{"id":679,"date":"2015-05-22T16:46:59","date_gmt":"2015-05-22T15:46:59","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=679"},"modified":"2016-02-03T17:21:54","modified_gmt":"2016-02-03T16:21:54","slug":"circulaire-sur-lobeissance","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/circulaire-sur-lobeissance\/","title":{"rendered":"Circulaire du Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral n\u00b03 sur l&#8217;obeissance"},"content":{"rendered":"<h3 id=\"quil-madvienne-selon-ta-parole-en-obeissance-avec-marie-quil-madvienne-selon-ta-parole\" >\u00ab Qu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole ! \u00bb<br \/>\n<span style=\"font-size: 18px; line-height: 1;\">en ob\u00e9issance avec Marie \u201cqu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole !\u201d<\/span><\/h3>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-684 size-full\" src=\"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance.jpg\" alt=\"obeissance\" width=\"800\" height=\"210\" srcset=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance.jpg 800w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance-300x79.jpg 300w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance-50x13.jpg 50w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance-600x158.jpg 600w, https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2015\/05\/obeissance-320x84.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h5 id=\"chers-freres\" >Chers Fr\u00e8res,<\/h5>\n<p>Prolongeant la contemplation du myst\u00e8re de Marie que j\u2019ai commenc\u00e9e avec vous dans mes deux premi\u00e8res circulaires, je vous propose aujourd\u2019hui de fixer notre attention sur la r\u00e9ponse donn\u00e9e par Marie \u00e0 l\u2019ange du Seigneur : <em>\u201cQu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole!\u201d<\/em> (Lc 1, 38).<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">a<\/a><\/p>\n<p>Cette r\u00e9ponse, Dieu l\u2018a attendue de sa part. D\u00e8s qu\u2019il l\u2019a recueillie, l\u2019ange-messager quitte Marie, mission accomplie. Dieu, le Dieu P\u00e8re, Fils et Esprit Saint, venait de trouver ce qu\u2019il souhaitait \u2013 et m\u00eame, ce dont, paradoxalement, \u201cil avait besoin\u201d &#8211; de la part de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: la servante inconditionnelle de son projet de salut, sa coop\u00e9ratrice fid\u00e8le, engag\u00e9e corps et \u00e2me dans sa r\u00e9alisation. Par sa r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019ange, Marie a scell\u00e9 sa cons\u00e9cration inconditionnelle au plan de Dieu : \u201cQu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole\u201d.<\/p>\n<p>Cette parole de Marie demeure le mod\u00e8le parfait de tout acte de cons\u00e9cration \u00e0 Dieu et donc, en particulier, de notre profession religieuse marianiste. Ce que nous avons promis publiquement lors de cette profession c\u2019est, \u00e0 l\u2019exemple de Marie, de livrer tout notre \u00eatre et toute notre vie \u00e0 Dieu pour \u00ab\u00a0qu\u2019il nous soit fait selon sa parole\u00a0\u00bb, et qu\u2019advienne ainsi son R\u00e8gne pour le salut de notre monde.<\/p>\n<p>En vous invitant \u00e0 approfondir la signification de ces paroles de Marie, je vous propose, dans cette circulaire, de prendre le temps de relire notre vie \u00e0 la lumi\u00e8re de la cons\u00e9cration qui lui donne son orientation fondamentale. Notre vie est consacr\u00e9e pour que s\u2019incarne en elle la Parole de Dieu.<\/p>\n<p>Quelles sont les cons\u00e9quences de cette cons\u00e9cration dans notre histoire quotidienne\u00a0? Gardons-nous les yeux fix\u00e9s sur cet objectif\u00a0? Sommes-nous entr\u00e9s dans la vie religieuse pour donner corps au projet de Dieu, ou, au contraire, pour r\u00e9aliser nos projets personnels ou ceux de notre soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Comment nous ouvrir r\u00e9ellement \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu? Comment \u00e9couter la Parole qu\u2019Il nous adresse ici et maintenant? Que signifie \u00ab\u00a0donner corps\u00a0\u00bb \u00e0 cette parole\u00a0? Quels aspects de notre vie devons-nous particuli\u00e8rement orienter vers cette fin\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p>Ces questions, et d\u2019autres semblables, me pr\u00e9occupent vraiment lorsque je consid\u00e8re la vie religieuse des Marianistes d\u2019aujourd\u2019hui. Plus encore que les \u00e9ventuelles r\u00e9ponses que l\u2019on peut y donner, au plan personnel ou communautaire, ce qui m\u2019inqui\u00e8te, c\u2019est que ces questions-l\u00e0 soient m\u00eame rarement pos\u00e9es, quand elles ne sont pas totalement absentes de nos d\u00e9bats sur la vie religieuse aujourd\u2019hui. Parce qu\u2019elles touchent \u00e0 la racine vitale de notre cons\u00e9cration, elles ne devraient pourtant jamais cesser de nous interpeller.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re donc que les r\u00e9flexions que je vous partage contribueront \u00e0 revivifier notre vie int\u00e9rieure, \u00e0 provoquer en nous une inqui\u00e9tude salutaire et qu\u2019elles alimenteront ensuite des r\u00e9flexions, des \u00e9changes et des dialogues f\u00e9conds entre nous. Tout cela contribuera assur\u00e9ment \u00e0 redonner force et dynamisme \u00e0 notre vie religieuse, nous \u00e9vitant de rel\u00e2cher notre effort pour qu\u2019elle demeure vraiment vivante et donc f\u00e9conde, pour nous-m\u00eames et pour le monde. Nous savons bien, \u00e9galement que l\u2019avenir m\u00eame de la vie religieuse d\u00e9pend en grande partie de l\u2019authenticit\u00e9 et de la vigueur avec lesquelles nous la pratiquons aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>J\u2019ai donn\u00e9 comme sous-titre \u00e0 cette circulaire En ob\u00e9issance avec Marie, pour la situer dans le prolongement des deux circulaires pr\u00e9c\u00e9dentes\u00a0: En Christ avec Marie et En Mission avec Marie. Nous ne devons pas perdre de vue que notre vie religieuse marianiste, vie d\u2019alliance avec Marie \u201cpour l\u2019assister dans sa mission de donner \u00e0 son Fils premier-n\u00e9 une multitude de fr\u00e8res qu\u2019elle forme dans la foi\u201d,<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[1]<\/a> nous devons la vivre en union avec Marie en tous ses aspects, \u00e0 commencer, bien s\u00fbr, par la remise fondamentale de notre existence \u00e0 Dieu, \u00e0 l\u2019exemple Marie, dans son acte d\u2019ob\u00e9issance radicale au projet de Dieu. Ainsi et ainsi seulement nous pourrons devenir les vrais auxiliaires de Marie pour la mission que le Seigneur lui a confi\u00e9e. Si c\u2019est par la porte de cette ob\u00e9issance que Marie est entr\u00e9e de plain-pied dans sa mission, \u00e0 nous de passer par l\u00e0 \u00e0 notre tour.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions de cette circulaire s\u2019ordonnent autour de trois grands th\u00e8mes:<\/p>\n<ol>\n<li>L\u2019ob\u00e9issance comme racine de toute vie chr\u00e9tienne.<\/li>\n<li>Vivre de et pour l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la Parole de Dieu.<\/li>\n<li>Chercher ensemble le projet de Dieu.<\/li>\n<\/ol>\n<h1 class=\"p1\" id=\"lobeissance-racine-de-toute-vie-chretienne\" >L\u2019ob\u00e9issance, racine de toute vie chr\u00e9tienne<\/h1>\n<h2 id=\"a-la-racine-du-mystere-de-salut-dans-le-christ\" >A la racine du myst\u00e8re de salut dans le Christ<\/h2>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance de Marie ouvre les portes de l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019initiative salvifique de Dieu, et l\u2019ob\u00e9issance du Christ la conduit \u00e0 son terme. Le Nouveau Testament nous pr\u00e9sente la dynamique du myst\u00e8re de notre salut comme le fruit de la rencontre parfaite entre le dessein d\u2019amour et de mis\u00e9ricorde de Dieu et l\u2019ob\u00e9issance du Fils de l\u2019homme. \u201cComme en effet par la d\u00e9sob\u00e9issance d\u2019un seul homme la multitude a \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e p\u00e9cheresse, ainsi par l\u2019ob\u00e9issance d\u2019un seul la multitude sera-t-elle constitu\u00e9e juste\u201d. (Rm 5, 19)<\/p>\n<p>L\u2019incarnation, et surtout la mort et la r\u00e9surrection du Christ, ces \u00e9v\u00e9nements-myst\u00e8res qui inaugurent et parach\u00e8vent l\u2019accomplissement du plan de salut de Dieu sur l\u2019humanit\u00e9, sont pr\u00e9sent\u00e9es dans le Nouveau Testament comme des actes d\u2019ob\u00e9issance.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le but de l\u2019incarnation n\u2019est-il pas l\u2019\u00e9mergence de l\u2019homo obediens\u00a0?<\/strong> Par l\u2019incarnation, le Fils de Dieu assume la condition corporelle propre \u00e0 la nature humaine et ainsi, \u00e0 travers lui, l\u2019humanit\u00e9 devient capable de s\u2019offrir \u00e0 Dieu dans l\u2019ob\u00e9issance et, par l\u00e0, d\u2019\u00eatre sanctifi\u00e9e. \u201cEn entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n\u2019as voulu ni sacrifice ni oblation, mais tu m\u2019as fa\u00e7onn\u00e9 un corps. Tu n\u2019as agr\u00e9\u00e9 ni holocaustes ni sacrifices pour les p\u00e9ch\u00e9s, Alors j\u2019ai dit: Voici, je viens, car c\u2019est de moi qu\u2019il est question dans le rouleau du livre, pour faire, \u00f4 Dieu, ta volont\u00e9!&#8230; Et c\u2019est en vertu de cette volont\u00e9 que nous sommes sanctifi\u00e9s par l\u2019oblation du corps de J\u00e9sus Christ, une fois pour toutes\u201d. (He 10, 5-7.10)<\/li>\n<li><strong>Apr\u00e8s la supplique adress\u00e9e au P\u00e8re<\/strong> &#8211;<em> \u201cs\u2019il est possible, que cette coupe passe loin de moi\u00a0! Cependant, non pas comme je veux, mais comme tu veux\u00a0!\u201d<\/em> (Mt 26, 39) -, la r\u00e9ponse ob\u00e9issante de l\u2019humanit\u00e9 trouve son expression la plus accomplie dans l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la mort du Christ, pr\u00e9lude \u00e0 son exaltation ultime par le P\u00e8re. <em>\u201cIl s\u2019an\u00e9antit lui-m\u00eame, prenant condition d\u2019esclave, et devenant semblable aux hommes. S\u2019\u00e9tant comport\u00e9 comme un homme, il s\u2019humilia plus encore, ob\u00e9issant jusqu\u2019\u00e0 la mort, et \u00e0 la mort sur une croix. Aussi Dieu l\u2019a-t-il exalt\u00e9, et lui a-t-il donn\u00e9 le Nom qui est au-dessus de tout nom\u201d<\/em> (Ph 2, 7-9). <em>\u201cC\u2019est lui qui, aux jours de sa chair, ayant pr\u00e9sent\u00e9, avec une violente clameur et des larmes, des implorations et des supplications \u00e0 celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant \u00e9t\u00e9 exauc\u00e9 en raison de sa pi\u00e9t\u00e9, tout Fils qu\u2019il \u00e9tait, apprit, de ce qu\u2019il souffrit, l\u2019ob\u00e9issance: apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rendu parfait, il est devenu pour tous ceux qui lui ob\u00e9issent principe de salut \u00e9ternel.\u201d<\/em> (He 5,7-9)<\/li>\n<\/ul>\n<p>Toute r\u00e9flexion, tout discours sur l\u2019ob\u00e9issance et sa place dans la vie chr\u00e9tienne, doivent partir de l\u00e0, de la contemplation de l\u2019ob\u00e9issance du Christ et de la signification qu\u2019elle a dans son existence \u00e0 lui, et par cons\u00e9quent, dans la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Sa vie durant, J\u00e9sus n\u2019a jamais eu qu\u2019un seul et m\u00eame but\u00a0: chercher et accomplir la volont\u00e9 de son P\u00e8re. De cette volont\u00e9, il a fait sa nourriture (cf. Jn 4, 34; Mt 4, 4). En changeant les pierres en pain il apaiserait certes sa faim, mais il se couperait de la racine m\u00eame de son \u00eatre. La force de sa vie lui vient uniquement de sa d\u00e9pendance absolue \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son P\u00e8re. S\u2019il s\u2019en \u00e9loignait un seul instant, il se trouverait dans une solitude absolue.<em> \u201cQuand vous aurez \u00e9lev\u00e9 le Fils de l\u2019homme, alors vous saurez que Je Suis et que je ne fais rien de moi-m\u00eame, mais je dis ce que le P\u00e8re m\u2019a enseign\u00e9, et celui qui m\u2019a envoy\u00e9 est avec moi\u00a0; il ne m\u2019a pas laiss\u00e9 seul, parce que je fais toujours ce qui lui pla\u00eet.\u201d<\/em> (Jn 8, 28-29)<\/p>\n<p>La volont\u00e9 du P\u00e8re peut lui appara\u00eetre comme le calice le plus repoussant mais d\u00e8s qu\u2019il le prend dans sa main, ce calice devient pour le Fils source vive. Le repousser ce serait mourir de soif. \u201c<em>Rentre le glaive dans le fourreau. La coupe que m\u2019a donn\u00e9e le P\u00e8re, ne la boirai-je pas\u00a0?\u201d<\/em> (Jn 18, 11). <em>\u201cMaintenant, mon \u00e2me est troubl\u00e9e, et que dire? P\u00e8re, sauve-moi de cette heure\u00a0! Mais c\u2019est pour cela que je suis venu \u00e0 cette heure. P\u00e8re, glorifie ton nom\u00a0!\u201d<\/em> (Jn 12, 27-28a)<\/p>\n<p>Ce n\u2019est que par l\u2019ob\u00e9issance que J\u00e9sus est ce qu\u2019il est\u00a0: le Fils aim\u00e9 du P\u00e8re. Si, chose inconcevable, il lui arrivait de faire quelque chose qui ne vienne pas du P\u00e8re, il se renierait lui-m\u00eame. <em>\u201cLe Fils ne peut rien faire de lui-m\u00eame qu\u2019il ne le voie faire au P\u00e8re\u201d<\/em> (Jn 5, 19b). Voil\u00e0 pourquoi l\u2019acte supr\u00eame r\u00e9v\u00e9lant J\u00e9sus comme le Fils est aussi l\u2019acte supr\u00eame de son ob\u00e9issance. Le titre de Fils de Dieu demeure \u00e9quivoque \u2013 et J\u00e9sus fait taire tous ceux qui le lui attribuent \u2013 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure de la croix, qui lui donne son sens authentique. J\u00e9sus ne veut pas se faire reconna\u00eetre comme v\u00e9ritable Fils de Dieu par des actes de puissance mais par son ob\u00e9issance radicale au P\u00e8re, source de toute filiation.<\/p>\n<h2 id=\"a-la-racine-de-la-vitalite-de-la-foi-chretienne\" >A la racine de la vitalit\u00e9 de la foi chr\u00e9tienne<\/h2>\n<p>Si le Fils de Dieu s\u2019est fait homme, c\u2019est pour que, en lui, l\u2019homme puisse devenir fils de Dieu. Et puisque son amour filial s\u2019est exprim\u00e9 par son ob\u00e9issance au P\u00e8re, il faut que notre amour \u00e9galement s\u2019exprime par notre ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>La relation de J\u00e9sus au P\u00e8re \u00e9tait intrins\u00e8que et imm\u00e9diate\u00a0; la n\u00f4tre, par contre, passe par la m\u00e9diation du Christ. C\u2019est en J\u00e9sus-Christ que le chr\u00e9tien rencontre le P\u00e8re, qu\u2019il <em>\u201cvoit le P\u00e8re\u201d<\/em> (Jn 14, 9) et qu\u2019il vit sous son regard. Mais cette rencontre se produit \u00e9galement dans <em>\u201cl\u2019obscurit\u00e9 de la foi\u201d.<\/em> Le chr\u00e9tien adh\u00e8re \u00e0 J\u00e9sus-Christ dans la foi, une foi qui est confiance amoureuse avant d\u2019\u00eatre clart\u00e9 intellectuelle \u00e9vidente. Pouss\u00e9 par la foi, le chr\u00e9tien remet sa vie entre les mains du Christ, s\u2019abandonne \u00e0 sa volont\u00e9 en mettant ses pas dans ceux du Ma\u00eetre, en un geste d\u2019ob\u00e9issance radicale, dont le terme ultime est le P\u00e8re. Au P\u00e8re dans le Fils. L\u2019ob\u00e9issance n\u2019est pas la foi, mais elle la traduit dans la vie concr\u00e8te. Sans l\u2019ob\u00e9issance, que serait le croyant\u00a0? Sa foi ne serait qu\u2019un vague sentiment en l\u2019air.<\/p>\n<p>Le chr\u00e9tien, comme le Christ, se d\u00e9finit comme \u00eatre ob\u00e9issant. L&#8217;indiscutable primat de l&#8217;amour dans la vie chr\u00e9tienne ne peut pas faire oublier qu&#8217;un tel amour a acquis un visage et un nom dans le Christ J\u00e9sus est devenu Ob\u00e9issance. L&#8217;ob\u00e9issance, par cons\u00e9quent, n&#8217;est pas humiliation mais v\u00e9rit\u00e9 sur laquelle se construit et se r\u00e9alise la pl\u00e9nitude de l&#8217;homme. C&#8217;est pour cette raison que le croyant d\u00e9sire si ardemment accomplir la volont\u00e9 du P\u00e8re au point d&#8217;en faire son aspiration supr\u00eame. Comme J\u00e9sus, il veut vivre de cette volont\u00e9. (\u2026]<\/p>\n<p>Mais avant encore d&#8217;\u00eatre le mod\u00e8le de toute ob\u00e9issance, Christ est celui auquel s&#8217;adresse toute vraie ob\u00e9issance chr\u00e9tienne. En effet, c&#8217;est la mise en pratique de ses paroles qui habilite le disciple v\u00e9ritable (cf. Mt 7, 24) et c&#8217;est l&#8217;observance de ses commandements qui rend concret l&#8217;amour qu&#8217;on lui porte et qui attire l&#8217;amour du P\u00e8re (cf. Jn 14, 21). Il est au centre de la communaut\u00e9 religieuse comme celui qui sert (cf. Lc 22, 27), mais aussi comme celui auquel on confesse sa foi <em>\u00ab Croyez en Dieu, croyez aussi en moi \u00bb<\/em> (Jn 14, 1) et on donne son ob\u00e9issance parce que seulement dans cette ob\u00e9issance se r\u00e9alise une sequela s\u00fbre et pers\u00e9v\u00e9rante : <em>\u00ab En r\u00e9alit\u00e9, c&#8217;est le Seigneur ressuscit\u00e9 lui-m\u00eame, \u00e0 nouveau pr\u00e9sent parmi ses fr\u00e8res et s\u0153urs r\u00e9unis en son nom (cf. Perfectae caritatis, 15), qui montre le chemin \u00e0 parcourir \u00bb<\/em>.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Dans l\u2019histoire du salut, de l\u2019Ancien au Nouveau Testament, l\u2019ob\u00e9issance, ins\u00e9parable de la foi, appara\u00eet comme l\u2019attitude caract\u00e9ristique du croyant. Les vrais croyants sont fonci\u00e8rement ob\u00e9issants. Leur foi se concr\u00e9tise dans l\u2019offrande de leur vie \u00e0 la Parole et au plan de Dieu (cf. He 11). Parmi ces \u201ct\u00e9moins\u201d de la foi, nous les chr\u00e9tiens, nous nous savons accompagn\u00e9s, \u00e9duqu\u00e9s et encourag\u00e9s d\u2019une mati\u00e8re toute sp\u00e9ciale par Celle qui est &#8211; pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 cause de sa foi &#8211; la m\u00e8re des croyants.<\/p>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance de Marie, qui d\u00e9coule de sa foi et qui s\u2019exprime dans sa r\u00e9ponse\u00a0:<em> \u201cqu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole\u201d,<\/em> est ob\u00e9issance au Fils. On peut dire que Marie a \u00e9t\u00e9 le premier disciple du Fils. Pour elle aussi, J\u00e9sus a \u00e9t\u00e9 \u201cla Parole\u201d\u00a0; pour elle \u00e9galement, il a \u00e9t\u00e9 <em>\u201ccelui qui montre le chemin \u00e0 suivre\u201d.<\/em> La foi de Marie s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e et s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e dans l\u2019acceptation du &#8220;chemin&#8221; du Fils, sur lequel elle a march\u00e9 en toute ob\u00e9issance, en communion \u00e9troite avec l\u2019ob\u00e9issance de J\u00e9sus, comme en t\u00e9moigne le second chapitre de l\u2019Evangile de Luc.<\/p>\n<p>Entre Nazareth et Bethl\u00e9em, entre Bethl\u00e9em et le Temple de J\u00e9rusalem, entre le Temple et Nazareth, et de nouveau entre Nazareth et le Temple, Marie va et vient&#8230; Mais au fond, ce n\u2019est pas elle qui d\u00e9cide du chemin \u00e0 parcourir. Elle n\u2019est pas la protagoniste de son parcours ni des \u00e9v\u00e9nements qui le jalonnent, comme elle l\u2019a \u00e9t\u00e9 dans auparavant dans le triptyque Annonciation &#8211; Visitation &#8211; Magnificat. D\u00e9sormais le Fils lui-m\u00eame est le protagoniste. Le chemin qu\u2019elle suit est celui du Fils, qui lui-m\u00eame le parcourt dans l\u2019ob\u00e9issance au P\u00e8re, son <em>\u201cguide dans la nuit\u201d.<\/em> Marie marche sur les traces de son fils, communiant \u00e0 son ob\u00e9issance, d\u00e9couvrant \u00e0 chaque d\u00e9tour du chemin de J\u00e9sus la volont\u00e9 de Dieu, et cela jusqu\u2019\u00e0 la croix, et m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 vivre avec le Fils le myst\u00e8re pascal, au terme du chemin de son existence.<\/p>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance de Marie d\u00e9coule de sa foi et de la certitude que lui donne la foi, non de \u201cce qu\u2019elle sait\u201d. Marie n\u2019ob\u00e9it pas parce qu\u2019elle conna\u00eetrait d\u2019avance le plan de Dieu mais parce qu\u2019elle fait confiance au Fils et se donne \u00e0 lui. Son point d\u2019appui, c\u2019est la foi, une foi qui ne serait pas vraiment authentique sans cette part d\u2019obscurit\u00e9 de la connaissance qui lui est inh\u00e9rente.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[3]<\/a> Le myst\u00e8re auquel se livre le croyant ne s\u2019\u00e9claire pour lui qu\u2019\u00e0 mesure qu\u2019il y p\u00e9n\u00e8tre\u00a0; or il ne peut y entrer que par la porte de l\u2019ob\u00e9issance \u2013 tout comme J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Luc montre merveilleusement bien, en Marie, ce processus de foi-ob\u00e9issance-r\u00e9v\u00e9lation lorsqu\u2019il nous la montre \u201csurprise\u201d (2, 48), \u201c\u00e9tonn\u00e9e\u201d (2, 33) ou &#8220;perplexe&#8221; (2, 50) devant ce qui lui arrive, jusqu\u2019\u00e0 se laisser reprocher son ignorance par son Fils (Lc 2, 49), et cependant elle \u201cconservait avec soin toutes ces choses, les m\u00e9ditant dans son c\u0153ur\u201d (2, 19 et 51).<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[4]<\/a><\/p>\n<p>A l\u2019\u00e9cole de Marie &#8211; et de tous ceux qui nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s sur le chemin de la foi \u2013 nous apprenons qui est le vrai croyant\u00a0; saisi par le myst\u00e9rieux dessein de Dieu, manifest\u00e9 dans le Christ, Parole incarn\u00e9e, il se livre \u00e0 lui par la foi et s\u2019y engage totalement par l\u2019ob\u00e9issance\u00a0; le dessein de Dieu devient son projet de vie\u00a0; il l\u2019incarne et \u201cle met au monde\u201d. Nous pouvons alors mieux comprendre en quel sens J\u00e9sus nous dit que quiconque accomplit la volont\u00e9 de Dieu n\u2019est pas seulement son fr\u00e8re ou sa s\u0153ur, mais \u00e9galement sa m\u00e8re (cf. Mc 3, 35). Dans une phrase c\u00e9l\u00e8bre, reprise par Saint Augustin et Saint Bernard, entre autres, Orig\u00e8ne s\u2019interroge\u00a0: <em>\u201cA quoi me sert que le Christ soit n\u00e9 un jour de Marie \u00e0 Bethl\u00e9em, s\u2019il ne na\u00eet pas aussi dans mon \u00e2me par la foi?\u201d<\/em> \u2013 \u201c<em>Toute \u00e2me croyante \u2013<\/em> \u00e9crit Saint Ambroise \u2013 <em>con\u00e7oit et engendre le Verbe de Dieu&#8230; Si, selon la chair il n\u2019y a qu\u2019une M\u00e8re du Christ, selon la foi, toutes les \u00e2mes engendrent le Christ quand elles accueillent la Parole de Dieu.\u201d<\/em><a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[5]<\/a> Cependant, le concevoir par la foi sans \u201cle faire na\u00eetre par l\u2019ob\u00e9issance, reviendrait \u00e0 faire avorter dans le c\u0153ur du croyant la Parole de Dieu, qui attend d\u2019\u00eatre incarn\u00e9e pour sauver le monde.<\/p>\n<h1 class=\"p1\" id=\"vivre-de-et-pour-lobeissance-a-la-parole-de-dieu\" >Vivre de et pour l\u2019ob\u00e9issance\u00a0\u00e0\u00a0la parole de Dieu<\/h1>\n<h2 id=\"vivre-de-la-parole-dun-autre\" >Vivre de la parole d\u2019un \u201cautre\u201d ?<\/h2>\n<p>Ob\u00e9ir, c\u2019est accomplir la volont\u00e9 d\u2019un autre. Le d\u00e9sir personnel se conforme \u00e0 celui de quelqu\u2019un d\u2019autre au moment o\u00f9 l\u2019on s\u2019engage dans l\u2019action. Cela n\u2019est-il pas d\u00e9responsabilisant\u00a0? N\u2019est-ce pas oppos\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9 de chaque individu\u00a0? Est-il possible, dans le monde actuel, de vivre l\u2019ob\u00e9issance comme une valeur\u00a0?<\/p>\n<p><em>\u201cLe caract\u00e8re central de l\u2019ob\u00e9issance dans la vie de tout chr\u00e9tien est en opposition avec le peu de cas qui en est fait dans la culture actuelle\u00a0; elle n\u2019a pas la cote, m\u00eame pas chez certains chr\u00e9tiens. Il y a des cercles catholiques qui l\u2019\u00e9voquent avec un geste de rejet, peut-\u00eatre parce qu\u2019ils la consid\u00e8rent comme allant \u00e0 l\u2019encontre des valeurs humaines fondamentales de libert\u00e9, d\u2019autonomie, m\u00eame comme ennemie de la conscience personnelle. On constate, dans les t\u00e9moignages, que la pauvret\u00e9 est tr\u00e8s valoris\u00e9e (parfois unilat\u00e9ralement), que la chastet\u00e9 est admir\u00e9e (m\u00eame si elle n\u2019est pas toujours bien comprise), mais que l\u2019ob\u00e9issance est d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9e. C\u2019est peut-\u00eatre normal. Pourtant, il faut le dire avec force, si la pauvret\u00e9 est absolument n\u00e9cessaire au t\u00e9moignage, l\u2019ob\u00e9issance doit rester la pr\u00e9occupation premi\u00e8re du t\u00e9moin\u201d<\/em>.<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[6]<\/a><\/p>\n<p>Ce qui d\u00e9finit en effet le t\u00e9moin, comme nous l\u2019avons vu dans le cas de J\u00e9sus-Christ et aussi de Marie, c\u2019est l\u2019ob\u00e9issance. Mais il n\u2019est pas facile de vivre cette ob\u00e9issance constitutive de la vie chr\u00e9tienne et de la vie religieuse au sein de ce que nous pourrions appeler la culture ambiante de notre monde. On semble admettre comme allant de soi que l\u2019homme se fait lui-m\u00eame \u00e0 partir de soi, que par cons\u00e9quent libert\u00e9 \u00e9gale ind\u00e9pendance, et que, \u00e9tant donn\u00e9 que nous avons besoin des autres, la relation de \u201cd\u00e9pendance\u201d qui en d\u00e9coule n\u2019est acceptable que pour autant qu\u2019elle nous est utile pour satisfaire nos propres d\u00e9sirs et r\u00e9aliser nos projets personnels, mais pas du tout ceux des autres. Le contraire serait per\u00e7u comme de la servilit\u00e9, de l\u2019ali\u00e9nation. D\u2019accord, par cons\u00e9quent, pour une ob\u00e9issance que l\u2019on pourrait qualifier de \u201cfonctionnelle\u201d &#8211; n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019ordre social et \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 d\u2019une action concert\u00e9e -, mais pas d\u2019accord pour une ob\u00e9issance qui serait \u201cexistentielle\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire fondamentale \u00e0 la construction personnelle. Et pourtant, c\u2019est justement ce dernier type d\u2019ob\u00e9issance que l\u2019on trouve dans le Christ &#8211; <em>\u201cma nourriture est de faire la volont\u00e9 du P\u00e8re\u201d &#8211;<\/em> et en Marie &#8211;<em> \u201cqu\u2019il m\u2019advienne selon ta parole\u201d &#8211;<\/em>, et qui fait l\u2019objet du v\u0153u que nous professons.<\/p>\n<p>Dans le contexte o\u00f9 nous vivons, il nous faut \u00eatre clairvoyants pour vivre une ob\u00e9issance authentique et \u00e9viter de tomber dans les d\u00e9viances qui la d\u00e9natureraient et trahiraient sa signification. Reconnaissons sinc\u00e8rement que, si nous n\u2019y prenons pas garde, C\u2019est au moment o\u00f9 nous nous y attendons le moins, n\u2019est-ce pas\u00a0? que s\u2019introduit en nous, par tous les pores de notre corps, l\u2019individualisme autarcique qui impr\u00e8gne la culture ambiante. Par exemple\u00a0: sans savoir comment et sans trop oser nous l\u2019avouer, nous nous d\u00e9couvrons un jour, tout religieux que nous sommes, en train de r\u00eaver \u00e0 des jours\u2026 disons de \u201cvacances\u201d, loin du \u201ccontr\u00f4le\u201d de la vie communautaire, d\u00e8s que nous ne sommes plus tenus par des engagements professionnels\u00a0; ou alors, en qu\u00eate d\u2019une communaut\u00e9 dans laquelle, mis \u00e0 part le r\u00e8glement minimal indispensable au vivre ensemble, nous serions libres de faire ce qui nous chante sans avoir de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne.<\/p>\n<p>Tout cela, sous pr\u00e9texte que nous avons besoin de nous retrouver \u201cnous-m\u00eames\u201d. Nous partageons, dans ce cas, l\u2019aspiration des gens d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 \u201c\u00eatre un peu plus libres\u201d, comme si nous pouvions \u00eatre \u201cnous-m\u00eames\u201d en nous soustrayant \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance. Sans nous en rendre compte, nous sommes contamin\u00e9s par l\u2019id\u00e9e que toute autorit\u00e9 limite notre \u00e9panouissement personnel. Nous nous r\u00e9signons cependant \u00e0 un minimum d\u2019autorit\u00e9 et d\u2019ob\u00e9issance, parce qu\u2019elles sont indispensables pour que \u201c\u00e7a fonctionne\u201d, mais non parce qu\u2019elles sont facteurs d\u2019\u00e9panouissement v\u00e9ritable.<\/p>\n<p>Le premier danger auquel nous expose la culture ambiante n&#8217;est-ce pas la perte du sens de la v\u00e9ritable autorit\u00e9 dans la vie humaine\u00a0? Ce danger vient de loin et, dans l\u2019histoire marianiste, il a souvent \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 dans les circulaires des sup\u00e9rieurs g\u00e9n\u00e9raux consacr\u00e9es au v\u0153u d\u2019ob\u00e9issance. D\u00e9j\u00e0 le P. Caillet, marqu\u00e9 par l\u2019exp\u00e9rience encore toute r\u00e9cente de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, se plaignait des vents d\u2019ind\u00e9pendance qui soufflaient dans l\u2019air du temps, sapant les fondements de l\u2019autorit\u00e9.<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[7]<\/a><\/p>\n<p>A la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le P.\u00a0Simler remarquait que cette tendance pourrait finir par miner la reconnaissance de l\u2019autorit\u00e9 m\u00eame de Dieu dans notre vie\u00a0; aussi, dans le sillage de la doctrine sociale du Pape L\u00e9on XIII, consacra-t-il une longue circulaire, \u00e0 expliquer de mani\u00e8re approfondie le concept de l\u2019autorit\u00e9 et son fondement divin.<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[8]<\/a> Plus tard, en plein XXe si\u00e8cle, le P.\u00a0Kieffer, r\u00e9pondant \u00e0 une demande du Chapitre g\u00e9n\u00e9ral de 1934, a \u00e9galement \u00e9crit une circulaire sur le v\u0153u d\u2019ob\u00e9issance, en partant justement du fondement de l\u2019autorit\u00e9, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9velopp\u00e9 par son pr\u00e9d\u00e9cesseur.<em> \u201c\u00a0Partout,<\/em> \u00e9crit-il, <em>on r\u00e9p\u00e8te que le monde actuel souffre d\u2019une crise d\u2019autorit\u00e9\u2026 La contrepartie en est une crise d\u2019ob\u00e9issance\u201d<\/em>.<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[9]<\/a> Apr\u00e8s la seconde guerre mondiale,<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[10]<\/a> le P. Juergens revient sur le m\u00eame sujet ainsi que, plus tard, le P. Hoffer.<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[11]<\/a><\/p>\n<p>La tension critique en mati\u00e8re d\u2019autorit\u00e9 au long des deux derniers si\u00e8cles a produit sans aucun doute des effets positifs, en ce sens que l\u2019on a mieux reconnu la dignit\u00e9 de la personne et le respect qui est d\u00fb en cons\u00e9quence \u00e0 sa libert\u00e9 et \u00e0 son autonomie, face \u00e0 toutes les formes d\u2019autoritarisme, y compris dans le domaine religieux, et on en garde un souvenir funeste\u00a0; c\u2019est de l\u2019histoire pass\u00e9e mais pas si lointaine. On risque cependant, en ce domaine, de jeter le b\u00e9b\u00e9 avec l\u2019eau du bain\u00a0: en rejetant l\u2019exercice oppresseur et ali\u00e9nant de l\u2019autorit\u00e9, de rejeter l\u2019autorit\u00e9 elle-m\u00eame et, dans la foul\u00e9e, de revendiquer l\u2019ind\u00e9pendance autarcique de la personne humaine.<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0La culture des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, fortement centr\u00e9e sur l&#8217;individu, a contribu\u00e9 \u00e0 diffuser la valeur du respect pour la dignit\u00e9 de la personne humaine, en en favorisant de fa\u00e7on positive le libre d\u00e9veloppement et l&#8217;autonomie.<\/p><\/blockquote>\n<p><em>Une telle reconnaissance constitue un des traits les plus significatifs de la modernit\u00e9 et est un fait providentiel qui n\u00e9cessite de nouvelles modalit\u00e9s dans la mani\u00e8re de concevoir l&#8217;autorit\u00e9 et d&#8217;avoir des rapports avec elle. Il ne faut pas oublier d&#8217;autre part, que lorsque la libert\u00e9 tend \u00e0 se transformer en arbitraire et l&#8217;autonomie de la personne en ind\u00e9pendance par rapport au Cr\u00e9ateur et \u00e0 la relation avec autrui, nous nous trouvons confront\u00e9s \u00e0 des formes d&#8217;idol\u00e2trie qui ne donnent pas davantage de libert\u00e9 mais rendent esclaves.<\/em><\/p>\n<p><em>Dans ces cas, les personnes croyant dans le Dieu d&#8217;Abraham, d&#8217;Isaac, de Jacob, dans le Dieu de J\u00e9sus-Christ, ne peuvent pas ne pas entreprendre un chemin qui lib\u00e8re la personne de toute ombre de culte idol\u00e2tre. C&#8217;est un parcours qui peut trouver un exemple stimulant dans l&#8217;exp\u00e9rience de l&#8217;Exode : chemin de lib\u00e9ration qui, de sa reconnaissance \u00e0 un mode r\u00e9pandu de penser, conduit \u00e0 la libert\u00e9 d&#8217;adh\u00e9sion au Seigneur, et qui, du nivellement sur des crit\u00e8res d&#8217;\u00e9valuation unilat\u00e9raux, porte \u00e0 la recherche de chemins qui mettent en communion avec le Dieu vivant et vrai.\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[12]<\/a><\/p>\n<p>Nous savons que la personne humaine est un \u00eatre de relation, qui ne devient elle-m\u00eame que dans la relation et non dans l\u2019ind\u00e9pendance. Nous sommes, aujourd\u2019hui comme hier et demain, le fruit des relations que nous tissons. Il n\u2019est pas question ici, bien s\u00fbr, des relations superficielles et purement occasionnelles, mais de celles que nous pourrions appeler \u201cfondatrices\u201d, celles qui nous forment peu \u00e0 peu en tant que personnes. Il y a eu dans notre pass\u00e9 et il y a actuellement des relations lib\u00e9ratrices, qui r\u00e9v\u00e8lent le meilleur de nos possibilit\u00e9s humaines, bien au-del\u00e0 de ce qui est purement instinctif\u00a0; nous avons peut-\u00eatre aussi fait l\u2019exp\u00e9rience de relations oppressives ou ali\u00e9nantes.<\/p>\n<p>Il est certain, en tout cas, que, bonnes ou mauvaises ce sont elles qui nous ont forg\u00e9s et que sans elles, nous ne serions pas ce que nous sommes. Nos relations sont l\u00e0 et le resteront, incontournables. Quiconque pr\u00e9tend ne pas en \u201cd\u00e9pendre\u201d n\u2019a certainement pas encore vu dans sa profondeur la r\u00e9alit\u00e9 de sa vie ou n\u2019a pas acquis la lucidit\u00e9 n\u00e9cessaire pour les reconna\u00eetre.<\/p>\n<p>Le pouvoir avec lequel ces relations \u201cfondatrices\u201d, indispensables, incontournables pour la formation et le d\u00e9veloppement de notre personne s\u2019introduisent dans notre vie, voil\u00e0 ce que nous appelons autorit\u00e9. Durant l\u2019enfance &#8211; et c\u2019est vrai de ceux qui m\u00e8nent une vie infantile &#8211; l\u2019autorit\u00e9 s\u2019impose du dehors et les relations \u201cfondatrices\u201d sont v\u00e9cues de mani\u00e8re passive. Mais ce n\u2019est pas une raison pour l\u2019adulte de rejeter en bloc toutes les relations qui conditionnent sa vie.<\/p>\n<p>Le propre de l\u2019adulte est d\u2019en prendre conscience, de discerner leur \u201cautorit\u00e9\u201d, d\u2019\u00e9carter ce qui n\u2019a pas de valeur et de se tourner vers ce qui en vaut v\u00e9ritablement la peine. Le d\u00e9fi auquel il est confront\u00e9 lorsque, s\u2019\u00e9mancipant de la d\u00e9pendance enfantine, il prend sa vie en main, consiste non pas \u00e0 la \u00ab\u00a0pr\u00e9server\u00a0\u00bb de toute relation qui impliquerait un engagement mais \u00e0 la livrer consciemment et librement \u00e0 une relation \u201cfondatrice\u201d qui la m\u00e8ne \u00e0 son \u00e9panouissement. \u201c<em>Qui garde sa vie la perdra\u201d,<\/em> dit le Seigneur. Le d\u00e9veloppement pl\u00e9nier de la personne n\u2019est donc pas dans le rejet de toute \u201cautorit\u00e9\u201d (du d\u00e9but \u00e0 la fin de notre vie, que nous en soyons conscients ou non, nous y sommes soumis), mais dans le discernement de celle qui conduit vraiment \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement.<\/p>\n<p><em>\u201cQui perd sa vie pour moi la sauvera\u201d<\/em> poursuit le Seigneur. Le croyant sait bien que remettre sa vie entre les mains du Seigneur pour faire sa volont\u00e9, pour faire de la relation avec lui ce qui fonde sa propre vie, c\u2019est vraiment la conduire \u00e0 sa pl\u00e9nitude. Et cela, parce qu\u2019il a trouv\u00e9 dans le Seigneur la seule autorit\u00e9 qui recherche exclusivement le bien de l\u2019autre, qui s\u2019impose sans rabaisser, qui sollicite sans dominer, qui donne sans rien attendre de retour, qui respecte toujours la libert\u00e9 de l\u2019autre\u00a0: en un mot, l\u2019autorit\u00e9 d\u2019un amour pur.<\/p>\n<p><em>\u201cPour \u00eatre disciple de J\u00e9sus,<\/em> \u00e9crit le P. Hoffer <em>(le religieux) doit consentir, comme son Ma\u00eetre le demande, \u00e0 perdre sa vie m\u00eame. Le seul \u00e9panouissement qu\u2019il attend, c\u2019est celui que donne l\u2019amour de Dieu. Cependant, tout se tient. Cet amour, par l\u2019unification de toutes les facult\u00e9s qu\u2019il op\u00e8re, fait \u00e9galement grandir l\u2019homme tout entier, l\u2019\u00e9panouit sur tous les plans, \u00e0 tel point que les saints, qui firent sans arri\u00e8re-pens\u00e9e le sacrifice de leur personnalit\u00e9, sur le plan humain, pour ne chercher que Dieu, tels saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise ou saint Jean de la Croix, devinrent aussi, par surcro\u00eet, les personnalit\u00e9s les plus s\u00e9duisantes et les plus accueillantes \u00e0 toutes les joies de la cr\u00e9ation. Mais l\u2019\u00e9panouissement humain n\u2019\u00e9tait nullement le but direct de leur vie et ils ne s\u2019arr\u00eataient pas aux cr\u00e9atures m\u00eame elles n\u2019\u00e9taient qu\u2019un tremplin pour monter jusqu\u2019\u00e0 Dieu, source de leur beaut\u00e9. Qui perd sa vie, la gagne!\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[13]<\/a><\/p>\n<p>Vivre de et pour la parole d\u2019un autre, quand il s\u2019agit de l\u2019Autre, avec une majuscule, non seulement cela n\u2019attente pas \u00e0 la libert\u00e9 humaine, mais cela en est bien plut\u00f4t la condition. Quel homme a jamais \u00e9t\u00e9 libre comme J\u00e9sus\u00a0? Aucun autre n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 plus ob\u00e9issant au P\u00e8re que lui. A la suite de J\u00e9sus, le religieux devient t\u00e9moin, par son ob\u00e9issance, de la vraie libert\u00e9, celle qui conduit l\u2019homme \u00e0 la pl\u00e9nitude de sa vie.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il n&#8217;est pas rare que la mission s&#8217;adresse aujourd&#8217;hui \u00e0 des personnes pr\u00e9occup\u00e9es de leur autonomie, jalouses de leur libert\u00e9, craignant de perdre leur ind\u00e9pendance.<\/em><\/p>\n<p><em>La personne consacr\u00e9e, par son existence elle-m\u00eame, a la possibilit\u00e9 d&#8217;une voie diff\u00e9rente pour la r\u00e9alisation de sa vie, une voie o\u00f9 Dieu est le but, o\u00f9 sa Parole est la lumi\u00e8re et o\u00f9 sa volont\u00e9 est le guide, o\u00f9 l\u2019on avance sereins parce qu&#8217;assur\u00e9s d&#8217;\u00eatre soutenus par les mains d&#8217;un P\u00e8re accueillant et attentionn\u00e9, o\u00f9 l\u2019on est accompagn\u00e9 de fr\u00e8res et de s\u0153urs, pouss\u00e9s par le m\u00eame Esprit, qui veut et qui sait comment satisfaire les d\u00e9sirs sem\u00e9s par le P\u00e8re dans le c\u0153ur de chacun.<\/em><\/p>\n<p><em>Telle est la premi\u00e8re mission de la personne consacr\u00e9e : elle doit t\u00e9moigner de la libert\u00e9 des enfants de Dieu, une libert\u00e9 model\u00e9e sur celle du Christ, homme libre de servir Dieu et ses fr\u00e8res ; elle doit, en outre, dire par son \u00eatre propre que ce Dieu qui a form\u00e9 la cr\u00e9ature humaine avec de la boue (cf. Gn 2, 7.22) et l&#8217;a tiss\u00e9e dans le sein de sa m\u00e8re (cf. Ps 138, 13) peut fa\u00e7onner sa vie en la modelant sur celle du Christ, homme nouveau et parfaitement libre.\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[14]<\/a><\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage n\u2019est possible que si l\u2019ob\u00e9issance s\u2019enracine, comme nous l\u2019avons dit, dans l\u2019exp\u00e9rience fondatrice de l\u2019amour de Dieu, et \u00e0 condition que notre vie v\u00e9rifie ce que disait dans son psaume au Seigneur le scribe amoureux de la loi : \u201cJe cours sur la voie de tes commandements, car tu as mis mon c\u0153ur au large\u00a0!\u201d (Ps. 119, 32)<\/p>\n<h2 id=\"attentifs-a-toute-parole-qui-sort-de-la-bouche-du-pere\" >Attentifs \u00e0 toute parole qui sort de la bouche du P\u00e8re<\/h2>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance adulte s\u2019inscrit dans cette relation fondatrice sur laquelle se construit la vie et d\u2019o\u00f9 elle tire sens et substance. Elle ne peut donc pas se cantonner dans une attitude purement passive, ne s\u2019activant que lorsqu\u2019elle recevrait un ordre. Comme le disait le P. Chaminade, notre Fondateur, on n\u2019a pas correctement compris la nature de l\u2019ob\u00e9issance si on la r\u00e9duit \u00e0 la \u201cnon-d\u00e9sob\u00e9issance\u201d. <a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[15]<\/a><\/p>\n<p>Puisqu\u2019en l\u2019ob\u00e9issance se trouve la vie, le serviteur ob\u00e9issant ne se contente pas d\u2019\u00eatre sollicit\u00e9. Il vit les yeux fix\u00e9s sur le regard, sur les l\u00e8vres, sur les mains de son Ma\u00eetre\u00a0; il scrute constamment son visage jusqu\u2019\u00e0 devenir v\u00e9ritablement expert dans la connaissance de ses volont\u00e9s. Vivre de et pour l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la Parole de Dieu implique donc d\u2019\u00eatre constamment actif pour rechercher, \u00e9couter avec attention et discerner sa volont\u00e9. La recherche, l\u2019\u00e9coute et le discernement constituent les \u00e9l\u00e9ments essentiels d\u2019une ob\u00e9issance assum\u00e9e.<\/p>\n<h3 id=\"recherche\" >Recherche<\/h3>\n<p>Aux premiers disciples qui, peut-\u00eatre encore ind\u00e9cis et h\u00e9sitants, se mettent \u00e0 la suite d&#8217;un nouveau Rabbi, le Seigneur demande : \u00ab\u00a0Qui cherchez-vous\u00a0?\u00a0\u00bb (Jn 1, 38). Dans cette question, nous pouvons lire d&#8217;autres questions radicales : que cherche ton c\u0153ur\u00a0? Pour quoi te tourmentes-tu\u00a0? Te cherches-tu toi-m\u00eame ou bien cherches-tu le Seigneur ton Dieu\u00a0? Poursuis-tu tes d\u00e9sirs ou bien le d\u00e9sir de celui qui a fait ton c\u0153ur et veut le r\u00e9aliser comme il le sait et le conna\u00eet\u00a0? Cours-tu uniquement apr\u00e8s les choses qui passent ou bien cherches-tu celui qui ne passe pas ? <em>\u00ab\u00a0Seigneur Dieu, dans cette terre de dissemblance de quoi devons-nous nous occuper\u00a0? Du lever au coucher du soleil je vois le genre humain en prise aux tourbillons de ce monde ; les uns recherchent les richesses, d&#8217;autres les honneurs, d&#8217;autres encore se laissent s\u00e9duire par la renomm\u00e9e \u00bb,<\/em> observait saint Bernard.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0C&#8217;est ta face, Seigneur, que je cherche\u00a0\u00bb<\/em> (Ps 26, 8), telle est la r\u00e9ponse de qui a compris l&#8217;unicit\u00e9 et l&#8217;infinie grandeur du myst\u00e8re de Dieu et la souverainet\u00e9 de sa sainte volont\u00e9 ; mais c&#8217;est aussi la r\u00e9ponse, m\u00eame implicite et confuse, de toute cr\u00e9ature humaine en qu\u00eate de v\u00e9rit\u00e9 et de bonheur. Quaerere Deum a \u00e9t\u00e9 de tout temps le programme de toute existence assoiff\u00e9e d&#8217;absolu et d&#8217;\u00e9ternit\u00e9. Beaucoup ont tendance aujourd&#8217;hui \u00e0 juger humiliante une quelconque forme de d\u00e9pendance\u00a0; mais cela fait partie du statut m\u00eame de cr\u00e9ature d&#8217;\u00eatre d\u00e9pendant d&#8217;un Autre et, en tant qu&#8217;\u00eatre en relation, d&#8217;\u00eatre aussi d\u00e9pendant des autres.<\/p>\n<p>Le croyant cherche le Dieu vivant et vrai, le Commencement et la Fin de toute chose, le Dieu non pas fait \u00e0 sa propre image et \u00e0 sa propre ressemblance, mais le Dieu qui nous a faits \u00e0 son image et \u00e0 sa ressemblance, le Dieu qui manifeste sa volont\u00e9, qui indique les voies pour le rejoindre : <em>\u00ab Tu m&#8217;apprends le chemin de la vie : devant ta face, d\u00e9bordement de joie ! \u00c0 ta droite, \u00e9ternit\u00e9 de d\u00e9lices \u00bb<\/em> (Ps 15, 11). <a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[16]<\/a><\/p>\n<p>A la racine de l\u2019ob\u00e9issance, il y a le constat que nous ne d\u00e9tenons pas les cl\u00e9s de la vie, qu\u2019il nous faut donc les chercher aupr\u00e8s d\u2019un Autre et les recevoir de lui. Dans ce sens, l\u2019ob\u00e9issance est s\u0153ur de la pauvret\u00e9, qui oblige \u00e0 chercher et \u00e0 mendier la nourriture que l\u2019on ne poss\u00e8de pas de soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>C\u2019est la raison pour laquelle cette attitude est impossible \u00e0 prendre par ceux qui sont install\u00e9s dans leurs s\u00e9curit\u00e9s et leurs certitudes. Celui qui sait tout ou qui croit tout savoir, qui est s\u00fbr de ses connaissances, monsieur dogme, celui qui n\u2019a besoin de personne pour lui dire ce qu\u2019il doit faire, celui-l\u00e0 ne peut pas marcher dans la voie de l\u2019ob\u00e9issance, et moins encore dans celle de la vie religieuse, dont l\u2019ob\u00e9issance est une des exigences les plus fortes. Nous en faisons tous l\u2019exp\u00e9rience, par nous-m\u00eames ou en \u00e9coutant les autres.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 un point \u00e0 prendre tr\u00e8s s\u00e9rieusement en compte dans le discernement initial d\u2019une vocation. Mes longues ann\u00e9es de minist\u00e8re dans la formation initiale m\u2019ont appris que, dans les candidats qui frappent \u00e0 notre porte, il faut beaucoup plus redouter les s\u00e9curit\u00e9s et les certitudes \u201csaintes\u201d que les doutes et les t\u00e2tonnements &#8220;humains&#8221;. Peut-\u00eatre que la question la plus pertinente \u00e0 leur poser en leur ouvrant la porte n\u2019est pas <em>\u201cQue cherches-tu?\u201d,<\/em> mais <em>\u201cEst-ce que tu cherches quelqu\u2019un\u00a0?\u201d&#8230;<\/em><\/p>\n<h3 id=\"ecoute\" >\u00c9coute<\/h3>\n<p>S\u2019il est possible de vivre en ob\u00e9issance au Seigneur, c\u2019est parce qu\u2019il s\u2019est communiqu\u00e9 \u00e0 chacun de nous et qu\u2019il continue de le faire \u00e0 travers des r\u00e9alit\u00e9s humaines \u00e0 notre port\u00e9e\u00a0: la sainte Ecriture, la vie de l\u2019Eglise, les \u00e9v\u00e9nements de l\u2019histoire, la vie charismatique de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, les circonstances concr\u00e8tes de notre vie&#8230; Et aussi, au fond de nous-m\u00eames, par l\u2019Esprit r\u00e9pandu dans nos c\u0153urs. Il n\u2019est pas un Dieu distant, qui se cache pour qu\u2019on le cherche mais un Dieu proche, \u00e0 la recherche de l\u2019homme. Cependant, pour que la communication puisse s\u2019\u00e9tablir, il faut qu\u2019elle nous trouve \u00e0 l\u2019\u00e9coute. Selon l\u2019\u00e9tymologie du terme, l\u2019ob\u00e9issant est un \u201c\u00e9coutant\u201d.<\/p>\n<p><em>\u00ab \u00c9coute, mon fils \u00bb<\/em> (Pr 1, 8). <em>L&#8217;ob\u00e9issance est avant tout attitude filiale. C&#8217;est ce genre particulier d&#8217;\u00e9coute que seul le fils peut pr\u00eater \u00e0 son p\u00e8re, parce qu&#8217;illumin\u00e9 par la certitude que son p\u00e8re n&#8217;a que des choses bonnes \u00e0 dire et \u00e0 donner \u00e0 son fils ; une \u00e9coute impr\u00e9gn\u00e9e de la confiance qui rend le fils accueillant \u00e0 la volont\u00e9 du p\u00e8re, assur\u00e9 qu&#8217;elle sera pour son bien\u2026<\/em><\/p>\n<p><em>Fils, pour le Seigneur Dieu, c&#8217;est Isra\u00ebl, le peuple qu&#8217;il s&#8217;est choisi, qu&#8217;il a engendr\u00e9, qu&#8217;il a fait grandir en le tenant par la main, qu&#8217;il a port\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 son visage, \u00e0 qui il a enseign\u00e9 \u00e0 marcher (cf. Os 11, 1-4), \u00e0 qui \u2013 comme tr\u00e8s grande expression d&#8217;affection \u2013 il a adress\u00e9 en permanence sa Parole, m\u00eame si ce peuple ne l&#8217;a pas toujours \u00e9cout\u00e9e, ou l&#8217;a v\u00e9cue comme un poids, comme une \u00ab loi \u00bb. Tout l&#8217;Ancien Testament est une invitation \u00e0 l&#8217;\u00e9coute\u2026\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[17]<\/a><\/p>\n<p>Le lieu par excellence de l\u2019\u00e9coute du Seigneur, c\u2019est l\u2019oraison, et plus sp\u00e9cialement le type d\u2019oraison que notre Fondateur appelait \u201cde foi et de pr\u00e9sence de Dieu\u201d, et qu\u2019il d\u00e9finissait comme \u201cune attention paisible \u00e0 la pr\u00e9sence de Dieu, qui fait qu\u2019une \u00e2me le regarde \u00e0 la lumi\u00e8re de la foi avec toute l\u2019attention de son c\u0153ur&#8230; et elle ne se lasse point de le regarder\u201d. <a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[18]<\/a> Oraison d\u2019intimit\u00e9 avec lui, pendant laquelle, \u00e0 force de l\u2019\u00e9couter, de le contempler, de scruter son c\u0153ur dans la foi, se d\u00e9veloppe en nous une connaissance affective int\u00e9rieure, qui nous fait entrer dans une sorte de syntonie de sentiments et de volont\u00e9 avec lui.<\/p>\n<p><em>\u201cQuand la foi a pris des accroissements consid\u00e9rables,<\/em> poursuit le P. Chaminade, <em>on aime \u00e0 se tenir en la pr\u00e9sence de Dieu et de m\u00eame en la pr\u00e9sence de la sainte Humanit\u00e9 de J\u00e9sus-Christ. La foi nous lie en quelque mani\u00e8re avec Dieu, elle nous met en communication avec Dieu m\u00eame; notre esprit avec son esprit, notre c\u0153ur avec son c\u0153ur, les lumi\u00e8res de son Esprit passent dans le n\u00f4tre; nous ne voyons plus les objets que comme Dieu les voit, nous jugeons comme Dieu juge lui-m\u00eame; peu \u00e0 peu tous nos pr\u00e9jug\u00e9s se dissipent, nous devenons savants de la science m\u00eame de Dieu, aussi est-ce l\u00e0 la science des saints\u201d.<\/em><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[19]<\/a><\/p>\n<p>La r\u00e9cente instruction de la Congr\u00e9gation pour les Instituts de Vie consacr\u00e9e sur l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019ob\u00e9issance va dans le m\u00eame sens en exhortant \u00e0 la m\u00e9ditation quotidienne de la Parole de Dieu :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0L&#8217;amoureuse fr\u00e9quentation quotidienne de la Parole enseigne \u00e0 d\u00e9couvrir les chemins de la vie et les modalit\u00e9s \u00e0 travers lesquels Dieu veut lib\u00e9rer ses fils ; elle nourrit l&#8217;instinct spirituel pour les choses qui plaisent \u00e0 Dieu ; elle transmet le sens et le go\u00fbt de sa volont\u00e9 ; elle donne la paix et la joie de lui rester fid\u00e8les, rendant sensibles et pr\u00eats \u00e0 toutes les expressions de l&#8217;ob\u00e9issance : \u00e0 l&#8217;\u00c9vangile (Rm 10, 6 ; 2 Th 1, 8), \u00e0 la foi (Rm 1, 5 ; 16, 26), \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 (Ga 5, 7 ; 1 P 1, 22)\u00a0\u00bb<\/em>.<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[20]<\/a><\/p>\n<p>Bien entendu, l\u2019attitude d\u2019\u00e9coute du Seigneur ne peut se limiter \u00e0 l\u2019oraison ni \u00e0 la m\u00e9ditation de sa Parole. Celui qui vit dans l\u2019ob\u00e9issance au Seigneur, l\u2019attitude d\u2019\u00e9coute impr\u00e8gne toute sa vie et constitue en quelque sorte un style, une mani\u00e8re particuli\u00e8re de se situer devant la r\u00e9alit\u00e9 environnante. Parce que c\u2019est l\u00e0, comme nous l\u2019avons dit, que le Seigneur vient \u00e0 notre rencontre. L\u2019accueil et l\u2019\u00e9coute du Seigneur dans l\u2019oraison doivent donc se prolonger et se r\u00e9aliser dans l\u2019accueil et l\u2019\u00e9coute de l\u2019Eglise, de la communaut\u00e9, du fr\u00e8re ou de la s\u0153ur, du pauvre, du malade, du prisonnier&#8230; en n\u2019importe quelle circonstance, en tout \u00e9v\u00e9nement de la vie. Dans le cas contraire, c\u2019est en vain que l\u2019on parle d\u2019oraison et la pr\u00e9tendue exp\u00e9rience de Dieu qu\u2019elle implique n\u2019est que tromperie.<\/p>\n<p>Pour finir, n\u2019oublions pas que l\u2019\u00e9coute exige un travail s\u00e9rieux d\u2019asc\u00e8se pour faire taire les voix et les \u201cbruits\u201d qui la perturbent. C\u2019est l\u00e0 que prennent toute leur force les \u00ab\u00a0vertus de pr\u00e9paration\u00a0\u00bb de la tradition marianiste, en particulier les cinq silences. Comment entendre la Parole du Seigneur si ne se taisent nos propres paroles\u00a0? Comme lui pr\u00eater notre attention si elle est capt\u00e9e par d\u2019autres paroles\u00a0?<\/p>\n<h3 id=\"discernement\" >Discernement<\/h3>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu exige l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 l\u2019Esprit. C\u2019est lui le moteur int\u00e9rieur de notre vie, personnelle et communautaire\u00a0; il m\u00e8ne l\u2019histoire jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re du Royaume. La vie, la mort et la r\u00e9surrection du Seigneur n\u2019ont pas constitu\u00e9 la fin de l\u2019Histoire du salut, mais le point de d\u00e9part d\u2019une nouvelle \u00e8re, celle de l\u2019Esprit. Tout n\u2019avait pas \u00e9tait dit ni \u00e9tabli d\u2019avance. <em>\u201cJ\u2019ai encore beaucoup \u00e0 vous dire, mais vous ne pouvez pas le porter \u00e0 pr\u00e9sent. Mais quand il viendra, lui, l\u2019Esprit de v\u00e9rit\u00e9, il vous introduira dans la v\u00e9rit\u00e9 tout enti\u00e8re\u00a0; car il ne parlera pas de lui-m\u00eame, mais ce qu\u2019il entendra, il le dira, et il vous d\u00e9voilera les choses \u00e0 venir. Lui me glorifiera, car c\u2019est de mon bien qu\u2019il recevra et il vous le d\u00e9voilera.\u201d<\/em> (Jn 16, 12-14)<\/p>\n<p>Les Actes des Ap\u00f4tres nous montrent les premiers chr\u00e9tiens conduits par l\u2019Esprit. Saint Paul d\u00e9crit avec force comment le chr\u00e9tien n\u2019est plus d\u00e9sormais conduit par une loi ext\u00e9rieure, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un esclave, mais de l\u2019int\u00e9rieur, comme un fils. <em>\u201cQuand vint la pl\u00e9nitude du temps, Dieu envoya son Fils, n\u00e9 d\u2019une femme, n\u00e9 sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conf\u00e9rer l\u2019adoption filiale. Et la preuve que vous \u00eates des fils, c\u2019est que Dieu a envoy\u00e9 dans nos c\u0153urs l\u2019Esprit de son Fils qui crie: Abba, P\u00e8re ! Aussi n\u2019es-tu plus esclave, mais fils\u201d.<\/em> (Ga 4, 4-7) L\u2019accomplissement du dessein du P\u00e8re, confi\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus, se produit lorsque J\u00e9sus envoie l\u2019Esprit qui est en lui, l\u2019Esprit qui nous d\u00e9livre de la servitude et qui nous fait vivre de la vie et de la dignit\u00e9 de fils. Cette vie filiale ne sera plus une vie de pure soumission \u00e0 une loi externe, mais l\u2019exercice d\u2019une responsabilit\u00e9 libre et amoureuse qui nous fait tous \u201cdiscerner le meilleur\u201d (Ph 1,10), ce qui convient vraiment \u00e0 qui veut se conduire en fils, ce qui peut \u00eatre \u00e0 tout instant le plus agr\u00e9able au P\u00e8re, ce qui peut le mieux contribuer \u00e0 rendre effective la filiation de tous dans la vie fraternelle du Royaume.<\/p>\n<p>Ainsi donc l\u2019histoire, aussi bien g\u00e9n\u00e9rale que personnelle, reste ouverte. L\u2019Esprit \u0153uvre pour la conduire \u00e0 sa pl\u00e9nitude, en nous mettant en mouvement, du dedans, par son action qui est inspiration, souffle, impulsion. Pour vivre dans l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 ses appels, il nous faut donc d\u00e9ployer une sorte de sixi\u00e8me sens qui nous permette de les entendre, de les distinguer des autres mouvements ou impulsions int\u00e9rieures qui ne viennent pas de l\u2019Esprit. Il nous faut devenir experts en discernement.<\/p>\n<p><strong>\u201cDiscerner\u201d veut dire examiner, peser, choisir, distinguer, scruter.<\/strong> Si l\u2019oraison est le lieu par excellence de l\u2019\u00e9coute, c\u2019est l\u2019examen qui est le lieu du discernement. Il n\u2019est pas question ici de l\u2019examen de conscience, mais de l\u2019examen du c\u0153ur, des dispositions int\u00e9rieures\u00a0; on y examine ses r\u00e9actions et les r\u00e9percussions de ces r\u00e9actions dans sa vie\u00a0; l\u2019examen nous \u00e9claire sur ce qui nous meut vraiment, sur les objectifs qui nous attirent et vers lesquels nous aspirons, sur ce \u00e0 quoi nous sommes sensibles.<\/p>\n<blockquote><p>Le discernement n\u2019est pas d\u2019abord affaire de connaissance intellectuelle mais de sensibilit\u00e9 du c\u0153ur.<\/p><\/blockquote>\n<p>Or notre sensibilit\u00e9 n\u2019est pas aussi inoffensive que nous le croyons. Elle influence \u00e9galement notre raison. Nous sommes notre sensibilit\u00e9. Nous ne sommes ni ce que nous pensons, ni ce que nous d\u00e9sirons \u00e0 un moment pr\u00e9cis, car cela est un mouvement permanent. Nous sommes notre sensibilit\u00e9. Nous n\u2019avions nul besoin que les philosophies du soup\u00e7on en viennent \u00e0 d\u00e9noncer l\u2019influence de l\u2019affectif sur notre image de Dieu, au point que celle-ci puisse devenir une simple projection de nos manques et de nos d\u00e9sirs. D\u00e9j\u00e0 saint Ignace, et d\u2019autres grands spirituels l\u2019avaient pressenti: il nous faut \u00e9chapper au danger de <em>\u201cfaire venir Dieu \u00e0 [nos] d\u00e9sirs\u201d<\/em>,<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[21]<\/a> de confondre sa voix avec mes voix, sa parole avec la mienne.<\/p>\n<p>Malheureusement, la pratique de l\u2019examen quotidien s\u2019est perdue dans notre vie\u00a0; elle a disparu de l\u2019ensemble des pratiques auxquelles on initie les candidats en formation. Et pourtant, cet examen est indispensable dans la vie spirituelle, et surtout pour la pratique d\u2019une ob\u00e9issance v\u00e9ritablement responsable. Le discernement est un d\u00e9fi permanent; il ne saurait se programmer, mais on doit l\u2019appliquer quand \u201cles esprits\u201d entrent en action ; c\u2019est une attitude d\u2019alerte continuelle. On peut pr\u00e9voir la d\u00e9lib\u00e9ration sur un sujet, mais non le discernement. Nous devons \u00eatre sur le qui-vive, attentifs, \u00e9veill\u00e9s. <em>\u201cVeillez et priez pour ne pas tomber en tentation\u201d,<\/em> fut l\u2019ultime consigne de J\u00e9sus \u00e0 ses disciples. Nous prions peu, mais nous veillons encore moins. <a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[22]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019examen nous fait prendre conscience de ce qui anime r\u00e9ellement notre vie de l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019examen seul ne suffit pas\u00a0: il nous faut en plus un travail d\u2019asc\u00e8se qui purifie le c\u0153ur de ses motivations, de ses &#8220;amours&#8221;, avouables ou non, qui le lient et le gouvernent, qui l\u2019emp\u00eachent parfois de se laisser porter all\u00e8grement vers ce qui le rend vraiment libre et qui le comble pour de bon. N\u2019oublions pas que seuls \u201cles c\u0153urs purs verront Dieu.\u201d (Mt 5,8) <a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[23]<\/a><\/p>\n<h1 class=\"p1\" id=\"chercher-ensemble-le-dessein-de-dieu\" >Chercher ensemble le dessein de Dieu<\/h1>\n<blockquote><p>\u201cPar sa soumission au P\u00e8re,<br \/>\nle Christ a rachet\u00e9 le monde et a \u00e9t\u00e9 glorifi\u00e9.<br \/>\nPour participer \u00e0 son ob\u00e9issance,<br \/>\nnous offrons sans r\u00e9serve notre volont\u00e9 \u00e0 Dieu<br \/>\net nous nous donnons tout entiers<br \/>\n\u00e0 une communaut\u00e9 et \u00e0 une Soci\u00e9t\u00e9<br \/>\ndont les membres cherchent ensemble<br \/>\n\u00e0 r\u00e9aliser la volont\u00e9 du P\u00e8re.&#8221;\u00a0(art. 29)<\/p><\/blockquote>\n<p>C\u2019est par cet article du chapitre sur la vie consacr\u00e9e que la R\u00e8gle marianiste aborde la question du v\u0153u d\u2019ob\u00e9issance. Elle y pr\u00e9sente le fondement ultime de l\u2019ob\u00e9issance, indiquant ses deux dimensions constitutives\u00a0: l\u2019une verticale &#8211; l\u2019offrande sans r\u00e9serve de notre volont\u00e9 \u00e0 Dieu &#8211; l\u2019autre horizontale &#8211; l\u2019int\u00e9gration dans \u201cune communaut\u00e9 et une Soci\u00e9t\u00e9 dont les membres cherchent ensemble \u00e0 r\u00e9aliser la volont\u00e9 du P\u00e8re\u201d -. Tout ce qui pr\u00e9c\u00e8de est, au fond, un commentaire plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9 de la premi\u00e8re partie. Mais nous ne pouvons pas oublier la seconde, pour ne pas priver notre ob\u00e9issance de ce qui, nous le verrons, la caract\u00e9rise comme proprement religieuse et marianiste, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019Eglise.<\/p>\n<h2 id=\"une-obeissance-qui-con-voque\" >Une ob\u00e9issance qui \u201ccon-voque\u201d<\/h2>\n<p>En entrant dans la vie religieuse et m\u00eame dans la vie chr\u00e9tienne en g\u00e9n\u00e9ral, chaque personne doit renoncer \u00e0 sa propre volont\u00e9 pour rechercher et suivre la volont\u00e9 de Dieu, se situant ainsi dans le prolongement de la \u00ab\u00a0nu\u00e9e des t\u00e9moins de la foi-ob\u00e9issance\u00a0\u00bb (cf. He 12, 1) qui ont \u00e9crit l\u2019histoire sainte, ceux et celles surtout qui, \u00e0 la suite de J\u00e9sus, nous ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s sur le chemin de l\u2019incarnation du dessein salvifique du P\u00e8re.<\/p>\n<p>La R\u00e8gle de saint Beno\u00eet commence par ces mots\u00a0:<em> \u201cEcoute, \u00f4 mon fils, ces pr\u00e9ceptes de ton ma\u00eetre et tends l\u2019oreille de ton c\u0153ur. Cette instruction de ton p\u00e8re qui t\u2019aime, re\u00e7ois-l\u00e0 cordialement et mets-la en pratique effectivement. Ainsi tu reviendras, par ton ob\u00e9issance laborieuse, \u00e0 celui dont tu t\u2019\u00e9tais \u00e9loign\u00e9 par la d\u00e9sob\u00e9issance paresseuse. A toi donc, qui que tu sois, s\u2019adresse \u00e0 pr\u00e9sent mon discours, \u00e0 toi qui, abandonnant tes propres volont\u00e9s pour servir le Seigneur Christ, le roi v\u00e9ritable, prends les armes tr\u00e8s puissantes et glorieuses de l\u2019ob\u00e9issance.\u201d<\/em> Et le P. Chaminade de rench\u00e9rir\u00a0:<em> \u201cLa vie religieuse est une immolation continuelle de l\u2019homme \u00e0 Dieu, et surtout de sa volont\u00e9 par l\u2019ob\u00e9issance. A l\u2019exemple du divin Ma\u00eetre, il ne veut jamais faire sa volont\u00e9, mais toujours et seulement celle de Dieu\u201d.<\/em> <a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[24]<\/a><\/p>\n<p>En ce sens, bien au del\u00e0 de l\u2019aspect formel du v\u0153u,<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[25]<\/a> l\u2019ob\u00e9issance religieuse est une modalit\u00e9 de l\u2019ob\u00e9issance chr\u00e9tienne\u00a0; elle s\u2019inscrit dans la participation \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance de J\u00e9sus que nous avons contempl\u00e9e, et qui est commune \u00e0 tout chr\u00e9tien. Elle est toujours recherche de la volont\u00e9 de Dieu et disponibilit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard. D\u00e8s lors, qu\u2019est-ce qui distingue l\u2019ob\u00e9issance religieuse de celle de tout chr\u00e9tien\u00a0?<\/p>\n<p>On peut r\u00e9pondre que c\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment le fait que le religieux ob\u00e9issant r\u00e9pond \u00e0 un appel partag\u00e9 avec d\u2019autres\u00a0; cette forme d\u2019ob\u00e9issance \u201ccon-voque\u201d, \u201cin-corpore\u201d, comme le dit la R\u00e8gle. Elle ne concerne pas seulement la personne prise individuellement, mais elle s\u2019exerce de fa\u00e7on partag\u00e9e, s\u2019int\u00e9grant dans une ob\u00e9issance collective, communautaire, qui implique des personnes qui ont re\u00e7u la m\u00eame vocation particuli\u00e8re dans l\u2019Eglise.<\/p>\n<blockquote><p>Dans la vie religieuse, il y a naturellement l\u2019appel personnel et non transmissible, l\u2019appel \u201cnominal\u201d (chacun \u00e9tant appel\u00e9 par son nom), mais cet appel s\u2019inscrit dans une vocation commune partag\u00e9e.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans le contexte de l\u2019ob\u00e9issance chr\u00e9tienne, l\u2019ob\u00e9issance religieuse acquiert un caract\u00e8re propre, moins par le fait du v\u0153u en soi que par le mode particulier selon lequel le religieux recherche et accomplit la volont\u00e9 de Dieu. Le la\u00efc le fait dans le cadre de la vie conjugale ou de son insertion dans les institutions la\u00efques de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il vit\u00a0; le religieux vit l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 Dieu dans la communion avec d\u2019autres personnes, appel\u00e9es comme lui \u00e0 incarner un mode particulier de vie donn\u00e9e \u00e0 Dieu, un mode inspir\u00e9 par l\u2019Esprit, pour le bien du Royaume. Puisque l\u2019appel est partag\u00e9, nous pouvons dire que l\u2019ob\u00e9issance l\u2019est \u00e9galement.<\/p>\n<p>Ce mode de vie voulu par Dieu, que nous appelons globalement \u201cvie religieuse\u201d dans l\u2019Eglise, se d\u00e9finit fondamentalement comme une vie v\u00e9cue en communaut\u00e9 fraternelle, au service d\u2019une mission. La communaut\u00e9 et la mission sont les deux r\u00e9alit\u00e9s auxquelles est \u201ccon-voqu\u00e9\u201d le religieux dans l\u2019ob\u00e9issance, et c\u2019est dans ces deux r\u00e9alit\u00e9s qu\u2019il la vit. Les deux sont \u00e0 la fois le fruit et le domaine dans lesquels elle s\u2019exerce.<\/p>\n<p>Le premier fruit et le premier domaine de l\u2019ob\u00e9issance est la vie commune elle-m\u00eame, lieu de communion, o\u00f9 le religieux cherche, \u00e9coute et discerne la volont\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p>\u201cCe t\u00e9moignage des personnes consacr\u00e9es rev\u00eat aussi une signification particuli\u00e8re, \u00e0 cause de la dimension communautaire qui caract\u00e9rise la vie religieuse. La vie fraternelle est le lieu privil\u00e9gi\u00e9 pour discerner et pour accueillir la volont\u00e9 de Dieu, et pour avancer ensemble en union d&#8217;esprit et de c\u0153ur. L&#8217;ob\u00e9issance, vivifi\u00e9e par la charit\u00e9, unit les membres d&#8217;un Institut dans le m\u00eame t\u00e9moignage et dans la m\u00eame mission, bien que dans la diversit\u00e9 des dons et dans le respect de chaque individualit\u00e9. Par la vie fraternelle anim\u00e9e par l&#8217;Esprit, chacun entretient avec les autres un dialogue pr\u00e9cieux pour d\u00e9couvrir la volont\u00e9 du P\u00e8re, et tous reconnaissent en celui qui est responsable l&#8217;expression de la paternit\u00e9 de Dieu ainsi que l&#8217;exercice de l&#8217;autorit\u00e9 re\u00e7ue de Dieu, mise au service du discernement et de la communion.<\/p>\n<p><strong>La vie de communaut\u00e9<\/strong> est aussi tout particuli\u00e8rement, pour l\u2019Eglise et la soci\u00e9t\u00e9, le signe du lien qui na\u00eet d\u2019un m\u00eame appel et de la volont\u00e9 commune de lui ob\u00e9ir au-del\u00e0 de toutes les diversit\u00e9s de race ou d&#8217;origine, de langue ou de culture. \u00c0 l&#8217;encontre de l&#8217;esprit de discorde et de division, autorit\u00e9 et ob\u00e9issance donnent un signe lumineux de la paternit\u00e9 unique qui vient de Dieu, de la fraternit\u00e9 n\u00e9e de l&#8217;Esprit, de la libert\u00e9 int\u00e9rieure des personnes qui s&#8217;en remettent \u00e0 Dieu malgr\u00e9 les limites humaines de ceux qui le repr\u00e9sentent.<\/p>\n<p>Par cette ob\u00e9issance, que certains endossent comme r\u00e8gle de vie, on fait l&#8217;exp\u00e9rience de la b\u00e9atitude promise par J\u00e9sus \u00e0<em> \u00ab ceux qui \u00e9coutent la Parole de Dieu et l&#8217;observent \u00bb<\/em> (Lc 11, 28) et on l&#8217;annonce pour le bien de tous. En outre, celui qui ob\u00e9it est assur\u00e9 d&#8217;\u00eatre vraiment en mission, \u00e0 la suite du Seigneur et non port\u00e9 par ses propres d\u00e9sirs ou ses propres aspirations. Il est ainsi possible de se savoir conduit par l&#8217;Esprit du Seigneur et soutenu par sa main ferme, m\u00eame au milieu de grandes difficult\u00e9s (cf. Ac 20, 22-24).<a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[26]<\/a><\/p>\n<p>Si la vie communautaire est le premier fruit et le premier domaine de l\u2019ob\u00e9issance religieuse, sa fin est la mission. Non pas \u201cla derni\u00e8re\u201d dans l\u2019ordre de l\u2019importance car, au contraire, c\u2019est justement cette fin que vise l\u2019appel.<\/p>\n<p><em>\u201cL&#8217;ob\u00e9issance religieuse est en m\u00eame temps imitation du Christ et participation \u00e0 sa mission. Elle se pr\u00e9occupe de faire ce que J\u00e9sus a fait et, en m\u00eame temps, de ce qu&#8217;il ferait dans la situation concr\u00e8te dans laquelle le religieux se trouve aujourd&#8217;hui. Que, dans un Institut, le religieux exerce l&#8217;autorit\u00e9 ou non, il ne peut ni commander, ni ob\u00e9ir sans se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la mission. Lorsque le religieux ob\u00e9it, il met son ob\u00e9issance en continuit\u00e9 avec l&#8217;ob\u00e9issance de J\u00e9sus pour sauver le monde. C&#8217;est pourquoi, tout ce qui dans l&#8217;exercice de l&#8217;autorit\u00e9 ou celui de l&#8217;ob\u00e9issance rel\u00e8ve d&#8217;un compromis, d&#8217;une solution diplomatique ou d&#8217;une pression, ou de tout autre type de combinaison humaine, trahit l&#8217;inspiration fondamentale de l&#8217;ob\u00e9issance religieuse qui est de s&#8217;accorder avec la mission de J\u00e9sus et de l&#8217;actualiser dans le temps, m\u00eame si cet engagement est on\u00e9reux.\u201d<\/em><a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[27]<\/a><\/p>\n<h2 id=\"la-mediation-charismatique\" >La m\u00e9diation charismatique<\/h2>\n<p>Cela dit, les contours de la communaut\u00e9 et de la mission auxquelles est appel\u00e9 le religieux sont d\u00e9finis par le charisme propre \u00e0 l\u2019Institut. Le religieux ne re\u00e7oit pas un appel \u00e0 la vie religieuse \u00ab\u00a0au sens large\u00a0\u00bb. L\u2019appel n\u2019existe pas dans l\u2019abstrait, mais toujours dans telle ou telle r\u00e9alisation charismatique concr\u00e8te. Le Seigneur n\u2019appelle pas tel ou tel chr\u00e9tien \u00e0 devenir religieux, sans plus, mais il les appelle \u00e0 devenir franciscains, carmes, j\u00e9suites&#8230;, ou, dans notre cas, marianistes.<\/p>\n<p>L\u2019ob\u00e9issance que doit entra\u00eener le \u201coui\u201d \u00e0 l\u2019appel du Seigneur est donc de soi ob\u00e9issance au charisme particulier. Ce charisme surgit dans l\u2019Eglise comme une inspiration du Seigneur, comme un \u00e9lan et un appel venant de lui et exprimant sa volont\u00e9. Les Fondateurs ont re\u00e7u le charisme directement du Seigneur, par l\u2019inspiration de l\u2019Esprit. Les modalit\u00e9s concr\u00e8tes, nous les recevons par la R\u00e8gle, reconnue par l\u2019Eglise et v\u00e9cue concr\u00e8tement par l\u2019Institut.<\/p>\n<p><em>\u201cLes Instituts religieux sont nombreux dans l&#8217;Eglise et diff\u00e9rents les uns des autres selon le caract\u00e8re de chacun<\/em> (cf. PC, 7, 8, 9, 10)\u00a0; mais chacun d&#8217;eux, avec la collaboration <em>\u00ab\u00a0d&#8217;hommes et de femmes remarquables\u00a0\u00bb,<\/em> apporte sa vocation particuli\u00e8re comme un don suscit\u00e9 par l&#8217;Esprit (cf. LG, 45; PC, 1, 2), et reconnu authentiquement par la hi\u00e9rarchie.<\/p>\n<p>Le \u00abcharisme des Fondateurs\u00bb (Evang. Nunt. 11) se r\u00e9v\u00e8le comme une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de l&#8217;Esprit\u00a0\u00bb, transmise \u00e0 leurs disciples, pour \u00eatre v\u00e9cue par ceux-ci, gard\u00e9e, approfondie, d\u00e9velopp\u00e9e constamment en harmonie avec le Corps du Christ en croissance perp\u00e9tuelle. <em>\u00ab\u00a0C&#8217;est pourquoi l&#8217;Eglise d\u00e9fend et soutient le caract\u00e8re propre des divers Instituts Religieux\u00a0\u00bb<\/em> (LG, 44; cf. CD, 33; 35, 1; 35, 2, etc.).<\/p>\n<p>Ce \u00ab\u00a0caract\u00e8re propre\u00a0\u00bb comporte \u00e9galement un style particulier de sanctification et d&#8217;apostolat qui cr\u00e9e une tradition d\u00e9termin\u00e9e, de telle sorte qu&#8217;il est possible d&#8217;en analyser convenablement les \u00e9l\u00e9ments objectifs.<\/p>\n<p>En cette p\u00e9riode d&#8217;\u00e9volution culturelle et de r\u00e9novation eccl\u00e9siale, il est donc n\u00e9cessaire que chaque Institut conserve son identit\u00e9 avec une assurance telle qu&#8217;on puisse \u00e9viter le p\u00e9ril d&#8217;une situation insuffisamment d\u00e9finie qui porterait les Religieux \u00e0 s&#8217;ins\u00e9rer dans la vie de l&#8217;Eglise d&#8217;une mani\u00e8re vague et ambigu\u00eb, sans se r\u00e9f\u00e9rer suffisamment \u00e0 leur caract\u00e8re propre.\u201d<a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[28]<\/a><\/p>\n<p>L\u2019appel \u00e0 la vie religieuse arrive par le biais du charisme. Pour le religieux, c\u2019est le charisme qui d\u00e9crit la volont\u00e9 de Dieu et fixe les mani\u00e8res de l\u2019incarner. Pour lui, concr\u00e8tement, aussi bien pour la vie communautaire que pour la mission. De cette fa\u00e7on, il exige que l\u2019ob\u00e9issance religieuse soit incarn\u00e9e, la pr\u00e9servant ainsi de tout flou et de toute ambigu\u00eft\u00e9.<\/p>\n<p>Ce principe est tr\u00e8s important pour le discernement de la vocation personnelle. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, celui qui se sent appel\u00e9 d\u00e9tient des \u00e9l\u00e9ments objectifs pour v\u00e9rifier si cet appel est r\u00e9el ou non. L\u2019appel doit rencontrer une sorte de \u201csyntonie\u201d dans le r\u00e9cepteur, dans celui qui le re\u00e7oit. L\u2019ignorance ou l\u2019indiff\u00e9rence vis \u00e0 vis du charisme propre de l\u2019institut auquel on se sent appel\u00e9 par le Seigneur, le d\u00e9sir ou la recherche de ce qui ne s\u2019y trouve pas, l\u2019absence des qualit\u00e9s personnelles que son mode propre de communaut\u00e9 et de mission requiert, sont des signes \u00e9vidents que l\u2019appel pr\u00e9tendu est imaginaire.<\/p>\n<p>Mais surtout, ce principe est important pour bien centrer la mani\u00e8re m\u00eame de vivre la vocation, une fois qu\u2019elle est discern\u00e9e. La profession religieuse est tout enti\u00e8re un \u201coui\u201d \u00e0 l\u2019appel du Seigneur, et par le fait, un engagement d\u2019ob\u00e9issance au charisme. Sans cette ob\u00e9issance \u00e0 la racine m\u00eame de notre vie et de notre mission, la volont\u00e9 de Dieu ne se r\u00e9aliserait pas dans nos vies. N\u2019oublions pas que nous avons profess\u00e9 notre \u201coui\u201d au Seigneur, publiquement, dans l\u2019Eglise, \u201dselon la R\u00e8gle de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie\u201d. C\u2019est dans cet engagement d\u2019ob\u00e9issance global \u00e0 la vie et \u00e0 la mission propre de l\u2019Institut que s\u2019inscrivent les v\u0153ux, donc le voeu d\u2019ob\u00e9issance.<\/p>\n<p>Pour les Marianistes, avec cette conception de la profession religieuse, le v\u0153u de stabilit\u00e9 prend un relief particulier. Par lui nous proclamons publiquement que notre cons\u00e9cration est un v\u00e9ritable acte d\u2019ob\u00e9issance au charisme. Par le v\u0153u de stabilit\u00e9 nous nous engageons avec la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, avec son charisme, et c\u2019est de cette mani\u00e8re que nous ob\u00e9issons au Seigneur. C\u2019est exactement l\u00e0, dans sa dimension d\u2019ob\u00e9issance, que trouve son point d\u2019appui le sens marianiste du v\u0153u de stabilit\u00e9, comme acte d\u2019alliance avec Marie, conform\u00e9ment \u00e0 notre Fondateur.<\/p>\n<h3 id=\"une-obeissance-partagee-co-responsable\" >Une ob\u00e9issance partag\u00e9e, \u201cco-responsable\u201d<\/h3>\n<p>Parvenus \u00e0 ce point, nous pouvons mieux comprendre le sens et la pointe de la derni\u00e8re phrase de l\u2019article de la R\u00e8gle que nous avons cit\u00e9\u00a0: <em>\u201c\u00a0nous nous donnons tout entiers \u00e0 une communaut\u00e9 et \u00e0 une Soci\u00e9t\u00e9 dont les membres cherchent ensemble \u00e0 r\u00e9aliser la volont\u00e9 du P\u00e8re\u00a0\u201d<\/em>. Nous r\u00e9alisons imm\u00e9diatement que l\u2019ob\u00e9issance ainsi comprise ne peut \u00eatre passive mais qu\u2019elle dont \u00eatre bien active. L\u2019ob\u00e9issance religieuse ne me demande pas simplement de faire ce qu\u2019on me commande mais de participer activement \u00e0 la recherche commune de la volont\u00e9 de Dieu.<\/p>\n<p>Dans le pass\u00e9, la pr\u00e9sentation de l\u2019ob\u00e9issance, enferm\u00e9e dans le cadre de la relation avec l\u2019autorit\u00e9, n\u2019a gu\u00e8re favoris\u00e9 la perception de ce principe fondamental. Comme nous l\u2019avons vu, il n\u2019y a pas encore si longtemps, au regard de l\u2019histoire de notre congr\u00e9gation religieuse, on abordait les th\u00e8mes de l\u2019ob\u00e9issance avec, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 l\u2019apologie de l\u2019autorit\u00e9, et, de l\u2019autre, l\u2019exhortation \u00e0 la soumission, comme si seuls quelques-uns avaient en exclusivit\u00e9 la mission de trouver la volont\u00e9 de Dieu, ne laissant aux autres qu\u2019\u00e0 y acquiescer.<a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[29]<\/a><\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas que cette perspective ait \u00e9t\u00e9 fausse &#8211; nous en avons trait\u00e9 plus haut &#8211; mais elle \u00e9tait trop \u00e9troite, alors qu\u2019il s\u2019agissait de situer correctement l\u2019ob\u00e9issance religieuse et d\u2019y saisir tout ce qui est en jeu. La vocation est commune, et nous sommes tous engag\u00e9s dans la recherche de ce que Dieu attend de nous lorsqu\u2019il nous appelle \u00e0 cette vie, avec ce qu\u2019elle comporte concr\u00e8tement, ici et maintenant. Cette recherche s\u2019effectue \u00e0 travers des minist\u00e8res et des m\u00e9diations diverses, (r\u00e9unions, assembl\u00e9es, conseils, chapitres, sup\u00e9rieurs, assistants, conseillers&#8230;) mais chacun y a une part de responsabilit\u00e9 et personne ne peut ni ne doit se sentir non concern\u00e9 par elle.<\/p>\n<p>L\u2019int\u00e9gration de ce principe dans notre R\u00e8gle a requis un long processus de r\u00e9flexion. Il est utile de le rappeler, non seulement pour des raisons herm\u00e9neutiques mais aussi et surtout pour des raisons pratiques. Le chemin parcouru dans la r\u00e9flexion s\u2019est-il traduit dans la vie\u00a0? Quelles en sont les r\u00e9percussions pratiques?<\/p>\n<p>La coresponsabilit\u00e9 dans l\u2019ob\u00e9issance appara\u00eet dans l\u2019histoire tr\u00e8s r\u00e9cente comme l\u2019un des fruits de l\u2019eccl\u00e9siologie du Concile Vatican II. Pour les Marianistes, ce fut le Chapitre g\u00e9n\u00e9ral de 1971, qui mit en chantier la R\u00e8gle actuelle, qui s\u2019en fit l\u2019\u00e9cho\u00a0: \u201cCes derni\u00e8res ann\u00e9es, la compr\u00e9hension de l\u2019autorit\u00e9 et de l\u2019ob\u00e9issance a \u00e9volu\u00e9. Cette \u00e9volution a sa r\u00e9percussion dans la vie religieuse et entra\u00eene parfois des difficult\u00e9s&#8230; Des difficult\u00e9s ont \u00e9galement surgi quand on a voulu harmoniser l\u2019exercice traditionnel de l\u2019autorit\u00e9 avec les principes de coll\u00e9gialit\u00e9 et de subsidiarit\u00e9 pleinement accept\u00e9s depuis Vatican II.\u201d<a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[30]<\/a><\/p>\n<p>Coll\u00e9gialit\u00e9, subsidiarit\u00e9\u00a0: des mots nouveaux, des concepts nouveaux \u00e0 int\u00e9grer dans l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de l\u2019ob\u00e9issance. Ils requi\u00e8rent de nouvelles modalit\u00e9s, mais aussi des \u201cmentalit\u00e9s\u201d nouvelles. \u201cQuoique la nature de l\u2019autorit\u00e9, telle qu\u2019elle est indiqu\u00e9e actuellement dans les Constitutions, n\u2019ait pas chang\u00e9, la d\u00e9centralisation actuelle du pouvoir et la pratique de la subsidiarit\u00e9 posent le probl\u00e8me du r\u00f4le sp\u00e9cifique de l\u2019Administration provinciale.<\/p>\n<p>Le Chapitre g\u00e9n\u00e9ral est convaincu que la situation actuelle incite pr\u00e9cis\u00e9ment les Administrations provinciales \u00e0 jouer un r\u00f4le vital d\u2019animation plus n\u00e9cessaire aujourd\u2019hui que par le pass\u00e9. Le concept d\u2019animation n\u2019est en aucune mani\u00e8re oppos\u00e9 \u00e0 celui d\u2019autorit\u00e9\u00a0: il est plut\u00f4t une fa\u00e7on d\u2019exercer l\u2019autorit\u00e9. L\u2019Administration provinciale s\u2019efforcera d\u2019assurer ce r\u00f4le d\u2019animation par l\u2019exemple et les encouragements. Elle cherchera aussi \u00e0 stimuler et \u00e0 coordonner les efforts\u201d.<a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[31]<\/a><\/p>\n<p>Animation, encore un concept nouveau introduit dans le vocabulaire du chapitre sur l\u2019ob\u00e9issance. Selon les termes du Chapitre g\u00e9n\u00e9ral de 1976, qui consacra l\u2019un de ses documents au gouvernement par animation,<a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[32]<\/a> \u201canimer signifie essentiellement donner vie.<\/p>\n<p>Pour donner vie \u00e0 un groupe, il ne suffit pas de commander, surtout si l\u2019on entend par l\u00e0 donner des pr\u00e9ceptes qui encadrent la conduite des autres, ou amener les autres \u00e0 ex\u00e9cuter des ordres venant du dehors. Exercer l\u2019autorit\u00e9 par animation signifie faire appel \u00e0 des motivations int\u00e9rieures et cela au moyen de la persuasion, de l\u2019encouragement, de la stimulation, de l\u2019\u00e9valuation, et par-dessus tout, de l\u2019exemple\u201d.<a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[33]<\/a><\/p>\n<p>Impossible de nier que cette nouvelle approche, focalis\u00e9e une fois de plus sur l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9, a provoqu\u00e9 une crise de cette m\u00eame autorit\u00e9, non dans son fondement, mais dans sa pratique. Il est facile de concevoir l\u2019autorit\u00e9 de cette mani\u00e8re mais la pratiquer ainsi est difficile et requiert des qualit\u00e9s et des dispositions peu communes.<\/p>\n<p>Devant cette difficult\u00e9, on a tendance \u00e0 renoncer \u00e0 son exercice. Si en plus on c\u00e8de \u00e0 la tendance, encore persistante, d\u2019une pratique passive de l\u2019ob\u00e9issance, ne l\u2019exer\u00e7ant que face \u00e0 un acte d\u2019autorit\u00e9 explicite, on voit le r\u00e9sultat\u00a0: un vide caract\u00e9ris\u00e9 du v\u00e9cu de l\u2019ob\u00e9issance, dimension pourtant si essentielle \u00e0 notre vie religieuse. Un tel vide fait perdre \u00e0 l\u2019ob\u00e9issance le dynamisme proph\u00e9tique et missionnaire qui doit la caract\u00e9riser, et qui est intrins\u00e8quement li\u00e9 au dynamisme de notre recherche de la volont\u00e9 e Dieu, de notre ob\u00e9issance \u00e0 cette volont\u00e9, et de notre assimilation de cette volont\u00e9 dans notre vie concr\u00e8te et actuelle.<\/p>\n<p>R\u00e9p\u00e9tons-le\u00a0: pour sortir de ce vide, il nous faut d\u00e9gager la pratique de l\u2019ob\u00e9issance du carcan de l\u2019autorit\u00e9 au sens \u00e9troit, pour la replacer dans la perspective de la vocation commune, car c\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle trouve son v\u00e9ritable fondement. Tout ne d\u00e9pend pas de l\u2019exercice de l\u2019autorit\u00e9 par les sup\u00e9rieurs et de la soumission des fr\u00e8res. Le dynamisme de notre ob\u00e9issance requiert un esprit de renoncement et de sacrifice, mais elle se nourrit ailleurs, de la passion partag\u00e9e pour r\u00e9pondre de mani\u00e8re authentique et coh\u00e9rente \u00e0 l\u2019appel que le Seigneur adresse \u00e0 tous.<\/p>\n<p>La R\u00e8gle a clairement r\u00e9sum\u00e9 cette orientation et elle l\u2019a d\u00e9velopp\u00e9e dans l\u2019introduction au chapitre VII du second livre. Inutile de la recopier ici ou d\u2019en donner un nouveau commentaire. Que chacun relise attentivement les articles 7.1 \u00e0 7.8 de la R\u00e8gle. Ils nous adressent un appel pressant \u00e0 la coresponsabilit\u00e9 et \u00e0 la participation au gouvernement, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019orientation de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie.<em> \u00ab\u00a0Le respect de ces principes par ceux qui sont charg\u00e9s de l\u2019autorit\u00e9 permet \u00e0 bien des facteurs de jouer pleinement leur r\u00f4le\u00a0: les fins communes, les structures, l\u2019interd\u00e9pendance d\u2019hommes qu\u2019unit la m\u00eame vocation, le Sup\u00e9rieur et ses assistants, et finalement, d\u2019une mani\u00e8re unique, chacun des religieux\u201d.<\/em> <a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[34]<\/a><\/p>\n<h4 id=\"note-sur-la-prise-de-decision-collegiale\" >Note sur la prise de d\u00e9cision coll\u00e9giale<\/h4>\n<blockquote><p>Sous la conduite des Sup\u00e9rieurs,<br \/>\nla communaut\u00e9 d\u00e9termine<br \/>\nles grandes orientations de sa vie,<br \/>\napr\u00e8s un s\u00e9rieux effort collectif de pri\u00e8re et d\u2019\u00e9change,<br \/>\nen vue de discerner la volont\u00e9 de Dieu (art. 42)<\/p><\/blockquote>\n<p>La participation consiste dans la collaboration active de tous les membres d\u2019un groupe, dans la mesure du possible, \u00e0 la pr\u00e9paration, \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution des d\u00e9cisions et \u00e0 l\u2019\u00e9valuation de leur mise en \u0153uvre. Le discernement communautaire est le moyen normal qui permet la participation. (art. 7.4)<\/p>\n<p>Ces deux articles de la R\u00e8gle constituent un appel clair \u00e0 la participation de tous \u00e0 la prise des d\u00e9cisions qui touchent la vie communautaire. C\u2019est l\u00e0 un devoir qu\u2019impose l\u2019ob\u00e9issance et un exercice important permettant qu\u2019y soit v\u00e9cue la communion dont nous avons parl\u00e9. Mais c\u2019est aussi un exercice d\u00e9licat et il nous faut faire tr\u00e8s attention \u00e0 sa dynamique. Pour qu\u2019il atteigne r\u00e9ellement le but qu\u2019il se fixe, il y a des conditions \u00e0 respecter. Je parle naturellement ici de d\u00e9cisions d\u2019une certaine importance, qui touchent \u00e0 la vie et \u00e0 la mission, et non de questions mineures ou ponctuelles.<\/p>\n<ol>\n<li><strong>Tout d\u2019abord,<\/strong> il faut \u00e9viter de confondre la participation avec un processus de type \u201cparlementaire\u201d. Dans un parlement, s\u2019affrontent et se confrontent des groupes et des factions anim\u00e9s par des int\u00e9r\u00eats et des id\u00e9ologies divergentes. Ce qui compte l\u00e0, c\u2019est le pouvoir de la dialectique, la capacit\u00e9 d\u2019argumenter, sinon de manipuler, pour en sortir vainqueur et obtenir le troph\u00e9e final du vote favorable. Ce type de dynamique est incompatible avec la vie communautaire, bas\u00e9e sur un principe de communion et non de confrontation. En outre, elle ruine \u00e0 la racine la communion \u00e9vang\u00e9lique en marginalisant syst\u00e9matiquement ce qui est son centre et son axe, le faible.<br \/>\nNous avons suffisamment exp\u00e9riment\u00e9 l\u2019incompatibilit\u00e9 de cette dynamique avec la vie communautaire. N\u2019avons-nous jamais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins du silence passif de fr\u00e8res qui se croient inf\u00e9rieurs ou moins bien form\u00e9s ou encore, d\u00e9pourvus de capacit\u00e9s dialectiques pour ce type de discussion\u00a0? N\u2019est-il pas vrai que ces mani\u00e8res de faire sont particuli\u00e8rement p\u00e9nibles dans des communaut\u00e9s qui comptent plusieurs \u201cgrosses t\u00eates\u201d ou \u201cpoids lourds\u201d? Le principe de communion doit \u00eatre avant tout l\u2019affaire de tous. Pour le sauvegarder, il peut parfois \u00eatre n\u00e9cessaire de soustraire la d\u00e9cision finale au pouvoir du vote, parfois despotique, pour la remettre au pouvoir d\u2019un sup\u00e9rieur, qui, \u00e0 travers sa relation personnelle avec chacun des fr\u00e8res, est capable de le garantir. Chaque fr\u00e8re doit se sentir accept\u00e9 et \u00e9cout\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong>On doit favoriser un climat de dialogue v\u00e9ritable,<\/strong> c\u2019est-\u00e0-dire, d\u2019interaction mutuelle dans la recherche. Cela suppose que chacun entre dans le processus de la \u201crecherche\u201d, convaincu qu\u2019il ne poss\u00e8de pas toute la v\u00e9rit\u00e9 et qu\u2019il a besoin des autres pour y voir clair. Pour que l\u2019interaction mutuelle puisse jouer, il faut aussi assurer un climat de libert\u00e9 et de confiance, qui suscite en chacun le d\u00e9sir d\u2019apporter sa propre contribution \u00e0 l\u2019\u00e9change et une contribution qui soit positive. La confiance et la libert\u00e9 se brisent s\u2019il y a des fr\u00e8res motiv\u00e9s par des vis\u00e9es inavou\u00e9es, ou que certains se sentent jug\u00e9s et suspect\u00e9s dans leurs intentions. Cr\u00e9er ce climat de libert\u00e9 et de confiance est une t\u00e2che pour tous et chacun. Qu\u2019un seul le brise et tous en sont perturb\u00e9s. Nous savons par exp\u00e9rience combien une seule personne est capable, par son attitude, de bloquer le dialogue de tout un groupe.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong>L\u2019id\u00e9al serait que toute d\u00e9marche de prise de d\u00e9cision coll\u00e9giale<\/strong> soit une authentique d\u00e9marche de \u201cdiscernement communautaire\u201d. Mais ce n\u2019est pas toujours possible. Le discernement, comme nous l\u2019avons expliqu\u00e9 plus haut, se fait \u00e0 partir du champ affectif des \u201cmotivations\u201d et pas seulement du champ intellectuel des \u201craisons\u201d. Les \u201craisons\u201d sont d\u2019ordre objectif et notionnel\u00a0; les \u201cmotivations\u201d, outre les raisons incluent \u00e9galement les dimensions affectives. Dans une d\u00e9marche de prise de d\u00e9cisions, pour que les d\u00e9cisions prises soient les bonnes, il faut clarifier les raisons qui les justifient\u00a0; mais il faut aussi et avant tout purifier les motivations qui les produisent. Du fait que le terrain propre du discernement est celui des \u00ab\u00a0raisons du c\u0153ur\u00a0\u00bb, de ces raisons que souvent \u00ab\u00a0la raison ignore\u00a0\u00bb, comme disait Pascal, &#8211; quand elle ne les masque pas -, ce processus est rendu vraiment exigeant et difficile. Il faut un degr\u00e9 de maturit\u00e9 humaine et spirituelle assez \u00e9lev\u00e9 pour mettre en lumi\u00e8re les vraies raisons et \u00eatre dispos\u00e9, en outre, \u00e0 les soumettre \u00e0 la critique purificatrice, dans l\u2019interaction mutuelle.<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[35]<\/a><br \/>\nPour difficile qu\u2019il soit, nous ne devons cependant pas renoncer au discernement\u00a0; gardons toujours vif, en fond de toile, le d\u00e9sir que toutes nos prises de d\u00e9cision tendent vers l\u2019id\u00e9al d\u2019un v\u00e9ritable discernement. Selon l\u2019Instruction sur la vie fraternelle en communaut\u00e9, \u201cLe discernement communautaire est une d\u00e9marche tr\u00e8s utile, m\u00eame s&#8217;il n&#8217;est ni facile ni automatique, car il suppose comp\u00e9tence humaine, sagesse spirituelle et d\u00e9tachement personnel. L\u00e0 o\u00f9 il est pratiqu\u00e9 avec foi et s\u00e9rieux, il peut offrir \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 les meilleures conditions pour prendre les d\u00e9cisions que r\u00e9clame le bien de la vie fraternelle et de la mission.\u201d<a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[36]<\/a><\/li>\n<\/ol>\n<p>Chers fr\u00e8res, en ces temps de changement et de recherche, il est plus urgent que jamais de vivre dans l\u2019ob\u00e9issance au Seigneur, dans la docilit\u00e9 \u00e0 l\u2019Esprit. La recherche de la volont\u00e9 de Dieu et la remise inconditionnelle \u00e0 cette volont\u00e9 sont incontournables. Seul le Seigneur cr\u00e9e du neuf, mais pour le faire, il attend toujours de retrouver, du c\u00f4t\u00e9 des hommes, l\u2019attitude qu\u2019impliquait la r\u00e9ponse de Marie \u00e0 Gabriel\u00a0: \u201cqu\u2019il m\u2019advienne selon ta Parole\u00a0!\u201d Puissent toutes ces r\u00e9flexions contribuer \u00e0 raviver notre disposition \u00e0 vivre avec Elle dans l\u2019ob\u00e9issance\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Votre fr\u00e8re en \u00ab\u00a0J\u00e9sus-Christ, Fils de Dieu, devenu Fils de Marie pour le salut des hommes\u00a0\u00bb,<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1 id=\"notes\" >NOTES<\/h1>\n<p>NB\u00a0: les citations bibliques sont emprunt\u00e9es \u00e0 la Bible de J\u00e9rusalem.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[1]<\/a> RV 6.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[2]<\/a> Faciem tuam, Domine, requiram. Le service de l\u2019autorit\u00e9 et l\u2019ob\u00e9issance (Instruction de la congregation pour les instituts de vie consacree et les societes de vie apostolique du 11 mai 2008, n\u00b0\u00a08).<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[3]<\/a> En parlant du chemin de Marie la croyante, Jean Paul II \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il n&#8217;est cependant pas difficile d&#8217;observer en ce commencement une certaine peine du c\u0153ur, rejoignant une sorte de \u00abnuit de la foi\u00bb &#8211; pour reprendre l&#8217;expression de saint Jean de la Croix- comme un \u00abvoile\u00bb \u00e0 travers lequel il faut approcher l&#8217;Invisible et vivre dans l&#8217;intimit\u00e9 du myst\u00e8re\u2026 J\u00e9sus avait donc conscience de ce que \u00abseul le P\u00e8re conna\u00eet le Fils\u00bb (cf. Mt 11, 27), \u00e0 tel point que m\u00eame celle \u00e0 qui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plus profond\u00e9ment le myst\u00e8re de sa filiation divine, sa M\u00e8re, ne vivait dans l&#8217;intimit\u00e9 de ce myst\u00e8re que par la foi! Se trouvant aux c\u00f4t\u00e9s de son Fils, sous le m\u00eame toit, et \u00abgardant fid\u00e8lement l&#8217;union avec son Fils\u00bb, elle \u00abavan\u00e7ait dans son p\u00e8lerinage de foi\u00bb, comme le souligne le Concile\u00a0\u00bb . (Redemptoris Mater, n\u00b0 17) (cf. LG n\u00b0 58)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0Croire veut dire \u00abse livrer\u00bb \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 m\u00eame de la parole du Dieu vivant, en sachant et en reconnaissant humblement \u00abcombien sont insondables ses d\u00e9crets et incompr\u00e9hensibles ses voies\u00bb (Rm 11, 33). Marie qui par la volont\u00e9 \u00e9ternelle du Tr\u00e8s-Haut, s&#8217;est trouv\u00e9e, peut-on dire, au centre m\u00eame de ces \u00abvoies incompr\u00e9hensibles\u00bb et de ces \u00abd\u00e9crets insondables\u00bb de Dieu, s&#8217;y conforme dans l&#8217;obscurit\u00e9 de la foi, acceptant pleinement, le c\u0153ur ouvert, tout ce qui est pr\u00e9vu dans le plan divin. Quand Marie, \u00e0 l&#8217;Annonciation, entend parler du Fils dont elle doit devenir m\u00e8re et qu&#8217;elle \u00ab\u00a0appellera du nom de \u2018J\u00e9sus\u2019 ( = Sauveur)\u00a0\u00bb, il lui est aussi donn\u00e9 de savoir que \u00able Seigneur Dieu lui donnera le tr\u00f4ne de David son p\u00e8re\u00bb, qu&#8217;il \u00abr\u00e9gnera sur la maison de Jacob pour les si\u00e8cles et [que] son r\u00e8gne n&#8217;aura pas de fin\u00bb (Lc 1, 32-33). C&#8217;est dans cette direction que s&#8217;orientait toute l&#8217;esp\u00e9rance d&#8217;Isra\u00ebl\u2026 Marie a grandi au milieu de cette attente de son peuple\u2026 M\u00eame si, \u00e0 cet instant, elle s&#8217;est sentie dans la foi m\u00e8re du \u00ab\u00a0Messie-roi\u00a0\u00bb, elle a cependant r\u00e9pondu: \u00ab\u00a0Je suis la servante du Seigneur, qu&#8217;il m&#8217;advienne selon ta parole\u00a0\u00bb (Lc 1, 38). D\u00e8s ce premier moment, Marie a profess\u00e9 avant tout son \u00ab\u00a0ob\u00e9issance de la foi\u00a0\u00bb, elle s&#8217;en remet au sens que donnait aux paroles de l&#8217;Annonciation celui dont elles provenaient : Dieu lui-m\u00eame. (ibid, n\u00b0 14-15)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[5]<\/a> Exposition sur l\u2019Evangile selon Saint Luc, II, 26<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[6]<\/a> Intervention du P. Pascual Ch\u00e1vez, SDB, Sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral des Sal\u00e9siens et pr\u00e9sident de l\u2019Union des Sup\u00e9rieurs g\u00e9n\u00e9raux, en conclusion de la 71\u00e8me assembl\u00e9e semestrielle du 30 mai 2008.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0Un vent d\u2019ind\u00e9pendance semble avoir particuli\u00e8rement souffl\u00e9 sur les g\u00e9n\u00e9rations modernes, depuis que la philosophie du 18e si\u00e8cle s\u2019est mise \u00e0 saper toute autorit\u00e9 par le sophisme et la raillerie, jetant en p\u00e2ture au peuple le grand mot de libert\u00e9 qui, pour lui, n\u2019\u00e9tait que la licence effr\u00e9n\u00e9e de tout dire et de tout faire\u00a0\u00bb (Circulaire n\u00ba 52: Le voeu d\u2019ob\u00e9issance, 28 mars 1859, Circulaires P. Caillet, p. 355)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[8]<\/a> J. SIMLER, Instruction sur l\u2019autorit\u00e9, Circulaire n\u00ba 68, 25 mars 1896. \u00ab\u00a0Qui de nous ignore que, dans les assembl\u00e9es politiques, dans les discussions et m\u00eame dans les simples conversations, la plupart des hommes parlent et raisonnent comme si les hommes \u00e9taient ma\u00eetres absolus d\u2019eux-m\u00eames, sans avoir aucun compte \u00e0 rendre \u00e0 personne apr\u00e8s cette vie\u00a0: , comme si le pouvoir d\u00e9rivait du nombre, de la force, de l\u2019habilet\u00e9, du succ\u00e8s et non d\u2019une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 l\u2019homme\u00a0; comme si Dieu n\u2019existait pas, ou se d\u00e9sint\u00e9ressait compl\u00e9tement des affaires des hommes\u00a0?\u00a0\u00bb (n\u00b03) \u00ab\u00a0L\u2019Eglise repousse la souverainet\u00e9 du monarque au m\u00eame titre et pour les m\u00eames raisons que la souverainet\u00e9 du peuple, de la multitude, du nombre, pour r\u00e9affirmer la souverainet\u00e9 unique de Dieu.\u00a0\u00bb (n\u00b0 86)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[9]<\/a> F.-J. KIEFFER, Instruction sur le v\u0153u et la vertu de l\u2019ob\u00e9issance, Circulaire n\u00ba 3, 22 janvier 1935. La description que fait le P. Kieffer dans l\u2019introduction de sa circulaire est int\u00e9ressante et toujours d\u2019actualit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Partout, on r\u00e9p\u00e8te que le monde actuel souffre d\u2019une crise d\u2019autorit\u00e9. L\u2019autorit\u00e9 a de la peine \u00e0 produire ses titres, du moins des titres qui aient cours dans le monde contemporain\u00a0; la contrepartie en est une crise d\u2019ob\u00e9issance. La valeur des ordres et leur bien- fond\u00e9 est discut\u00e9 et finalement, en face d\u2019une autorit\u00e9 qui ne s\u2019affirme pas, on reste inerte quand on ne se r\u00e9volte pas pour faire passer \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 toute envie de s\u2019imposer.<br \/>\nCrise de l\u2019autorit\u00e9 familiale\u00a0: nous en sommes les t\u00e9moins trop fr\u00e9quemment lorsque des parents \u00e0 force d\u2019avoir capitul\u00e9 devant les exigences de leurs enfants, viennent nous avouer leur d\u00e9faite et nous prient de reprendre en main ces enfants trop t\u00f4t \u00e9mancip\u00e9s. \u2026 Crise de l\u2019autorit\u00e9 civile\u2026 Tout est mis en discussion, \u2026tout repr\u00e9sentant de l\u2019autorit\u00e9 peut \u00eatre cit\u00e9 \u00e0 la barre de l\u2019opinion publique. Heureux encore lorsque la caricature, sous toutes les formes, ne s\u2019en m\u00eale pas pour tuer, par le ridicule, ce qu\u2019il pourrait ou devrait revendiquer d\u2019autorit\u00e9.<br \/>\nOn pourrait ajouter que dans cette crise de l\u2019autorit\u00e9, la jeunesse court davantage le risque d\u2019\u00eatre atteinte. On a dit\u00a0: \u2018A vingt ans, l\u2019homme est r\u00e9publicain &#8211; dans le sens de r\u00e9volutionnaire -, \u00e0 quarante ans, il est conservateur\u2019. Et c\u2019est qu\u2019en effet, en entrant dans la vie, le jeune homme se sent en face de possibilit\u00e9s \u00e0 l\u2019infini\u00a0; ce lui est un jeu de faire de multiples exp\u00e9riences, et il croit enrichir sa vie de toutes les exp\u00e9riences tent\u00e9es. D\u2019o\u00f9 facilement un engouement pour l\u2019ind\u00e9pendance et une irritation contre tout ce qui vient restreindre les libert\u00e9s et, soi-disant, emp\u00eacher l\u2019\u00e9panouissement de la personnalit\u00e9. Plus tard, le frottement aux r\u00e9alit\u00e9s de la vie, des exp\u00e9riences parfois cruelles, des m\u00e9comptes aussi, dissiperont certaines illusions, produiront une allure plus r\u00e9gl\u00e9e et disposeront \u00e0 l\u2019acceptation de la disciple reconnue comme indispensable.\u00a0\u00bb (Circulaire P. Kieffer, p. 159, sq)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[10]<\/a> S.-J. JUERGENS, Les difficult\u00e9s de l\u2019ob\u00e9issance, Circulaire n\u00ba 29, 28 mars 1955<br \/>\n<a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[11]<\/a> P.-J. HOFFER, L\u2019ob\u00e9issance religieuse, Circulaire n\u00ba 9, 12 mai 1959.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[12]<\/a> Faciem tuam&#8230;, n. 2.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[13]<\/a> P.-J. HOFFER, L\u2019ob\u00e9issance religieuse, Circulaire 9, mai 1955, n\u00b0 56<br \/>\n<a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[14]<\/a> Faciem tuam\u2026, n\u00b0 15<br \/>\n<a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[15]<\/a> Cf. G.-J. CHAMINADE, Instruction sur l\u2019ob\u00e9issance, 12 mai 1840, n\u00b0 14.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[16]<\/a> Faciem tuam&#8230;, n. n\u00b04.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[17]<\/a> Faciem tuam\u2026, n\u00b0 5-6<br \/>\n<a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[18]<\/a> EO 373<br \/>\n<a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[19]<\/a> EO 377a<br \/>\n<a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[20]<\/a> Faciem tuam&#8230;, n\u00b0 7.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[21]<\/a> Par cette expression entre guillemets, je fais allusion au Pr\u00e9ambule pour faire \u00e9lection, un texte cl\u00e9 pour le discernement dans les Exercices de Saint Ignace: \u201cEn toute bonne \u00e9lection, dans la mesure o\u00f9 elle d\u00e9pend de nous, l\u2019\u0153il de notre intention doit \u00eatre simple, regardant uniquement ce pour quoi je suis cr\u00e9\u00e9: pour la louange de Dieu note notre Seigneur et le salut de mon \u00e2me. Aussi, quelque choix que je fasse, il doit tendre \u00e0 m\u2019aider pour la fin en vue de laquelle je suis cr\u00e9\u00e9, et ne pas ordonner et soumettre la fin au moyen, mais le moyen \u00e0 la fin. En fait, il arrive que beaucoup choisissent en premier lieu le mariage, ce qui est le moyen, et en second lieu le service de Dieu notre Seigneur dans le mariage; or, c\u2019est le service de Dieu qui est la fin. Il y en a d\u2019autres aussi qui veulent d\u2019abord poss\u00e9der un b\u00e9n\u00e9fice et ensuite y servir Dieu. De la sorte, ces gens-l\u00e0 ne vont pas droit \u00e0 Dieu, mais ils veulent que Dieu vienne droit \u00e0 leurs attachements d\u00e9sordonn\u00e9s. Ils font de la fin un moyen et du moyen une fin. Ainsi, ce qu\u2019ils devraient mettre en premier, ils le mettent en dernier, car, en premier lieu, nous devons avoir pour objectif la volont\u00e9 de servir Dieu, ce qui est la fin, et en second lieu d\u2019accepter un b\u00e9n\u00e9fice ou de nous marier, si c\u2019est pour nous pr\u00e9f\u00e9rable, ce qui est le moyen en vue de la fin. Rien ne doit donc me pousser \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser tel ou tel moyen, si ce n\u2019est uniquement le service et la louange de Dieu notre Seigneur et le salut \u00e9ternel de notre \u00e2me.\u201d (Saint Ignace de Loyola, Exercices spirituels, Descl\u00e9e de Brouwer,1960, p 95-96)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[22]<\/a> \u201cL\u2019examen est consid\u00e9r\u00e9 par les Constitutions, comme l\u2019exercice pratique de ce pr\u00e9cepte du divin Ma\u00eetre: omnibus dico, vigilate. Je le dis \u00e0 tous, sans excepter personne, veillez sur vous-m\u00eames. C\u2019en est assez pour le recommander \u00e0 tous les religieux et le leur faire aimer\u201d. (Const. 1839, art. 43). Le P. Chaminade insistait sur l\u2019importance de l\u2019examen g\u00e9n\u00e9ral, de l\u2019examen appel\u00e9 \u201cparticulier\u201d et de l\u2019examen de l\u2019oraison il suivait l\u2019enseignement de Saint Ignace, pour lequel l\u2019examen \u00e9tait aussi important sinon plus important que l\u2019oraison dans la s\u00e9rie des exercices et dans la vie spirituelle. Il suffit de voir, entre autres exemples, le plan de vie qu\u2019il \u00e9tablit pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous (EO 11) ou l\u2019introduction des points d\u2019examen dans les retraites (cf. EO 340;343;346;348;351;353), ou ses consid\u00e9rations sur la pratique de l\u2019oraison mentale (EO 505)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[23]<\/a> Il est utile de rappeler ici ce que le P. Chaminade disait \u00e0 ce sujet\u00a0:\u00a0\u201cLe Sauveur du monde nous apprend lui-m\u00eame que la condition indispensable pour voir Dieu, c\u2019est d\u2019avoir le c\u0153ur pur. En vain donc l\u2019\u00e2me serait-elle \u00e9clair\u00e9e des plus brillantes splendeurs de la foi si le c\u0153ur n\u2019\u00e9tait pas pur. Cette foi, retenue captive, ne servirait qu\u2019\u00e0 la rendre plus coupable et plus malheureuse. Ainsi, tous nos efforts, tous nos travaux, tous nos combats doivent tendre \u00e0 purifier notre c\u0153ur. Et c\u2019est l\u00e0 effectivement tout l\u2019objet du christianisme. Car, avoir le c\u0153ur pur, c\u2019est n\u2019aimer que Dieu, ne chercher que lui et ne tendre qu\u2019\u00e0 lui de toutes ses forces&#8230;\u201d (EO 515-516)<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[24]<\/a> R\u00e8glement g\u00e9n\u00e9ral du noviciat de St Laurent, Bordeaux, ED II, 246.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[25]<\/a> Dans le paragraphe qui suit, le P. Chaminade ajoute: \u201cMais le v\u0153u d\u2019ob\u00e9issance, &#8230; consid\u00e9r\u00e9 mat\u00e9riellement dans son objet, ne pourvoirait pas suffisamment au sacrifice perp\u00e9tuel de la volont\u00e9, puisqu\u2019il n\u2019oblige directement et pour lui-m\u00eame que dans les circonstances rares o\u00f9 les Sup\u00e9rieurs l\u00e9gitimes font un commandement expr\u00e8s\u201d (ibid., 247)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[26]<\/a> JEAN PAUL II, Vita consecrata (25 mars 1996)\u00a0; n\u00b0 92<br \/>\n<a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[27]<\/a> CONGR\u00c9GATI\u00d3N POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE, Potissimum institutioni. Orientations sur la formation dans les instituts religieux (2 f\u00e9vrier 1990), n\u00b0 15.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[28]<\/a> SACR\u00c9E CONGR\u00c9GATION POUR LES RELIGIEUX ET LES INSTITUTS S\u00c9CULIERS \u2013 SACR\u00c9E CONGR\u00c9GATION POUR LES \u00c9VEQUES, Mutuae relationes. Directives de base sur les rapports entre les Ev\u00eaques et les religieux dans l\u2019Eglise (14 mai 1978), n\u00b0.11.<br \/>\nCet autre texte, plus r\u00e9cent, reprend le m\u00eame principe: \u00ab\u00a0Les personnes consacr\u00e9es sont aussi appel\u00e9es \u00e0 suivre le Christ ob\u00e9issant dans le cadre d\u2019un \u201cprojet \u00e9vang\u00e9lique\u201d, ou charismatique, suscit\u00e9 par l&#8217;Esprit et authentifi\u00e9 par l&#8217;\u00c9glise. Cette derni\u00e8re, approuvant un projet charismatique en tant qu&#8217;Institut religieux, garantit que les inspirations qui l&#8217;animent et les normes qui le r\u00e9gissent peuvent donner lieu \u00e0 un itin\u00e9raire de recherche de Dieu et de saintet\u00e9. De m\u00eame, la R\u00e8gle et les autres normes de vie deviennent ainsi m\u00e9diation de la volont\u00e9 du Seigneur : m\u00e9diation humaine, mais qui fait toujours autorit\u00e9, imparfaite mais en m\u00eame temps contraignante, point de d\u00e9part pour prendre la route chaque jour, mais \u00e0 d\u00e9passer dans un \u00e9lan g\u00e9n\u00e9reux et cr\u00e9atif vers la saintet\u00e9 que Dieu \u201cveut\u201d pour chaque consacr\u00e9.\u201d (Faciem tuam&#8230;, n\u00b0. 9)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[29]<\/a> Malgr\u00e9 des appels \u00e0 un exercice de l\u2019autorit\u00e9 qui favorise la participation de tous, le concile Vatican II n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 cette probl\u00e9matique dans le n\u00b0 14 de Perfectae Caritatis. Des documents post\u00e9rieurs du magist\u00e8re, comme nous l\u2019avons vu , d\u00e9veloppent davantage ce principe de co-responsabilit\u00e9 et de recherche en commun. (cf. Faciem tuam\u2026 ,n\u00b0.12)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[30]<\/a> Doc 4, n\u00b0 23. (cf. L\u2019Ecoute et la Parole, p.43)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[31]<\/a> Doc 5, n\u00b0 3. (cf. L\u2019Ecoute et la Parole, p. 49)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[32]<\/a> Doc E, n\u00b0 101-124 (cf . l\u2019Ecoute et la Parole, p. 176 sq)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[33]<\/a> ibid., n\u00b0. 105.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[34]<\/a> RV 7.7.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[35]<\/a> &#8220;Ce discernement, parfois laborieux, aboutit d\u2019autant plus s\u00fbrement que chacun fait preuve de maturit\u00e9 et sait se mettre \u00e0 l\u2019\u00e9coute du Seigneur quand il lui parle par ses Fr\u00e8res\u201d. (RV 42)<br \/>\n<a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[36]<\/a> CONGREGATION POUR LES INSTITUTS DE VIE CONSACREE, Congregavit nos in unum Christi amor. La vie fraternelle en communaut\u00e9 (2 f\u00e9vrier 1994), n\u00b0. 50.<\/p>\n","protected":false},"author":134,"comment_status":"open","ping_status":"open","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[104],"ht_kb_tag":[],"class_list":["post-679","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-organisation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/679"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/134"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=679"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/679\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1351,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/679\/revisions\/1351"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=679"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=679"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=679"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}