiter en J\u00e9sus pour faire rayonner sa gloire \u00e0 travers l\u2019humanit\u00e9\u00a0; la cr\u00e9ation fut l\u2019acte de Dieu de faire sortir l\u2019univers du n\u00e9ant en y jetant des semences d\u2019esprit, de libert\u00e9 et d\u2019amour d\u2019o\u00f9 devait surgir et dont devait se nourrir et s\u2019accro\u00eetre la race humaine pour pr\u00e9parer les voies \u00e0 la venue du Christ, qui conduirait les hommes \u00e0 la perfection de l\u2019humanit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la ressemblance \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019encontre des hommes qui d\u00e9pouillaient les autres de leurs biens pour s\u2019en enrichir, J\u00e9sus donne librement sa vie \u00e0 ceux qui voulaient la lui enlever. Ainsi se produisit ce prodigieux retournement de l\u2019histoire sur elle-m\u00eame qui fit resplendir dans le dernier Adam la gloire dont Dieu voulait rev\u00eatir d\u00e9j\u00e0 le premier Adam, mais que celui-ci, trop pr\u00e9occup\u00e9 de grandir aux d\u00e9pens des autres, \u00e9tait incapable de porter.<\/p>\n<blockquote><p>Quel fut le r\u00f4le de Marie, Nouvelle \u00c8ve, dans cette \u201ccr\u00e9ation nouvelle\u201d, qui n\u2019est pas une seconde cr\u00e9ation, mais la restauration de l\u2019ancienne dans sa v\u00e9rit\u00e9 fondatrice, qui est l\u2019\u00e9galit\u00e9 de l\u2019homme et de la femme dans l\u2019unit\u00e9 de l\u2019amour\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Le grand \u00e9v\u00eaque de Lyon saint Ir\u00e9n\u00e9e l\u2019explique de cette fa\u00e7on dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du deuxi\u00e8me si\u00e8cle\u00a0: \u00c8ve avait re\u00e7u de Dieu l\u2019interdiction de manger du fruit d\u2019un arbre qui lui aurait donn\u00e9 la connaissance du bien et du mal et \u00c8ve d\u00e9sob\u00e9it \u00e0 cet ordre dans l\u2019ambition insens\u00e9e de s\u2019\u00e9galer \u00e0 Dieu\u00a0; ainsi la m\u00e8re des vivants engendra pour la mort tous ceux qui allaient na\u00eetre d\u2019elle\u00a0; mais Dieu, dans son d\u00e9sir d\u2019associer les hommes \u00e0 l\u2019oeuvre de leur salut et de r\u00e9parer la faute de la premi\u00e8re femme, inspira \u00e0 Marie un d\u00e9sir tout contraire\u00a0: elle ob\u00e9it \u00e0 l\u2019ordre divin, transmis par l\u2019ange Gabriel, de donner naissance \u00e0 un fils qui ne serait pas absolument le sien, puisqu\u2019elle le recevrait de Dieu par l\u2019entremise de l\u2019Esprit Saint, un fils dont elle serait finalement d\u00e9pouill\u00e9e quand Dieu le lui arracherait pour l\u2019introduire dans sa gloire\u00a0; loin de penser s\u2019\u00e9galer \u00e0 Dieu en s\u2019\u00e9levant \u00e0 la gloire de son fils, Marie ne voulut \u00eatre que <em>\u201cla servante du Seigneur\u201d,<\/em> et son humilit\u00e9 la conduisit \u00e0 partager les humiliations de son fils sur la croix.<\/p>\n<p>Ainsi se fit <em>\u201cle retournement de Marie \u00e0 \u00c8ve\u201d,<\/em> conclut Ir\u00e9n\u00e9e\u00a0: <em>\u201cLe noeud de la d\u00e9sob\u00e9issance d\u2019\u00c8ve a \u00e9t\u00e9 d\u00e9nou\u00e9 par l\u2019ob\u00e9issance de Marie\u00a0; ce que la vierge \u00c8ve avait li\u00e9 par son incr\u00e9dulit\u00e9, la Vierge Marie l\u2019a d\u00e9li\u00e9 par sa foi\u201d,<\/em> et encore\u00a0:<em> \u201cDe m\u00eame que le genre humain avait \u00e9t\u00e9 assujetti \u00e0 la mort par une vierge, il en fut lib\u00e9r\u00e9 par une Vierge, la d\u00e9sob\u00e9issance d\u2019une vierge ayant \u00e9t\u00e9 contrebalanc\u00e9e par l\u2019ob\u00e9issance d\u2019une Vierge\u201d<\/em> (Contre les h\u00e9r\u00e9sies, III,22,4; V,19,1).<\/p>\n<p>Inspir\u00e9e par l\u2019Esprit Saint dans son Cantique d\u2019action de gr\u00e2ce, Marie a eu l\u2019intuition du prodigieux retournement de l\u2019histoire dont elle \u00e9tait l\u2019instrument\u00a0; elle voyait le salut apport\u00e9 par son fils refluer jusqu\u2019aux origines de l\u2019histoire de Dieu avec son peuple\u00a0: <em>\u201cIl est venu en aide \u00e0 Isra\u00ebl son serviteur en souvenir de sa bont\u00e9, comme il l\u2019avait promis \u00e0 nos p\u00e8res, en faveur d\u2019Abraham et de sa descendance \u00e0 jamais\u201d<\/em> (Luc 1,54-55)\u00a0; et elle voyait les humiliations de son fils op\u00e9rer une r\u00e9volution universelle et d\u00e9finitive dans les structures des soci\u00e9t\u00e9s fond\u00e9es sur la puissance et la richesse\u00a0:<em> \u201cIl a jet\u00e9 les puissants \u00e0 bas de leurs tr\u00f4nes et il a \u00e9lev\u00e9 les humbles\u00a0; il a combl\u00e9 de biens les affam\u00e9s et renvoy\u00e9 les riches les mains vides\u201d<\/em> (Luc 1,52-53).<\/p>\n<blockquote><p>En quel sens et jusqu\u2019\u00e0 quel point pouvons-nous comprendre ces paroles, que tant de chefs d\u2019\u00c9tat ont jug\u00e9es dangereusement r\u00e9volutionnaires\u00a0?<\/p><\/blockquote>\n<p>Elles le seraient r\u00e9ellement si on les prenait au mot, &#8211; le doit-on\u00a0?<\/p>\n<p>Nous les \u00e9dulcorons volontiers en disant qu\u2019elles visent essentiellement les r\u00e9alit\u00e9s c\u00e9lestes et surnaturelles, ce qui n\u2019est pas faux, mais n\u2019est pas non plus totalement vrai.<\/p>\n<p>Car le retournement attendu de la fin des temps concerne essentiellement le Royaume de Dieu, qui doit certes s\u2019achever dans l\u2019intimit\u00e9 et l\u2019\u00e9ternit\u00e9 de Dieu, mais qui, dans la pens\u00e9e des Proph\u00e8tes et de J\u00e9sus, devait se manifester sur terre et dans l\u2019histoire, pour une dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e, \u00e0 commencer, selon l\u2019annonce de l\u2019Ange (Luc 1,32- 33), par la restauration du tr\u00f4ne de David et le r\u00e8gne du Messie sur la famille de Jacob.<\/p>\n<p>Aussi, quand J\u00e9sus annon\u00e7ait que, dans le Royaume de Dieu <em>\u201cles derniers seront premiers, les premiers derniers\u201d<\/em> (Mat 20,16), il est clair que, dans sa pens\u00e9e, ces paroles, consolantes pour les uns, mena\u00e7antes pour d\u2019autres, \u00e9taient destin\u00e9es \u00e0 modifier les comportements de ses auditeurs d\u00e8s maintenant et en toutes sortes de domaines, <em>\u201ccar tout homme qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve sera abaiss\u00e9 et celui qui s\u2019abaisse sera \u00e9lev\u00e9\u201d<\/em> (Luc 14,11).<\/p>\n<p>Ce renversement devait, par priorit\u00e9, affecter la condition de la femme, soumise \u00e0 la volont\u00e9, au d\u00e9sir, au pouvoir, \u00e0 la gloire de l\u2019homme, p\u00e8re ou mari, fils ou fr\u00e8re a\u00een\u00e9, magistrat ou chef d&#8217;\u00c9tat. \u00c0 plus forte raison, le retournement annonc\u00e9 par Marie devait-il prendre figure d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019\u00c9glise, qui \u00e9tait con\u00e7ue comme le rassemblement des \u201csaints\u201d en instance d\u2019entrer dans le Royaume.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas impossible que J\u00e9sus ait voulu anticiper ce renversement des derniers temps, quand il envoyait les pieuses femmes, qui l\u2019avaient suivi jusqu\u2019au pied de la croix et qui revenaient lui prodiguer les derniers soins dans son tombeau, annoncer sa r\u00e9surrection \u00e0 ses disciples, les \u00e9levant ainsi au m\u00eame rang que les ap\u00f4tres qui l\u2019avaient abandonn\u00e9 et reni\u00e9.<\/p>\n<p>En tout cas, Paul, le pers\u00e9cuteur devenu ap\u00f4tre par la faveur de J\u00e9sus, avait bien compris que la glorification de celui qui avait subi le ch\u00e2timent d\u2019un blasph\u00e9mateur entra\u00eenait un changement radical des structures et des relations sociales et interpersonnelles, changement qui devait manifester au monde la r\u00e9surrection de J\u00e9sus en s\u2019incarnant visiblement dans les structures de l\u2019\u00c9glise, nouveau corps du Christ, dans les relations et comportements des membres de ce corps, et il en avait tir\u00e9 cette r\u00e8gle qui fut la premi\u00e8re et longtemps la seule loi organique de l\u2019\u00c9glise\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>\u201cIl n\u2019y a plus ni Juif et Grec, ni esclave et homme libre, ni l\u2019homme et la femme, car vous n\u2019\u00eates tous qu\u2019un en J\u00e9sus Christ\u201d (Gal 3,28).<\/p><\/blockquote>\n<p>Nous venons ainsi \u00e0 examiner quels changements a apport\u00e9s le christianisme \u00e0 la condition de la femme dans l\u2019\u00c9glise et dans le monde.<\/p>\n<h2 id=\"ni-lhomme-et-la-femme\" >Ni l\u2019homme et la femme<\/h2>\n<p>En \u00e9dictant ce principe qui allait r\u00e9gir la constitution des communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes fond\u00e9es par lui ou par ses assistants \u00e0 travers le monde romain du premier si\u00e8cle de notre \u00e8re, Paul n\u2019avait pas la pr\u00e9tention d\u2019abolir les diff\u00e9rences culturelles entre le peuple juif et les cit\u00e9s grecques, ni la distance politique ou sociale entre les libres citoyens et les esclaves, les riches et les pauvres, moins encore la diversit\u00e9 sp\u00e9cifique des hommes et des femmes ni la particularit\u00e9 du genre de vie qui en d\u00e9coulait pour les uns et les autres.<\/p>\n<p>Il voulait seulement dire que, depuis la r\u00e9surrection de J\u00e9sus, Dieu n\u2019accordait plus de privil\u00e8ge \u00e0 aucune cat\u00e9gorie de peuples ou d\u2019individus dont d\u2019autres seraient exclus, et que la m\u00eame dignit\u00e9 devait \u00eatre reconnue dans l\u2019\u00c9glise \u00e0 tous ceux qui avaient pareillement <em>\u201crev\u00eatu le Christ\u201d,<\/em> ou <em>\u201cl\u2019homme nouveau\u201d<\/em> (Col 3,10), disait-il encore, c\u2019est-\u00e0-dire le nouveau type d\u2019humanit\u00e9 apparu en J\u00e9sus, en qui avaient disparu tous les signes d\u2019exclusion par lesquels les hommes cherchent \u00e0 \u00e9tablir leur domination sur d\u2019autres.<\/p>\n<p>Du fait que le Christ \u00e9tait mort \u201cpour tous\u201d (2 Cor 5,14) sans exception, les pa\u00efens aussi h\u00e9ritaient des promesses faites par Dieu \u00e0 la descendance d\u2019Abraham\u00a0; c\u2019est pourquoi Paul reprochait \u00e0 Pierre et aux chr\u00e9tiens d\u2019origine juive d\u2019avoir peur de se souiller en partageant les repas des chr\u00e9tiens d\u2019origine pa\u00efenne (Gai 2,14-15), ou aux riches citoyens de Corinthe de ne pas attendre les d\u00e9bardeurs du port pour partager avec eux le <em>\u201crepas du Seigneur\u201d<\/em> (1 Cor 11,20-21)\u00a0: ce n\u2019est pas l\u00e0, leur disait-il, <em>\u201cdiscerner le corps du Seigneur\u201d<\/em> que vous formez quand vous vous r\u00e9unissez pour comm\u00e9morer sa mort et annoncer son retour (ibid., v.26-29).<\/p>\n<p>Dans un m\u00eame esprit, il demandait \u00e0 Phil\u00e9mon d\u2019accueillir comme un fr\u00e8re son esclave On\u00e9sime qui s\u2019\u00e9tait enfui (Phil, 16)\u00a0; il ne songeait pas \u00e0 abolir l\u2019esclavage, dont l\u2019\u00e9conomie de son temps ne pouvait se passer, mais, depuis que J\u00e9sus s\u2019\u00e9tait pr\u00eat\u00e9 au supplice des esclaves, Paul ne supportait plus de les voir m\u00e9pris\u00e9s.<\/p>\n<p>Analogue \u00e9tait son attitude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des femmes. <em>\u201cLa femme qui prie ou proph\u00e9tise t\u00eate nue fait affront \u00e0 son chef, qui est l\u2019homme, dit-il, c\u2019est pourquoi elle \u201cdoit porter sur la t\u00eate la marque de sa d\u00e9pendance\u201d envers l\u2019homme, qui est le voile<\/em> (1 Cor 11,5-10). Sur quoi on accuse Paul aujourd\u2019hui de mysoginie. Il est vrai qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u201cf\u00e9ministe\u201d au sens actuel. Mais on ne remarque pas son audace\u00a0: parlant \u00e0 Corinthe o\u00f9 la prise de parole en public sur l\u2019Agora \u00e9tait l\u2019apanage de hommes libres, des citoyens qui d\u00e9battaient des affaires de la cit\u00e9, o\u00f9 la parole \u00e9tait signe et moyen de domination,<\/p>\n<p>Paul ose autoriser la femme \u00e0 prendre la parole dans l\u2019assembl\u00e9e chr\u00e9tienne, t\u00eate voil\u00e9e d\u2019accord, pour prier ou proph\u00e9tiser d\u2019accord, mais en public et pour interpeller les autres membres de l\u2019assembl\u00e9e, les enseigner peut-\u00eatre, les interpr\u00e9ter ou les corriger le cas \u00e9ch\u00e9ant\u00a0: l\u00e0 \u00e9tait la nouveaut\u00e9 chr\u00e9tienne, l\u2019accession de la femme \u00e0 la libert\u00e9 de parole.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin du si\u00e8cle, une telle audace ne sera plus de mise. L\u2019auteur anonyme de la premi\u00e8re lettre \u00e0 Timoth\u00e9e, mise sous le nom de Paul, ordonne \u00e0 la femme de \u201cgarder le silence, en toute soumission, pendant l\u2019instruction\u201d (1 Tim 2,11), faite \u00e9videmment par des hommes. Ce passage (v. 11-15) a \u00e9t\u00e9 abusivement transf\u00e9r\u00e9 par un copiste dans la lettre pr\u00e9c\u00e9dente de Paul aux Corinthiens (11, 34-36), renfor\u00e7ant ainsi le reproche d\u2019antif\u00e9minisme qui lui est fait. Or, l\u2019interdiction de parler faite aux femmes est manifestement post\u00e9rieure \u00e0 Paul d\u2019un demi-si\u00e8cle\u00a0: <em>\u201cJe ne permets pas \u00e0 la femme d\u2019enseigner ni de dominer l\u2019homme. Qu\u2019elle se tienne donc en silence\u201d,<\/em> dit l\u2019auteur de la lettre \u00e0 Timoth\u00e9e (2,12), un \u00e9piscope tout fier de la d\u00e9cision qu\u2019il vient de prendre pour r\u00e9primer ce qu\u2019il estimait \u00eatre un abus \u00e0 proscrire.<\/p>\n<p>Mais Paul autorisait les femmes \u00e0 parler dans l\u2019\u00c9glise parce que la r\u00e9surrection de J\u00e9sus avait r\u00e9pandu son Esprit \u201csur toute chair\u201d (Act 2,17), sur les pa\u00efens convertis au Christ comme sur les ap\u00f4tres (Ac 11,15), sur les femmes comme sur les hommes libres, aussi ne se reconnaissait-il pas le droit d\u2019\u201c\u00e9teindre l\u2019Esprit\u201d en r\u00e9primant les dons de proph\u00e9tie (1 Thess 5,19-20).<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi Paul comptait de nombreuses femmes parmi ses collaborateurs, comme on le voit dans les adresses de ses lettres (par exemple Rom 16), des femmes dont plusieurs \u00e9taient chefs de communaut\u00e9s et pr\u00e9sidaient \u00e0 ce titre la lecture et l\u2019explication des \u00c9critures et la c\u00e9l\u00e9bration du repas eucharistique.<\/p>\n<blockquote><p>Ainsi les femmes et les pa\u00efens, celles-l\u00e0 jadis priv\u00e9es de parole, ceux-ci \u00e9cart\u00e9s du Temple, \u00e9taient les premiers b\u00e9n\u00e9ficiaires de la r\u00e9volution religieuse et culturelle apport\u00e9e par le Christ.<\/p><\/blockquote>\n<p>La restriction de cette nouveaut\u00e9 dans les \u00c9p\u00eetres pastorales est encore plus notable au d\u00e9but du troisi\u00e8me si\u00e8cle. Hippolyte de Rome, auteur du premier recueil canonique et liturgique mis sous le nom de La tradition apostolique, instaure la distinction entre clercs et la\u00efcs et l\u2019ordination des clercs par l\u2019imposition des mains, et interdit d\u2019utiliser ce signe pour consacrer des vierges et des veuves, comme cela se faisait auparavant\u00a0: la femme est d\u00e9sormais priv\u00e9e de parole et \u00e9cart\u00e9e de l\u2019autel, orientation r\u00e9cente qui sera suivie par toute la tradition post\u00e9rieure qui ne remettra plus en discussion la place de la femme dans l\u2019\u00c9glise jusqu\u2019\u00e0 nos jours.<\/p>\n<p>Cette mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart ne doit cependant pas \u00eatre comprise comme une exclusion proprement dite, car le sacerdoce n\u2019a \u00e9t\u00e9 introduit en r\u00e9gime chr\u00e9tien qu\u2019au d\u00e9but du IIIe si\u00e8cle par la cons\u00e9cration d\u2019un \u00e9v\u00eaque, sur le mod\u00e8le des anciens pontifes juifs, \u00e9v\u00eaque \u00e0 qui le gouvernement des communaut\u00e9s fut confi\u00e9, avec l\u2019assistance du conseil des Anciens ou presbytres, eux aussi distingu\u00e9s par l\u2019imposition des mains, mais qui n\u2019acc\u00e9d\u00e8rent que plus tard aux pr\u00e9rogatives du sacerdoce.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors qu\u2019il ne s\u2019agissait plus d\u2019accueillir une parole inspir\u00e9e mais de conf\u00e9rer un pouvoir marqu\u00e9 d\u2019un signe sacr\u00e9, les m\u0153urs de l\u2019\u00e9poque ne permettaient pas d\u2019en investir les femmes, qui rentr\u00e8rent dans le rang avec les hommes rest\u00e9s \u201csimples la\u00efcs\u201d.<\/p>\n<p>La femme prendra sa revanche, toutefois, s\u2019il est permis de s\u2019exprimer ainsi, quelques si\u00e8cles plus tard, \u00e0 la faveur d\u2019un nouveau changement d\u2019aussi grande importance. Dans les premiers si\u00e8cles de l\u2019\u00c9glise, on ne baptisait en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale que des adultes qui s\u2019\u00e9taient convertis \u00e0 l\u2019\u00c9vangile, ou des adolescents sortis de cat\u00e9ch\u00e8se, tandis que les bapt\u00eames d\u2019enfants et \u00e0 plus forte raison de nourrissons, incapables de confesser la foi au Christ en connaissance de cause, \u00e9taient rares et nullement encourag\u00e9s, encore moins prescrits.<\/p>\n<p>Dans le cours du VI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le bapt\u00eame des petits enfants, voire d\u00e8s leur naissance, devint la coutume la plus r\u00e9pandue et bient\u00f4t la loi g\u00e9n\u00e9rale, pour leur \u00e9pargner le risque d\u2019aller en enfer s\u2019ils venaient \u00e0 mourir d\u00e9munis du signe de la foi.<\/p>\n<p>Le christianisme renon\u00e7ait du coup \u00e0 se r\u00e9pandre par le seul appel \u00e0 la conversion \u00e9vang\u00e9lique et courait le risque de se r\u00e9duire \u00e0 une religion sociologique et ritualiste. S\u2019il y \u00e9chappa, mais pas totalement, ce fut gr\u00e2ce \u00e0 la foi et au d\u00e9vouement des mamans, \u00e0 qui incombait la charge des enfants, qui se pr\u00e9occup\u00e8rent de leur apprendre les rudiments de la foi, de la pi\u00e9t\u00e9 et de la vie chr\u00e9tienne avant m\u00eame qu\u2019ils aient l\u2019\u00e2ge d\u2019entrer en cat\u00e9ch\u00e8se et qui veillaient ensuite \u00e0 ce qu\u2019ils restent fid\u00e8les \u00e0 leurs promesses baptismales. Gr\u00e2ce aux femmes, l\u2019\u00c9vangile restera la vis\u00e9e prioritaire du christianisme.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rable aussi fut leur r\u00f4le pour r\u00e9pandre l\u2019exemple et l\u2019esprit, les vertus et les m\u0153urs de l\u2019\u00c9vangile dans les familles et les villages, les soci\u00e9t\u00e9s et les \u00c9tats, pour civiliser les peuplades barbares conquises par les l\u00e9gions romaines et former la culture occidentale.<\/p>\n<p>Ce fut principalement l\u2019\u0153uvre des couvents monastiques et des congr\u00e9gations religieuses de s\u0153urs qui se multipli\u00e8rent en se renouvelant de si\u00e8cle en si\u00e8cle depuis le haut Moyen-\u00c2ge, pour recueillir les enfants abandonn\u00e9s, soigner les malades, les mourants, les bless\u00e9s, les pestif\u00e9r\u00e9s, nourrir les pauvres, instruire et \u00e9duquer les enfants et les jeunes filles, donner l\u2019exemple du d\u00e9vouement et de la solidarit\u00e9 au temps des catastrophes nationales, apprendre \u00e0 tous le respect de la personne humaine, fa\u00e7onner les m\u0153urs publiques selon l\u2019esprit de l\u2019\u00c9vangile\u00a0: ainsi se form\u00e8rent les \u201cvaleurs\u201d dont la culture occidentale est si fi\u00e8re et qui sont un apport incontestable du christianisme.<\/p>\n<p>Il n\u2019est pas question d\u2019exalter le r\u00f4le des femmes en la mati\u00e8re au-dessus de celui des hommes. Mais, puisque l\u2019influence du culte marial est parfois contest\u00e9 sous pr\u00e9texte qu\u2019il aurait entretenu les femmes dans un esprit de soumission et de d\u00e9pendance, et quoique ce reproche ne soit pas enti\u00e8rement d\u00e9nu\u00e9 de justifications, il est juste de remarquer que les femmes entr\u00e9es dans la vie religieuse y ont souvent fait l\u2019exp\u00e9rience de s\u2019\u00e9manciper des tutelles familiales, d\u2019agrandir leurs horizons, de prendre des responsabilit\u00e9s, de s\u2019initier \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9, de cultiver les vertus altruistes\u00a0; les religieuses de notre temps en ont fourni des preuves manifestes, qui n\u2019ont pas toujours eu l\u2019heur de plaire aux autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques.<\/p>\n<blockquote><p>\u00c0 l\u2019exemple de Marie, elles ont continu\u00e9 la cohorte des filles d\u2019Isra\u00ebl qui aspiraient \u00e0 la lib\u00e9ration de leur peuple\u00a0; elles n\u2019ont pas renvers\u00e9 les puissants, mais elles ont \u00e9lev\u00e9 les humbles et nourri les affam\u00e9s\u00a0; sous la conduite de la Nouvelle \u00c9ve, elles ont \u0153uvr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9closion d\u2019une f\u00e9minit\u00e9 nouvelle.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les religieuses contemplatives, qui fuyaient la vie du si\u00e8cle, n\u2019ont pas manqu\u00e9 d\u2019y exercer leur influence d\u2019une autre fa\u00e7on, qui a retenu l\u2019attention des historiens de la spiritualit\u00e9 des XVI<sup>e<\/sup> et XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cles.<\/p>\n<p>S\u2019adonnant \u00e0 la recherche du \u201cpur amour\u201d de Dieu, elles examinaient assid\u00fbment sous cet angle les moindres mouvements de la sensibilit\u00e9 et de la volont\u00e9, sous la conduite de guides spirituels mais \u00e0 l\u2019\u00e9cart des hi\u00e9rarchies eccl\u00e9siastiques, et elles initiaient \u00e0 leurs analyses les dames de la haute soci\u00e9t\u00e9 qui fr\u00e9quentaient leurs couvents selon la coutume de l\u2019\u00e9poque\u00a0; ainsi des moniales et d\u2019autres femmes \u201cmystiques\u201d (telles une Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, une Mme Guyon) ont fortement contribu\u00e9 \u00e0 la formation de la subjectivit\u00e9 qu\u2019\u00e9tudiaient, de leur c\u00f4t\u00e9, les philosophes de ce temps, dont plusieurs (tel Emmanuel Kant) lisaient des mystiques, et elles ont exerc\u00e9 une influence certaine sur ce qu\u2019on a appel\u00e9 l\u2019esprit des Lumi\u00e8res et la Modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette \u00e9volution a abouti au si\u00e8cle dernier \u00e0 un nouveau retournement de l\u2019histoire. Tandis que beaucoup d\u2019hommes, influenc\u00e9s par l\u2019esprit des Lumi\u00e8res, quittaient l\u2019\u00c9glise pour trouver dans les \u00c9tats s\u00e9cularis\u00e9s la libert\u00e9 qu\u2019elle leur refusait, au point que le recrutement presbyt\u00e9ral se tarissait et que les \u00e9glises se vidaient, de nombreuses femmes, la\u00efques et religieuses, avec quelques hommes de moins en moins nombreux, vol\u00e8rent au secours de l\u2019\u00c9glise pour lui rendre les services que les clercs ne lui dispensaient plus\u00a0: cat\u00e9ch\u00e8se des jeunes, animation liturgique, aum\u00f4neries des lyc\u00e9es, h\u00f4pitaux et prisons, pr\u00e9paration aux sacrements, mariages ou fun\u00e9railles, etc.<\/p>\n<p>Mais un second changement, inattendu, ne tarda pas \u00e0 se produire, que des sociologues ont analys\u00e9 avec stup\u00e9faction\u00a0: la Papaut\u00e9 suscita le d\u00e9sarroi, puis la col\u00e8re des femmes, son meilleur soutien, en tranchant comme on le sait les questions de la contraception et d\u2019autres questions sexuelles, puis en prenant ombrage des femmes au point de les mettre de c\u00f4t\u00e9, comme si elles voulaient s\u2019emparer du sacerdoce et du pouvoir.<\/p>\n<p><strong>Quel sera l\u2019avenir de l\u2019\u00c9glise priv\u00e9e de leur soutien, quelle sera la condition f\u00e9minine dans une \u00c9glise qui ne leur fait plus confiance\u00a0? Ce sera l\u2019objet de nos derni\u00e8res r\u00e9flexions.<\/strong><\/p>\n<h2 id=\"lavenir-de-leglise-et-de-la-femme-chretienne\" >L\u2019avenir de l\u2019\u00c9glise et de la femme chr\u00e9tienne<\/h2>\n<p>[\u2026] J\u2019ai soutenu, en accord avec nombre d\u2019autres th\u00e9ologiens, que rien dans l\u2019\u00c9criture ne s\u2019oppose [\u00e0 la participation des femmes au pouvoir et \u00e0 l\u2019ordination], mais je n\u2019ai jamais milit\u00e9 pour cette cause, et voici pourquoi.<\/p>\n<p>Je ne pense pas que le manque de pr\u00eatres soit la principale source des maux dont souffre l\u2019\u00c9glise, je pense que c\u2019est plut\u00f4t le cl\u00e9ricalisme, c\u2019est-\u00e0-dire la conception du sacerdoce en tant que pouvoir et son exercice sous forme de domination, alors que J\u00e9sus n\u2019a jamais souhait\u00e9 d\u2019autre grandeur pour ses disciples que celle du plus grand abaissement (Mat 20,26; 23,11)\u00a0; mais je ne crois pas que l\u2019institution eccl\u00e9siastique, b\u00e2tie sur la notion de pouvoir divin, parvienne jamais \u00e0 y renoncer ni que sa r\u00e9forme, souhait\u00e9e par tant de chr\u00e9tiens, puisse venir de sa hi\u00e9rarchie, car aucune institution n\u2019a jamais su se priver du pouvoir par lequel elle fonctionne, s\u2019impose et perdure, aussi longtemps qu\u2019elle est capable de rendre \u00e0 ses membres les services qu\u2019ils en attendent\u00a0; or, je ne crois pas non plus que l\u2019\u00c9glise soit menac\u00e9e d\u2019une rapide extinction faute de pr\u00eatres, car les populations qui ont besoin de rites et de sacr\u00e9 sauront lui en fournir, et rien ne permet de dire que la religiosit\u00e9, si r\u00e9duite qu\u2019elle soit, serait d\u00e8s aujourd\u2019hui en voie d\u2019\u00e9puisement.<\/p>\n<p>En diminuant encore sa voilure, l\u2019\u00c9glise a donc de l\u2019avenir devant elle, en tant que religion s\u2019entend. Mais pas en tant qu\u2019\u00c9vangile, et c\u2019est \u00e0 cela qu\u2019il est important et urgent de r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n<p>J\u00e9sus n\u2019a pas confi\u00e9 \u00e0 ses ap\u00f4tres la mission de s\u2019installer dans les villes, ici et l\u00e0, pour y fonder un culte nouveau destin\u00e9 \u00e0 remplacer celui auquel il avait \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 par sa m\u00e8re\u00a0; il les a envoy\u00e9s parcourir le monde pour y annoncer l\u2019\u00c9vangile, qui est la Bonne Nouvelle du salut accompli par lui et l\u2019enseignement des voies qui y conduisent, et il n\u2019a jamais laiss\u00e9 entendre que le salut ne pouvait \u00eatre re\u00e7u que dans un temple, car<em> \u201cDieu est Esprit\u201d,<\/em> disait-il, et <em>\u201cc\u2019est l\u2019Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien\u00a0\u00bb<\/em> (Jean 4,24; 6,63).<\/p>\n<p>Il les invitait \u00e0 suivre son exemple\u00a0: il allait de village en village au-devant des gens, \u00e0 la recherche des p\u00e9cheurs, entrant dans les maisons, mangeant et buvant avec ceux qui le recevaient, et c\u2019est ainsi, disait-il \u00e0 la suite de son repas chez Zach\u00e9e, que <em>\u201cle salut est venu pour cette maison\u201d<\/em> (Luc 19,9). Pierre avait d\u00fb m\u00e9diter cet exemple quand il accepta d\u2019entrer chez le pa\u00efen Corneille et de partager son repas, malgr\u00e9 sa vive r\u00e9pugnance \u00e0 manger des aliments impurs, apr\u00e8s avoir vu l\u2019Esprit Saint <em>\u201ctomber sur les pa\u00efens comme il l\u2019avait fait sur nous au commencement\u2019\u2019,<\/em> racontait Pierre, sans attendre le bapt\u00eame que celui-ci ne songeait m\u00eame pas \u00e0 lui proposer (Act 11,15).<\/p>\n<p>Il faut croire que cet \u00e9pisode \u00e9tait devenu un exemple normatif pour l\u2019\u00c9glise naissante, puisque Luc le narre \u00e0 trois reprises successives\u00a0: l\u2019\u00c9glise n\u2019est pas n\u00e9e de gestes sacr\u00e9s, dans des lieux sacr\u00e9s, mais de gestes d\u2019hospitalit\u00e9, dans des maisons ouvertes \u00e0 tout venant, et d\u2019ailleurs les premiers chr\u00e9tiens n\u2019eurent longtemps que leurs maisons, lieux profanes, pour se reconna\u00eetre et se faire conna\u00eetre, se rassembler et disperser \u00e0 tout vent des semences d\u2019Evangile.<\/p>\n<p>Paul disait qu\u2019il n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9<em> \u201cenvoy\u00e9 baptiser mais annoncer l\u2019\u00c9vangile\u201d<\/em> (1 Cor 1,17), en ce sens qu\u2019il ne cherchait pas \u00e0 recruter des fid\u00e8les qui resteraient sous sa d\u00e9pendance mais \u00e0 les mettre en capacit\u00e9 de se conduire par eux-m\u00eames en disciples du Christ\u00a0; et dans la seule instruction eucharistique qu\u2019il ait faite aux Corinthiens, \u00e0 qui il reprochait de ne pas <em>\u201cdiscerner le corps du Seigneur\u201d<\/em>, il leur donne pour toute consigne de<em> \u201cs\u2019attendre les uns les autres\u201d pour se mettre \u00e0 table<\/em> (1 Cor 11,33)\u00a0: l\u2019\u00c9glise se construit en lieu de salut par les gestes quotidiens de la fraternit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00c9glise perd sa vigueur en se tenant enferm\u00e9e dans ses enclos bien clos mais vides, elle ne la retrouvera pas en restaurant ses antiques traditions, comme elle entreprend de le faire, mais en sortant respirer l\u2019air des autres. Car elle ne meurt pas d\u2019un manque de sacralit\u00e9, comme elle le croit, mais de ne plus annoncer l\u2019\u00c9vangile, qui est sa seule raison d\u2019\u00eatre. Et comment le ferait-elle\u00a0? Le monde ne vient pas l\u2019\u00e9couter l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019enferme, et d\u2019ailleurs elle ne sait plus parler le langage de ce monde, celui de la modernit\u00e9.<\/p>\n<p>Qu\u2019elle laisse donc ses fid\u00e8les la\u00efcs, eux qui parlent ce langage, se disperser en tous lieux, se rassembler dans leurs maisons, les transformer en communaut\u00e9s \u00e9vang\u00e9liques, dont le monde a perdu le contact depuis que les chr\u00e9tiens doivent quitter leurs lieux de vie pour se rencontrer dans les rares lieux o\u00f9 il y a un pr\u00eatre pour exercer le culte.<\/p>\n<p>Dans leurs maisons les fid\u00e8les la\u00efcs pourront se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de J\u00e9sus en qualit\u00e9 de disciples\u00a0: \u00e9tudier l\u2019\u00c9vangile, le m\u00e9diter, le prier, le c\u00e9l\u00e9brer, et aussi, et surtout, examiner ensemble la mani\u00e8re de rendre l\u2019\u00c9vangile visible et audible de tous ceux qui vivent autour d\u2019eux, examiner comment jeter des semences d\u2019\u00c9vangile autour d\u2019eux, l\u00e0 o\u00f9 il y en a le plus besoin, lui donner un champ d\u2019action dans les r\u00e9alit\u00e9s sociales, dans les structures \u00e9conomiques, politiques, dans les comportements quotidiens, examiner cela entre chr\u00e9tiens, mais aussi en y conviant d\u2019autres personnes, m\u00eame non croyantes, qu\u2019ils mettront sur le chemin de l\u2019\u00c9vangile, qui est chemin de salut, en travaillant avec elles \u00e0 m\u00eame la chair de ce monde o\u00f9 le Ressuscit\u00e9 a r\u00e9pandu son Esprit.<\/p>\n<p>Le besoin en est d\u2019autant plus grand que la crise que nous vivons n\u2019est pas simplement crise de l\u2019\u00c9glise ou de la religion ou de la foi, comme on le croit souvent, mais crise de la civilisation occidentale tout enti\u00e8re, et m\u00eame crise d\u2019humanit\u00e9 comme on s\u2019en rend compte de plus en plus.<\/p>\n<p>On entend dire \u00e0 longueur de temps que la pauvret\u00e9 s\u2019accro\u00eet, que la s\u00e9curit\u00e9 du travail et l\u2019offre et la r\u00e9mun\u00e9ration du travail ne cessent de diminuer, et on remarque que cet appauvrissement est proportionnel \u00e0 l\u2019enrichissement des plus riches, ce qui se constate pour des pays entiers comme pour les individus, et la consigne la moins discut\u00e9e est de produire plus et \u00e0 moindre co\u00fbt pour que les investissements industriels rapportent de plus grands profits \u00e0 ceux qui les ont financ\u00e9s\u00a0; on ne craint m\u00eame plus les catastrophes \u00e9cologiques que pr\u00e9parent in\u00e9luctablement ces investissements, car les plus riches parviendront \u00e0 en pr\u00e9server leur environnement imm\u00e9diat \u00e0 moindre co\u00fbt que si l\u2019on voulait sauver la plan\u00e8te enti\u00e8re.<\/p>\n<p>Observant ce nouveau cours de la civilisation, des sociologues et des \u00e9conomistes ont diagnostiqu\u00e9 une perte du sentiment de la solidarit\u00e9 et de la fraternit\u00e9, une perte d\u2019humanit\u00e9\u00a0: les chr\u00e9tiens seraient devenus aveugles s\u2019ils n\u2019y reconnaissaient pas une perte des valeurs \u00e9vang\u00e9liques.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 l\u2019ultime raison pour laquelle l\u2019\u00c9glise ne doit pas se replier sur elle-m\u00eame, se reposer dans le sacr\u00e9, mais se porter au secours de l\u2019humanit\u00e9 en lib\u00e9rant la parole de l\u2019\u00c9vangile, en laissant, en envoyant ses fid\u00e8les la r\u00e9pandre en tout lieu. Notre monde a besoin de la r\u00e9volution \u00e9vang\u00e9lique que chantait Marie, <em>\u201crenverser les puissants de leurs tr\u00f4nes, \u00e9lever les humbles\u201d,<\/em> et \u00e0 laquelle J\u00e9sus faisait \u00e9cho au d\u00e9but de sa mission en citant le proph\u00e8te Isa\u00efe\u00a0: <em>\u201cL\u2019Esprit du Seigneur m\u2019a conf\u00e9r\u00e9 l\u2019onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres. Il m\u2019a envoy\u00e9 proclamer aux captifs la lib\u00e9ration et renvoyer les opprim\u00e9s en libert\u00e9\u201d<\/em> (Luc 4, 18). Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00c9glise et de la foi ou du c\u00f4t\u00e9 du monde et de l\u2019humanit\u00e9, le besoin d\u2019une r\u00e9volution \u00e9vang\u00e9lique est le m\u00eame.<\/p>\n<blockquote><p>C\u2019est pourquoi l\u2019heure n\u2019est plus, pour l\u2019\u00c9glise, de se mettre \u00e0 l\u2019abri, de se sauver \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde, elle est de se disperser pour tout sauver.<\/p><\/blockquote>\n<p>J\u00e9sus l\u2019avait pressenti en sortant du tombeau, quand il avait fait de plusieurs femmes le messag\u00e8res de sa r\u00e9surrection pour l\u2019annoncer aux ap\u00f4tres eux-m\u00eames (Marc 16,7), puis quand il avait d\u00e9cid\u00e9 de disperser ses ap\u00f4tres \u00e0 travers les Nations pa\u00efennes, alors qu\u2019il avait longtemps cru et d\u00e9clar\u00e9 que Dieu l\u2019avait envoy\u00e9 <em>\u201caux seules brebis perdues de la maison d\u2019Isra\u00ebl\u201d<\/em> (Mat 15,24), et encore lorsqu\u2019il avait choisi Paul le pers\u00e9cuteur pour cette mission aux Gentils de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ses plus fid\u00e8les ap\u00f4tres. Pourquoi l\u2019\u00c9glise aurait-elle peur ou honte de changer ses objectifs de mission\u00a0? Tout doit, tout peut recommencer l\u00e0 o\u00f9 tout a commenc\u00e9.<\/p>\n<p>Telle est la signification de la derni\u00e8re sc\u00e8ne \u00e9vang\u00e9lique qui montre J\u00e9sus mourant sur la croix d\u00e9signer son disciple pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 sa M\u00e8re en lui disant\u00a0: <em>&#8220;Voici ton fils\u201d,<\/em> puis confier sa M\u00e8re \u00e0 ce disciple en lui disant\u00a0: <em>\u201cVoici ta M\u00e8re\u201d.<\/em> Et l\u2019\u00e9vang\u00e9liste de poursuivre\u00a0: <em>\u201cEt depuis cette heure-l\u00e0, le disciple la prit chez lui\u201d<\/em> (Jean 19,27). C\u2019\u00e9tait l\u2019heure, fix\u00e9e de toute \u00e9ternit\u00e9, de la rencontre entre la Nouvelle \u00c8ve et le Nouvel Adam, et la mission de J\u00e9sus, qui se terminait l\u00e0, recommen\u00e7ait par personnes interpos\u00e9es l\u00e0 o\u00f9 il avait recrut\u00e9 ses premiers disciples (Jean 1,39) qu\u2019il conduisit ensuite chez sa m\u00e8re (2,12). Tel est le plus s\u00fbr fondement \u00e9vang\u00e9lique qui autorise et convoque les femmes \u00e0 abriter et \u00e0 prendre en charge la mission \u00e9vang\u00e9lique pour la nouvelle cr\u00e9ation.<\/p>\n","protected":false},"author":124,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[125],"ht_kb_tag":[123],"class_list":["post-703","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-mysteres-de-marie","ht_kb_tag-etude"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/703"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/124"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=703"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/703\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":713,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/703\/revisions\/713"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=703"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}