{"id":300,"date":"2015-05-18T12:05:25","date_gmt":"2015-05-18T11:05:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=300"},"modified":"2016-02-04T10:20:08","modified_gmt":"2016-02-04T09:20:08","slug":"adele-une-aristocrate-au-service-des-pauvres","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/adele-une-aristocrate-au-service-des-pauvres\/","title":{"rendered":"AD\u00c8LE  une aristocrate au service des pauvres"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"adele-de-batz-de-trenquelleon-ses-jeunes-annees\" >Ad\u00e8le de Batz de Trenquell\u00e9on\u00a0&#8211;\u00a0Ses jeunes ann\u00e9es<\/h1>\n<p>On pourrait dire, comme Dickens, que ce fut \u00e0 la fois la meilleure et la pire de toutes les \u00e9poques\u00a0; et c\u2019est vrai. De m\u00eame, ce furent des ann\u00e9es d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et de l\u00e2chet\u00e9\u00a0; ce fut le temps du sacrifice supr\u00eame et du martyre mais \u00e9galement, \u00e0 l\u2019inverse, des basses vengeances et de l\u2019\u00e9go\u00efsme. Ce fut un tournant de l\u2019histoire de l\u2019Europe et du monde. Apr\u00e8s coup, ni la France, ni l\u2019Eglise catholique, ni la culture occidentale, ni la civilisation ne furent plus tout \u00e0 fait pareilles. Il y avait quelque chose d\u2019exaltant \u00e0 vivre \u00e0 cette \u00e9poque et pourtant, la mort n\u2019\u00e9tait jamais bien loin. On pouvait se sentir fier d\u2019\u00eatre chr\u00e9tien, m\u00eame si on \u00e9tait condamn\u00e9, bien souvent, \u00e0 pratiquer et \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer sa foi de mani\u00e8re cach\u00e9e. En ce temps-l\u00e0 un parlement pouvait conduire le roi \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud parce qu\u2019il ne se pliait pas \u00e0 ses ordres, mais en m\u00eame temps les citoyens de l\u2019ancienne Gaule devenaient enfin une nation. Bref, le temps d\u2019Ad\u00e8le reste dans l\u2019histoire comme celui d\u2019une transition cataclysmique comme l\u2019occident en a peu connu. Plus de deux cents ans apr\u00e8s, les historiens continuent \u00e0 s\u2019interroger et \u00e0 s\u2019opposer sur la signification de cette crise.<\/p>\n<p>Tout au d\u00e9but de cette \u00e8re r\u00e9volutionnaire, une fillette est n\u00e9e de Marie Ursule Claudine Jos\u00e9phine de Peyronnencq de Saint-Chamarand, \u00e9pouse de Charles Fran\u00e7ois Joseph Marie Marthe, baron de Batz de Trenquell\u00e9on. C\u2019\u00e9tait le 10 juin 1789, la veille de la F\u00eate-Dieu, tout juste un mois apr\u00e8s le rassemblement des Etats-G\u00e9n\u00e9raux \u00e0 Versailles. Convoqu\u00e9e par le roi Louis XVI apr\u00e8s des si\u00e8cles d\u2019inaction, cette assembl\u00e9e fut une vaine tentative de la part d\u2019une monarchie en faillite pour \u00e9viter le d\u00e9sastre. Lorsque la petite fille eut cinq ans, le roi Louis avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9 et l\u2019ancien r\u00e9gime des Bourbons, qui avait dur\u00e9 deux cents ans exactement, s\u2019en \u00e9tait all\u00e9. Le syst\u00e8me f\u00e9odal tout entier, avec la noblesse et l\u2019aristocratie, avaient disparu avec le roi, et l\u2019Eglise catholique, une fois de plus, fut pouss\u00e9e dans la clandestinit\u00e9, comme cela avait \u00e9t\u00e9 le cas \u00e0 de nombreuses reprises au cours de son histoire.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le fut baptis\u00e9e le jour m\u00eame de sa naissance. La c\u00e9r\u00e9monie eut lieu dans la petite \u00e9glise de Saint Cyr, dans le village de Feugarolles, \u00e0 1,5 km du ch\u00e2teau de Trenquell\u00e9on et \u00e0 quelque 8 km de la Garonne. La cit\u00e9 \u00e9piscopale d\u2019Agen se trouvait \u00e0 une bonne vingtaine de kilom\u00e8tres, vers l\u2019est et le grand port de Bordeaux, \u00e0 une centaine de kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019ouest. On donna \u00e0 la fille le nom d\u2019Ad\u00e9la\u00efde, Marie Charlotte Jeanne Jos\u00e9phine. Plus tard, elle f\u00eaterait chaque ann\u00e9e ce double anniversaire et s\u2019y pr\u00e9parerait chaque fois plusieurs jours \u00e0 l\u2019avance. Elle prit l\u2019habitude de s\u2019appeler et de se faire appeler Ad\u00e8le, petit nom pour Ad\u00e9la\u00efde et choisit Marie comme sa Patronne. Elle la f\u00eatait le 15 ao\u00fbt, f\u00eate de l\u2019Assomption de Marie, M\u00e8re de J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le \u00e9tait n\u00e9e dans une famille riche, de l\u2019aristocratie terrienne. La g\u00e9n\u00e9alogie de sa m\u00e8re remontait \u00e0 deux fils de Louis IX, le grand roi Saint Louis. Du c\u00f4t\u00e9 paternel, sa famille \u00e9tait l\u2019une des plus illustres de Gascogne. Ses anc\u00eatres des deux c\u00f4t\u00e9s s\u2019\u00e9taient distingu\u00e9s \u00e0 chaque g\u00e9n\u00e9ration par les services rendus au roi et \u00e0 l\u2019Eglise. Au XVIIe s., les anc\u00eatres du baron avaient embrass\u00e9 le protestantisme, comme la plus grande partie de la noblesse de la r\u00e9gion. Trois d\u2019entre eux, trois fr\u00e8res, furent tu\u00e9s \u00e0 la fameuse bataille de la Boyne, le 11 juillet 1690, en combattant dans les troupes de Guillaume d\u2019Orange contre les troupes catholiques. Cependant, d\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle suivant, quand Fran\u00e7ois \u00e9pousa Anne, l\u2019h\u00e9riti\u00e8re f\u00e9minine des Trenquell\u00e9on, lui-m\u00eame comme sa fianc\u00e9e \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 revenus au catholicisme. C\u2019est justement \u00e0 cause de la fid\u00e9lit\u00e9 des anc\u00eatres d\u2019Ad\u00e8le au tr\u00f4ne et \u00e0 l\u2019autel qu\u2019elle eut elle-m\u00eame \u00e0 souffrir dans sa personne des effets de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le faisait partie de la garde royale. Il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 la maison au moment de la naissance de sa fille, ayant \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 \u00e0 Paris pour accomplir son devoir. Ce sont ses cavaliers, entre autres, qui refus\u00e8rent de charger les manifestants partis \u00e0 l\u2019assaut de la Bastille. Le roi ne tarda pas \u00e0 dissoudre sa garde royale puisqu\u2019il ne pouvait plus compter sur elle. Les soldats de la garde furent enr\u00f4l\u00e9s dans la nouvelle Garde Nationale, command\u00e9e par le Marquis de Lafayette\u00a0; quant aux officiers, ils furent renvoy\u00e9s chez eux, en attendant de nouveaux ordres.<\/p>\n<p>Constatant la rapide d\u00e9t\u00e9rioration de la situation \u00e0 Paris et percevant le risque, pour le roi, de tomber aux mains des forces r\u00e9volutionnaires, le baron d\u00e9cida de risquer sa fortune et sa vie \u00e0 d\u00e9fendre son roi. Dans plusieurs villes d\u2019Allemagne, outre-Rhin, les fr\u00e8res du roi rassemblaient des forces militaires pour tenter \u2013 mais ce sera en vain \u2013 de renverser le cours des \u00e9v\u00e9nements en France. Le baron les y rejoignit, participa \u00e0 plusieurs tentatives infructueuses et d\u00e9cida, finalement, de se r\u00e9fugier \u00e0 Londres, en attendant les \u00e9v\u00e9nements. Son nom figurait d\u00e9sormais sur une liste d\u2019\u00e9migrants et sa propri\u00e9t\u00e9 \u00e9tait susceptible d\u2019\u00eatre confisqu\u00e9e par l\u2019Etat.<\/p>\n<p>En novembre 1791, le baron quitta Trenquell\u00e9on. Dix ann\u00e9es devaient s\u2019\u00e9couler avant qu\u2019il p\u00fbt revoir son cher ch\u00e2teau. Ad\u00e8le avait deux ans et demi quand son p\u00e8re partit\u00a0et son petit fr\u00e8re Charles devait na\u00eetre deux mois apr\u00e8s ce d\u00e9part. Au ch\u00e2teau, en plus de la baronne et de ses deux enfants, restaient la m\u00e8re du baron et deux de ses s\u0153urs, et son vieil oncle. En ao\u00fbt 1792 de nouveau, Trenquell\u00e9on subit le contre-choc des \u00e9v\u00e9nements parisiens\u00a0: deux autres s\u0153urs du baron, des religieuses dominicaines, furent chass\u00e9es de leur couvent, deux parmi des dizaines de milliers d\u2019autres religieux, victimes de l\u2019id\u00e9ologie dominante et de la soif de richesse.<\/p>\n<p>Il y eut bien quelques incursions hostiles de voyous et quelques tracasseries de la part du gouvernement, mais malgr\u00e9 cela, la vie continuait au ch\u00e2teau. Tandis que la s\u0153ur du baron, Catherine Anne, mettait \u00e0 profit toutes les man\u0153uvres l\u00e9gales et toutes les influences possibles pour sauver tout ce qu\u2019elle pouvait des biens du baron, la baronne se consacrait de son c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de ses deux enfants. C\u2019est de sa m\u00e8re qu\u2019Ad\u00e8le apprit ce que signifie vivre en chr\u00e9tienne. M\u00eame aux jours les plus risqu\u00e9s, la baronne continuait \u00e0 secourir les pauvres et les malades, \u00e0 les visiter, \u00e0 les soigner dans leurs maisons, \u00e0 leur partager nourriture et habits, en vendant au besoin des bijoux pour mieux les secourir. Encore toute petite, Ad\u00e8le accompagnait sa maman dans ces tourn\u00e9es de bienfaisance. Les habitants de la r\u00e9gion connaissaient tr\u00e8s bien le baron et la baronne et ils veillaient \u00e0 leur \u00e9viter tout ennui, \u00e0 leur famille et \u00e0 leurs propri\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<p>Tant\u00f4t la R\u00e9volution proscrivait toute pratique religieuse, tant\u00f4t elle ne l\u2019autorisait que sous la direction d\u2019un pr\u00eatre asserment\u00e9 et donc schismatique. La baronne et sa famille refus\u00e8rent de participer \u00e0 des offices religieux pr\u00e9sid\u00e9s par le cur\u00e9 jureur de Saint-Cyr ou par l\u2019\u00e9v\u00eaque r\u00e9volutionnaire d\u2019Agen. La famille et le personnel se r\u00e9unissaient tous les jours pour la pri\u00e8re ou l\u2019instruction religieuse. Le dimanche, la baronne dirigeait elle-m\u00eame la pri\u00e8re communautaire si on n\u2019avait pas pu trouver un pr\u00eatre inserment\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer la messe en cachette au ch\u00e2teau.<\/p>\n<h1 id=\"en-route-pour-lexil-1797-1801\" >En route pour l&#8217;exil\u00a0(1797-1801)<\/h1>\n<p>En septembre 1797, un coup d\u2019Etat remit au pouvoir les plus radicaux des r\u00e9volutionnaires. Les lois exigeant que les \u00e9migr\u00e9s quittent imm\u00e9diatement la France furent subitement remises en vigueur. Le nom de la baronne de Batz ayant \u00e9t\u00e9 inscrit par erreur sur la liste officielle des \u00e9migr\u00e9s, elle fut oblig\u00e9e de partir en exil. Refuser de se soumettre \u00e0 la loi aurait entra\u00een\u00e9 pour elle la peine de mort. Elle prit donc Ad\u00e8le, \u00e2g\u00e9e alors de huit ans, et Charles, \u00e2g\u00e9 de six ans, et se dirigea vers la fronti\u00e8re espagnole. Elle la franchit juste au moment o\u00f9 expirait le d\u00e9lai de gr\u00e2ce consenti aux bannis. En Espagne d\u2019abord, au Portugal ensuite, Ad\u00e8le put voir pour la premi\u00e8re fois ce qu\u2019\u00e9tait la libre pratique de la religion\u00a0: les c\u00e9r\u00e9monies de l\u2019Eglise, les processions, les p\u00e8lerinages\u2026 Elle voyait des familles prier ensemble \u00e0 la maison sans avoir rien \u00e0 craindre, sans avoir \u00e0 se cacher, sans rien de secret. Elle allait \u00e0 l\u2019\u00e9glise avec sa m\u00e8re, parfois avec les gens du pays, souvent aussi avec d\u2019autres Fran\u00e7ais exil\u00e9s.<\/p>\n<p>En exil aussi, la baronne poursuivait l\u2019\u00e9ducation de ses enfants, Ad\u00e8le et Charles. Dans sa petite enfance, Ad\u00e8le avait manifest\u00e9 des signes de col\u00e8re, de bouderie et des difficult\u00e9s \u00e0 retenir sa langue, ce qui lui attira quelques ennuis. Avec l\u2019aide avis\u00e9e de sa m\u00e8re, elle apprit \u00e0 se ma\u00eetriser, \u00e0 se soucier des autres et \u00e0 se mettre avec joie \u00e0 leur service. Elle apprit \u00e0 se faire une opinion personnelle sur des questions religieuses, \u00e0 \u00e9couter et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, et \u00e0 prendre \u00e0 c\u0153ur le message de l\u2019Evangile. Avec sa m\u00e8re, elle discutait souvent de religion et elles partageaient ce que leur disait leur foi. La fillette apprenait en m\u00eame temps les disciplines profanes qu\u2019on enseignait \u00e0 l\u2019\u00e9poque\u00a0: l\u2019histoire, la g\u00e9ographie, l\u2019\u00e9criture, la lecture, l\u2019arithm\u00e9tique, \u00e0 l\u2019exception des beaux-arts que cultivaient avec tant d\u2019assiduit\u00e9 les aristocrates de son temps.<\/p>\n<p>Sans avoir jamais fr\u00e9quent\u00e9 quelque \u00e9cole monastique, comme la plupart des filles de l\u2019aristocratie avant la R\u00e9volution, sans m\u00eame avoir suivi un cursus scolaire \u00e0 proprement parler, Ad\u00e8le devint une demoiselle bien \u00e9duqu\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 sa m\u00e8re, \u00e0 ses tantes, et \u00e0 sa propre d\u00e9termination \u00e0 user de ses talents. A l\u2019image de sa m\u00e8re et de ses tantes, elle incarnait le meilleur de la tradition aristocratique fran\u00e7aise, faisant preuve de raffinement, de douceur, de compassion, d\u2019int\u00e9r\u00eat, de charme. Finalement, les ann\u00e9es d\u2019exil furent d\u00e9cisives pour la formation du caract\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le.<\/p>\n<p>Paris fit pression sur le gouvernement espagnol et celui-ci obligea les exil\u00e9s \u00e0 quitter l\u2019Espagne\u00a0; les de Batz s\u2019\u00e9tablirent au Portugal, dans la ville de Bragance. Quittant Londres, le baron r\u00e9ussit \u00e0 y rejoindre sa famille en juillet 1798. Il n\u2019avait pas vu sa fille depuis pr\u00e8s de sept ans et son fils Charles, jamais\u00a0! Une ann\u00e9e apr\u00e8s, la famille eut la joie d\u2019accueillir un troisi\u00e8me enfant, D\u00e9sir\u00e9e.<\/p>\n<h1 id=\"retour-a-trenquelleon-1801-1804\" >Retour \u00e0\u00a0Trenquell\u00e9on\u00a0(1801-1804)<\/h1>\n<p>La situation en France finit par sembler favorable \u00e0 un retour des exil\u00e9s\u00a0; le baron conduisit donc sa famille jusqu\u2019\u00e0 Saint-S\u00e9bastien, en Espagne, pour attendre le bon moment pour rentrer au pays. Dans cette ville, Ad\u00e8le, c\u00e9dant \u00e0 l\u2019insistance du pr\u00eatre espagnol qui l\u2019avait re\u00e7ue en confession la veille de No\u00ebl, fit sa premi\u00e8re communion \u2013 \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Epiphanie 1801.<\/p>\n<p>Les conditions d\u2019un retour \u00e9tant finalement r\u00e9unies, la famille quitta Saint S\u00e9bastien le 4 novembre. Ils firent \u00e9tape \u00e0 Auch pour visiter l\u2019oncle du baron, dont l\u2019un des petits-fils \u00e9pousera plus tard D\u00e9sir\u00e9e, la s\u0153ur d\u2019Ad\u00e8le. Ils firent une autre halte \u00e0 Condom pour une visite aux deux s\u0153urs du baron, les religieuses dominicaines qui avaient pass\u00e9 les ann\u00e9es de la R\u00e9volution dans une petite maison et qui n\u2019allaient pas tarder \u00e0 ouvrir un petit pensionnat pour filles. D\u00e9sir\u00e9e et les cousins d\u2019Ad\u00e8le allaient un jour fr\u00e9quenter cette \u00e9cole.<\/p>\n<p>La petite troupe parvint au ch\u00e2teau le 14 novembre 1801. Le baron en avait \u00e9t\u00e9 absent pendant exactement dix ans\u00a0; quant \u00e0 Ad\u00e8le, Charles et la baronne, cela faisait quatre ans. D\u00e9sir\u00e9e n\u2019avait m\u00eame jamais v\u00e9cu au ch\u00e2teau. On peut imaginer la joie qui r\u00e9gna \u00e0 Trenquell\u00e9on lorsque la famille fut de nouveau r\u00e9unie. Une joie cependant m\u00eal\u00e9e de tristesse car en l\u2019absence du baron, sa m\u00e8re \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9e et lui-m\u00eame avait perdu son titre l\u00e9gal de propri\u00e9taire du domaine.<\/p>\n<p>Encore en exil, le baron avait entrepris des d\u00e9marches en vue d\u2019obtenir une amnistie pour avoir port\u00e9 les armes contre la nation\u00a0; \u00e0 pr\u00e9sent il cherchait en plus des voies l\u00e9gales pour r\u00e9cup\u00e9rer son titre de propri\u00e9t\u00e9 sur le domaine du ch\u00e2teau. La plus grande partie avait \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e par des membres de la famille qui avaient fait valoir leurs droits\u00a0; une partie des biens avait \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e par l\u2019Etat, mais la famille et m\u00eame certains domestiques en avait rachet\u00e9 une part. Toujours sous surveillance polici\u00e8re, le baron se battait aussi pour sa famille et son avenir. Malgr\u00e9 les \u00e9normes d\u00e9penses \u00e0 engager pour remettre les biens familiaux en \u00e9tat, le baron engagea un pr\u00e9cepteur pour son fils Charles.<\/p>\n<blockquote><p>Ne nous attachons qu\u2019\u00e0 Dieu, qui seul est \u00e9ternel.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 82, \u00e0 Agathe Dich\u00e9, 21.05.1807)<\/p>\n<p>Ce pr\u00e9cepteur \u00e9tait un ancien religieux et s\u00e9minariste de 37 ans, Jean-Baptiste Ducourneau. Il allait s\u2019occuper de l\u2019\u00e9ducation de Charles pendant dix ans, et allait m\u00eame l\u2019accompagner \u00e0 Paris pour poursuivre ses \u00e9tudes, conform\u00e9ment aux coutumes de l\u2019\u00e9poque. Ce qui est encore plus important, peut-\u00eatre, c\u2019est qu\u2019il devint aussi le directeur spirituel d\u2019Ad\u00e8le et la personne qui, \u00e0 part la baronne, eut la plus grande influence sur sa formation religieuse et spirituelle.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 avant l\u2019exil, quand elle \u00e9tai enfant, Ad\u00e8le avait r\u00eav\u00e9 de devenir religieuse carm\u00e9lite. Pendant le s\u00e9jour de la famille \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, elle fr\u00e9quentait le carmel de la ville. Lorsque le baron d\u00e9cida le retour en France, Ad\u00e8le aurait bien voulu rester sur place et entrer au Carmel. Sa m\u00e8re r\u00e9ussit \u00e0 la convaincre qu\u2019\u00e0 11 ans elle \u00e9tait beaucoup trop jeune, tout en lui promettant que si plus tard Ad\u00e8le pers\u00e9v\u00e9rait \u00e0 vouloir se faire carm\u00e9lite, elle le lui permettrait, que ce soit en France ou en Espagne, au cas o\u00f9 la vie religieuse n\u2019aurait pas encore \u00e9t\u00e9 r\u00e9tablie dans son pays.<\/p>\n<p>Justement, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 entrer au Carmel, Ad\u00e8le demanda \u00e0 Ducourneau de r\u00e9diger pour elle, avec l\u2019aide de la baronne, une R\u00e8gle de vie bien d\u00e9taill\u00e9e. De fait, la R\u00e8gle qu\u2019il pr\u00e9para et soumit \u00e0 l\u2019approbation de la baronne \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9e, tr\u00e8s exigeante, et bien \u00e9quilibr\u00e9e. Ad\u00e8le allait s\u2019en servir pour se diriger durant tout le reste de sa vie. Or, en 1802, elle avait \u00e0 peine treize ans.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e suivante, Ad\u00e8le re\u00e7u le sacrement de confirmation des mains du nouvel \u00e9v\u00eaque d\u2019Agen, Jean Jacoupy. Elle se pr\u00e9para \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement par une retraite de six semaines qu\u2019elle fit dans une communaut\u00e9 de Carm\u00e9lites fra\u00eechement reconstitu\u00e9e, \u00e0 Agen. A l\u2019occasion de cette confirmation, l\u2019\u00e9v\u00eaque offrit un petit d\u00e9jeuner, et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019Ad\u00e8le rencontra pour la premi\u00e8re fois celle qui allait devenir \u00e0 jamais sa meilleure amie, Jeanne Dich\u00e9, qu\u2019on appelait aussi Dicherette, et qui \u00e9tait son a\u00een\u00e9e de quatre ans.<\/p>\n<h1 id=\"lassociation-1804-1814\" >L\u2019association\u00a0(1804-1814)<\/h1>\n<p>L\u2019amiti\u00e9 grandit rapidement entre les deux jeunes jeunes filles, \u00e2g\u00e9es respectivement de 14 et 18 ans, et leur amiti\u00e9 gagna bien vite leurs familles respectives. Dicherette visita Trenquell\u00e9on, rencontra M. Ducourneau et le choisit \u00e9galement pour son directeur spirituel. Les deux amies se souciaient grandement de leur relation \u00e0 Dieu et voulaient avoir un guide s\u00fbr pour leur montrer le chemin. En 1804, c\u2019est Ducourneau qui leur proposa de former une association de pri\u00e8re pour s\u2019encourager mutuellement et se soutenir spirituellement. En outre, devenant de plus en plus consciente des obstacles graves qui se dressaient partout face \u00e0 la vie chr\u00e9tienne dans la France post-r\u00e9volutionnaire, l\u2019Association comme telle se consacra \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres ayant pour but la rechristianisation du peuple.<\/p>\n<blockquote><p>Ce qu\u2019il ne faut cesser de nous inculquer, c\u2019est l\u2019amour de Dieu.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 1 \u00e0 Agathe Dich\u00e9, 02.02.1805.)<\/p>\n<p>Cette association attira tr\u00e8s vite trois des s\u0153urs de Dicherette, plusieurs amis de Ducourneau et des connaissances d\u2019Ad\u00e8le, en particulier dans la ville de Condom, o\u00f9 elle allait r\u00e9guli\u00e8rement voir ses tantes. Avec le temps l\u2019Association se d\u00e9veloppa et se r\u00e9pandit dans tout le sud-ouest de la France, une vaste r\u00e9gion\u2026 Tr\u00e8s vite, c\u2019est Ad\u00e8le qui en devint la responsable, gr\u00e2ce \u00e0 sa forte personnalit\u00e9, \u00e0 sa maturit\u00e9 spirituelle, \u00e0 son \u00e9nergie, \u00e0 son d\u00e9vouement. En 1808, l\u2019Association comptait soixante membres et pr\u00e8s de deux cents en 1814.<\/p>\n<p>A la m\u00eame \u00e9poque plusieurs \u00e9v\u00e9nements tr\u00e8s importants se produisirent dans la vie d\u2019Ad\u00e8le. En 1805, tout juste un an apr\u00e8s la fondation de l\u2019Association, Dicherette se maria \u00e0 un jeune m\u00e9decin. Ils eurent quatre enfants, des gar\u00e7ons, mais en 1812 Monsieur Belloc mourut victime d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie en soignant les malades. Le mariage de son amie marqua pour Ad\u00e8le le d\u00e9but d\u2019une correspondance suivie avec Agathe, s\u0153ur de Dicherette\u00a0; ces lettres sont pour nous la principale source d\u2019informations sur les jeunes ann\u00e9es de la vie d\u2019Ad\u00e8le. Ad\u00e8le et Dicherette continu\u00e8rent \u00e0 s\u2019\u00e9crire chaque semaine\u00a0; ce fut cependant Agathe qui fut la personne-relais entre Ad\u00e8le et les Associ\u00e9es d\u2019Agen. Ad\u00e8le avait craint \u00e0 tort que Dicherette, d\u00e9sormais mari\u00e9e, quitte l\u2019Association et que leur amiti\u00e9 s\u2019estompe, mais il n\u2019en fut rien. En r\u00e9alit\u00e9, Dicherette resta membre active de l\u2019Association jusqu\u2019\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n<p>D\u00e9but 1807, Ducourneau accompagna le jeune Charles \u00e0 Paris pour y poursuivre ses \u00e9tudes. Ce fut une perte profond\u00e9ment ressentie par Ad\u00e8le. A cette \u00e9poque cependant, elle avait d\u00e9j\u00e0 fait connaissance avec le P. Jean Larribeau, jeune cur\u00e9(44 ans) du bourg de Lompian, \u00e0 deux heures de carrosse \u2013 une bonne quinzaine de kilom\u00e8tres &#8211; , au nord-ouest de Feugarolles. De sant\u00e9 fragile mais d\u2019une bonne culture, l\u2019abb\u00e9 Larribeau \u00e9tait fort appr\u00e9ci\u00e9 par ses confr\u00e8res et par son \u00e9v\u00eaque pour sa vertu et son z\u00e8le. Il \u00e9tait aussi membre de la Congr\u00e9gation de Bordeaux, fond\u00e9e par Guillaume-Joseph Chaminade en 1800. Il fut affili\u00e9 \u00e0 l\u2019Association et lui consacra d\u00e8s lors beaucoup de temps et d\u2019\u00e9nergie, pour l\u2019aider \u00e0 se d\u00e9velopper. Plus important encore\u00a0: il devint le directeur spirituel d\u2019Ad\u00e8le. Apr\u00e8s la baronne et Ducourneau, Larribeau fut la troisi\u00e8me personne qui eut la plus grand influence sur le progr\u00e8s spirituel d\u2019Ad\u00e8le, dont il demeura le directeur spirituel jusqu\u2019\u00e0 sa mort, en 1828.<\/p>\n<p>1808 marque une \u00e9tape importante dans la vie d\u2019Ad\u00e8le. Elle avait dix-neuf ans. On fit au baron une offre de mariage tr\u00e8s avantageux pour sa fille a\u00een\u00e9e. Le baron d\u00e9sirait une r\u00e9ponse favorable de sa part tandis que la m\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le s\u2019effor\u00e7ait de rester neutre. Pendant plusieurs semaines, Ad\u00e8le demeura ind\u00e9cise, pesant le pour et le contre, demandant conseil \u00e0 ses accompagnateurs spirituels et priant intens\u00e9ment pour arriver \u00e0 conna\u00eetre la volont\u00e9 de Dieu. Finalement elle prit la d\u00e9cision de renoncer au mariage d\u00e9finitivement, comme elle le dira plus tard.<\/p>\n<p>Quelques mois auparavant, par un concours de circonstances fortuit, Ad\u00e8le avait \u00e9t\u00e9 mise en contact avec le P. Guillaume-Joseph Chaminade, directeur de la Congr\u00e9gation de l\u2019Immacul\u00e9e Conception \u00e0 Bordeaux. D\u00e8s leurs premiers \u00e9changes de correspondance, il fut clair que Chaminade et Ad\u00e8le \u00e9taient des \u00e2mes s\u0153urs, malgr\u00e9 de nombreuses diff\u00e9rences entre eux, comme l\u2019\u00e2ge \u2013 Chaminade avait 47 ans et Ad\u00e8le, 19 -, la situation, l\u2019\u00e9ducation et les origines familiales, la culture\u2026 Tous deux avaient depuis longtemps centr\u00e9 leur vie sur Dieu et avaient d\u00e9cid\u00e9 de consacrer leurs efforts et leurs talents \u00e0 la restauration de la foi chr\u00e9tienne dans une France d\u2019abord d\u00e9vast\u00e9e par la R\u00e9volution et ensuite g\u00ean\u00e9e par la politique de Napol\u00e9on \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Eglise.<\/p>\n<blockquote><p>Il faut nous faire saintes, \u00e0 quelque prix que ce soit.<br \/>\nImplorons sans cesse l\u2019assistance de la Sainte Vierge.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 91, \u00e0 Agathe Dich\u00e9, 26.01.1809)<\/p>\n<p>Le contact qu\u2019elle eut avec le P. Chaminade fit faire \u00e0 Ad\u00e8le un grand pas en avant, aussi bien dans sa vie personnelle que sur le plan de son travail avec l\u2019Association. Elle n\u2019aurait jamais pu imaginer cela auparavant. L\u2019Association int\u00e9gra peu \u00e0 peu la Congr\u00e9gation, comme une de ses nouvelles sections. Il y avait certes toujours des diff\u00e9rences notables entre les deux mais ce qu\u2019elles avaient de commun \u00e9tait encore plus important. La Congr\u00e9gation de Bordeaux \u00e9tait davantage adapt\u00e9e \u00e0 la ville\u00a0; ses membres pouvaient assez souvent se rencontrer en grands groupes. Tous les \u00e2ges s\u2019y retrouvaient, toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9, et des personnes des deux sexes. L\u2019Association, par contre, se recrutait presque exclusivement dans la jeunesse f\u00e9minine, et beaucoup de ses membres \u2013 pas tous cependant \u2013 appartenaient \u00e0 l\u2019aristocratie ou \u00e0 de familles bourgeoises ais\u00e9es. Dans les deux groupements, cependant, la Congr\u00e9gation comme l\u2019Association, les jeunes trouvaient un soutien efficace pour leur progr\u00e8s spirituel personnel. Les deux s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s dans l\u2019\u00e9ducation scolaire, l\u2019instruction religieuse, et un grand nombre d\u2019\u0153uvres de mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<h1 id=\"le-cher-projet-1814-1816\" >Le &#8220;Cher Projet&#8221; (1814-1816)<\/h1>\n<p>Aussi bien dans l\u2019Association que dans la Congr\u00e9gation il y avait beaucoup de membres qui aspiraient \u00e0 embrasser une forme de vie religieuse. A partir de 1814, cette tendance s\u2019afficha clairement. Dans la France napol\u00e9onienne, les anciens ordres religieux \u00e9taient toujours dans l\u2019ill\u00e9galit\u00e9, m\u00eame si, en fait, beaucoup de communaut\u00e9s s\u2019\u00e9taient reconstitu\u00e9es. De nombreuses formes nouvelles de vie religieuse s\u2019effor\u00e7aient de r\u00e9pondre aux nouveaux besoins et aux nouvelles conditions de la soci\u00e9t\u00e9, bien que jusqu\u2019alors ni l\u2019Eglise ni l\u2019Etat n\u2019eussent encore reconnu de nouveaux Instituts religieux.<\/p>\n<p>Redoutant de nouvelles pers\u00e9cutions, surtout dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du r\u00e8gne de Napol\u00e9on, Chaminade exp\u00e9rimenta diverses formes de \u201c\u00a0vie religieuse dans le monde\u00a0\u201d, avec des personnes qui pronon\u00e7aient des v\u0153ux priv\u00e9s tout en continuant \u00e0 porter les habits des \u201c\u00a0gens du si\u00e8cle\u00a0\u201d et \u00e0 vaquer \u00e0 leurs occupations profanes. La Congr\u00e9gation comptait un assez grand nombre de ces consacr\u00e9s. Cependant, assez rapidement le d\u00e9sir de s\u2019engager totalement dans la \u201c\u00a0mission de Marie\u00a0\u201d en poussa un certain nombre \u00e0 parler d\u2019une forme de vie qui impliquerait la vie communautaire et l\u2019abandon de leurs occupations profanes.<\/p>\n<blockquote><p>Ne cherchons que la gloire de Dieu.<br \/>\nN\u2019ayons d\u2019autre d\u00e9sir que de Lui plaire et de nous sauver.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 283, \u00e0 Melle Am\u00e9lie de Rissan, 06.07.1814)<\/p>\n<p>Des aspirations semblables s\u2019exprim\u00e8rent dans l\u2019Association, et en 1814 plusieurs jeunes filles d\u00e9cid\u00e8rent de joindre leur destin\u00e9e \u00e0 celle d\u2019Ad\u00e8le et de former ensemble une nouvelle congr\u00e9gation religieuse. Cette communaut\u00e9 religieuse, que ses membres appelaient \u201c\u00a0le cher projet\u00a0\u201d, devait garder le rythme de pri\u00e8re et d\u2019apostolat qui caract\u00e9risait l\u2019Association jusque-l\u00e0\u00a0; cependant, les membres de la communaut\u00e9 pourraient se consacrer pleinement \u00e0 leur mission, libres de tout engagement profane envers une famille ou un m\u00e9tier. Ad\u00e8le partagea avec enthousiasme cette aspiration \u00e0 la vie religieuse\u00a0; elle voyait dans ce \u201c\u00a0Cher Projet\u00a0\u201d une chance de r\u00e9aliser \u00e0 la fois deux choses qu\u2019elle aimait particuli\u00e8rement\u00a0: une vie de solitude et de pri\u00e8re comme au Carmel et de d\u00e9vouement \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pauvres et des illettr\u00e9s, dont sa sainte m\u00e8re lui avait donn\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t un excellent exemple.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le avait atteint l\u2019\u00e2ge de vingt-cinq ans. Elle avait dirig\u00e9 l\u2019Association pendant dix ans et suivi sa croissance, tant en nombre qu\u2019en qualit\u00e9. Elle lui avait donn\u00e9 une direction entra\u00eenante et enjou\u00e9e et avait entra\u00een\u00e9 beaucoup de jeunes filles par son exemple. Son emploi du temps journalier comportait la pri\u00e8re, le service des pauvres, l\u2019\u00e9ducation primaire, et le soin de son p\u00e8re, que gagnait la paralysie. Ad\u00e8le visitait aussi d\u2019autres malades et les soignait\u00a0; elle donnait des le\u00e7ons de cat\u00e9chisme aux enfants des environs et aux employ\u00e9s du ch\u00e2teau\u00a0; elle ouvrit une \u00e9cole dans la demeure familiale\u00a0; elle \u00e9leva aussi des porcs pour payer le s\u00e9minaire \u00e0 un jeune que l\u2019Association avait adopt\u00e9. Elle accueillait des orphelins et leur trouvait des familles d\u2019accueil et des emplois. Ses revenus personnels passaient presque enti\u00e8rement dans le service de ses pauvres. Ad\u00e8le ne gardait rien pour elle\u00a0; il lui arriva m\u00eame de donner spontan\u00e9ment ses chaussures \u00e0 une femme dans le besoin.<\/p>\n<p>La jeune fille s\u2019habillait simplement et r\u00e9ussit \u00e0 persuader son p\u00e8re qu\u2019elle ne d\u00e9sirait pas vraiment qu\u2019il fasse de grosses d\u00e9penses en habits d\u00e9licats. Les cadeaux qu\u2019elle pr\u00e9f\u00e9rait recevoir de lui c\u2019\u00e9taient des livres de spiritualit\u00e9, du papier et des plumes pour sa grosse correspondance, ou des choses qu\u2019elle pourrait ensuite donner \u00e0 ses pauvres. Elle d\u00e9cida de renoncer \u00e0 la coutume des milieux aristocratiques consistant \u00e0 \u00e9changer des cadeaux co\u00fbteux entre amis et de consacrer plut\u00f4t cet argent \u00e0 aider les moins favoris\u00e9s.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le et ses compagnes \u00e9taient impatientes de voir aboutir leur projet de fondation religieuse. Cependant, il y eut des probl\u00e8mes. Le P. Chaminade avan\u00e7ait tr\u00e8s lentement, redoutant quelque revirement politique\u00a0; sa propre Congr\u00e9gation n\u2019avait-elle pas \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e en 1809 sur ordre personnel de Napol\u00e9on, qui craignait qu\u2019elle f\u00fbt impliqu\u00e9e dans l\u2019opposition politique\u00a0? Ad\u00e8le, de son c\u00f4t\u00e9, ne pouvait pas quitter le ch\u00e2teau tant que son p\u00e8re \u00e9tait si malade. Et puis, une nouvelle fondation demandait de l\u2019argent or elle n\u2019avait que des revenus relativement maigres. Plusieurs de ses compagnes firent barrer leur nom sur la liste des \u00e9ventuelles religieuses, certaines \u00e9tant lasses d\u2019attendre, la plupart des autres, pour des raisons familiales.<\/p>\n<h1 id=\"linstitut-1816-820\" >L\u2019Institut\u00a0(1816-820)<\/h1>\n<p>Napol\u00e9on est battu \u00e0 Waterloo et le m\u00eame jour meurt le baron de Batz\u00a0: l\u2019horizon se d\u00e9gage pour Ad\u00e8le et lui permet d\u00e9sormais d\u2019envisager s\u00e9rieusement la fondation d\u2019un nouvel institut religieux \u2013 la premi\u00e8re congr\u00e9gation f\u00e9minine jamais fond\u00e9e \u00e0 Agen, malgr\u00e9 la longue histoire religieuse de la ville, remontant \u00e0 250 apr\u00e8s J\u00e9sus-Christ. De grand matin, le 25 mai 1816, elle quitta le ch\u00e2teau ancestral, avec trois compagnes, et partit \u00e0 pied sur les bords de la Garonne pour s\u2019embarquer \u00e0 destination d\u2019Agen. L\u00e0 elle se rendit aux appartements lou\u00e9s dans \u201c\u00a0Le Refuge\u00a0\u201d, un ancien couvent devenu propri\u00e9t\u00e9 de la ville, et elle y trouva deux autres de ses nouvelles s\u0153urs.<\/p>\n<p>Melle de Lamourous, la plus proche collaboratrice du P. Chaminade \u00e0 Bordeaux, vint initier la communaut\u00e9 \u00e0 son nouveau mode de vie. Le P. Chaminade en personne arriva deux mois plus tard\u00a0&#8211; c\u2019\u00e9tait le premier face \u00e0 face entre lui et Ad\u00e8le \u2013 et la fondation fut accomplie.<\/p>\n<blockquote><p>Ayez confiance dans le bon Dieu et dans la protection\u00a0de la Sainte Vierge, notre puissante M\u00e8re.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 322, \u00e0 Melle Lolotte de Lachapelle, 17.07.1817)<\/p>\n<p>Les d\u00e9buts furent rudes et la premi\u00e8re ann\u00e9e se r\u00e9v\u00e9la comme une ann\u00e9e test pour la nouvelle communaut\u00e9. Le P. Chaminade et Mgr Jacoupy, l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Agen, avaient chacun une fa\u00e7on propre de consid\u00e9rer la nature de ce nouvel essai de vie religieuse. L\u2019\u00e9v\u00eaque d\u00e9sirait un groupe de femmes qui auraient continu\u00e9 dans son dioc\u00e8se le m\u00eame travail qu\u2019avaient accompli les Associ\u00e9es, c\u2019est-\u00e0-dire visiter les malades, instruire les pauvres, faire la cat\u00e9ch\u00e8se, ramener \u00e0 l\u2019Eglise les gens en recherche, les \u00e9gar\u00e9s, voire les ennemis de la religion. Il les voulait libres de circuler dans sa ville et comptait sur elles pour restaurer toutes les \u0153uvres que l\u2019Eglise assumait avant la R\u00e9volution. Par-dessus tout, il attendait d\u2019elles qu\u2019elles ouvrent une \u00e9cole gratuite pour les pauvres.<\/p>\n<p>Le P. Chaminade, quant \u00e0 lui, avait des vues plus larges et plus profondes. Il envisageait une communaut\u00e9 de congr\u00e9ganistes enti\u00e8rement consacr\u00e9es \u00e0 la mission de la Congr\u00e9gation, autrement dit\u00a0: \u00e0 \u201c\u00a0la mission de Marie\u00a0\u201d. Ces nouvelles religieuses devaient \u00eatre, selon lui, des \u201c\u00a0congr\u00e9ganistes religieuses\u00a0\u201d, qui devaient travailler \u00e0 propager la mission de Marie en France et au-del\u00e0 de ses fronti\u00e8res\u00a0; mais elles devaient \u00eatre en m\u00eame temps de \u201c\u00a0vraies religieuses\u00a0\u201d, ce qui voulait dire, selon le droit canonique de l\u2019\u00e9poque, qu\u2019elles devraient \u00eatre des religieuses menant leur vie communautaire derri\u00e8re la cl\u00f4ture, sous l\u2019autorit\u00e9 d\u2019une sup\u00e9rieure, et qu\u2019elles prononceraient des v\u0153ux perp\u00e9tuels. Ce dernier point devint un sujet de discorde entre le P. Chaminade et Mgr Jacoupy. Le P. Chaminade insistait sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la cl\u00f4ture (les s\u0153urs devaient \u00eatre de vraies religieuses)\u00a0; Mgr Jacoupy refusait cat\u00e9goriquement.<\/p>\n<p>Tiraill\u00e9e entre, d\u2019une part, son sens de l\u2019ob\u00e9issance \u00e0 son \u00e9v\u00eaque et son propre z\u00e8le apostolique et, d\u2019autre part, son profond respect pour la saintet\u00e9 et la sagesse du P. Chaminade, Ad\u00e8le v\u00e9cut des semaines difficiles, \u00e0 prier et \u00e0 s\u2019exercer \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. En attendant, avec ses s\u0153urs, elle se consacra \u00e0 la vie communautaire, \u00e0 une pri\u00e8re intense, et \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u0153uvres qu\u2019elles pouvaient r\u00e9aliser \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cl\u00f4ture, ou dans les alentours proches. Elles portaient toujours leurs habits s\u00e9culiers parce que l\u2019\u00e9v\u00eaque ne leur permettait pas encore de porter un habit religieux. La communaut\u00e9 grandit rapidement, \u00e0 mesure que d\u2019autres Associ\u00e9es la rejoignaient et que quelques congr\u00e9ganistes f\u00e9minines de Bordeaux remontaient la Garonne pour se rendre sur le lieu de la nouvelle fondation.<\/p>\n<p>Vers No\u00ebl 1816 elles purent enfin rev\u00eatir leur habit religieux. Peu apr\u00e8s, le P. Chaminade s\u2019entendit avec l\u2019\u00e9v\u00eaque pour accorder leurs points de vue et trouv\u00e8rent un compromis qui pr\u00e9servait le meilleur des positions respectives. Le nouvel ordre permettrait \u00e0 une s\u0153ur, sur ordre de sa sup\u00e9rieure, de sortir provisoirement de la cl\u00f4ture pour une mission pr\u00e9cise \u2013 comme les bonnes \u0153uvres dans Agen. Le P. Chaminade fit le voyage d\u2019Agen au mois de juillet suivant pour pr\u00eacher la retraite aux s\u0153urs et pr\u00e9sider la premi\u00e8re profession des v\u0153ux. Il donna aussi aux s\u0153urs une s\u00e9rie de conf\u00e9rences sur l\u2019esprit de leur nouveau mode de vie et prodigua ses conseils \u00e0 Ad\u00e8le pour sa mission de sup\u00e9rieure, sous le nom de M\u00e8re Marie de la Conception.<\/p>\n<blockquote><p>Oh\u00a0! mon Dieu, mon c\u0153ur est trop petit pour Vous aimer,<br \/>\nmais il Vous fera aimer de tant de c\u0153urs, que l\u2019amour<br \/>\nde tous ces c\u0153urs suppl\u00e9era \u00e0 la faiblesse du mien.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 325, \u00e0 Melle M\u00e9lanie Figarol, 04.05.1818)<\/p>\n<p>Sous sa conduite ferme, les s\u0153urs \u2013 d\u00e9sormais Filles de Marie \u2013 entreprirent un grand nombre d\u2019\u0153uvres diverses, particuli\u00e8rement en faveur des pauvres et des n\u00e9cessiteux. Cependant leur premi\u00e8re \u0153uvre demeura le d\u00e9veloppement et l\u2019accompagnement de la Congr\u00e9gation (Association des jeunes filles), que l\u2019\u00e9v\u00eaque d\u2019Agen avait reconnue officiellement et dont il encourageait le d\u00e9veloppement dans toutes les parties de son dioc\u00e8se. S\u2019occuper directement des nombreux groupes de la Congr\u00e9gation se r\u00e9unissant au couvent ne suffisait pas \u00e0 Ad\u00e8le\u00a0: elle poursuivait \u00e9galement son apostolat de la correspondance, comme autrefois, \u00e9crivant aux nombreuses amies qu\u2019elle comptait dans les rangs de la Congr\u00e9gation, leur prodiguant ses encouragements et les dirigeant dans leurs efforts.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le favorisa le d\u00e9veloppement de la Congr\u00e9gation m\u00eame dans des r\u00e9gions que n\u2019avait pas encore atteintes l\u2019Association. Elle entra ainsi en contact \u00e9pistolaire, en 1819, avec une autre fondatrice, Emilie de Rodat, la pressant de lancer la Congr\u00e9gation chez elle, \u00e0 Villefranche de Rouergue, une ville situ\u00e9e \u00e0 l\u2019est d\u2019Agen. Cette correspondance amena les deux femmes \u00e0 tenter la fusion de leurs deux instituts, mais ce projet n\u2019aboutit pas. Les s\u0153urs d\u2019Emilie, S\u0153urs de la Sainte Famille, craignaient de devoir partir dans d\u2019autres maisons que la leur et d\u2019\u00eatre coup\u00e9es de la direction imm\u00e9diate de leur fondatrice.<\/p>\n<p>Ces premi\u00e8res ann\u00e9es comport\u00e8rent leur lot de souffrances. Outre la pauvret\u00e9 de leur maison, les s\u0153urs eurent \u00e0 souffrir de fr\u00e9quentes et durables maladies, dues, pour une large part \u00e0 l\u2019insalubrit\u00e9 de l\u2019environnement du couvent. Au cours des douze ann\u00e9es s\u00e9parant la fondation de la mort d\u2019Ad\u00e8le elle-m\u00eame, dix s\u0153urs moururent\u00a0; beaucoup d\u2019autres tra\u00een\u00e8rent pendant des ann\u00e9es des sant\u00e9s fragiles. Les probl\u00e8mes d\u2019ordre psychologique et sentimental ne manqu\u00e8rent pas non plus. Ce furent probablement les ann\u00e9es les plus dures qu\u2019Ad\u00e8le e\u00fbt \u00e0 vivre\u00a0: elle apprit sur le terrain \u00e0 traiter toutes sortes de situations humaines. De Bordeaux, le P. Chaminade continuait \u00e0 la diriger et \u00e0 l\u2019encourager, mais elle eut avant tout \u00e0 d\u00e9m\u00ealer des probl\u00e8mes financiers, \u00e0 r\u00e9soudre des conflits de personnes, \u00e0 faire face \u00e0 des maladies mentales, \u00e0 des d\u00e9labrements physiques, \u00e0 la mort.<\/p>\n<blockquote><p>La vie est dans la Croix, le salut est dans la Croix\u00a0!<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 435, \u00e0 M\u00e8re Th\u00e9r\u00e8se Yannash, 28.05.1821)<\/p>\n<p>Assez rapidement les Filles de Marie franchirent les limites de leur premi\u00e8re fondation. De nouveaux couvents furent fond\u00e9s l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre\u00a0: \u00e0 Tonneins en 1820 \u2013 \u00e0 une quarantaine de kilom\u00e8tres en aval d\u2019Agen -, \u00e0 Condom en 1824, o\u00f9 les s\u0153urs de la baronne avaient leur \u00e9cole\u00a0; \u00e0 Arbois en 1926, \u00e0 plus de sept-cents kilom\u00e8tres, dans le nord-est de la France. Ad\u00e8le accompagnait chaque fois celles qui partaient pour une nouvelle fondation, sauf dans le cas d\u2019Arbois\u00a0; elle n\u2019avait d\u00e9j\u00e0 plus assez de sant\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n<h1 id=\"les-dernieres-annees-dadele-1820-1828\" >Les derni\u00e8res ann\u00e9es d&#8217;Ad\u00e8le\u00a0(1820-1828)<\/h1>\n<p>A vingt ans, Ad\u00e8le avait \u00e9t\u00e9 si malade qu\u2019on avait craint pour sa vie. La m\u00eame chose se produisit quand elle eut trente ans, pendant l\u2019hiver 1819-1820. Il semble qu\u2019elle ne s\u2019en soit jamais tout \u00e0 fait remise. Quelques mois plus t\u00f4t, la s\u0153ur Elisabeth est morte de tuberculose \u00e0 19 ans, et tr\u00e8s probablement le mal s\u2019est propag\u00e9 rapidement \u00e0 toute la communaut\u00e9. Au moment de la fondation d\u2019Arbois, Ad\u00e8le trouve \u00e0 peine la force de faire le voyage de Bordeaux pour pr\u00e9parer les s\u0153urs destin\u00e9s \u00e0 la nouvelle fondation. Elle revient \u00e0 Agen dans un \u00e9tat d\u2019\u00e9puisement extr\u00eame.<\/p>\n<p>Les deux derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie, Ad\u00e8le ne peut presque plus rien manger. Son m\u00e9decin, le P. Chaminade et les s\u0153urs comprennent tous que ses jours sont compt\u00e9s. Ad\u00e8le aussi en est consciente et elle pressent que la retraite de 1827 sera la derni\u00e8re pour elle.<\/p>\n<p>En octobre elle r\u00e9dige ses derni\u00e8res volont\u00e9s, un simple texte manuscrit de deux pages. Elle laisse pratiquement toute sa fortune personnelle \u00e0 quatre s\u0153urs, \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019Institut n\u2019a pas encore de reconnaissance l\u00e9gale et ne peut donc pas recevoir de legs. Elle r\u00e9serve une petite somme aux pauvres de Feugarolles. Quand arrive la f\u00eate de l\u2019Epiphanie, le 6 janvier 1828, jour anniversaire de sa premi\u00e8re communion \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, tout le monde comprend que la fin est proche. Les s\u0153urs se relayent pour la veiller. Sa ch\u00e8re amie Dicherette ne la quitte pas. Le soir du 8 janvier, il semble qu\u2019elle a une vision de Notre-Dame. La nuit suivante, vers une heure du matin, le 10 janvier, elle s\u2019exclame soudain\u00a0: \u201c\u00a0Hosanna au Fils de David\u00a0!\u00a0\u201d et elle expire. Elle avait trente-huit ans et sept mois.<\/p>\n<p>Depuis sa petite enfance, comme en a t\u00e9moign\u00e9 sa m\u00e8re, Ad\u00e8le a \u00e9t\u00e9 une personne b\u00e9nie de Dieu. Sa m\u00e8re lui avait appris \u00e0 aimer Dieu et le peuple de Dieu, en particulier les pauvres et les n\u00e9cessiteux. Elle a toujours mis au service des autres les avantages que lui donnait son origine aristocratique. Elle s\u2019employait \u00e0 discipliner le dynamisme et la vivacit\u00e9 de sa personnalit\u00e9 pour les soumettre \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, pour manifester l\u2019amour de Dieu et pour en entra\u00eener d\u2019autres \u00e0 servir, car tel \u00e9tait l\u2019objectif essentiel de sa propre vie. Sa croissance spirituelle fut rapide, \u00e9nergique, d\u00e9cid\u00e9e\u00a0; sa vie spirituelle \u00e9tait \u00e9quilibr\u00e9e, gaie, profond\u00e9ment centr\u00e9e en Notre-Seigneur. Elle aimait et son seul regret \u00e9tait de ne pas pouvoir aimer davantage. Elle se plaignait \u00e0 Dieu d\u2019avoir eu la gr\u00e2ce d\u2019une si profonde compassion \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pauvres et des n\u00e9cessiteux mais de n\u2019avoir pas re\u00e7u assez de moyens pour les aider tous.<\/p>\n<p>Pour ses s\u0153urs, elle \u00e9tait \u00e0 la fois une m\u00e8re, une sup\u00e9rieure, un guide, une compagne, un exemple \u2013 pour elles comme pour beaucoup d\u2019autres, c\u2019\u00e9tait la Ch\u00e8re Ad\u00e8le\u00a0! Tous gard\u00e8rent le souvenir de sa force spirituelle, de sa d\u00e9termination, de son ind\u00e9fectible attachement \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. Apr\u00e8s la mort d\u2019Ad\u00e8le, la baronne \u00e9crivit au P. Chaminade\u00a0: \u201c\u00a0je savais bien, R\u00e9v\u00e9rend P\u00e8re, quel chagrin nous causerait \u00e0 tous deux la mort de notre fille, \u00e0 vous comme \u00e0 son p\u00e8re spirituel, \u00e0 moi comme \u00e0 sa m\u00e8re dans l\u2019ordre de la nature. Nous pensions tous les deux qu\u2019elle aurait pu \u00eatre encore bien utile sur terre pour l\u2019\u0153uvre de Dieu. Mais le Seigneur en a jug\u00e9 autrement et si elle est d\u00e9j\u00e0 dans le sein de Dieu, ou y sera tout prochainement, elle sera une protectrice pleine de z\u00e8le pour nous. D\u2019ailleurs, elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 sur terre avant de nous quitter.\u00a0\u201d<\/p>\n<h1 id=\"lheritage-dadele\" >L\u2019h\u00e9ritage d\u2019Ad\u00e8le<\/h1>\n<p>On peut dire de nos jours ce que nous disions des jours d\u2019Ad\u00e8le\u00a0: c\u2019est le meilleur et en m\u00eame temps le pire des moments de l\u2019histoire\u00a0; et aujourd\u2019hui encore, \u00e0 travers ses filles et ses fils spirituels de la Famille Marianiste, on peut dire qu\u2019Ad\u00e8le continue \u00e0 \u00eatre mise au monde, \u00e0 \u00eatre appel\u00e9e par Dieu, et \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cet appel par une vie toute de cons\u00e9cration, de service, et surtout d\u2019amour. Elle continue \u00e0 vivre et \u00e0 \u0153uvrer dans l\u2019Institut qu\u2019elle a fond\u00e9 et qui maintient vivante sa pr\u00e9sence parmi nous aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Avec ceux qui r\u00e9fl\u00e9chissent sur sa vie et qui en tirent des le\u00e7ons pour le monde pr\u00e9sent, nous proposons quelques \u00e9l\u00e9ments de cette vie qui nous paraissent particuli\u00e8rement importants et d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le est n\u00e9e dans un milieu ais\u00e9 de l\u2019aristocratie. Elle aurait pu se contenter de go\u00fbter \u2018la belle vie\u2019 de son temps, faire un mariage avantageux et chouchouter sa propre famille. Or elle ne choisit rien de tout cela. A l\u2019exemple de sa m\u00e8re, qui fut aussi son \u00e9ducatrice, elle pr\u00e9f\u00e9ra partager le sort des pauvres. Elle \u00e9tait capable de vibrer au sort des mis\u00e9rables et des marginaux de son temps. Elle s\u2019identifiait en quelque sorte \u00e0 eux\u00a0; en fait, la pauvret\u00e9 comprise dans un sens chr\u00e9tien, elle la choisit. Elle n\u2019\u00e9tait pas pauvre par n\u00e9cessit\u00e9, ni par suite de circonstances d\u00e9favorable ni \u00e0 cause de l\u2019injustice sociale\u00a0; elle fut pauvre par choix personnel et par amour pour les autres. Elle n\u2019\u00e9tait pas devenue pauvre comme l\u2019\u00e9taient les pauvres de son temps, les rejoignant dans leur d\u00e9ch\u00e9ance ou partageant leur mis\u00e9rable mode de vie\u00a0; par contre, jamais l\u2019orgueil ne l\u2019a fait rougir d\u2019\u00eatre trouv\u00e9e au milieu des pauvres, de partager leurs probl\u00e8mes, de les aider \u00e0 en sortir. Du point de vue des dispositions int\u00e9rieures, Ad\u00e8le \u00e9tait peut-\u00eatre la plus pauvre de tous, ne cherchant rien, n\u2019ayant besoin de rien, \u00e0 part l\u2019amour de son Dieu.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le a admirablement r\u00e9ussi \u00e0 int\u00e9grer ces \u00e9l\u00e9ments de la vie chr\u00e9tienne que, pour notre part, nous avons souvent du mal \u00e0 faire tenir ensemble. Sa vie a \u00e9t\u00e9 centr\u00e9e sur Dieu d\u2019une mani\u00e8re ind\u00e9niable, r\u00e9solue, \u00e9nergique, g\u00e9n\u00e9reuse, fervente\u2026 Peu d\u2019existences sont aussi totalement que la sienne consacr\u00e9es au service des autres\u00a0: de sa famille, des pauvres, de l\u2019Association, et finalement, de l\u2019Institut des Filles de Marie.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le passait avec une aisance et une simplicit\u00e9 surprenantes de la transcendance \u00e0 l\u2019immanence, de l\u2019oraison la plus hautement contemplative aux probl\u00e8mes les plus prosa\u00efques de la vie quotidienne. On ne trouve pas chez elle ces fausses oppositions (ni les ou bien \u2013 ou bien qui en r\u00e9sultent) auxquelles nous nous heurtons si souvent lorsque nous essayons de ma\u00eetriser tous les changements qui surviennent dans notre vie. Elle embrassait les deux termes de l\u2019alternative, laissant \u00e0 Dieu le soin de donner sens \u00e0 l\u2019ensemble. Elle vivait jour apr\u00e8s jour son quotidien, comme si rien ne comptait davantage que le pr\u00e9sent\u00a0; pourtant elle savait que le quotidien \u00e9tait la part la moindre de sa vie.<\/p>\n<blockquote><p>Personne ne fera son salut pour vous\u00a0; chacun y est pour soi dans une affaire de cette importance, et on risque beaucoup son salut\u00a0si on ne correspond pas \u00e0 sa vocation.<\/p><\/blockquote>\n<p>(Lettre 382, \u00e0 Melle Lolotte de Lachapelle, 21.10.1818)<\/p>\n<p>Ad\u00e8le avait appris tr\u00e8s jeune \u00e0 se d\u00e9brouiller toute seule, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir par elle-m\u00eame, \u00e0 prendre des d\u00e9cisions personnelles. Aussi bien la fillette posant des questions sur l\u2019orthodoxie de tel pr\u00e9dicateur, que la jeune femme choisissant de refuser un bon mariage arrang\u00e9 par son p\u00e8re, ou encore la dame plac\u00e9e \u00e0 la t\u00eate d\u2019un large r\u00e9seau de renouveau chr\u00e9tien\u00a0: elle savait ce qu\u2019elle voulait et d\u00e9cidait en cons\u00e9quence. En m\u00eame temps, elle a su se montrer ob\u00e9issante \u00e0 l\u2019\u00e9gard des autorit\u00e9s constitu\u00e9es de son temps\u00a0; elle suivait en toute simplicit\u00e9 les conseils de son directeur spirituel et elle \u00e9tait toujours dispos\u00e9e \u00e0 tirer de bonnes le\u00e7ons de ses erreurs. Ind\u00e9pendante dans sa pens\u00e9e et dans son action, elle savait cependant partager sa vie dans le cadre \u00e9troit de la vie et des objectifs communautaires qui caract\u00e9risaient les instituts religieux de son temps. Avec sa personnalit\u00e9, Ad\u00e8le n\u2019avait rien \u00e0 craindre de la communaut\u00e9 ou des pressions du groupe. Elle savait ob\u00e9ir, se soumettre et adapter sa vie m\u00eame aux plus petits d\u00e9sirs des autres, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elle n\u2019y \u00e9tait pas contrainte mais qu\u2019elle avait librement choisi de se comporter de la sorte.<\/p>\n<p>Pourtant Ad\u00e8le prenait la vie tr\u00e8s au s\u00e9rieux. Etant donn\u00e9 les circonstances de sa naissance et de son existence, elle avait parfaitement conscience de la fragilit\u00e9 de l\u2019existence humaine, de la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie, de l\u2019omnipr\u00e9sence de la mort. Il n\u2019y avait pourtant en elle ni tristesse, ni d\u00e9couragement, ni abattement, ni d\u00e9faitisme et elle ne capitulait pas devant les c\u00f4t\u00e9s les plus sombres de l\u2019existence humaine. Ad\u00e8le \u00e9tait gaie, de bonne humeur, exub\u00e9rante, pleine de vivacit\u00e9, depuis les caprices de sa petite enfance jusqu\u2019au dernier cri de gloire \u00e0 l\u2019heure de sa mort\u00a0: \u201c\u00a0hosanna au Fils de David\u00a0!\u00a0\u201d Elle a v\u00e9cu au c\u0153ur de notre monde, avec tout ce qu\u2019il comporte de sordide et de mesquin. Rien de tout cela ne semblait pouvoir la souiller\u00a0; on peut dire qu\u2019elle a su \u00e9lever au-dessus, le coin de terre qu\u2019elle occupait.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 \u00eatre un mod\u00e8le pour qui que ce soit. Sa seule pr\u00e9occupation \u00e9tait de faire la volont\u00e9 de son Dieu tout-aimant. Ce faisant, \u00e0 la mani\u00e8re de la M\u00e8re de J\u00e9sus, dix-huit cents ans plus t\u00f4t, elle permettait \u00e0 Dieu de faire de grandes choses en elle. Sa vie, son \u0153uvre, ses id\u00e9es et son id\u00e9al surtout peuvent encore nous inspirer aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Hosanna au Fils de David\u00a0!<\/p>\n<h1 id=\"les-filles-de-marie-aujourdhui\" >Les Filles\u00a0de Marie\u00a0aujourd&#8217;hui<\/h1>\n<p>(\u00e9crit en 1991. NDT)<\/p>\n<p>Notre histoire commune d\u00e9bute avec les fondateurs de la famille marianiste\u00a0: Ad\u00e8le de Batz de Trenquell\u00e9on, Guillaume-Joseph Chaminade et Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous. Tous trois ont v\u00e9cu sous la R\u00e9volution Fran\u00e7aise et ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de la destruction du christianisme et de la ruine des structures de l\u2019Eglise. Ils ont \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9s \u00e0 faire rena\u00eetre dans l\u2019Eglise l\u2019esprit et la foi des premiers chr\u00e9tiens, en formant des communaut\u00e9s de chr\u00e9tiens la\u00efcs ax\u00e9es sur le service, y voyant le meilleur moyen de rechristianiser la France. On appelait ce mouvement la Congr\u00e9gation. C\u2019\u00e9taient des fr\u00e8res, des amis\u2026<\/p>\n<p>Les groupes de la Congr\u00e9gation se multipli\u00e8rent et finalement plusieurs de leurs membres, des deux sexes, form\u00e8rent le noyau de deux Congr\u00e9gations religieuses. Les Filles de Marie \u2013 appel\u00e9es aujourd\u2019hui S\u0153ur Marianistes \u2013 furent fond\u00e9es en 1816. La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie (SM), constitu\u00e9e de religieux fr\u00e8res et de religieux pr\u00eatres, fut fond\u00e9e en 1817.<\/p>\n<p>On peut dire que le monde d\u2019aujourd\u2019hui conna\u00eet sensiblement les m\u00eames besoins. A l\u2019exemple d\u2019Ad\u00e8le fondant une Association de jeunes filles et se d\u00e9vouant aupr\u00e8s des pauvres, surtout des femmes, les Filles de Marie s\u2019efforcent aujourd\u2019hui de transformer la soci\u00e9t\u00e9 en formant des communaut\u00e9s de foi.<\/p>\n<h2 id=\"notre-don\" >Notre don<\/h2>\n<p>Au centre du charisme marianiste, la communaut\u00e9 et la pri\u00e8re contemplative constituent nos moyens prioritaires pour amener les personnes \u00e0 mettre leur foi en J\u00e9sus. Nous mettons l\u2019accent sur la vie de communaut\u00e9 comme source de force pour les individus et d\u2019encouragement mutuel dans le travail apostolique\u00a0; nous cherchons \u00e9galement \u00e0 former une communaut\u00e9 apostolique avec ceux que nous servons. Les S\u0153urs marianistes cherchent \u00e0 devenir des femmes de foi et, \u00e0 l\u2019exemple de Marie, \u00e0 d\u00e9velopper les qualit\u00e9s des vrais disciples de J\u00e9sus\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>L\u2019hospitalit\u00e9,<\/li>\n<li>La justice,<\/li>\n<li>La simplicit\u00e9,<\/li>\n<li>L\u2019attention \u00e0 Dieu,<\/li>\n<li>Le partage des exp\u00e9riences de foi,<\/li>\n<li>La responsabilit\u00e9 partag\u00e9e&#8230;<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les Filles de Marie Immacul\u00e9e, (S\u0153urs Marianistes), sont pr\u00e9sentes aujourd\u2019hui en France, en Espagne, en Italie, au Japon, en Cor\u00e9e, en Inde, aux Etats-Unis, en Afrique, en Am\u00e9rique Latine\u2026 Elles se d\u00e9pensent au service de la mission que J\u00e9sus a confi\u00e9e \u00e0 son Eglise\u00a0: annoncer \u00e0 tous les peuples la Bonne Nouvelle (cf. R\u00e8gle de vie, 1.64). Elles le font de bien des mani\u00e8res diverses, notamment l\u2019\u00e9ducation scolaire, la cat\u00e9ch\u00e8se, le service pastoral dans les paroisses, l\u2019engagement dans des communaut\u00e9s de foi, la pastorale des \u00e9tudiants, le service des personnes \u00e2g\u00e9es, les retraites\u2026<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong>Joseph Stefanelli, SM<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">NACMS, Dayton OH, 1999<br \/>\nTraduction fran\u00e7aise Robert Witwicki Bordeaux 2004<\/p>\n","protected":false},"author":3,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[95],"ht_kb_tag":[126],"class_list":["post-300","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-fondateurs","ht_kb_tag-adele"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/300"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=300"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/300\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1383,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/300\/revisions\/1383"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=300"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=300"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=300"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}