{"id":451,"date":"2015-04-18T14:16:18","date_gmt":"2015-04-18T13:16:18","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=451"},"modified":"2016-02-03T18:52:28","modified_gmt":"2016-02-03T17:52:28","slug":"freres-ouvriers-dans-la-societe-de-marie-au-temps-du-pere-chaminade","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/freres-ouvriers-dans-la-societe-de-marie-au-temps-du-pere-chaminade\/","title":{"rendered":"Fr\u00e8res ouvriers dans la soci\u00e9t\u00e9 de Marie au temps du P\u00e8re Chaminade"},"content":{"rendered":"<h5 id=\"introduction\" >Introduction<\/h5>\n<p>Ayant lu dans les documents pr\u00e9paratoires au chapitre g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier une motion concernant les fr\u00e8res ouvriers et leur histoire, et trouvant que ces fr\u00e8res sont trop oubli\u00e9s ou n\u00e9glig\u00e9s de nos jours, je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire une petite synth\u00e8se du travail de recherche que j&#8217;avais publi\u00e9 Pro Manuscripto \u00e0 R\u00e8ves en 1984 sur ce sujet.<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> Le but de cette \u00e9tude \u00e9tait de mieux conna\u00eetre la pens\u00e9e de M. Chaminade sur cette &#8220;troisi\u00e8me branche&#8221; de notre congr\u00e9gation religieuse. Pour cela je m&#8217;\u00e9tais limit\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode allant de la fondation jusqu&#8217;\u00e0 la mort de notre V\u00e9n\u00e9rable Fondateur (1817-1950).<\/p>\n<p>N&#8217;ayant de loin pas une formation d&#8217;historien, c&#8217;est sans pr\u00e9tention que j&#8217;y avais rassembl\u00e9 le maximum de documents les concernant, cherchant \u00e0 \u00e9crire, quand cela \u00e9tait possible, de br\u00e8ves notices sur leur vie et sur les maisons o\u00f9 ils ont v\u00e9cu. Ce travail n&#8217;est donc pas, \u00e0 proprement parler, &#8220;une \u00e9tude historique et critique des fr\u00e8res ouvriers&#8221;, mais plut\u00f4t une compilation en vue d&#8217;\u00e9crire l&#8217;histoire. Cependant, Malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts, ce travail permet d&#8217;avoir un panorama sur la vie de ces fr\u00e8res et d&#8217;y d\u00e9crypter le dessein que Dieu avait inspir\u00e9 au P. Chaminade \u00e0 leur sujet.<\/p>\n<p>Durant la p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e, j&#8217;ai pu discerner trois &#8220;cat\u00e9gories&#8221; de fr\u00e8res ouvriers: les fr\u00e8res au service des maisons, les fr\u00e8res enseignants les travaux manuels et les fr\u00e8res ouvriers de Saint-Remy (Haute-Sa\u00f4ne). C&#8217;est cet ordre que nous allons suivre pour pr\u00e9senter les fr\u00e8res ouvriers.<\/p>\n<h1 id=\"les-freres-au-service-des-maisons\" >Les fr\u00e8res au service des maisons<\/h1>\n<p>Lorsque la S.M. na\u00eet en 1817, on retrouve en son sein la m\u00eame diversit\u00e9 de membres que dans la Congr\u00e9gation Mariale et l&#8217;Etat dont elle est issue : &#8220;Messieurs Lalanne et Collineau se destinaient \u00e0 l&#8217;\u00e9tat eccl\u00e9siastique; messieurs Daguzan et Clouzet qui n&#8217;avaient pas fait d&#8217;\u00e9tudes, n&#8217;avaient en vue que la vie religieuse, ainsi que M. Auguste Perri\u00e8re, quoiqu&#8217;il e\u00fbt fait des \u00e9tudes tr\u00e8s compl\u00e8tes; messieurs Bidon et Cantau se d\u00e9vou\u00e8rent au service.&#8221;<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a> Ces deux derniers religieux \u00e9taient tonneliers de leur \u00e9tat. Ils r\u00e9pondirent aux besoins les plus urgents de la communaut\u00e9 en faisant la cuisine, les commissions&#8230; Ils furent les premiers religieux &#8220;ouvriers&#8221;, ou plut\u00f4t &#8220;servants&#8221; comme on les appelait alors. Les fr\u00e8res au service des maisons eurent \u00e0 remplir diff\u00e9rentes missions comme : la lingerie, la cuisine, l&#8217;entretien, l&#8217;intendance, la porterie, la boulangerie&#8230;<\/p>\n<p>Plusieurs de ces religieux se sont vraiment sanctifi\u00e9s dans ces t\u00e2ches en vivant dans la discr\u00e9tion, le silence et la pri\u00e8re; offrant leur vie et leurs efforts pour le salut de leurs fr\u00e8res et \u00e9tendre &#8220;la foi et les m\u0153urs chr\u00e9tiennes&#8221;. La vie du premier religieux mort dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie en est un illustre t\u00e9moignage. Notre fr\u00e8re Antoine Cantau \u00e9tait n\u00e9 en 1891. Il fut remarqu\u00e9 par Jean-Baptiste Bidon \u00e0 l&#8217;\u00e9glise Sainte-Croix de Bordeaux par son assiduit\u00e9 et son maintien si \u00e9difiant \u00e0 la grand-messe. Ils s&#8217;\u00e9taient li\u00e9s et, au contact de l&#8217;a\u00een\u00e9, le cadet avait appris \u00e0 conna\u00eetre le groupement de la Madeleine contre lequel il avait d&#8217;abord \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu.<\/p>\n<p>&#8220;Peu de temps apr\u00e8s qu&#8217;il eut \u00e9t\u00e9 re\u00e7u congr\u00e9ganiste, la conscription l&#8217;atteignit. Il n&#8217;usa d&#8217;aucun d\u00e9guisement pour se soustraire \u00e0 la loi. Il partit dans les meilleures dispositions de pers\u00e9v\u00e9rance, se soumettant avec une grande r\u00e9signation \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu.&#8221; Sa sant\u00e9 \u00e9tait d\u00e9licate, il fut r\u00e9form\u00e9 et on le revit \u00e0 Bordeaux aussi fervent qu&#8217;avant son d\u00e9part.<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> Il fut membre de l&#8217;Etat&#8221; et s&#8217;engagea dans la S.M. naissante en poursuivant son travail de tonnelier. Les mercredis et les vendredis les nouveaux religieux se retrouvaient pour faire ensemble la m\u00e9ditation que l&#8217;un d&#8217;eux sugg\u00e9rait. Le fr\u00e8re Cantau entra en communaut\u00e9 aux environs d&#8217;ao\u00fbt 1818.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/p>\n<p>Voici le t\u00e9moignage de M. Auguste \u00e0 son sujet : &#8220;Le jour m\u00eame de son entr\u00e9e, il vint me trouver, et avec une vivacit\u00e9 qui lui \u00e9tait naturelle : &#8216;-Que faut-il que je fasse?&#8217; me demanda-t-il. &#8216;- M. Chaminade m&#8217;a dit que je serais charg\u00e9 des travaux du m\u00e9nage, que c&#8217;est moi qui ferais les lits.&#8217; &#8211; Je lui r\u00e9pondis que nous avions l&#8217;habitude de faire chacun notre lit, et que dans la journ\u00e9e nous aurions le temps de r\u00e9gler nos occupations&#8230;&#8221;<\/p>\n<p>Puis vint la premi\u00e8re \u00e9preuve pour la communaut\u00e9 : &#8220;Quelques mois apr\u00e8s que nous f\u00fbmes \u00e9tablis \u00e0 la rue des Menuts, il tomba malade. C&#8217;\u00e9tait au courant de l&#8217;ann\u00e9e 1819; il ne laissa pas de se livrer \u00e0 divers travaux, pendant presque tout le temps de sa maladie. Ce ne fut que vers la fin, alors que ses forces l&#8217;eurent compl\u00e8tement abandonn\u00e9, qu&#8217;il se r\u00e9signa \u00e0 s&#8217;occuper un peu de lui; encore avait-il soin de se faire des reproches \u00e0 ce sujet : &#8216;c&#8217;est singulier, disait-il, je ne devrais penser qu&#8217;au salut de mon \u00e2me, et je suis toujours \u00e0 chercher ce qui pourra gu\u00e9rir mon corps; je ne pense qu&#8217;aux rem\u00e8des qui me pr\u00e9serveront de la mort, alors que je devrais rechercher ceux qui m&#8217;aideront \u00e0 bien mourir.&#8217;<\/p>\n<p>Le 16 juillet, f\u00eate de Notre-Dame du Mont Carmel, Monseigneur l&#8217;Archev\u00eaque \u00e9tait venu visiter la communaut\u00e9, le malade \u00e9tait dans une chambre de l&#8217;infirmerie, il voulut cependant se tra\u00eener sur le passage de l&#8217;\u00e9v\u00eaque, afin de lui demander sa b\u00e9n\u00e9diction, Monseigneur qui avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu lui dit : &#8216;- Vous une maladie dangereuse, mais nous devons \u00eatre r\u00e9sign\u00e9s \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. Et dans l&#8217;\u00e9tat o\u00f9 vous \u00eates, vous pensez sans doute quelquefois \u00e0 la vanit\u00e9 des choses d&#8217;ici-bas?&#8217; &#8216;- J&#8217;ai renonc\u00e9 au monde, Monseigneur,&#8217; r\u00e9pondit M. Cantau, &#8216;- il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps qu&#8217;il a plu \u00e0 Dieu de me faire la gr\u00e2ce de m\u00e9priser ce qui est du monde.&#8217; Il d\u00e9p\u00e9rissait tous les jours, il \u00e9tait devenu si faible qu&#8217;il pouvait \u00e0 peine se soutenir.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, il se rendait exactement \u00e0 la paroisse pour y entendre la sainte messe. Le moment vint o\u00f9 il lui fallut renoncer \u00e0 cette derni\u00e8re et supr\u00eame consolation. Il eut au moins le bonheur de communier plusieurs fois au cours de sa maladie, et il le faisait toujours avec un nouvel amour et une plus grande ferveur : &#8216;Oh! disait-il, je ferais la communion tous les jours, si on voulait me le permettre.&#8217; La veille de l&#8217;Assomption, il me dit avec ce sourire que l&#8217;on voit souvent chez les enfants de Marie, dans ces derniers moments; j&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 Dieu de mourir demain.&#8217; M. Chaminade et M. David Monier \u00e9taient \u00e0 Agen. Ils arriv\u00e8rent quelques jours avant sa mort. Le malade, apr\u00e8s avoir re\u00e7u l&#8217;extr\u00eame-onction et le Saint Viatique demanda \u00e0 parler \u00e0 ses fr\u00e8res assembl\u00e9s.<\/p>\n<p>C&#8217;\u00e9tait le dernier adieu qu&#8217;il voulait leur laisser. Il les pria avec une touchante humilit\u00e9 de lui pardonner tous les scandales qu&#8217;il leur avait donn\u00e9s surtout pendant sa maladie, se reprocha d&#8217;avoir si mal employ\u00e9 une vie qui allait finir, exhorta ses fr\u00e8res \u00e0 faire mieux que lui et \u00e0 mettre \u00e0 profit le temps qui leur restait encore, et il se recommanda lui-m\u00eame aux pri\u00e8res de la communaut\u00e9. Peu de temps apr\u00e8s, comme la faiblesse allait en augmentant, les pri\u00e8res des agonisants furent commenc\u00e9es.<\/p>\n<p>Nous en \u00e9tions \u00e0 ce beau passage o\u00f9 l&#8217;on invite toute la cour c\u00e9leste \u00e0 venir au-devant de cette \u00e2me chr\u00e9tienne. Un dernier soupir se fit entendre, et notre cher malade expira avec notre derni\u00e8re parole. Il nous sembla que les bienheureux s&#8217;\u00e9taient rendus \u00e0 notre invitation, et nous aimions nous repr\u00e9senter l&#8217;\u00e2me de notre fr\u00e8re s&#8217;\u00e9levant au ciel, au milieu du groupe divin.&#8221;<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> C&#8217;\u00e9tait le 20 ao\u00fbt 1819.<\/p>\n<p>Je pense que beaucoup de fr\u00e8res ouvriers ont \u00e9t\u00e9 de v\u00e9ritables &#8220;paratonnerres&#8221; pour nos maisons, attirant sur elles les gr\u00e2ces de Dieu et pr\u00e9servant certaines de dislocation, comme ce fut le cas \u00e0 Saint-Hippolyte o\u00f9 le fr\u00e8re cuisinier et le fr\u00e8re portier \u00e9crivirent une lettre admirable d&#8217;attachement \u00e0 la S.M. et \u00e0 l&#8217;\u0153uvre.<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a> Certains religieux au service des maisons eurent une influence sur les vocations marianistes, comme ce fut le cas pour l&#8217;abb\u00e9 de Lagarde marqu\u00e9 par l&#8217;influence du P. Fidon, du fr\u00e8re Guyot, concierge et du fr\u00e8re Ciry, linger.<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a> Ces religieux \u00e9taient tellement n\u00e9cessaires aux \u0153uvres que les directeurs se les &#8220;arrachaient&#8221;, surtout lorsqu&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un bon cuisinier.<\/p>\n<p>Le P. Chaminade avait une haute id\u00e9e de ces fr\u00e8res. Alors qu&#8217;un jeune religieux faisait des difficult\u00e9s pour l&#8217;emploi auquel on le destinait, voici la r\u00e9action du Fondateur : <em>&#8220;Il para\u00eet qu&#8217;il ne sait pas que, dans la Soci\u00e9t\u00e9, il n&#8217;y a point de condition vile, et que le sujet vou\u00e9 au service de ses Fr\u00e8res est autant \u00e0 mes yeux, comme aux yeux de la foi, que celui qui est dans l&#8217;enseignement.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a> La tradition des fr\u00e8res au service des communaut\u00e9s s&#8217;est poursuivie jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, mais dans beaucoup de Provinces c&#8217;est une &#8220;race&#8221; en voie d&#8217;extinction, prot\u00e9gera-t-on l&#8217;esp\u00e8ce?&#8230;<\/p>\n<p>Parmi eux il faut aussi parler des \u00e9conomes. Le p\u00e8re Chaminade fort de son exp\u00e9rience de &#8220;syndic&#8221; \u00e0 Saint-Charles de Mussidan s&#8217;adressait \u00e0 l&#8217;un d&#8217;eux: <em>&#8220;Rarement les Economes sont bien vus dans les communaut\u00e9s, m\u00eame les plus saintes: presque tout le temps quelqu&#8217;un qui murmure. Il ne faut pas y donner d&#8217;occasion; il faut \u00eatre juste et honn\u00eate envers tout le monde, et ensuite se tenir tranquille.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p>\n<p>Le terme &#8220;fr\u00e8re servant&#8221; que l&#8217;on trouve dans les documents de l&#8217;\u00e9poque est quelque peu p\u00e9joratif, il \u00e9voque trop l&#8217;id\u00e9e de &#8220;serviteur&#8221;; c&#8217;est en tout cas l&#8217;id\u00e9e que se faisaient d&#8217;eux certains religieux. Lors d&#8217;une visite \u00e0 la communaut\u00e9 de Courtefontaine M. Perrodin \u00e9crivait \u00e0 M. Chaminade : <em>&#8220;Il para\u00eet qu&#8217;il n&#8217;y a pas encore parmi eux cette uniformit\u00e9 si n\u00e9cessaire dans un grand corps pour ce qui est du costume et des rapports entre les religieux professeurs et les religieux de bas-offices <\/em>(sic).<em>\u00a0<\/em><em>J&#8217;ai appris avec peine que dans plusieurs maisons, messieurs les chefs et les professeurs ne traitaient pas d&#8217;\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, par exemple, avec les cuisiniers, qu&#8217;ils avaient \u00e0 rougir d&#8217;eux, et que pour cette raison, ces derniers, priv\u00e9s des offices publics le dimanche, \u00e9taient, apr\u00e8s une messe basse, consign\u00e9s \u00e0 la maison toute la journ\u00e9e et ne passaient point les r\u00e9cr\u00e9ations avec les autres ; ce qui m&#8217;a indign\u00e9 : il m&#8217;a paru que ces petits chefs, en g\u00e9n\u00e9ral, avaient grand besoin de s&#8217;affermir dans l&#8217;humilit\u00e9 et l&#8217;oubli d&#8217;eux-m\u00eames.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p>\n<p>Le P. Chaminade dont le principe \u00e9tait &#8220;union sans confusion&#8221; r\u00e9agit vivement :<em> &#8221;\u00a0Je crains par ce qu&#8217;on me dit, que dans plusieurs maisons on ne ravale l&#8217;emploi des servants : il semble qu&#8217;on rougisse de les voir Soci\u00e9taires, qu&#8217;on ose les avouer et les reconna\u00eetre ext\u00e9rieurement comme tels, et que, dans l&#8217;int\u00e9rieur, on ne les traite que comme des valets. J&#8217;appelle, mon cher Fils toute votre attention sur cet abus \u00e9norme : s&#8217;il se glisse parmi nous, s&#8217;il y r\u00e8gne, soyez s\u00fbr que la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu se retirera. De quel \u0153il J\u00e9sus verrait-il des religieux m\u00e9prisant les Fr\u00e8res qui les servent, et se croyant raval\u00e9s parce qu&#8217;il appartiennent au m\u00eame corps qu&#8217;eux? Et l&#8217;auguste Marie serait-elle flatt\u00e9e d&#8217;un tel orgueil? Non, non ! <\/em><\/p>\n<blockquote><p><em>La foi n&#8217;a pas de bonheur \u00e0 promettre \u00e0 un tel esprit; effor\u00e7ons-nous donc de le d\u00e9truire parmi nous s&#8217;il existe : je vous charge de ce soin.\u00a0&#8220;<\/em>\u00a0<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p><\/blockquote>\n<h1 id=\"les-freres-enseignant-les-travaux-manuels\" >Les fr\u00e8res enseignant les travaux manuels<\/h1>\n<p>Au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la France ne comptait que peu d&#8217;\u00e9coles professionnelles. La plupart des jeunes ouvriers \u00e9taient plac\u00e9s comme apprentis chez des patrons et vivaient dans des conditions souvent d\u00e9plorables. C&#8217;est alors que l&#8217;on vit fleurir des &#8220;Ecoles d&#8217;art et m\u00e9tiers.&#8221;<\/p>\n<p>La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie fut sollicit\u00e9e. Le P. Chaminade qui y attachait beaucoup d&#8217;importance voulu r\u00e9pondre positivement, mais la R\u00e9volution de Juillet 1830 et le manque de religieux comp\u00e9tents ne lui permis qu&#8217;en partie de r\u00e9aliser ses projets.<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a> Le but qu&#8217;il fixait aux religieux ouvriers en pr\u00e9sentant la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie au Pape Gr\u00e9goire XVI \u00e9tait <em>&#8220;&#8230;d&#8217;ouvrir des Ecoles d&#8217;arts et de m\u00e9tiers aux jeunes gens du monde, pour les d\u00e9fendre ou les dissuader de la contagion du si\u00e8cle et leur apprendre \u00e0 sanctifier leurs travaux par la pratique des vertus chr\u00e9tiennes.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a> En fait, comme nous le verrons plus loin, leur mission \u00e9tait plus vaste que cela. Le projet \u00e9tait grand et allait dans plusieurs directions :<\/p>\n<ol>\n<li>les \u00e9coles conjointes ou \u00e9coles primaires sup\u00e9rieures formaient des jeunes aux arts et m\u00e9tiers, tout en leur permettant de poursuivre des \u00e9tudes g\u00e9n\u00e9rales. A Colmar, ce genre de classes a \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 former des contrema\u00eetres pour l&#8217;industrie.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"2\">\n<li>les classes de nuit (que nous appellerions aujourd&#8217;hui &#8220;cours du soir&#8221;) permettaient aux ouvriers de poursuivre des \u00e9tudes apr\u00e8s leur travail. L&#8217;\u00e9cole de Sainte-Marie-aux-Mines est rest\u00e9e c\u00e9l\u00e8bre dans notre histoire.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"3\">\n<li>les \u00e9coles d&#8217;arts et m\u00e9tiers et les \u00e9coles d&#8217;agriculture recevaient des jeunes ayant termin\u00e9 leur formation primaire et d\u00e9sireux d&#8217;apprendre un m\u00e9tier.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"4\">\n<li>les ateliers d&#8217;apprentissage devaient recevoir un grand nombre d&#8217;apprentis dans les d\u00e9partements o\u00f9 les arts et m\u00e9tiers avaient fait peu de progr\u00e8s.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Comme nous le voyons, tout ceci s&#8217;inscrivait dans le sens du d\u00e9veloppement des campagnes et dans l&#8217;\u00e9lan de l&#8217;\u00e8re industrielle naissante. Ces \u0153uvres auraient pu permettre \u00e0 l&#8217;Eglise une pr\u00e9sence plus grande dans le monde ouvrier si elles s&#8217;\u00e9taient d\u00e9velopp\u00e9es, et peut \u00eatre \u00e9viter la brisure que l&#8217;on a connue en France entre la &#8220;classe ouvri\u00e8re&#8221; et l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>Trois \u0153uvres r\u00e9alis\u00e8rent plus parfaitement l&#8217;id\u00e9e du P. Chaminade et de David Monier : l&#8217;Etablissement de la Charit\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on, Saint-Remy et Saint Laurent \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<h2 id=\"letablissement-de-la-charite-a-besancon\" >L&#8217;Etablissement de la Charit\u00e9 \u00e0 Besan\u00e7on<\/h2>\n<p>Cette \u0153uvre avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par les bourgeois de la ville \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle et \u00e9tait partie int\u00e9grante de l&#8217;h\u00f4pital Saint-Jacques, dirig\u00e9 par les S\u0153urs Hospitali\u00e8res de Besan\u00e7on. Les enfants qui composaient l&#8217;\u00e9tablissement \u00e9taient, soit des orphelins, soit des enfants abandonn\u00e9s ou dont les familles ne pouvaient convenablement les \u00e9duquer. Les religieux marianistes arriv\u00e8rent en 1817.<\/p>\n<p>Leur r\u00f4le se limitait \u00e0 l&#8217;enseignement primaire et \u00e0 la formation aux m\u00e9tiers de tisserand, bonnetier, cordonnier, tailleur et plus tard au m\u00e9tier de jardinier. Les religieux \u00e9taient sous la direction des S\u0153urs hospitali\u00e8res, ce qui fut source de nombreuses tensions\u2026 Les jeunes gens restaient g\u00e9n\u00e9ralement dans cet \u00e9tablissement jusqu&#8217;\u00e0 18 ans. Les travaux qu&#8217;ils effectuaient \u00e9taient not\u00e9s et leur procuraient un petit p\u00e9cule. Cette somme leur \u00e9tait remise \u00e0 la fin de leurs \u00e9tudes et leur permettait une insertion dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res durent user d&#8217;une p\u00e9dagogie adapt\u00e9e \u00e0 ces enfants qui avaient les plus d\u00e9plorables habitudes. Les ma\u00eetres s\u00e9culiers qui avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les religieux employaient pour les soumettre le fouet et les fers aux pieds. Les religieux gagn\u00e8rent la confiance des enfants et les remirent sur le droit chemin en leur donnant le sens de l&#8217;honneur et en les appelant \u00e0 la raisin et \u00e0 la religion. Les d\u00e9buts furent malgr\u00e9 tout tr\u00e8s difficiles : des enfants avaient \u00e9t\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 vouloir empoisonner les fr\u00e8res\u2026<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/p>\n<p>Suite \u00e0 l&#8217;incendie de l&#8217;h\u00f4pital Saint-Jacques en 1840, cette \u0153uvre se transporta \u00e0 Ecole pr\u00e8s de Besan\u00e7on et se poursuivra jusqu&#8217;en 1898, faisant beaucoup de bien aux jeunes d\u00e9favoris\u00e9s. Plusieurs des ces jeunes devinrent religieux marianistes.<\/p>\n<h2 id=\"saint-remy-haute-saone\" >Saint-Remy, Haute-Sa\u00f4ne<\/h2>\n<p>Les Missionnaires du dioc\u00e8se de Besan\u00e7on, en la personne de M. Bardenet, avaient propos\u00e9 au P. Chaminade le Domaine de Saint-Remy comportant un ch\u00e2teau et environ 150 hectares de terre. La proposition allait dans plusieurs directions : <em>&#8220;&#8230;recevoir des hommes convertis dans les missions paroissiales qui auraient besoin de se mettre en retraite, quelque temps ou pour toujours.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a> et cr\u00e9er une \u00e9cole normale, un coll\u00e8ge et une \u00e9cole d&#8217;arts et m\u00e9tiers. L&#8217;affaire fut conclue par M. David. Les premiers religieux parcoururent la distance entre Bordeaux et Saint-Remy en 13 jours et arriv\u00e8rent \u00e0 la fin de juillet 1823. Une mauvaise surprise les y attendait, le ch\u00e2teau \u00e9tait vide et d\u00e9labr\u00e9.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9; elle \u00e9tait en friche depuis plusieurs ann\u00e9es. Les fr\u00e8res se mirent aussit\u00f4t \u00e0 l&#8217;\u0153uvre avec l&#8217;entrain des d\u00e9buts. L&#8217;ouvrage ne manquait pas, il fallait r\u00e9parer le mur de cl\u00f4ture, remettre en \u00e9tat le four \u00e0 chaux, tirer des pierres, entretenir les arbres qui restaient et commencer les cultures. L&#8217;\u00e9t\u00e9 1824, l&#8217;\u0153uvre des retraites d&#8217;instituteurs, qui avait \u00e9t\u00e9 mise en place par les Missionnaires dioc\u00e9sains, est poursuivie avec leur collaboration, et l&#8217;on ouvrira l&#8217;Ecole normale. Tr\u00e8s rapidement s&#8217;ouvriront un pensionnat primaire, puis un pensionnat secondaire. Les ann\u00e9es passant et les fr\u00e8res ouvriers devenant nombreux, on cr\u00e9era pour eux, une communaut\u00e9 \u00e0 part et un noviciat sp\u00e9cifique.<\/p>\n<p>Dans cette \u0153uvre, les ateliers d&#8217;arts et m\u00e9tiers auront une grande importance. M\u00eame les futurs instituteurs qui suivent les cours de l&#8217;Ecole normale viendront y travailler. Comme le disait le prospectus : les instituteurs dans leurs temps libres apprennent<em> &#8220;quelque m\u00e9tier compatible avec leurs fonctions, pour \u00e9viter l&#8217;oisivet\u00e9 et aider \u00e0 leur subsistance.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a><\/p>\n<p>En 1826, le Pr\u00e9fet de la Haute-Sa\u00f4ne souhaite l&#8217;ouverture d&#8217;une \u00e9cole d&#8217;arts et m\u00e9tiers \u00e0 Saint-Remy. Le P. Chaminade lui r\u00e9pond le 13 juillet de la m\u00eame ann\u00e9e : <em>&#8220;&#8230;que cette m\u00eame vue d&#8217;une \u00e9cole d&#8217;arts et m\u00e9tiers fut la cause principale qui me porta \u00e0 acqu\u00e9rir le ch\u00e2teau et le domaine de Saint-Remy.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a> Il faudra encore attendre jusqu&#8217;en 1831 pour que les ateliers se d\u00e9veloppent. Le travail qui s&#8217;y fit contribua \u00e0 l&#8217;am\u00e9lioration des outils aratoires de la r\u00e9gion et s&#8217;inscrivit dans la ligne du d\u00e9veloppement agricole fran\u00e7ais qui n&#8217;avait connu que peu d&#8217;am\u00e9lioration depuis le Moyen-Age.<\/p>\n<p>Ceci explique l&#8217;int\u00e9r\u00eat remport\u00e9 par les nouveaux outils produits \u00e0 Saint-Remy. Voici ce que M. Clouzet \u00e9crivait \u00e0 ce sujet au P. Chaminade : <em>&#8220;Nos instruments d&#8217;agriculture acqui\u00e8rent de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, la charrue surtout sans avant train, qui fonctionne merveilleusement, on vient la voir man\u0153uvrer de tous les environs; la houe \u00e0 cheval et l&#8217;extirpateur excitent aussi l&#8217;admiration&#8230;\u00a0&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a><\/p>\n<p>D&#8217;autres ateliers furent cr\u00e9\u00e9s : horlogerie et reliure en 1833; tailleur en 1836; tisserand en 1837&#8230; L&#8217;atelier de menuiserie aussi fut am\u00e9lior\u00e9. Y avait-il des apprentis autre que les religieux dans ces ateliers? Pour la p\u00e9riode ant\u00e9rieure \u00e0 1839, je n&#8217;ai trouv\u00e9 aucun document qui me permette de l&#8217;affirmer.<\/p>\n<p>Un document de 1839 nous apprend que <em>&#8220;Saint-Remy est un Etablissement public destin\u00e9 \u00e0 l&#8217;\u00e9ducation de la jeunesse, qui a \u00e9t\u00e9 autoris\u00e9 par le Gouvernement et dans lequel sont ouverts des ateliers o\u00f9 sont re\u00e7us gratuitement des orphelins qui apprennent des m\u00e9tiers propres \u00e0 leur fournir plus tard des moyens d&#8217;existence et qui jusque l\u00e0 sont soutenus avec les faibles ressources de la maison.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a><\/p>\n<p>L&#8217;annuaire de la Haute-Sa\u00f4ne pour l&#8217;ann\u00e9e 1842 nous renseigne davantage encore : <em>&#8220;Une soixantaine d&#8217;\u00e9l\u00e8ves sont pr\u00e9par\u00e9s aux arts et m\u00e9tiers de m\u00e9canicien, sculpteur sur pierre, \u00e9b\u00e9niste, charron, bonnetier, tisserand, relieur, tailleur cordonnier, etc&#8230;&#8221;<\/em> M. Clouzet r\u00e9unissait chaque semaine les chefs d&#8217;atelier pour leur expliquer <em>&#8220;leurs devoirs et la part qu&#8217;ils doivent prendre au bon ordre de l&#8217;Etablissement et surtout \u00e0 la sanctification des sujets, etc.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a><\/p>\n<p>En France, peu de choses existaient pour la formation des agriculteurs. En 1847, le Gouvernement fran\u00e7ais s&#8217;\u00e9tait pench\u00e9 sur cette carence et voulut promouvoir dans chaque d\u00e9partement le d\u00e9veloppement des &#8220;Fermes-Ecoles&#8221; ou &#8220;Ecoles \u00e9l\u00e9mentaires d&#8217;agriculture&#8221;. Le projet, report\u00e9 \u00e0 cause de la r\u00e9volution de F\u00e9vrier 1848, finit par aboutir en 1850. Le d\u00e9partement de la Haute-Sa\u00f4ne choisit Saint-Remy pour y \u00e9tablir sa Ferme-Ecole. Elle ouvrit ses portes le 1er juin 1850 et sera officiellement autoris\u00e9e le 20 janvier 1852.<\/p>\n<p>Les \u00e9l\u00e8ves devaient suivre trois ann\u00e9es de cours. Onze seulement \u00e9taient subventionn\u00e9s, des \u00e9l\u00e8ves libres se joignirent \u00e0 eux\u2026 Cette \u00e9cole a eu une grande expansion et une r\u00e9putation nationale. Elle apporta une contribution importante dans l&#8217;am\u00e9lioration des races bovines et porcines par croisement et par l&#8217;introduction de nouvelles esp\u00e8ces.<\/p>\n<p>Elle travailla aussi \u00e0 la recherche de nouvelles vari\u00e9t\u00e9s v\u00e9g\u00e9tales plus adapt\u00e9es \u00e0 la r\u00e9gion et dans l&#8217;enseignement de nouvelles fa\u00e7ons culturales. Les fr\u00e8res Dominique Clouzet, Etienne Guillegoz, Joseph Cordier\u2026 qui furent directeurs de cette \u00e9cole \u00e9taient parfaitement ma\u00eetres de leur art et les religieux qui leur \u00e9taient adjoints ont brill\u00e9 par leurs comp\u00e9tences.<\/p>\n<h2 id=\"saint-laurent\" >Saint-Laurent<\/h2>\n<p>Le domaine de Saint-Laurent avait \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 par M. Chaminade en 1791. Il y avait install\u00e9 ses parents et Mme Chaminade y \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e le 10 septembre 1794. Ce petit domaine \u00e9tait compos\u00e9 d&#8217;une maison de campagne, d&#8217;une parcelle de vigne, d&#8217;un jardin, d&#8217;un chais et d&#8217;un logement pour un paysan. Les revenus viticoles permirent de soutenir la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie naissante. En 1810-1811, la propri\u00e9t\u00e9 avait abrit\u00e9 le noviciat des Fr\u00e8res des Ecoles Chr\u00e9tiennes dont l&#8217;abb\u00e9 Chaminade \u00e9tait aum\u00f4nier.<\/p>\n<p>Entre le 31 ao\u00fbt et le 5 septembre 1818, les premiers religieux et deux pr\u00eatres d&#8217;Agen se retrouv\u00e8rent dans la propri\u00e9t\u00e9 pour une retraite sous la direction de M. Chaminade. Le Fondateur y installera le noviciat 1821 et continuera d&#8217;y pr\u00eacher des retraites. Dominique Clouzet y fut le premier ma\u00eetre des novices.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re Chaminade pensait au d\u00e9veloppement et \u00e0 la mise en valeur de ce domaine. Outre la production de vin, il fit installer une fonderie de suif et une fabrique de chandelles. Par la suite, le fr\u00e8re Jean S\u00e9guin y mod\u00e8lera l&#8217;atelier de menuiserie et surtout l&#8217;atelier de serrurerie dans lequel il montera une machine \u00e0 man\u00e8ge entra\u00een\u00e9e par un petit cheval. Cette machine devait permettre de faire beaucoup d&#8217;ouvrage de serrurerie et de soutenir la S.M., tout en formant des apprentis.<\/p>\n<p>H\u00e9las! la R\u00e9volution de Juillet 1830 allait venir bouleverser les projets. La &#8220;m\u00e9canique&#8221; fut d\u00e9mont\u00e9e et transport\u00e9e \u00e0 Saint-Remy en 1835. Il existait aussi \u00e0 Saint-Laurent un atelier de cordonnerie et un autre de tailleurs. Les fr\u00e8res Pierre Joncas et Roch Genevi\u00e8re, responsables de l&#8217;atelier des tailleurs ont \u00e9t\u00e9 les cr\u00e9ateurs du costume des premier religieux marianistes.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre semble ne pas avoir re\u00e7u beaucoup d&#8217;apprentis autre que les religieux. Les t\u00e9moignages nous laissent supposer qu&#8217;il y eut \u00e0 Saint-Laurent une communaut\u00e9 de fr\u00e8res ouvriers avant 1830, mais nous n&#8217;avons pas d&#8217;informations plus pr\u00e9cises.<\/p>\n<p>Des questions restent en suspens concernant les fr\u00e8res enseignant les travaux manuels : avaient-ils une m\u00e9thode d&#8217;enseignement particuli\u00e8re\u00a0? Quelle \u00e9tait leur vie quotidienne\u00a0? Dans quel esprit vivaient-ils\u00a0? Peut \u00eatre que des nouveaux documents nous \u00e9clairerons : avis aux chercheurs&#8230; Cependant une chose est s\u00fbre, le P. Chaminade tenait \u00e0 de telles \u0153uvres : <em>&#8220;La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie a embrass\u00e9 les arts et m\u00e9tiers d\u00e8s sa premi\u00e8re origine. Il est vrai que cette partie a peut-\u00eatre plus souffert que les autres \u00e0 cause des difficult\u00e9s, des d\u00e9penses et du d\u00e9faut de chefs.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a><\/p>\n<p>Le fr\u00e8re Pierre Joncas, dont il vient d&#8217;\u00eatre question plus haut, fut vraiment un original propagateur de la foi : <em>&#8220;Avec ses apprentis il faisait l&#8217;\u00e9nonc\u00e9 du myst\u00e8re de la dizaine et, dit le Pater, il disait : &#8211; 1000 fois je vous salue Marie, 2000 fois&#8230; pour compter les dizaines.&#8221;<\/em> <em>&#8220;Le dimanche il r\u00e9unissait, apr\u00e8s la r\u00e9cr\u00e9ation de midi: ses apprentis tailleurs, les jardiniers, le cuisinier, et pr\u00e9sidait l&#8217;exercice du chemin de la croix qu&#8217;ils faisaient ensemble.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a><\/p>\n<h1 id=\"les-freres-ouvriers-de-saint-remy\" >Les fr\u00e8res ouvriers de Saint-Remy<\/h1>\n<p>Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de l&#8217;\u0153uvre de Saint-Remy. Nous nous attacherons ici \u00e0 une communaut\u00e9 particuli\u00e8re qui la formait : la communaut\u00e9 Saint-Joseph qui, aux dires de M. Chaminade, &#8220;para\u00eet \u00eatre si fort dans les desseins de Dieu et dans le plan primitif de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie.&#8221;<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a><\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s l&#8217;installation de la premi\u00e8re communaut\u00e9 \u00e0 Saint-Remy, des novices ouvriers vinrent se pr\u00e9senter et form\u00e8rent bient\u00f4t une communaut\u00e9 \u00e0 part. A cette \u00e9poque les noviciats \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s : Saint-Laurent et Courtefontaine formaient les &#8220;lettr\u00e9s&#8221; et quelques ouvriers; Saint-Remy les &#8220;ouvriers&#8221; et La Madeleine les clercs. L&#8217;unification des noviciats sera demand\u00e9e par Rome lors des animadvertions de 1865.<\/p>\n<p>Saint-Remy avait v\u00e9cu dans une relative unit\u00e9, lorsqu&#8217;en 1831 un grave conflit \u00e9clata entre MM. Lalanne et Clouzet qui eut pour cons\u00e9quence la s\u00e9paration des \u0153uvres. Le P. Chaminade d\u00e9cida en juin 1832 de mettre d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 les pensionnats primaire et secondaire, et de l&#8217;autre : le noviciat et la communaut\u00e9 des ouvriers. En fait cette s\u00e9paration tra\u00eena en longueur pour des probl\u00e8mes de locaux, malgr\u00e9 les insistances du Fondateur. Le P. Chaminade \u00e9crivait \u00e0 M. Clouzet : <em>&#8221;\u00a0Mettez un grand int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce que Marast se monte bien et dans un grand ordre. Mettez-en encore plus \u00e0 la communaut\u00e9 des ouvriers et leur noviciat. C&#8217;est une \u0153uvre qui ne doit pas \u00eatre faite \u00e0 demi.\u00a0&#8220;<\/em><a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a><\/p>\n<p>Quelques mois plus tard, le Fondateur apprenait avec grande tristesse que les novices \u00e9taient m\u00e9lang\u00e9s aux prof\u00e8s et qu&#8217;ils vaquaient davantage aux travaux qu&#8217;aux exercices du noviciat. Il ouvre son c\u0153ur au P. Chevaux : <em>&#8221;\u00a0Ce dont je suis particuli\u00e8rement affect\u00e9, c&#8217;est de la communaut\u00e9 des ouvriers, comme je vous l&#8217;ai repr\u00e9sent\u00e9 plusieurs fois. Les temps de son existence ne sont pas sans doute encore venus, ou peut-\u00eatre ne doit-elle exister qu&#8217;apr\u00e8s ma mort\u00a0? Adorons les desseins de Dieu en tout, sans vouloir rien pr\u00e9cipiter.\u00a0&#8220;<\/em><a href=\"#_ftn25\" name=\"_ftnref25\">[25]<\/a><\/p>\n<p>Il faudra attendre l&#8217;\u00e9t\u00e9 1838 pour qu&#8217;une solution soit trouv\u00e9e. Les deux pensionnats seront r\u00e9unis au ch\u00e2teau, et la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re, avec son noviciat, s&#8217;installera dans les d\u00e9pendances (c&#8217;est l\u00e0 aussi que sera cr\u00e9\u00e9e la Ferme-Ecole).<\/p>\n<p>A la t\u00eate de l&#8217;importante communaut\u00e9 ouvri\u00e8re se trouvent deux personnages de choix : le fr\u00e8re Dominique Clouzet et le p\u00e8re Jean Chevaux. Le premier \u00e9tait <em>&#8220;&#8230;n\u00e9 en 1789 \u00e0 Sarmezan (Haute-Garonne) d&#8217;une famille de commer\u00e7ants qui s&#8217;\u00e9tablit ensuite \u00e0 Bordeaux.&#8221;<\/em> Il fut membre de la Congr\u00e9gation de la Madeleine \u00e0 partir de 1814 et l&#8217;un des sept membres fondateurs.<\/p>\n<p>Il fut aussi le premier ma\u00eetre des novices de la S.M.. Le Fondateur le nomme directeur du petit groupe de religieux qui part fonder \u00e0 Saint-Remy dont il fut l&#8217;\u00e2me pendant une trentaine d&#8217;ann\u00e9es. Cette \u0153uvre lui doit beaucoup. Par la suite il sera nomm\u00e9 visiteur des maisons de l&#8217;Est et, en 1839, troisi\u00e8me assistant, fonction qu&#8217;il exercera jusqu&#8217;\u00e0 sa mort. <em>&#8220;Ses visites \u00e9taient redout\u00e9es des directeurs qui manquaient d&#8217;ordre dans leur gestion ou se laissaient aller \u00e0 des d\u00e9penses irr\u00e9guli\u00e8res.&#8221; <\/em><\/p>\n<p>Mais par ailleurs les religieux appr\u00e9ciaient ses passages et ses conf\u00e9rences religieuses, toutes empreintes de foi. Il s&#8217;\u00e9teign\u00eet saintement \u00e0 Paris le 27 f\u00e9vrier 1861.<a href=\"#_ftn26\" name=\"_ftnref26\">[26]<\/a> Le P. Jean-Joseph Chevaux, IIIe Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral de la S.M., \u00e9tait n\u00e9 en 1796 dans le Jura. Il fit ses \u00e9tudes au S\u00e9minaire de Besan\u00e7on mais, se sentant indigne d&#8217;\u00eatre ordonn\u00e9, il rentra chez lui. Connaissant Saint-Remy o\u00f9 il avait deux compatriotes, il s&#8217;y rend\u00eet \u00e0 pied et se pr\u00e9sentait rev\u00eatu d&#8217;une simple blouse.<\/p>\n<p><em>&#8220;Il avait dans sa poche une petite somme pour la pension de son noviciat et sur son \u00e9paule, suspendu \u00e0 un b\u00e2ton, son petit trousseau en forme de paquet. Il ne parla pas de ses \u00e9tudes, il esp\u00e9rait que ce d\u00e9tail serait oubli\u00e9 ou resterait ignor\u00e9. Il ne savait trop, disait-il, \u00e0 quoi il serait bon, mais il t\u00e2chera de faire son possible et de se rendre utile dans les travaux des champs ou dans la culture du jardin. Ainsi ce postulant que Dieu destinait \u00e0 devenir notre Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral, notre guide \u00e0 tous, estimait qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait bon \u00e0 rien, qu&#8217;on lui faisait une gr\u00e2ce en le recevant dans la Soci\u00e9t\u00e9.&#8221; <\/em><\/p>\n<p><em>&#8220;A peine promu au sacerdoce sur un ordre formel de M. Chaminade, il fut charg\u00e9 dans la communaut\u00e9 de Saint-Remy, de l&#8217;office de z\u00e8le, en particulier \u00e0 la communaut\u00e9 des fr\u00e8res ouvriers, dite de Saint Joseph, qu&#8217;il entra\u00eena par ses exemples plus encore que par ses conseils, \u00e0 la pratique des plus aust\u00e8res vertus, au point d&#8217;en faire, suivant l&#8217;expression du Fondateur, &#8216;une nouvelle th\u00e9ba\u00efde&#8217;.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn27\" name=\"_ftnref27\">[27]<\/a><\/p>\n<p>Par la suite il dev\u00eent Provincial d&#8217;Alsace, puis chef de z\u00e8le pour toute la Soci\u00e9t\u00e9. Il n&#8217;accepta de devenir Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral au chapitre de 1868 que sur l&#8217;ordre du Cardinal Mathieu qui le pr\u00e9sidait. Il s&#8217;\u00e9teign\u00eet \u00e0 Paris le 27 d\u00e9cembre 1875.<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 Saint Joseph avait un r\u00e8glement particulier. On peut y lire que la communaut\u00e9 des ouvriers <em>&#8220;&#8230;peut mieux entrer dans l&#8217;esprit de la R\u00e8gle de Saint Beno\u00eet que la Soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re entend suivre. Les religieux ouvriers peuvent mieux faire la p\u00e9nitence impos\u00e9e \u00e0 Adam et \u00e0 sa post\u00e9rit\u00e9 : &#8216;Vous mangerez votre pain \u00e0 la sueur de votre front&#8217;. Ils peuvent vivre dans un plus grand recueillement, dans un plus grand silence, dans une plus grande pauvret\u00e9, dans une plus grande union et charit\u00e9 fraternelle, leur vie est presqu&#8217;enti\u00e8rement solitaire.<\/em>&#8220;<a href=\"#_ftn28\" name=\"_ftnref28\">[28]<\/a><\/p>\n<p>C&#8217;est le m\u00eame esprit que l&#8217;on retrouve dans les Constitutions de 1839 aux articles n\u00b0 368 \u00e0 384. Le p\u00e8re Chaminade pr\u00e9cise que de telles communaut\u00e9s doivent \u00eatre s\u00e9par\u00e9es des autres et que <em>&#8220;&#8230;ce genre de communaut\u00e9 ressemblera assez aux premi\u00e8res communaut\u00e9s de B\u00e9n\u00e9dictins, et se rapprochera de celle des Trappistes, avec des mortifications qui seront toutes favorables au maintien et \u00e0 l&#8217;accroissement de la ferveur, quoique temp\u00e9rant certaines p\u00e9nitences, qui, \u00e9videmment, abr\u00e9geraient la vie et \u00f4teraient les forces n\u00e9cessaires pour soutenir les travaux.&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn29\" name=\"_ftnref29\">[29]<\/a><\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e de la Trappe dont il vient d&#8217;\u00eatre question est reprise par M. Clouzet qui, dans une lettre du 24 f\u00e9vrier 1839, parle de Saint-Remy comme d&#8217;une &#8220;petite Trappe&#8221;. Signalons que dans le texte des Constitutions de 1839 concernant les &#8220;ouvriers&#8221; nous trouvons des citations textuelles du livre du livre de l&#8217;abb\u00e9 de Ranc\u00e9 (Fondateur des Cisterciens r\u00e9form\u00e9s ou Trappistes) : &#8220;De la saintet\u00e9 et des devoirs de la vie monastique&#8221;.<\/p>\n<p>La lecture recommand\u00e9e par le p\u00e8re Chaminade pendant les repas est celle des P\u00e8res du d\u00e9sert. Chaque matin M. Clouzet donne pendant une heure une conf\u00e9rence religieuse. Le Fondateur a donn\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 le patronyme de &#8220;Saint Joseph&#8221; qu&#8217;il pr\u00e9sente comme patron et mod\u00e8le des religieux ouvriers.<\/p>\n<p>Pour conclure, voici le t\u00e9moignage de Beno\u00eet Meyer sur la vie de nos fr\u00e8res : <em>&#8220;Le r\u00e8glement des postulants \u00e9tait celui de la communaut\u00e9. Lever \u00e0 4 heures, pri\u00e8re, 1\/2 heure de m\u00e9ditation, une heure d&#8217;\u00e9tude. Messe, d\u00e9jeuner aux gaudes (sorte de bouillie) 2 heures de classe, \u00e9tude, d\u00eener assez maigrement servi. Le soir \u00e0 1 heure et demie : lecture spirituelle, classes, \u00e9tude, 6 heures 1\/2 conf\u00e9rence, 7 heures 1\/4 chapelet, 7 heures 1\/2 m\u00e9ditation \u00e0 genoux sur une petite banquette sans pouvoir s&#8217;appuyer ni s&#8217;asseoir. 8 heures souper, 9 heures 1\/2 pri\u00e8re, coucher.\u00a0&#8221; <\/em><\/p>\n<p><em>&#8221;\u00a0Le vendredi tout le monde je\u00fbnait. Pendant le car\u00eame, quelques-uns avaient la permission de je\u00fbner trois fois par semaine avec un seul petit morceau de pain et de l&#8217;eau. Les fr\u00e8res ouvriers \u00e9taient si observateur de la r\u00e8gle que le vendredi ils fauchaient depuis 2 heures du matin et toute l&#8217;ann\u00e9e ils travaillaient sans rien prendre jusqu&#8217;\u00e0 midi. Cependant le caract\u00e8re affable, la haute pi\u00e9t\u00e9 de M. Roth\u00e9a soutenaient et rendaient heureux au service de Dieu toute la communaut\u00e9. Le dimanche et les jours de f\u00eate on \u00e9tait heureux. Les trois communaut\u00e9s : les \u00e9l\u00e8ves, les pensionnaires, les \u00e9l\u00e8ves de l&#8217;\u00e9cole normale, les fr\u00e8res ouvriers se r\u00e9unissaient tous les dimanches et f\u00eates dans la chapelle du ch\u00e2teau.\u00a0&#8220;&#8230;<\/em><\/p>\n<p><em>&#8220;Les retraites du mois et la retraite de la fin de l&#8217;ann\u00e9e se faisaient surtout avec une ferveur extraordinaire, le jour de la r\u00e9novation des v\u0153ux, on sentait que toute la communaut\u00e9 n&#8217;avait qu&#8217;un c\u0153ur et qu&#8217;une \u00e2me. Toutes les figures rayonnaient de joie et de pi\u00e9t\u00e9. Toute l&#8217;ann\u00e9e, la r\u00e8gle, surtout celle du silence \u00e9tait observ\u00e9e avec une exactitude scrupuleuse. Les postulants avec quelques religieux cueillaient les cerises, les fruits, les raisins, sans en manger un, ramassaient les pommes de terre sans dire un mot. En allant, en revenant aux travaux et pendant, d\u00e8s qu&#8217;on \u00e9tait plusieurs on r\u00e9citait le chapelet ou chantait des cantiques pieux.\u00a0&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn30\" name=\"_ftnref30\">[30]<\/a><\/p>\n<p><em> &#8221;\u00a0M. l&#8217;abb\u00e9 Roth\u00e9a en 1826, pour faire voir la communaut\u00e9 de saint Joseph des fr\u00e8res ouvriers \u00e0 M. le Recteur; du ch\u00e2teau \u00e0 l&#8217;heure de midi le conduisit entre les deux b\u00e2timents au moment o\u00f9 nous passions de la chapelle dans un des b\u00e2timents, au r\u00e9fectoire dans l&#8217;autre b\u00e2timent, (il) fut si ravi de la mine souriante des religieux, malgr\u00e9 leur figure maigre, d\u00e9charn\u00e9e et p\u00e2le, leur air mortifi\u00e9 de la modestie et que, les larmes aux yeux, il dit au p\u00e8re Roth\u00e9a: &#8216;qu&#8217;ils on l&#8217;air heureux ces bons fr\u00e8res\u00a0!\u00a0&#8221;\u00a0<\/em><a href=\"#_ftn31\" name=\"_ftnref31\">[31]<\/a><\/p>\n<h1 id=\"conclusion\" >Conclusion<\/h1>\n<p>En accueillant au commencement de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie des fr\u00e8res ouvriers, le p\u00e8re Chaminade n&#8217;avait pas de projet pr\u00e9cis. Ils furent charg\u00e9s de diverses fonctions selon leurs possibilit\u00e9s et les besoins qui se pr\u00e9sentaient : d&#8217;abord au service des communaut\u00e9s, puis dans l&#8217;enseignement des arts et m\u00e9tiers. Par la suite s&#8217;est mont\u00e9e la communaut\u00e9 ouvri\u00e8re de Saint-Remy avec une vocation plus particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce qui me para\u00eet remarquable chez le p\u00e8re Chaminade, c&#8217;est sa disponibilit\u00e9 aux \u00e9v\u00e9nements, relus dans l&#8217;oraison \u00e0 la lumi\u00e8re de la foi, attendant un signe de Dieu pour entreprendre une d\u00e9marche.<\/p>\n<p>En regardant l&#8217;histoire des fr\u00e8res ouvriers, nous pouvons suivre pas \u00e0 pas l&#8217;\u00e9volution de sa pens\u00e9e : au d\u00e9but un projet flou, puis des demandes diverses qui correspondent \u00e0 ses perspectives de renouvellement de la France par la propagation de la foi et des m\u0153urs chr\u00e9tiennes par des \u0153uvres comme les orphelinats et les \u00e9coles d&#8217;arts et m\u00e9tiers (une \u00e9vang\u00e9lisation par contagion, comme l&#8217;a montr\u00e9 le p\u00e8re J. Verrier). Des projets qui souvent n&#8217;aboutissent pas mais qui n&#8217;en restent pas moins dans son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Pour la communaut\u00e9 de Saint-Remy, une histoire pleine de rebondissement : au d\u00e9but un souhait des Missionnaires du Dioc\u00e8se de Besan\u00e7on et un domaine de 150 ha \u00e0 cultiver; puis des novices ouvriers qui commencent \u00e0 affluer; ajoutez \u00e0 cela les tensions entre les personnes et les \u0153uvres et vous obtenez une communaut\u00e9 originale \u00e0 laquelle le p\u00e8re Chaminade donne une vocation particuli\u00e8re qu&#8217;il consigne dans les Constitutions de 1839. A plusieurs reprise le Fondateur s&#8217;ouvre de ses interrogations au sujet de cette communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Il y voit d&#8217;abord une source de revenus possibles pour soutenir toute la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie dans une situation pr\u00e9caire au niveau financier et fait de nombreuses recommandations dans ce sens \u00e0 M. Clouzet. Bien entendu, il garde un grand souci de la sanctification des religieux qui voulaient se retirer du monde \u00e0 Saint-Remy. Il pressent que Dieu a un projet particulier pour cette communaut\u00e9 et attend des signes et des confirmations pour aller de l&#8217;avant. En 1836 le projet s&#8217;\u00e9claire :<em> &#8220;&#8230;il est plus que temps, comme je vous l&#8217;ai observ\u00e9, de donner \u00e0 la classe des ouvriers un mode fixe; le Bon Dieu a daign\u00e9 nous le faire conna\u00eetre&#8230;&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn32\" name=\"_ftnref32\">[32]<\/a> et plus tard : <em>&#8220;Je crois avoir re\u00e7u ce matin du Seigneur l&#8217;id\u00e9e d&#8217;arrangements ult\u00e9rieurs pour Saint-Remy.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn33\" name=\"_ftnref33\">[33]<\/a><\/p>\n<p>Enfin le projet a pris corps, M. Chaminade est s\u00fbr qu&#8217;il avance sur la bonne voie : <em>&#8220;Il est possible que Monseigneur (l&#8217;Archev\u00eaque de Besan\u00e7on) comprenne peu l&#8217;int\u00e9r\u00eat que nous mettons \u00e0 la communaut\u00e9 des ouvriers : je n&#8217;ai pas pu encore lui communiquer la seconde partie des Constitutions. La classe des ouvriers, surtout celle des agriculteurs est une troisi\u00e8me branche de la Soci\u00e9t\u00e9 qui lui est tr\u00e8s essentielle dans les fins qu&#8217;elle se propose.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn34\" name=\"_ftnref34\">[34]<\/a> <em>&#8220;Il n&#8217;y a presque aucun doute que cette troisi\u00e8me branche ne s&#8217;\u00e9tend\u00eet et qu&#8217;elle ne dev\u00eent un aide puissant pour soutenir les deux autres branches, comme \u00e0 leur tour les deux premi\u00e8res soutiendraient admirablement cette troisi\u00e8me&#8221;.<\/em><a href=\"#_ftn35\" name=\"_ftnref35\">[35]<\/a><\/p>\n<p>La communaut\u00e9 de Saint Joseph est, je pense, l&#8217;accomplissement de l&#8217;esprit que le P. Chaminade a voulu donner \u00e0 une telle communaut\u00e9. Les articles concernant les fr\u00e8res ouvriers dans les Constitutions de 1839 ont surtout \u00e9t\u00e9 \u00e9crits en pensant \u00e0 la communaut\u00e9 de saint Joseph.<a href=\"#_ftn36\" name=\"_ftnref36\">[36]<\/a><\/p>\n<p>Encore un mot de la spiritualit\u00e9 des fr\u00e8res ouvriers de Saint-Remy qui pourrait se r\u00e9sumer ainsi : pratiquement moines; ils vivent la contemplation et l&#8217;union \u00e0 Dieu dans le silence, \u00e0 l&#8217;\u00e9cart du monde. Ils unissent leurs efforts et leurs souffrances \u00e0 celle de leurs fr\u00e8res engag\u00e9s dans l&#8217;apostolat direct, dans le but de procurer la foi et les m\u0153urs chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>Ils aident financi\u00e8rement la S.M. par leur travail. Ils sont les intercesseurs suppliant Dieu d&#8217;accorder ses gr\u00e2ces au corps tout entier de la S.M. Ecoutons encore le P. Chaminade : <em>&#8220;A vous enfin, de dire, \u00e0 ceux qui sont employ\u00e9s dans le service int\u00e9rieur des maisons ou aux arts et m\u00e9tiers, l&#8217;esprit et le secret de leur divine mission : nous l&#8217;avons consign\u00e9 dans nos saintes R\u00e8gles, quand nous avons \u00e9tabli la mani\u00e8re dont ils concourent \u00e0 l&#8217;\u0153uvre g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;enseignement; nous leur avons montr\u00e9 comme ils contribuent puissamment par leurs travaux, leur z\u00e8le et leurs pri\u00e8res \u00e0 \u00e9tendre le r\u00e8gne de J\u00e9sus et de Marie dans les \u00e2mes. Leur part est belle! Nouveaux Joseph, ils sont charg\u00e9s d&#8217;assister et de soutenir les enfants de la sainte famille dans leurs p\u00e9nibles minist\u00e8res.&#8221;<\/em><a href=\"#_ftn37\" name=\"_ftnref37\">[37]<\/a><\/p>\n<p>Les fr\u00e8res ouvriers de la &#8220;petite Trappe&#8221; ont eu une grande importance dans notre histoire. A ma connaissance, ils ont disparu de la S.M. actuelle. Une question me pr\u00e9occupe depuis des ann\u00e9es : n&#8217;avons-nous pas oubli\u00e9 une dimension importante du charisme marianiste en &#8220;oubliant&#8221; ces fr\u00e8res ouvriers? Si j&#8217;ai d\u00e9velopp\u00e9 plus longuement ce qui concerne Saint-Remy, il ne faut pas pour autant oublier ou disqualifier les fr\u00e8res au service des maisons et les fr\u00e8res dans l&#8217;enseignement des arts et m\u00e9tiers. Ils ont aussi leur place dans le charisme fondateur puisqu&#8217;en 1838 le p\u00e8re Chaminade pr\u00e9sentait leur mission au Pape Gr\u00e9goire XVI comme \u00e9tant <em>&#8220;&#8230;d&#8217;ouvrir des Ecoles d&#8217;arts et de m\u00e9tiers aux jeunes gens du monde, pour les d\u00e9fendre ou les dissuader de la contagion du si\u00e8cle et leur apprendre \u00e0 sanctifier leurs travaux par la pratique des vertus chr\u00e9tiennes&#8221;.<\/em><\/p>\n<p>Je pense que leur spiritualit\u00e9 oscillait entre celle des &#8220;fr\u00e8res lettr\u00e9s&#8221; et celle des fr\u00e8res ouvriers de Saint-Remy, selon les emplois des religieux. L\u00e0 aussi une question me pr\u00e9occup\u00e9 : n&#8217;avons-nous pas n\u00e9glig\u00e9 un engagement aupr\u00e8s des jeunes en apprentissage\u00a0?&#8230;<\/p>\n<p>La situation a chang\u00e9 depuis le temps du p\u00e8re Chaminade, il n&#8217;en reste pas moins que le charisme est toujours vivant et qu&#8217;il nous interpelle. Que ferait le p\u00e8re Chaminade aujourd&#8217;hui pour aller \u00e0 la rencontre des jeunes en milieux professionnels\u00a0? Quelle pr\u00e9sence \u00e9vang\u00e9lisatrice pr\u00e9coniserait-il en monde ouvrier ou milieu populaire\u00a0? Quel groupe religieux fonderait-il pour prier et travailler au service de la S.M. enti\u00e8re\u00a0? &#8220;Nova bella elegit Dominus&#8221;, il nous faut r\u00e9incarner (= inculturer) le charisme aujourd&#8217;hui.<\/p>\n<p>Un grand chantier peut s&#8217;ouvrir : soyons ouverts au souffle et aux appels de l&#8217;Esprit. Par ailleurs, je ne peux pas croire que la vie religieuse marianiste puisse \u00eatre r\u00e9serv\u00e9e uniquement &#8220;aux sages et au savants&#8221;.<\/p>\n<p>Il y a des vocations en monde ouvrier et en milieux populaires qui attendent le d\u00e9clic d&#8217;une rencontre. Qu&#8217;aurons-nous \u00e0 leur proposer\u00a0? Je pense qu&#8217;une r\u00e9flexion sur ce sujet m\u00e9riterait d&#8217;\u00eatre men\u00e9e un peu partout dans la S.M., tout en continuant \u00e0 \u00eatre attentifs aux signes et aux appels qui nous parviennent en ce sens.<\/p>\n<h1 id=\"annexe\" >ANNEXE<\/h1>\n<h2 id=\"extraits-de-constitutions-de-1839\" >Extraits de Constitutions de 1839<\/h2>\n<p><strong>&#8220;Des ouvriers&#8221;<\/strong><\/p>\n<ol start=\"368\">\n<li>La classe des religieux ouvriers devrait, ce semble, exciter une pieuse jalousie dans les deux premi\u00e8res. Plus \u00e9loign\u00e9s du monde, les ouvriers, ayant beaucoup moins de rapports avec lui, peuvent et doivent vivre dans une plus grande pauvret\u00e9, soit pour l&#8217;habillement et l&#8217;ameublement, soit dans le r\u00e9gime; leur recueillement, aussi, est moins troubl\u00e9, travaillant en silence et toujours avertis par les chefs, leurs c\u0153urs sont plus habituellement \u00e9lev\u00e9s vers Dieu.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"369\">\n<li>Les ouvriers sont g\u00e9n\u00e9ralement des agriculteurs, plac\u00e9s sur un domaine de la Soci\u00e9t\u00e9. Dans l&#8217;enceinte du domaine, on forme divers ateliers, soit pour la confection des outils n\u00e9cessaires \u00e0 l&#8217;agriculture, soit pour d&#8217;autres professions.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"370\">\n<li>Les revenus des domaines et le gain des ateliers sont employ\u00e9s 1\u00b0 \u00e0 fournir tout ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;existence d&#8217;une semblable communaut\u00e9, selon la r\u00e8gle adopt\u00e9e; 2\u00b0 tout l&#8217;exc\u00e9dent est \u00e0 la disposition de l&#8217;administration g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9. C&#8217;est par ce moyen que la classe des ouvriers atteint la deuxi\u00e8me fin de l&#8217;institution de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie (qui est de &#8220;Travailler dans le monde au salut des \u00e2mes, en soutenant et propageant, par des moyens adapt\u00e9s aux besoins et \u00e0 l&#8217;esprit du si\u00e8cle, les enseignements de l&#8217;\u00e9vangile, les vertus du christianisme et les pratiques de l&#8217;Eglise catholique.&#8221; art. 1). Elle l&#8217;atteint d&#8217;une seconde mani\u00e8re, en aidant la Soci\u00e9t\u00e9, 1\u00b0 \u00e0 augmenter le nombre des ouvriers d&#8217;une m\u00eame communaut\u00e9, ou m\u00eame \u00e0 en multiplier le nombre des communaut\u00e9s; 2\u00b0 \u00e0 soutenir les \u00e9tablissements enseignants et \u00e0 les multiplier; 3\u00b0 \u00e0 aider \u00e0 soutenir les noviciats et \u00e0 multiplier le nombre des novices; 4\u00b0 \u00e0 soutenir les infirmes et les vieillards de la Soci\u00e9t\u00e9; 5\u00b0 \u00e0 fournir aux besoins fr\u00e9quents et urgents de l&#8217;administration g\u00e9n\u00e9rale, charg\u00e9e de tant de d\u00e9penses pour tenir tout dans l&#8217;ordre, vivant elle-m\u00eame pauvrement; elle n&#8217;est et elle ne sera jamais que l&#8217;\u00e9conome de tout ce qu&#8217;elle peut recevoir.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"371\">\n<li>C&#8217;est une grande consolation pour un religieux de savoir que les fruits de toutes ses peines, de ses travaux et de son \u00e9conomie, sont employ\u00e9s \u00e0 des \u0153uvres qui, toutes, concourent \u00e0 : \u00e9tablir le royaume de J\u00e9sus-Christ, en propageant la foi.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"372\">\n<li>Les noviciats de la classe des ouvriers sont distincts de ceux des autres classes. Leur nombre sera proportionn\u00e9 au nombre de sujets qu&#8217;ils auront \u00e0 fournir aux communaut\u00e9s de leur classe.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"373\">\n<li>Le Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral peut prendre, pour les besoins de la Soci\u00e9t\u00e9, dans les communaut\u00e9s des ouvriers, les sujets qu&#8217;ils croient plus propres \u00e0 remplir d&#8217;autres emplois, soit pour l&#8217;enseignement, soit pour le service dans d&#8217;autres communaut\u00e9s; il peut aussi en prendre pour l&#8217;enseignement de l&#8217;agriculture, de l&#8217;horticulture et des arts et m\u00e9tiers; et par cette disposition, la classe ouvri\u00e8re atteint, d&#8217;une troisi\u00e8me mani\u00e8re, la seconde fin que se propose la Soci\u00e9t\u00e9. Cependant les sujets ne sont pas seulement dans la disposition d&#8217;ob\u00e9ir \u00e0 la voix du Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral, mais ils ne doivent jamais demander leur changement.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"374\">\n<li>Ce point est essentiellement constitutif, d\u00e8s qu&#8217;ils ont fait profession.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol start=\"375\">\n<li>En travaillant constamment \u00e0 sa sanctification, cette classe ne laisse pas de s&#8217;int\u00e9resser au salut des autres.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"376\">\n<li>La charit\u00e9 fraternelle, dont tous les sujets doivent \u00eatre anim\u00e9s, fait, 1\u00b0 qu&#8217;ils aiment \u00e0 prier en commun et les uns pour les autres; 2\u00b0 \u00e0 se communiquer mutuellement les bons sentiments qui les animent, ainsi que les connaissances qu&#8217;ils ont des v\u00e9rit\u00e9s de la religion, lorsqu&#8217;il leur est permis de parler. Leurs entretiens doivent \u00eatre tout spirituels. Conversatio nostra in coelis. Rien de profane, d&#8217;humain ou de terrestre dans leurs conversations; 3\u00b0 ils peuvent, avec le conseil de leurs chefs, \u00e9crire \u00e0 des jeunes gens qu&#8217;ils ont connus dans le monde, leur parler de leur bonheur, en leur parlant de celui qu&#8217;on go\u00fbte dans la vie religieuse, etc; 4\u00b0 lorqu&#8217;on trouve des enfants, \u00e0 l&#8217;exemple du grand saint Beno\u00eet, qui sont dociles et qui ont des dispositions \u00e0 la pi\u00e9t\u00e9, les religieux peuvent les \u00e9lever, toujours du consentement de leurs parents, et conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e8gle faite pour eux dans les communaut\u00e9s; 5\u00b0 on ne perd pas de vue que les chapitres de communaut\u00e9 ne sont autre chose que des exercices d&#8217;humilit\u00e9 et de charit\u00e9 fraternelle.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"377\">\n<li>La classe des ouvriers n&#8217;a pas de r\u00e9cr\u00e9ation proprement dite apr\u00e8s les repas; leurs ouvrages respectifs sont une r\u00e9cr\u00e9ation suffisante. Ils peuvent avoir quelquefois plut\u00f4t besoin de repos que de r\u00e9cr\u00e9ation; dans les grandes chaleurs, par exemple, ou lorsque les besoins des travaux exigent qu&#8217;on devance l&#8217;heure du lever.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"378\">\n<li>Quoique toujours en communaut\u00e9 le jour et la nuit, les religieux ont tous les avantages de la solitude, et leurs maisons doivent \u00eatre comme de vrais monast\u00e8res. 1\u00b0 Ils ne se parlent jamais entr&#8217;eux qu&#8217;autant qu&#8217;il y a n\u00e9cessit\u00e9 et tout le temps que dure la n\u00e9cessit\u00e9; 2\u00b0 ils ne parlent ni aux \u00e9trangers ni \u00e0 leurs parents, sans la permission de leurs chefs, et ils ne doivent user de cette permission que tout le temps que l&#8217;exigent la n\u00e9cessit\u00e9, la charit\u00e9 et quelquefois une sorte d&#8217;indulgence qui est un effet m\u00eame de la charit\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"379\">\n<li>Un monast\u00e8re est une esp\u00e8ce de tombeau o\u00f9 celui qui fait profession religieuse consent \u00e0 \u00eatre enseveli; sans doute ce tombeau se trouve plac\u00e9 parmi les vivants; mais il ne renferme effectivement que des morts. Le religieux est mort au monde, tandis que le s\u00e9culier est cens\u00e9 vivant dans l&#8217;esprit du monde. Dans les couvents des filles de Marie, il y a une cl\u00f4ture qui forme une barri\u00e8re que ne peuvent franchir les religieuses pour aller visiter non-seulement leurs anciennes amies, mais m\u00eame leurs plus proches parents; c&#8217;est l&#8217;application litt\u00e9rale de la maxime du Seigneur : Laissez aux morts le soin d&#8217;ensevelir leurs morts.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"380\">\n<li>Quoique les religieux ne fassent pas v\u0153ux de cl\u00f4ture, leurs maisons doivent \u00eatre regard\u00e9es comme des clo\u00eetres, et elles en ont port\u00e9 le nom, pour qu&#8217;on ignor\u00e2t pas quel devrait \u00eatre l&#8217;esprit des religieux qui les habitent.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"381\">\n<li>Le religieux a renonc\u00e9 \u00e0 toutes les visites actives et passives, et surtout \u00e0 des visites chez des parents \u00e9loign\u00e9s; ils ne doivent jamais demander \u00e0 leurs sup\u00e9rieurs de semblables permissions. S&#8217;il y a urgence pour quelque affaire pressante, le sup\u00e9rieur en d\u00e9cide; si la d\u00e9cision est affirmative, le bon religieux en a de la peine et se pr\u00e9pare \u00e0 ne para\u00eetre chez ses parents que comme un mort, n&#8217;y traitant que les affaires qui l&#8217;obligent \u00e0 para\u00eetre, et soupire toujours pour sa cl\u00f4ture.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"382\">\n<li>Le religieux n&#8217;a plus de patrie sur la terre; il n&#8217;a d&#8217;autre patrie que celle du ciel. Toutes les nouvelles et les affaires de la terre ne l&#8217;int\u00e9ressent plus. Il n&#8217;aime qu&#8217;\u00e0 parler du ciel, \u00e0 penser au ciel et \u00e0 travailler pour le ciel; son monast\u00e8re est comme sur la fronti\u00e8re du ciel, on ne s&#8217;y occupe plus que du ciel et de ce qui peut y conduire.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"383\">\n<li>S&#8217;il survient quelqu&#8217;esp\u00e8ce d&#8217;affaire \u00e0 un religieux avec sa famille ou m\u00eame avec des \u00e9trangers, avec qui il a eu autrefois des rapports, il s&#8217;y pr\u00eate par charit\u00e9 avec la permission des chefs, ou m\u00eame selon les circonstances, les chefs s&#8217;en chargent, et le religieux en est d\u00e9barrass\u00e9.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"384\">\n<li>Le r\u00e8glement horaire pour les religieux ouvriers est accommod\u00e9, selon les saisons, aux besoins des travaux, mais toujours dans l&#8217;esprit des Constitutions.<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h2 id=\"les-freres-ouvriers-dans-la-societe-de-marie\" >Les Fr\u00e8res ouvriers dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie<\/h2>\n<h3 id=\"introduction\" >Introduction<\/h3>\n<p>Les responsables de cette rencontre m&#8217;ont demand\u00e9 de faire un bref commentaire critique de l&#8217;histoire des Fr\u00e8res ouvriers. J&#8217;ai voulu pour cela partir de notre r\u00e9alit\u00e9 actuelle en cherchant dans de notre R\u00e8gle de vie ce qui vous concerne. Puis dans un deuxi\u00e8me temps je vous pr\u00e9senterai mon projet, lorsque j&#8217;ai r\u00e9dig\u00e9 l&#8217;histoire des Fr\u00e8res ouvriers au temps du P\u00e8re Chaminade. Enfin, nous survolerons rapidement cette histoire des commencements. Mon but, en intervenant dans cette rencontre est d&#8217;ouvrir des pistes de r\u00e9flexion en esp\u00e9rant permettre des nouvelles perspectives \u00e0 l&#8217;avenir des Fr\u00e8res ouvriers dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie.<\/p>\n<h3 id=\"les-freres-ouvriers-dans-la-regle-de-vie-actuelle\" >Les Fr\u00e8res ouvriers dans la R\u00e8gle de vie actuelle<\/h3>\n<p>On peut \u00eatre \u00e9tonn\u00e9 par l&#8217;absence du terme &#8220;Fr\u00e8re ouvrier&#8221; dans la R\u00e8gle de vie de 1983 alors qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 sans interruption depuis les Constitutions de 1839 jusqu&#8217;\u00e0 la circulaire de l&#8217;office de travail du 15 f\u00e9vrier 1964. Cette absence s&#8217;explique par l&#8217;\u00e9volution des concepts &#8220;d&#8217;ouvrier&#8221; et de &#8220;classe ouvri\u00e8re&#8221;. En effet, si autrefois l&#8217;ouvrier \u00e9tait uniquement un travailleur manuel transformant la mati\u00e8re premi\u00e8re, aujourd&#8217;hui la fronti\u00e8re entre ouvriers, employ\u00e9s, techniciens et m\u00eame cadres est difficile \u00e0 cerner.<\/p>\n<p>Dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie la crise du concept est la m\u00eame que dans la soci\u00e9t\u00e9 civile. A titre d&#8217;exemple, dans son rapport sur les fr\u00e8res ouvriers en 1964, Gerald J. Schnepp faisait l&#8217;inventaire des fonctions occup\u00e9es ces religieux : &#8220;comptable, agronome, aide-\u00e9conome, m\u00e9canicien-auto, apiculteur, responsable du chauffage, biblioth\u00e9caire, responsable des arbres fruitiers, caviste, menuisier, chauffeur, concierge, cuisinier, vacher, \u00e9conome, \u00e9lectricien, ing\u00e9nieur, leveur de fonds, jardinier, responsable de l&#8217;entretien g\u00e9n\u00e9ral, infirmier, responsable des fleurs du parc, peintre, pl\u00e2trier, plombier, aviculteur, imprimeur, pourvoyeur, infirmier-chef, sacristain, secr\u00e9taire, tr\u00e9sorier, cordonnier, boutiquier, inspecteur des b\u00e2timents et des terrains, responsable des constructions, chefs des domestiques, intendant des cuisines, surveillant, tailleur, professeur dans une \u00e9cole technique.&#8221; et pr\u00e9voyant l&#8217;avenir il propose d&#8217;offrir aux candidats fr\u00e8res ouvriers les m\u00e9tiers suivant : &#8220;architecte, directeur des exp\u00e9ditions (journalisme), responsable de &#8220;Cr\u00e9dit Union&#8221; (type cr\u00e9dit agricole), expert en calcul \u00e9lectronique, coordinateur financier du d\u00e9veloppement (dans les universit\u00e9s), conseiller, orienteur professionnel, directeur du secteur infirmerie, responsable de la blanchisserie, chef du personnel, photograveur, programmeur pour machine \u00e0 calculer \u00e9lectroniques, directeur de centre de recherches, responsable de quartier (r\u00e9sidence des \u00e9tudiants), responsable du courrier (vaguemestre).&#8221;<a href=\"#_ftn38\" name=\"_ftnref38\">[38]<\/a><\/p>\n<p>Nous ne pouvons que constater le d\u00e9calage entre les m\u00e9tiers exerc\u00e9s par les Fr\u00e8res ouvriers du XIXe si\u00e8cle et la vision tr\u00e8s vaste propos\u00e9e par l&#8217;\u00e9conome g\u00e9n\u00e9ral. Dans la pratique actuelle on a rassembl\u00e9 les religieux la\u00efcs en un seul groupe oeuvrant dans diff\u00e9rents secteurs d&#8217;activit\u00e9s. Le chapitre premier de la R\u00e8gle de vie de 1983 est, en quelque sorte, un r\u00e9sum\u00e9 de ce que sont les Marianistes. Nous y trouvons cette d\u00e9finition : &#8220;Les religieux la\u00efques vivent leur engagement absolu envers Dieu et portent t\u00e9moignage aux valeurs \u00e9vang\u00e9liques de diverses mani\u00e8res, sp\u00e9cialement dans les domaines de la culture, de la science, de la technique et de l&#8217;activit\u00e9 manuelle.&#8221;<a href=\"#_ftn39\" name=\"_ftnref39\">[39]<\/a><\/p>\n<p>La diversit\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie se retrouve formul\u00e9e \u00e0 l&#8217;article 69 de notre R\u00e8gle de vie : &#8220;La communaut\u00e9 remplit sa mission \u00e0 travers des minist\u00e8res vari\u00e9s. Certains ont pour t\u00e2che premi\u00e8re d&#8217;annoncer la Parole de Dieu et d&#8217;animer la communaut\u00e9 chr\u00e9tienne dans sa vie de pri\u00e8re. D&#8217;autres travaillent principalement dans le domaine de l&#8217;\u00e9ducation et de la culture, montrant que l&#8217;homme n&#8217;atteint sa pl\u00e9nitude que s&#8217;il r\u00e9pond au projet de Dieu sur lui. D&#8217;autres enfin, en se consacrant aux t\u00e2ches techniques, administratives ou manuelles, veulent rendre pr\u00e9sent dans nos communaut\u00e9s et dans le monde le t\u00e9moignage du Christ, Fils du charpentier.&#8221;<\/p>\n<p>Une autre allusion aux fr\u00e8res ouvriers se trouve \u00e0 l&#8217;article 5.22 et concerne la mission. Il invite les religieux \u00e0 faire un effort de pr\u00e9sence en travaillant &#8220;&#8230;dans les organisations qui visent le progr\u00e8s social et culturel, dans la formation permanente et la recherche scientifique, ainsi que dans le vaste monde du travail o\u00f9 le message du Christ est loin d&#8217;avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 profond\u00e9ment.&#8221; Un vaste programme est donc ouvert.<\/p>\n<p>La disparition du terme &#8220;Fr\u00e8re ouvrier&#8221; a l&#8217;avantage de rassembler tous les religieux la\u00efques en un seul groupe et permet ainsi une plus grande unit\u00e9 au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie. La notion th\u00e9ologique &#8220;d&#8217;Eglise-communion&#8221;, mise en valeur par le Concile Vatican II, peut nous aider \u00e0 voir notre Institut religieux d&#8217;une autre mani\u00e8re. La vision pyramidale de la hi\u00e9rarchique de l&#8217;Eglise aurait pu se traduire au niveau de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie par un triangle isoc\u00e8le ayant \u00e0 sa base les Fr\u00e8res ouvriers, puis les Fr\u00e8res dans l&#8217;enseignement, les pr\u00eatres, les sup\u00e9rieurs et au sommet le Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>La nouvelle vision qui nous est donn\u00e9e est celle d&#8217;un cercle dans lequel tous les religieux, qu&#8217;ils soient la\u00efques, pr\u00eatres ou sup\u00e9rieurs, remplissent leur mission en communion avec les autres, les sup\u00e9rieurs \u00e9tant au service de cette communion. De m\u00eame que dans l&#8217;Eglise-communion chaque chr\u00e9tien a une place et une mission particuli\u00e8re \u00e0 vivre, de m\u00eame les religieux marianistes ont une place qui leur est propre dans la mission commune. Le Fr\u00e8re ouvrier a vraiment une place originale et importante au sein de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie au m\u00eame titre que ses autres confr\u00e8res. Le fr\u00e8re cuisinier n&#8217;a pas moins d&#8217;importance que le Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral mais il a simplement une autre mission. Ceci ne doit cependant pas nous conduire \u00e0 faire de l&#8217;\u00e9galitarisme mais \u00e0 reconna\u00eetre la valeur et l&#8217;importance de la mission de chacun.<\/p>\n<p>L&#8217;image d&#8217;Eglise-communion que j&#8217;ai utilis\u00e9e n&#8217;est qu&#8217;un outil. D&#8217;autres images peuvent \u00eatre utilis\u00e9es, en particulier l&#8217;image paulinienne du Corps que le P\u00e8re Chaminade a employ\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises et qui colle mieux \u00e0 la devise qu&#8217;il aimait r\u00e9p\u00e9ter : &#8220;Union sans confusion&#8221;.<\/p>\n<p>La disparition du terme &#8220;Fr\u00e8re ouvrier&#8221; a aussi plusieurs inconv\u00e9nients. Le premier est que l&#8217;on risque d&#8217;oublier une cat\u00e9gorie de religieux qui, aux dire du P\u00e8re Chaminade, est tr\u00e8s essentielle \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie. Le second est que les religieux qui ne sont pas enseignants, s&#8217;ils n&#8217;entrent pas dans la d\u00e9marche que je viens d&#8217;\u00e9voquer, risquent d&#8217;avoir du mal \u00e0 se situer dans la SM. Plusieurs ont souffert d&#8217;un complexe d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9 par rapport aux fr\u00e8res qui avaient fait des \u00e9tudes sup\u00e9rieures et qui \u00e9taient enseignants. D&#8217;autres ont l&#8217;impression d&#8217;avoir \u00e9t\u00e9 ray\u00e9s de la carte marianiste puisqu&#8217;on ne parle plus des Fr\u00e8res ouvriers. En cela l&#8217;id\u00e9e de rassembler des Fr\u00e8res ouvriers pour des sessions comme celle-ci me para\u00eet importante. Elle est en quelque sorte l&#8217;aiguillon qui rappelle \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie qu&#8217;en oubliant les Fr\u00e8res ouvriers elle oublie une part importante de son charisme.<\/p>\n<p><strong>Mon projet lorsque j&#8217;ai \u00e9crit &#8220;Les Fr\u00e8res ouvriers dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie au temps du P\u00e8re Chaminade&#8221; :<\/strong><\/p>\n<p>Lors de mon noviciat (1976-1978), le P. Armbruster invitait les novices \u00e0 commencer un travail sur un th\u00e8me marianiste. J&#8217;\u00e9tais jardinier, je m&#8217;int\u00e9ressais aux Fr\u00e8res ouvriers et surtout je voulais savoir quel avait \u00e9t\u00e9 le projet du P. Chaminade sur eux. Le travail \u00e9tait commenc\u00e9 mais loin d&#8217;\u00eatre termin\u00e9. Lors de ma premi\u00e8re ou deuxi\u00e8me ann\u00e9e de vie religieuse \u00e0 Sainte-Maure, j&#8217;avais \u00e9bauch\u00e9 une premi\u00e8re synth\u00e8se qui s&#8217;inspirait du tome IV de &#8220;Esprit de notre fondation&#8221;. Mais il fallait aller plus loin, ce que me f\u00eet comprendre le P. Armbruster. Les documents me manquaient, c&#8217;est ainsi que lors de ma premi\u00e8re ann\u00e9e \u00e0 R\u00e8ves je me rendis \u00e0 Rome aux AGMAR et en Franche-Comt\u00e9 dans divers fonds d&#8217;archives. Deux sources furent encore tr\u00e8s importantes pour r\u00e9aliser mon travail : la biblioth\u00e8que de l&#8217;Universit\u00e9 Catholique de Louvain et la Biblioth\u00e8que Nationale de France. Les documents rassembl\u00e9s, je me suis mis \u00e0 la t\u00e2che difficile de la r\u00e9daction. Quelques fr\u00e8res me corrig\u00e8rent et me donn\u00e8rent des conseils. Enfin, en 1984, je terminais la r\u00e9daction et l&#8217;impression. Dans ma conclusion j&#8217;invitais ma Province \u00e0 un discernement sur la question des Fr\u00e8res ouvriers. Une \u00e9bauche de r\u00e9ponse est ressortie des Assises de 1990 et puis plus rien. J&#8217;ai demand\u00e9 \u00e0 devenir pr\u00eatre pour diverses raisons que je n&#8217;\u00e9voquerai pas ici, mais je reste toujours pr\u00eat \u00e0 intervenir pour que les Fr\u00e8res ouvriers ou, pourquoi pas, des pr\u00eatres ouvriers, soient reconnu dans la SM.<\/p>\n<p>Pour mieux cerner la pens\u00e9e du P. Chaminade sur les Fr\u00e8res ouvriers je m&#8217;\u00e9tais limit\u00e9 \u00e0 la p\u00e9riode allant de la fondation jusqu&#8217;\u00e0 la mort de notre V\u00e9n\u00e9rable Fondateur (1817-1950). Il resterait \u00e0 \u00e9crire l&#8217;histoire des Fr\u00e8res ouvriers jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, en suivant pas \u00e0 pas les \u00e9volutions et les changements, h\u00e9las, nous sommes tous \u00e0 courir apr\u00e8s le temps&#8230; N&#8217;ayant de loin pas une formation d&#8217;historien, c&#8217;est sans pr\u00e9tention que j&#8217;avais rassembl\u00e9 le maximum de documents concernant ces fr\u00e8res, cherchant \u00e0 \u00e9crire, quand cela \u00e9tait possible, de br\u00e8ves notices sur leur vie et sur les maisons o\u00f9 ils ont v\u00e9cu. Ce travail n&#8217;est donc pas, \u00e0 proprement parler, &#8220;une \u00e9tude historique et critique des fr\u00e8res ouvriers&#8221;, mais plut\u00f4t une compilation en vue d&#8217;\u00e9crire l&#8217;histoire. Cependant, Malgr\u00e9 ses d\u00e9fauts, ce travail permet d&#8217;avoir un panorama sur la vie de ces fr\u00e8res et d&#8217;y d\u00e9crypter le dessein que Dieu avait inspir\u00e9 au P. Chaminade \u00e0 leur sujet.<\/p>\n<h3 id=\"survol-historique\" >Survol historique<\/h3>\n<p>Pour mieux comprendre pourquoi la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie comprend des religieux la\u00efques et des religieux pr\u00eatres, il faut se replacer dans le contexte de l&#8217;\u00e9poque, c&#8217;est-\u00e0-dire, dans l&#8217;apr\u00e8s R\u00e9volution Fran\u00e7aise qui avait marqu\u00e9 profond\u00e9ment les mentalit\u00e9s. Libert\u00e9, Egalit\u00e9, Fraternit\u00e9, telles \u00e9taient les nouvelles valeurs dont il fallait tenir compte. Fini le Roi de droit divin, dont la chambre \u00e0 coucher \u00e0 Versailles avait la m\u00eame structure qu&#8217;une chapelle, avec &#8220;banc de communion&#8221;, l&#8217;autel et le tabernacle \u00e9tant remplac\u00e9s par le lit royal. Certes un manque restait dans beaucoup de c\u0153urs.<\/p>\n<p>Napol\u00e9on Bonaparte cherchera \u00e0 combler ce vide en se faisant couronner empereur des Fran\u00e7ais et la Restauration tentera de ressusciter les habitudes de l&#8217;Ancien R\u00e9gime mais la page \u00e9tait inexorablement tourn\u00e9e. L&#8217;Eglise de France vit au rythme de l&#8217;Ultramontanisme qui, en deux mots, voulait donner tous les pouvoirs au Pape. Elle voit aussi se d\u00e9velopper un \u00e9norme renouveau de la vie consacr\u00e9e, avec la naissance de beaucoup de Congr\u00e9gations. Au niveau des id\u00e9es on assiste \u00e0 la mont\u00e9 du positivisme (Auguste Comte). La science et l&#8217;histoire deviennent les cl\u00e9s d&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 l&#8217;avenir. Finie la Providence, l&#8217;homme devient le ma\u00eetre de son histoire. De plus, l&#8217;industrialisation se d\u00e9veloppe avec ce qui constituera &#8220;le prol\u00e9tariat&#8221;.<\/p>\n<p>Dans ce monde boulevers\u00e9 qui cherche ses rep\u00e8res, le P. Chaminade rentrant d&#8217;exil relance avec de nouvelles m\u00e9thodes la Congr\u00e9gation Mariale d&#8217;o\u00f9 na\u00eetra la Famille Marianiste. D\u00e8s le d\u00e9part, ce sont toutes les composantes de la soci\u00e9t\u00e9 qui y sont repr\u00e9sent\u00e9es. M\u00eame s&#8217;il existait diff\u00e9rentes fractions : les p\u00e8res de familles, les artisans, etc, les t\u00e9moignages nous disent que l&#8217;unit\u00e9 pr\u00e9valait et que plusieurs r\u00e8glements demeuraient lettres mortes. A l&#8217;origine de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie nous retrouvons cette m\u00eame diversit\u00e9 dans les membres qui s&#8217;y engagent. Y avait-il un projet politique de M. Chaminade voulant recr\u00e9er une nouvelle soci\u00e9t\u00e9 chr\u00e9tienne qui se serait propag\u00e9e par contagion ?<\/p>\n<p>C&#8217;est possible et il faudrait approfondir ce th\u00e8me, en tout cas il veut toucher le maximum de monde et c&#8217;est dans ce but qu&#8217;il voudra multiplier les Ecoles Normales, car, ne l&#8217;oublions pas, les \u0153uvres ne sont qu&#8217;un moyen, l&#8217;essentiel est la propagation de la foi et des m\u0153urs chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>Nos premiers Fr\u00e8res ouvriers vont parer au plus press\u00e9, c&#8217;est \u00e0 dire \u00e0 la cuisine, l&#8217;approvisionnement, la lingerie&#8230; Les travaux domestiques sont partag\u00e9s entre tous et il n&#8217;est pas questions pour les autres membres d&#8217;avoir des domestiques \u00e0 bon compte. Puis il fallait entretenir le domaine du P. Chaminade, Saint-Laurent, avec des corps de m\u00e9tier qui vont aller en se diversifiant. Au d\u00e9but, je pense que le P. Chaminade n&#8217;a pas eu de projet pr\u00e9cis pour ces Fr\u00e8res. C&#8217;est un homme qui gu\u00e8te les signes des temps, qui porte tout dans la pri\u00e8re, jusqu&#8217;au jour ou il acquiert une certitude dans la foi et alors seulement il agit. Ceci nous explique qu&#8217;il faudra attendre 1829 pour qu&#8217;un travail soit fait en vue des Constitutions. Il ne veut rien brusquer, c&#8217;est peu \u00e0 peu que se dessine le projet de Dieu. On comprend mieux son obstination \u00e0 intervenir en tant que Fondateur apr\u00e8s sa d\u00e9mission de Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral en 1841. La premi\u00e8re branche de Fr\u00e8res ouvriers \u00e0 se d\u00e9velopper est celle des &#8220;fr\u00e8res servants&#8221; c&#8217;est-\u00e0-dire des fr\u00e8res travaillant aux diff\u00e9rentes t\u00e2ches autres que l&#8217;enseignement et la pr\u00e9dication.<\/p>\n<p>Avec la fondation de Saint-Remy en 1823, nous voyons se d\u00e9velopper deux autres branches : les Fr\u00e8res travaillant dans l&#8217;agriculture et les Fr\u00e8res qui enseignent diff\u00e9rents m\u00e9tiers (apprentissage) aussi bien \u00e0 des religieux qu&#8217;\u00e0 des la\u00efcs. Ce corps d&#8217;enseignants est un souci du P. Chaminade, il en parle aussi bien dans la premi\u00e8re mouture demandant au Roi la reconnaissance l\u00e9gale de la SM en 1825 ; que dans sa lettre du 16 septembre 1838 adress\u00e9e au Pape Gr\u00e9goire XVI : &#8220;La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie&#8230; renferme trois classes : 1\u00b0 celle des la\u00efques lettr\u00e9s&#8230; 2\u00b0 celle des ouvriers, qui a pour objet d&#8217;ouvrir des Ecoles d&#8217;arts et m\u00e9tiers aux jeunes gens du monde, pour les d\u00e9fendre ou les dissuader de la contagion du si\u00e8cle et leur apprendre \u00e0 sanctifier leurs travaux par la pratique des vertus chr\u00e9tiennes ; 3\u00b0 enfin celle des pr\u00eatres&#8230;&#8221; Les Fr\u00e8res enseignant les travaux manuels seront peu nombreux et les \u0153uvres de ce type se limiteront, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, \u00e0 des orphelinats et \u00e0 l&#8217;\u0153uvre de Saint-Remy en Haute-Sa\u00f4ne.<\/p>\n<p>Ce que l&#8217;on a appel\u00e9 &#8220;La petite trappe&#8221; s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e progressivement. A l&#8217;origine une demande des Missionnaires du Dioc\u00e8se de Besan\u00e7on qui souhaitaient que Saint-Remy puisse recevoir en retraite les hommes qui se convertissaient dans les missions et voulaient, pour un temps ou pour toujours, se retirer du monde. Les ouvriers agricoles afflu\u00e8rent et une grande communaut\u00e9 naquit. Il fallait lui donner un esprit. Des hommes comme Dominique Clouzet, Pierre Bousquet, l&#8217;abb\u00e9 Chevaux et l&#8217;abb\u00e9 Roth\u00e9a s&#8217;y employ\u00e8rent sous la conduite du Fondateur qui tenait beaucoup aux Fr\u00e8res ouvriers. Beaucoup de Fr\u00e8res se sont v\u00e9ritablement sanctifi\u00e9s \u00e0 Saint-Remy.<\/p>\n<p>On peut se demander quel r\u00f4le si important devaient jouer les Fr\u00e8res ouvriers. En fait c&#8217;est relativement simple. Les finances de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie \u00e9taient continuellement en p\u00e9ril. &#8211; Comment soutenir financi\u00e8rement les \u0153uvres ? se demandait le P. Chaminade. Les domaines de Saint-Laurent, Marast et Saint-Remy pouvait permettre de remplir les caisses de l&#8217;Institut naissant et donc soutenir la mission des autres religieux. D&#8217;o\u00f9 l&#8217;insistance constante du Fondateur pour que les domaines soient mis en valeur et qu&#8217;il ne soit fait que des d\u00e9penses minimales (contrairement aux grands projets d&#8217;investissement de M. Clouzet). Les Fr\u00e8res servants permettaient d&#8217;\u00e9conomiser des salaires et avaient l&#8217;avantage d&#8217;\u00eatre de la maison.<\/p>\n<p>Le travail du Fr\u00e8re ouvrier est missionnaire puisqu&#8217;il soutient toute la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, mais s&#8217;arr\u00eater \u00e0 l&#8217;aspect financier serait oublier la deuxi\u00e8me face de la mission du Fr\u00e8re ouvrier : la pri\u00e8re et l&#8217;offrande de ses souffrances et de lui-m\u00eame pour la conversion des \u00e2mes. Ecoutons le P. Chaminade parler du v\u0153u d&#8217;enseignement de la foi et des m\u0153urs chr\u00e9tiennes : &#8220;Quoique dans l&#8217;Institut tout le monde n&#8217;enseigne pas directement, ils enseignent indirectement en contribuant autant qu&#8217;il d\u00e9pend d&#8217;eux, selon leurs moyens, leurs talents et leur z\u00e8le au succ\u00e8s et \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;enseignement.&#8221;&#8230;&#8221;D&#8217;ailleurs il y a de fervents quoique tr\u00e8s simples religieux qui peuvent contribuer davantage par leurs pri\u00e8res et leurs vertus \u00e0 l&#8217;enseignement, que de savants professeurs. Pour convertir les \u00e2mes, il faut toucher la mis\u00e9ricorde de Dieu, fl\u00e9chir sa justice attirer sa gr\u00e2ce. C&#8217;est un grand miracle que la conversion d&#8217;une \u00e2me&#8221;<a href=\"#_ftn40\" name=\"_ftnref40\">[40]<\/a><\/p>\n<p>Si les religieux ouvriers faisaient le v\u0153u d&#8217;enseignement de la foi et des m\u0153urs chr\u00e9tiennes c&#8217;est qu&#8217;ils \u00e9taient engag\u00e9s dans la mission au m\u00eame titre que les autres. Comme le dit l&#8217;article 23 des Constitutions de 1839 : &#8220;Ceux qui n&#8217;accomplissent pas ce dernier v\u0153u par des \u0153uvres directes, s&#8217;en acquittent en travaillant dans l&#8217;intention de le favoriser.&#8221;<\/p>\n<p>Ce que dit le P. Chaminade dans la lettre du 24 ao\u00fbt 1839 concernant les Fr\u00e8res ouvriers r\u00e9sume bien, en quelques mots, leur mission : &#8220;A vous, enfin, de dire, \u00e0 ceux qui sont employ\u00e9s dans le service int\u00e9rieur des maisons ou aux arts et m\u00e9tiers, l&#8217;esprit et le secret de leur divine mission : nous l&#8217;avons consign\u00e9 dans nos saintes R\u00e8gles, quand nous avons \u00e9tabli la mani\u00e8re dont ils concourent \u00e0 l&#8217;\u0153uvre g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;enseignement; nous leur avons montr\u00e9 comme ils contribuent puissamment par leurs travaux, leur z\u00e8le et leurs pri\u00e8res \u00e0 \u00e9tendre le r\u00e8gne de J\u00e9sus et de Marie dans les \u00e2mes. Leur part est en effet si belle ! Nouveaux Joseph, ils sont charg\u00e9s d&#8217;assister et de soutenir les enfants de la sainte famille dans leurs p\u00e9nibles minist\u00e8res.&#8221; L&#8217;image de saint Joseph correspond bien \u00e0 la mission du Fr\u00e8re ouvrier, c&#8217;est peut \u00eatre l\u00e0 une cl\u00e9 qu&#8217;il faudrait utiliser pour \u00e9crire sa spiritualit\u00e9. Dans ce domaine il serait n\u00e9cessaire d&#8217;\u00e9tudier plus \u00e0 fond la spiritualit\u00e9 du Fr\u00e8re ouvrier. Mon travail ne r\u00e9pond que peu \u00e0 cette attente.<\/p>\n<p>Il est \u00e9tonnant de constater que l&#8217;image du Fr\u00e8re ouvrier de Saint-Remy est devenue en quelque sorte l&#8217;id\u00e9al dans les Constitutions de 1839. C&#8217;est en quelque sorte un trappiste ouvrier qui se dessine derri\u00e8re les articles le concernant. Je pense que cela devrait rester une interrogation pour la SM puisque ce type de religieux \u00e0 pratiquement disparu et qu&#8217;il n&#8217;existe, \u00e0 ma connaissance, aucune \u0153uvre permettant de vivre &#8220;la petite Trappe&#8221;. Je fais remarquer en passant qu&#8217;il faudrait une formation adapt\u00e9e \u00e0 qui voudrait vivre ce type de vie&#8230;<\/p>\n<h3 id=\"conclusion\" >Conclusion<\/h3>\n<p>Les temps ont chang\u00e9, les attentes aussi, que doivent \u00eatre les Fr\u00e8res ouvriers d&#8217;aujourd&#8217;hui ? Comment peuvent-ils puiser dans l&#8217;h\u00e9ritage Chaminadien pour vivre leur id\u00e9al ? Ces questions demandent une r\u00e9flexion en profondeur qui tiendrait compte des aspects socio-politiques des diff\u00e9rents pays dans lesquels les religieux marianistes sont pr\u00e9sents et de divers autres param\u00e8tres.<\/p>\n<p>Je me suis souvent pos\u00e9 la question de savoir si la crise du ch\u00f4mage dans la soci\u00e9t\u00e9 occidentale ne devait pas \u00eatre une invitation pour les Fr\u00e8res ouvriers \u00e0 s&#8217;engager dans la\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 cr\u00e9ation de petites entreprises d&#8217;insertions vivant plus concr\u00e8tement la doctrine sociale de l&#8217;Eglise ?<\/p>\n<p>Il reste un chantier \u00e0 ouvrir au niveau de la spiritualit\u00e9 et de la formation des Fr\u00e8res ouvriers. Il s&#8217;agit pour tous d&#8217;\u00eatre attentif aux vocations de Fr\u00e8res ouvriers. Je pense que des vocations n&#8217;aboutissent pas parce qu&#8217;un jeune qui n&#8217;a pas fait d&#8217;\u00e9tudes sup\u00e9rieures, mais qui a un m\u00e9tier en main, n&#8217;a pas eu l&#8217;occasion de rencontrer des vocations qui soient proches de ce qu&#8217;il est et de ce qu&#8217;il vit au quotidien.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me mill\u00e9naire pointe \u00e0 l&#8217;horizon, le deuxi\u00e8me centenaire des Marianistes aussi. Comment privil\u00e9gier cette branche qui nous est tr\u00e8s essentielle? Telle est la question que je laisse \u00e0 nos Sup\u00e9rieurs et dans laquelle je suis pr\u00eat \u00e0 cheminer.<\/p>\n<h1 id=\"notes\" >NOTES<\/h1>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> On lira avec beaucoup d&#8217;int\u00e9r\u00eat une \u00e9tude sur ce sujet dans une perspective africaine : L\u00e9o Pauels. Des communaut\u00e9s au service du d\u00e9veloppement. Les &#8220;fr\u00e8res ouvriers&#8221; Marianistes. Noviciat Marianiste. Abidjan. 1991. 100 pages.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> J.B. Lalanne. Notice Historique&#8230; Saint-Cloud. 1858. p 8.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Joseph Verrier. La Congr\u00e9gation mariale de M. Chaminade. Tome 4 A p 132.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Cf. AGMAR 17.1.2.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Circulaire Simler n\u00b0 14 et J. Simler. Guillaume Joseph Chaminade. Paris 1901 p 377-378, 407-408.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Cf. Les fr\u00e8res ouvriers dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie au temps du p\u00e8re Chaminade. p 34-35.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> J. Simler. Vie de l&#8217;abb\u00e9 de Lagarde. Paris 1887. Tome 1 p 79.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome V. n\u00b01179. 18 octobre 1839.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome second. n\u00b0536. 9 juillet 1830.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> AGMAR 28.2.577.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome V n\u00b01179. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> Voici les oeuvres qui furent propos\u00e9es au P. Chaminade et auxquelles il n&#8217;a pu donner suite : &#8220;l&#8217;Etablissement Royal de Saint-Joseph&#8221; \u00e0 Versailles (1827); l&#8217;Ecole normale agricole de gar\u00e7ons et la colonie d&#8217;orphelins d&#8217;Amiens (1829); l&#8217;oeuvre des jeunes d\u00e9tenus de la prison de Bellevaux aux environs de Besan\u00e7on (1830); une maison d&#8217;arts et m\u00e9tiers \u00e0 Besan\u00e7on pour les enfants pauvres (1839); une Ecole d&#8217;arts et m\u00e9tiers pour les enfants trouv\u00e9s \u00e0 Reims (1843); il fut \u00e9galement propos\u00e9 de fonder une ferme \u00e9cole \u00e0 Ebersm\u00fcnster (1840).<br \/>\n<a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b01076. 16 septembre 1838.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> Cf. AGMAR 17.4.203. p 3 et J. Simler. Guillaume Joseph Chaminade. Paris 1901 p 537-538.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome I n\u00b0237 et 252.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a> In Emile Joyeux. Si Saint-Remy m&#8217;\u00e9tait cont\u00e9. 1961. p 79<br \/>\n<a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome II n\u00b0410.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> AGMAR 27.1.621. 5 mars 1831.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> AGMAR 155.1.88.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\"><\/a>20 AGMAR 21.1.384.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome III n\u00b0 660. 14 janvier 1833. A M. Chevaux, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> AGMAR RSM 1.2. et 10.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b0 1016. 23 d\u00e9cembre 1837. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome VIII n\u00b0 S. 926 bis. 17 janvier 1837. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref25\" name=\"_ftn25\">[25]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b01006. 31 octobre 1837.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref26\" name=\"_ftn26\">[26]<\/a> Cf. Circulaire du Bon P\u00e8re Caillet n\u00b073-75, suivies de quelques notices biographiques. Cahier manuscrit, Biblioth\u00e8que S.M. de la communaut\u00e9 de R\u00e8ves.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref27\" name=\"_ftn27\">[27]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome II p 271.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref28\" name=\"_ftn28\">[28]<\/a> AGMAR 155.1.86.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref29\" name=\"_ftn29\">[29]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b0 1107. 29 d\u00e9cembre 1838. A M. Fridblatt, Courtefontaine.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref30\" name=\"_ftn30\">[30]<\/a> AGMAR 17.5.319. p 74-76.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref31\" name=\"_ftn31\">[31]<\/a> AGMAR 17.5.319. p 46.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref32\" name=\"_ftn32\">[32]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome III n\u00b0 847. 18 juillet 1836. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref33\" name=\"_ftn33\">[33]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome VIII n\u00b0 S 1042 bis. 7 avril 1838. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref34\" name=\"_ftn34\">[34]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b0 1059. 24 juillet 1838. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref35\" name=\"_ftn35\">[35]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome IV n\u00b0 1016. 23 d\u00e9cembre 1837. A M. Clouzet, Saint-Remy.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref36\" name=\"_ftn36\">[36]<\/a> Cf. annexe.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref37\" name=\"_ftn37\">[37]<\/a> Lettres de M. Chaminade. Tome V n\u00b0 1163. Aux pr\u00e9dicateurs de retraites. 24 ao\u00fbt 1839.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref38\" name=\"_ftn38\">[38]<\/a> G\u00e9rald J. Schnepp, S.M. Situation \u00e9conomique de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie en 1962 &#8211; Les Fr\u00e8res ouvriers. 15 f\u00e9vrier 1964. Office de travail n\u00b01 p 68-69.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref39\" name=\"_ftn39\">[39]<\/a> R\u00e8gle de vie 1983. Art. 13.<br \/>\n<a href=\"#_ftnref40\" name=\"_ftn40\">[40]<\/a> Notes de retraite 1822. Livre Rouge p 213 n\u00b0239-240.<\/p>\n","protected":false},"author":120,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[104],"ht_kb_tag":[],"class_list":["post-451","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-organisation"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/451"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/120"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=451"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/451\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":793,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/451\/revisions\/793"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=451"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=451"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=451"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}