{"id":2486,"date":"2018-12-15T16:37:28","date_gmt":"2018-12-15T15:37:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=2486"},"modified":"2021-02-01T15:03:03","modified_gmt":"2021-02-01T14:03:03","slug":"chaminade-et-ses-premiers-collaborateurs-2","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/chaminade-et-ses-premiers-collaborateurs-2\/","title":{"rendered":"Chaminade et ses premiers collaborateurs"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"chaminade-et-ses-premiers-collaborateurs\" >Chaminade et ses premiers collaborateurs<\/h1>\n<h2 id=\"marie-therese-de-lamourousadele-de-trenquelleonjean-baptiste-lalanne\" >Marie Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous<br \/>Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on<br \/>Jean Baptiste Lalanne<\/h2>\n<p>Plusieurs auteurs nous ont donn\u00e9 une biographie du p\u00e8re Chaminade\u00a0: Simler, Lebon, Gizard, Vasey. Aussi il nous a paru int\u00e9ressant de prendre sous la loupe les collaborateurs de Chaminade.<br \/><strong>Nous commencerons par pr\u00e9senter Marie Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous<\/strong> qui fut pendant quarante ans une fid\u00e8le collaboratrice du P\u00e8re Chaminade.<br \/><strong>Ensuite nous allons suivre la relation entre Chaminade et Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on<\/strong>. Les lettres qu\u2019ils ont \u00e9chang\u00e9es nous permettent de suivre pas \u00e0 pas la fondation des Filles de Marie Immacul\u00e9e.<br \/><strong>Enfin, nous examinerons la relation houleuse mais combien f\u00e9conde entre Chaminade et J.B. Lalanne<\/strong>. La R\u00e8gle de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie de 1839 doit beaucoup \u00e0 leur collaboration.<\/p>\n<p>Notre bienheureux Fondateur nous apparait ainsi sous un nouveau jour, dans ses luttes quotidiennes, les d\u00e9cisions parfois difficiles qu\u2019il doit prendre, les malentendus, mais aussi l\u2019affection paternelle qu\u2019il porte \u00e0 chacun de ses collaborateurs ou collaboratrices.<br \/>Notre m\u00e9thode a consist\u00e9 essentiellement \u00e0 exploiter les \u00e9tudes historiques existantes, et ensuite \u00e0 relever les textes de E&amp;P ou des Lettres qui se rapportent \u00e0 notre sujet. Cela nous a permis de limiter notre sujet et d\u2019\u00e9viter d\u2019\u00eatre noy\u00e9 dans la multitude de textes, mais en m\u00eame temps de d\u00e9couvrir la pens\u00e9e du Fondateur \u00ab\u00a0de premi\u00e8re main\u00a0\u00bb. Les larges extraits que nous citons nous donnent l\u2019occasion de nous familiariser avec les documents originaux. Aborder ces documents sans une m\u00e9thode clairement d\u00e9finie serait le meilleur moyen pour se d\u00e9courager et se d\u00e9gouter d\u2019\u00e9tudier les documents marianistes. Or, nous avons besoin de boire \u00e0 la source si nous voulons nous impr\u00e9gner de toute la saveur de notre charisme.<br \/>Notre \u00e9tude se limite \u00e0 trois des principaux collaborateurs du P. Chaminade. Il serait int\u00e9ressant d\u2019\u00e9tudier aussi la collaboration avec les autres \u00ab\u00a0fondateurs\u00a0\u00bb de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, les Clouzet, Caillet, Fontaine, et les autres. Il y a l\u00e0 du pain sur la planche pour nos maisons de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">P. L\u00e9o Pauels, sm<\/p>\n<h1 id=\"marie-therese-de-lamourous\" >Marie Th\u00e9r\u00e8se de LAMOUROUS<\/h1>\n<p><strong>I. Notice biographique<\/strong><\/p>\n<p>La premi\u00e8re partie de ce travail est une traduction de la petite brochure de J. Stefanelli sur Marie Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous. Nous avons voulu conserver les donn\u00e9es biographiques sans changement. Il en r\u00e9sulte quelques redites avec la deuxi\u00e8me partie de ce travail qui \u00e9tudie la collaboration entre Lamourous et Chaminade, \u00e0 partir de la page 25.<br \/><strong>BIBLIOGRAPHIE<\/strong><\/p>\n<p>VERRIER Joseph\u00a0, Positio Beatificationis et canonizationis servae Dei Mariae Theresiae Carolae de LAMOUROUS Fundatoris Instituti Sororum a Misericordia Positio super virtutibus ex officio concinnata. Rome 1978.<br \/>VERRIER Joseph, Jalons d\u2019histoire sur la route de Guillaume Joseph Chami nade, Tome I et II. Bordeaux 2007.<br \/>VERRIER Joseph, La Congr\u00e9gation mariale de M. Chaminade, S\u00e9minaire Regina Mundi, 1964.<br \/>CHAMINADE Guillaume Joseph, Lettres de M. Chaminade, Nivelles, Tomes I \u00e0 VIII<br \/>Ad\u00e8le de Batz de Trenquell\u00e9on, Lettres de, Tome I et II. Rome, 1987.<br \/>Auguste Giraudin, Marie-Th\u00e9r\u00e8se-Charlotte de Lamourous, Bordeaux 1912.<br \/>Ecrits et Paroles. Tome I \u00e0 VII.<br \/>CARDENAS Emilio, Itin\u00e9raire marial du P. Guillaume Joseph<br \/>Chaminade. Traduit de l\u2019espagnol. Edition provisoire.<\/p>\n<p><strong>Autres livres utilis\u00e9s\u00a0:<\/strong><br \/>BRU Antoine Th\u00e9r\u00e8se Rondeau, Fondatrice de la congr\u00e9gation Notre-Dame de la Mis\u00e9ricorde de Laval. Librairie Silo\u00eb. 1981.<br \/>Saint FRAN\u00c7OIS DE SALES, Introduction \u00e0 la vie d\u00e9vote. Gabalda, Paris, 1928.<br \/>VERRIER Joseph, Beatificationis et canonizationis Servi Dei Guilelmi Josephi Chaminade, sacerdotis Fundatoris Societatis Mariae, Vulgo Marianistarum, Inquisitio Historica. Rome 1970.<\/p>\n<h2 id=\"introduction\" >Introduction.<\/h2>\n<p>Une semaine apr\u00e8s la mort de Marie Th\u00e9r\u00e8se de Lamourous, LA GUYENNE, un journal de Bordeaux, \u00e9crivait dans son \u00e9dition du 21 septembre 1836\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Souvent les filles manquaient de v\u00eatements ou bien, il n\u2019y avait pas de pain pour lendemain. Elle allait mendier chez les riches, et souvent elle ne recevait que des humiliions en retour. Heureuse de ces refus, elle rentrait \u00e0 la maison et allait avec ses filles dans la petite chapelle\u00a0; l\u00e0, devant le saint sacrement, avec la simplicit\u00e9 que procure la foi, elle frappait \u00e0 la porte du tabernacle\u00a0: \u2018Seigneur, disait-elle \u00e0 haute voix, tes enfants n\u2019ont pas de pain\u2019. A peine avait-elle quitt\u00e9 la chapelle que quelqu\u2019un apportait du pain, des habits\u00a0<\/em>\u00bb<\/p>\n<h4 id=\"la-confiance-en-dieu-est-certainement-une-des-caracteristiques-de-marie-therese\" >La confiance en Dieu est certainement une des caract\u00e9ristiques de Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/h4>\n<p>Et nous savons par les recherches en vue de sa canonisation, qu\u2019elle agissait avec courage dans tous les tourments et les revers de sa vie. Elle \u00e9tait profond\u00e9ment impliqu\u00e9e \u00e0 aider Guillaume Joseph Chaminade dans l\u2019\u00e9tablissement de la Congr\u00e9gation de la Madeleine de Bordeaux, et elle prit part \u00e0 la fondation des deux instituts religieux marianistes. Elle \u00e9tait la m\u00e8re compatissante, compr\u00e9hensive d\u2019une communaut\u00e9 de plus de trois cent femmes dans la France du d\u00e9but du 19e si\u00e8cle. Elles avaient toutes un fond commun, un trait indispensable pour \u00eatre admises\u00a0: elles avaient \u00e9t\u00e9 des prostitu\u00e9es \u00e0 Bordeaux. Durant les\u00a081 ans de sa vie, Marie Th\u00e9r\u00e8se trouva aussi le temps et l\u2019\u00e9nergie de superviser la propri\u00e9t\u00e9 familiale du Pian, un petit hameau \u00e0 l\u2019ouest de Bordeaux et de prendre des responsabilit\u00e9s pour soutenir les membres de sa grande famille ainsi que d\u2019approfondir la vie de foi de la population du Pian.<br \/>Avec toute sa personne et en toute circonstance, elle montrait une main ferme et un c\u0153ur aimant. Elle fut une organisatrice et une directrice d\u2019une efficacit\u00e9 remarquable, une animatrice pleine d\u2019initiatives. Elle fut aussi une \u00e2me aimable qui attirait l\u2019affection des autres par sa simplicit\u00e9, son honn\u00eatet\u00e9, et une grande g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Venez\u00a0! Faisons connaissance avec Marie Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n<h3 id=\"i-histoire-de-la-famille\" >I \u2013 Histoire de la Famille<\/h3>\n<p>Sa m\u00e8re, \u00c9lisabeth de VINCENS avait perdu sa m\u00e8re \u00e0 l\u2019aube de sa vie. \u00c9lisabeth avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par une tante jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans, quand son p\u00e8re la pla\u00e7a comme pensionnaire dans un couvent de s\u0153urs Ursulines de Bordeaux. Elle re\u00e7ut une \u00e9ducation soign\u00e9e qu\u2019elle sut remarquablement exploiter plus tard comme unique institutrice de Marie Th\u00e9r\u00e8se. Pendant qu\u2019elle \u00e9tait au couvent, \u00c9lisabeth fut pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 son futur \u00e9poux. Il put lui faire la cour dans le parloir du couvent\u00a0; et elle quitta le couvent seulement le jour de leur mariage. \u00c9lisabeth avait alors juste 19 ans.<\/p>\n<p>Le p\u00e8re de Marie Th\u00e9r\u00e8se, Louis Marc Antoine de LAMOUROUS, \u00e9tait un avocat attach\u00e9 au parlement de Bordeaux. Apr\u00e8s leur mariage, le couple v\u00e9cut avec la famille Lamourous \u00e0 Barsac, une petite agglom\u00e9ration au sud de Bordeaux.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 que le 1er novembre 1754, Marie Th\u00e9r\u00e8se fit son entr\u00e9e dans le monde comme enfant premier-n\u00e9\u00a0; elle \u00e9tait petite, fragile et l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9figur\u00e9e. Malgr\u00e9 cela elle grandit et devint une adulte bien envelopp\u00e9e avec des traits agr\u00e9ables, et elle atteignit l\u2019\u00e2ge de\u00a081 ans. Elle \u00e9tait la premi\u00e8re de 11 enfants (seulement cinq atteignirent l\u2019\u00e2ge adulte)\u00a0; elle vit assez peu son p\u00e8re, car celui-ci et son p\u00e8re \u00e0 lui, traitaient la plupart des affaires \u00e0 Bordeaux. Elle \u00e9tait la ch\u00e9rie de sa grand-m\u00e8re et devint en grandissant la meilleure amie et confidente de sa m\u00e8re.<br \/>A Barsac, elle apprit bien des choses utiles \u00e0 l\u2019agriculture\u00a0; la gestion d\u2019un vignoble, la mani\u00e8re de faire des conserves\u00a0; cela lui fut tr\u00e8s utile dans les ann\u00e9es ult\u00e9rieures. Les visites prolong\u00e9es \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 familiale de sa m\u00e8re, d\u2019une superficie de 115 ha au Pian, \u00e0 quelques km au nord-ouest de Bordeaux, lui permirent d\u2019acqu\u00e9rir \u00e9galement une grande exp\u00e9rience dans les occupations rurales et agricoles. Cette propri\u00e9t\u00e9 du Pian devait plus tard servir d\u2019extension de la Mis\u00e9ricorde de Bordeaux.<\/p>\n<p>Quand son p\u00e8re eut 43 ans et Marie Th\u00e9r\u00e8se 12, la famille se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 Bordeaux. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elle fit sa premi\u00e8re communion, en 1767. C\u2019est sous la direction de sa m\u00e8re, qu\u2019elle re\u00e7ut son instruction\u00a0: lecture, \u00e9criture, arithm\u00e9tique, g\u00e9om\u00e9trie, astronomie, beaux-arts, po\u00e9sie et chant. Elle apprit \u00e0 appr\u00e9cier particuli\u00e8rement la Bible et le Cat\u00e9chisme. Dans les ann\u00e9es suivantes, elle sut faire bon usage de cet acquis, non seulement pour l\u2019aide qu\u2019elle apportait \u00e0 l\u2019\u00e9ducation de ses neveux et ni\u00e8ces, mais aussi pour pr\u00e9parer \u00e0 la Mis\u00e9ricorde des \u00e9tapes en vue de la r\u00e9insertion des p\u00e9nitentes dans la soci\u00e9t\u00e9. La relation entre la m\u00e8re et sa fille a\u00een\u00e9e devint tellement \u00e9troite, que chacune devint pour l\u2019autre un soutien et un guide spirituel.<\/p>\n<p>Quand Marie Th\u00e9r\u00e8se eut atteint sa majorit\u00e9 (25 ans dans la France pr\u00e9r\u00e9volutionnaire), et particuli\u00e8rement apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re en 1785, elle cherche la direction d\u2019un guide spirituel. La mort, la maladie et la guillotine la priv\u00e8rent de plusieurs directeurs successifs. Malgr\u00e9 cela elle put maintenir une croissance spirituelle continue, faisant des progr\u00e8s dans la vie de pri\u00e8re, la p\u00e9nitence, les bonnes \u0153uvres pour les autres. Elle avait esp\u00e9r\u00e9 devenir moniale carm\u00e9lite, cependant, sa faible sant\u00e9, et plus tard, la sollicitude pour sa famille l\u2019emp\u00each\u00e8rent de r\u00e9pondre \u00e0 cet appel.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, son p\u00e8re prit sa retraite\u00a0; son incomp\u00e9tence en mati\u00e8re financi\u00e8re, avait ruin\u00e9e les finances familiales. Accabl\u00e9 de dettes, et de soucis, il commen\u00e7a \u00e0 montrer des signes de d\u00e9ficience mentale. Comme fille ain\u00e9e, Marie Th\u00e9r\u00e8se assuma la pleine responsabilit\u00e9 de son p\u00e8re et de ses trois s\u0153urs\u00a0; son seul fr\u00e8re survivant, Jean Armand, \u00e9tait mari\u00e9 et vivait \u00e0 Ha\u00efti, colonie fran\u00e7aise \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n<h3 id=\"ii-dans-la-clandestinite\" >II \u2013 Dans la clandestinit\u00e9<\/h3>\n<p>Quand \u00e9clata la R\u00e9volution fran\u00e7aise en 1789, Marie Th\u00e9r\u00e8se devint un membre fid\u00e8le de l\u2019\u00c9glise clandestine. Elle servit de lien important dans les ramifications des minist\u00e8res et des bonnes \u0153uvres qui se d\u00e9ployaient sous la direction intelligente du vicaire g\u00e9n\u00e9ral du dioc\u00e8se, le p\u00e8re Joseph Boyer.<br \/>(L\u2019archev\u00eaque, J\u00e9r\u00f4me Champion de Cic\u00e9 \u00e9tait en exil \u00e0 Londres).<\/p>\n<p>En 1794, pr\u00e9occup\u00e9s par une collusion entre la classe des Nobles et les Anglais, qui se pr\u00e9paraient \u00e0 envahir le continent, les autorit\u00e9s de Paris bannirent tous les Nobles des villes portuaires de France. Marie Th\u00e9r\u00e8se \u00e9tablit sa r\u00e9sidence pour toute l\u2019ann\u00e9e au Pian, avec son p\u00e8re \u00e2g\u00e9 et affaibli et ses deux s\u0153urs mari\u00e9es, mais dont les \u00e9poux \u00e9taient en exil, deux neveux et une ni\u00e8ce.<\/p>\n<p>C\u00e9dant la maison qui fait face \u00e0 l\u2019\u00c9glise paroissiale, au reste de la famille, Marie Th\u00e9r\u00e8se v\u00e9cut dans un petit pavillon de berger, \u00e0 proximit\u00e9 imm\u00e9diate des p\u00e2turages. A ces soucis s\u2019ajoutait le fait que, la propri\u00e9t\u00e9 pourrait \u00eatre confisqu\u00e9e par le gouvernement, sous pr\u00e9texte que Jean Armand \u00e9tait \u00e9migr\u00e9 et pour ce motif, les biens familiaux \u00e9taient expos\u00e9s \u00e0 la confiscation par le gouvernement.<\/p>\n<p>Le cur\u00e9 du Pian \u00e9tait le P\u00e8re Fran\u00e7ois ANDRIEU, ancien moine b\u00e9n\u00e9dictin. Il n\u2019\u00e9tait pas un r\u00e9volutionnaire fanatique\u00a0; il n\u2019\u00e9tait pas du tout acquis au mouvement politique. Mais, chass\u00e9 de son monast\u00e8re par la R\u00e9volution et ayant le choix d\u2019accepter pour ses services, la maigre subvention du gouvernement ou pas de ressources du tout, il avait fait le serment schismatique \u00e0 la R\u00e9publique. Marie Th\u00e9r\u00e8se, d\u2019accord avec la plupart des paroissiens, fuyait ses services dans l\u2019\u00e9glise paroissiale. N\u00e9anmoins, elle entretenait une relation personnelle amicale avec Andrieu\u00a0; de son c\u00f4t\u00e9, il cherchait son avis et sa direction spirituelle. Doucement, elle le pressait de se r\u00e9tracter et de revenir \u00e0 l\u2019\u00c9glise. En fin de compte il s\u2019ex\u00e9cuta et sa r\u00e9tractation fut sign\u00e9e et re\u00e7ue par son ami, Guillaume Joseph Chaminade.<\/p>\n<p>Entretemps, elle-m\u00eame devint le berger et le pasteur de la communaut\u00e9 des fid\u00e8les catholiques. Elle rassemblait le peuple pour la r\u00e9union du dimanche, faisait le cat\u00e9chisme, et pr\u00e9parait les individus \u00e0 la r\u00e9ception des sacrements, depuis le bapt\u00eame jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00eame onction. Comme les enfants t\u00e9moign\u00e8rent plus tard, elle entendait aussi les \u00ab\u00a0confessions\u00a0\u00bb des adultes. De fait, elle les \u00e9coutait, mais elle donnait seulement des conseils, non l\u2019absolution. Elle profitait elle-m\u00eame de la pr\u00e9sence d\u2019un pr\u00eatre clandestin fid\u00e8le d\u00e9guis\u00e9, chaque fois que possible, pour se confesser et lui faire c\u00e9l\u00e9brer l\u2019eucharistie dans un \u00e9troit r\u00e9duit cach\u00e9 dans la maison du berger. Quand, pendant plusieurs mois, elle ne pouvait trouver de pr\u00eatre, elle faisait elle-m\u00eame sa \u00ab\u00a0confession\u00a0\u00bb devant une image de Saint Vincent de Paul, sachant que Dieu dans sa bont\u00e9, pardonnait ses p\u00e9ch\u00e9s, quand elle les regrettait sinc\u00e8rement.<br \/>De m\u00eame, \u00e0 partir du Pian, elle continuait son action dans l\u2019\u00c9glise clandestine de Bordeaux. Voyageant v\u00eatue d\u2019une lourde robe, les chevaux coiff\u00e9s \u00e0 la mode des femmes du peuple, elle apportait des produits frais de la ferme \u00e0 la ville. L\u00e0, elle circulait, apportant le r\u00e9confort aux malades et aux mourants, enseignant le cat\u00e9chisme aux petits enfants et aux adultes, aidant le clerg\u00e9 \u00e0 garder le contact et visitant les prisons. C\u2019est dans ce dernier minist\u00e8re qu\u2019elle put avoir une ultime rencontre avec son directeur spirituel, le p\u00e8re Simon Panetier, la nuit avant son ex\u00e9cution. C\u2019est lui qui l\u2019avait encourag\u00e9 \u00ab\u00a0\u00e0 servir Dieu comme un homme\u00a0\u00bb &#8211; un grand compliment \u00e0 cette \u00e9poque.<br \/>Durant cette p\u00e9riode, 1795-1796, Marie Th\u00e9r\u00e8se rencontra G. Joseph Chaminade\u00a0; un pr\u00eatre de Mussidan, qui \u00e9tait venu \u00e0 Bordeaux pour exercer son minist\u00e8re. Ayant perdu Panetier par la guillotine, elle demanda \u00e0 Chaminade de devenir son directeur spirituel. Elle sera sa plus proche collaboratrice durant les 40 ans qui vont suivre, jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1836. Ils se rencontraient de temps en temps, quand les circonstances le permettaient\u00a0; le reste du temps, ils rest\u00e8rent en contact par correspondance. Durant l\u2019exil de Chaminade en Espagne, (1797-1800) ils continu\u00e8rent \u00e0 correspondre, bien qu\u2019avec prudence, parce que le courrier fran\u00e7ais \u00e9tait souvent intercept\u00e9 par le gouvernement. Sous sa direction, elle continua \u00e0 faire des progr\u00e8s spirituels, elle s\u2019offrit m\u00eame comme \u00ab\u00a0victime\u00a0\u00bb \u00e0 Dieu pour que finissent les horreurs de la R\u00e9volution.<br \/>Avec l\u2019arriv\u00e9e au pouvoir de Napol\u00e9on en 1800 et la fin de la R\u00e9volution, sa vie trouva un changement dramatique. Elle esp\u00e9rait la paix comme un temps pour se retirer compl\u00e8tement dans la tranquillit\u00e9 du Pian, loin des affaires et du bruit de la ville. Elle projetait de donner toute son \u00e9nergie \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des jeunes enfants de sa famille, ses neveux et ni\u00e8ces. Son p\u00e8re \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1795\u00a0: ses deux s\u0153urs, Marguerite F\u00e9licit\u00e9 et Catherine Anne avaient cinq enfants dont elles devaient s\u2019occuper\u00a0; l\u2019ain\u00e9 avait seulement neuf ans.<\/p>\n<h3 id=\"iii-limpensable-devient-possible\" >III &#8211; L\u2019impensable devient possible<\/h3>\n<p>Juste au moment o\u00f9 elle se pr\u00e9parait \u00e0 une vie rurale paisible, elle fut approch\u00e9e par une amie qu\u2019elle avait rencontr\u00e9e avant la tourmente r\u00e9volutionnaire, Jeanne Germaine de PICHON. D\u00e9j\u00e0 avant la R\u00e9volution, celle-ci avait consacr\u00e9 son temps, son argent, son \u00e9nergie et aussi sa maison \u00e0 l\u2019\u0153uvre de la r\u00e9habilitation des prostitu\u00e9es qui d\u00e9siraient abandonner leur ancienne mani\u00e8re de vivre. Maintenant, elle reprenait \u00e0 nouveau cette \u0153uvre. Le besoin \u00e9tait encore plus grand qu\u2019autrefois, avant les troubles de la R\u00e9volution\u00a0; par l\u2019expulsion des moniales de leurs couvents, et par la mort de nombreux \u00e9poux, p\u00e8res et fils dans la guerre, bien des femmes, jeunes et \u00e2g\u00e9es, avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es dans la rue et devaient se d\u00e9brouiller.<\/p>\n<p>Quand Jeanne de Pichon approcha Marie Th\u00e9r\u00e8se et lui demanda de prendre la responsabilit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre, elle rejeta carr\u00e9ment cette proposition. \u00c9tant donn\u00e9 sa stricte \u00e9ducation, cela \u00e9tait compr\u00e9hensible. Elle ne se voyait pas travailler \u2013 et encore moins vivre &#8211; avec des prostitu\u00e9es, m\u00eame repenties. Par ailleurs, elle aimait sa famille, et les paroissiens du Pian avaient besoin d\u2019abord de son aide\u00a0; sa famille protestait \u00e0 l\u2019id\u00e9e de son retour \u00e0 Bordeaux. De plus, Chaminade, au d\u00e9but, n\u2019\u00e9tait pas favorable \u00e0 cette id\u00e9e, parce qu\u2019il comptait sur elle pour ses propres projets apostoliques. Apr\u00e8s une r\u00e9flexion suppl\u00e9mentaire, cependant, il laissa la d\u00e9cision \u00e0 Marie Th\u00e9r\u00e8se.<br \/>Lors d\u2019une froide journ\u00e9e d\u2019hiver, en d\u00e9cembre 1800, elle accepta de visiter la maison o\u00f9 Jeanne de Pichon avait rassembl\u00e9 un petit groupe de p\u00e9nitentes. Cette visite toucha Marie Th\u00e9r\u00e8se de fa\u00e7on \u00e9tonnante. \u00c9tant l\u00e0-bas, elle ressentit un profond sentiment de paix et de joie, auquel elle n\u2019\u00e9tait pas habitu\u00e9e. Contrairement \u00e0 son attente, elle n\u2019\u00e9prouva aucune r\u00e9pugnance en la pr\u00e9sence de ces femmes, mais plut\u00f4t du bonheur et du r\u00e9confort. D\u00e8s qu\u2019elle fut sortie, les anciens sentiments n\u00e9gatifs revinrent.<\/p>\n<p>Quant aux femmes, elles comprirent qu\u2019elle \u00e9tait la personne qui pouvait bien les conduire et les aider dans leur projet de conversion. A la fin du mois, elle tomba malade et dut garder le lit avec de la fi\u00e8vre. Durant la nuit de la Nouvelle ann\u00e9e, elle vit en r\u00eave les prostitu\u00e9es qui tombaient comme des \u00e9toiles filantes en enfer. Dans leur chute, elles criaient vers elle, lui reprochant de ne pas les avoir aid\u00e9es, quand il \u00e9tait encore temps. Profond\u00e9ment touch\u00e9e, t\u00f4t le matin, elle se mit en route pour Bordeaux, prenant \u2013 qui l\u2019eut cru\u00a0? \u2013 sa chemise de nuit et son sac. Elle se rendit d\u2019abord chez Chaminade et ensuite chez Jeanne de Pichon\u00a0; elle leur demanda de l\u2019accompagner \u00e0 la maison Laplante, o\u00f9 vivaient quelque quinze femmes<\/p>\n<p>Elle rencontra les femmes et fit le tour de la maison. Quand le jour toucha \u00e0 sa fin et que la visite \u00e9tait achev\u00e9e, elle dit au-revoir \u00e0 ses deux compagnons, disant simplement\u00a0: \u00ab\u00a0Je reste\u00a0ici!\u00a0\u00bb Elle resta. C\u2019\u00e9tait le 2 janvier 1801. Marie Th\u00e9r\u00e8se passa la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 de sa longue vie aidant des centaines de femmes \u00e0 devenir vertueuses, d\u00e9vou\u00e9es, bonnes chr\u00e9tiennes. Elle \u00e9tait la \u00ab\u00a0Bonne M\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0; elles \u00e9taient les p\u00e9nitentes, les filles, ses filles, ses enfants bien-aim\u00e9es, sa seconde famille. L\u2019\u0153uvre prit le nom de \u00ab\u00a0Maison de la Mis\u00e9ricorde\u00a0\u00bb derri\u00e8re une petite statue que Jeanne Cordes, une pr\u00e9c\u00e9dente collaboratrice et ancienne religieuse, avait sauv\u00e9e, au temps de l\u2019expulsion de leur couvent, durant la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se, la t\u00e2che ne fut pas facile. Les r\u00e9sidentes dans leur nouveau home, venaient de toutes les couches sociales, &#8211; un groupe m\u00e9lang\u00e9 de femmes \u00e2g\u00e9es, avec l\u2019exp\u00e9rience de la rue, et de jeunes enfants innocents. Des chamailleries, des accusations mutuelles un langage grossier, la violence physique, marquaient plus d\u2019une de leurs journ\u00e9es. Le logement \u00e9tait trop bond\u00e9e, mal organis\u00e9e, et tr\u00e8s, tr\u00e8s pauvre. Avec l\u2019aide de Chaminade, elle \u00e9tablit une r\u00e8gle pour la maison, r\u00e9glant chaque moment de la journ\u00e9e, depuis le lever jusqu\u2019au coucher, de six heures du matin, jusqu\u2019\u00e0 six heures du soir. Les responsables et les r\u00e9sidentes vivaient ensemble, dormaient dans des dortoirs communs, mangeaient \u00e0 la m\u00eame table et ex\u00e9cutaient des travaux \u00e0 domicile, selon l\u2019usage de cette \u00e9poque. Elles passaient une bonne partie de leur journ\u00e9e en pri\u00e8re \u00e0 la chapelle. La journ\u00e9e \u00e9tait partag\u00e9e en p\u00e9riodes de travail, repas, r\u00e9cr\u00e9ation commune. Elle avait tellement bien \u00e9tabli et ex\u00e9cut\u00e9 ce programme, qu\u2019au cours des ann\u00e9es, on dut y apporter seulement quelques changements de d\u00e9tail.<\/p>\n<h2 id=\"iv-animatrice-de-la-famille-de-marie\" >IV &#8211; Animatrice de la Famille de Marie<\/h2>\n<p>La Mis\u00e9ricorde se trouvait \u00e0 une courte distance qu\u2019on pouvait couvrir \u00e0 pied, de l\u2019oratoire de Chaminade. L\u2019amiti\u00e9 et la collaboration entre Chaminade et Marie Th\u00e9r\u00e8se continu\u00e8rent comme le montrent de toute \u00e9vidence les rares lettres et documents qui furent \u00e9chang\u00e9s entre eux. Mais l\u2019histoire est silencieuse sur bien des d\u00e9tails. Leurs parcours se crois\u00e8rent souvent, comme les m\u00e8ches d\u2019une tresse. En 1801, Marie Th\u00e9r\u00e8se est le premier nom sur la liste de la nouvelle section f\u00e9minine de la Congr\u00e9gation. Elle fut nomm\u00e9e responsable avec le titre de M\u00e8re. D\u00e9sormais, elle aidera Chaminade \u00e0 r\u00e9aliser son projet tout en dirigeant la Mis\u00e9ricorde. Quelques ann\u00e9es plus tard, elle forma le groupe de Dames de la retraite en section de la Congr\u00e9gation pour assister les femmes plus jeunes du groupe et leur servir de conseill\u00e8res et leur donner de bons exemples. Elles se rencontraient une fois par mois. Selon le premier biographe du P\u00e8re Chaminade, le p\u00e8re Joseph Simler, SM, le noyau des Dames de la retraite semble avoir \u00e9t\u00e9 le Comit\u00e9 de soutien de la Mis\u00e9ricorde. Des collaboratrices pour l\u2019\u0153uvre de la Mis\u00e9ricorde sortirent des rangs de la Congr\u00e9gation. Celle-ci devint aussi le milieu spirituel pour plusieurs directrices de la Mis\u00e9ricorde et bon nombre des anciennes pensionnaires, en retour, rejoignirent la Congr\u00e9gation.<\/p>\n<p>Marie Th\u00e9r\u00e8se et Chaminade se donnaient souvent mutuellement des conseils\u00a0; il continuait \u00e0 \u00eatre son directeur spirituel et le directeur eccl\u00e9siastique et le confesseur de la Mis\u00e9ricorde. Elle connaissait les premiers membres de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie naissante. Quand Chaminade r\u00e9clamait plus d\u2018espace, elle lui donna plusieurs fois des conseils en mati\u00e8re financi\u00e8re et le repr\u00e9senta dans des transactions. Une fois, elle intervint comme m\u00e9diatrice dans un conflit entre Jean Baptiste Estebenet, un congr\u00e9ganiste, et la nouvelle Soci\u00e9t\u00e9. Chaminade la sollicita \u00e9galement pour am\u00e9nager les locaux d\u2019habitation du S\u00e9minaire de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie qu\u2019on venait d\u2019\u00e9tablir.<br \/>Ils se soutinrent l\u2019un l\u2019autre dans la confiance dans la Providence, dans les grandes d\u00e9cisions et les fr\u00e9quentes crises qui souvent accompagnent les nouvelles fondations.<\/p>\n<p>Quand les affaires appelaient Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Paris, elle emportait avec elles les salutations du P\u00e8re Chaminade pour le pape qui \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait prisonnier non loin de la ville. Chaminade avait arrang\u00e9 un logement pour elle dans la maison de Jean-Baptiste La Sausse, un pr\u00eatre sulpicien, qui l\u2019avait aid\u00e9 \u00e0 d\u00e9velopper une biblioth\u00e8que de pr\u00eat pour promouvoir la lecture de bons livres parmi les congr\u00e9ganistes. Le lendemain, de son arriv\u00e9e, le P\u00e8re La Sausse voyageait pour Bordeaux pour visiter Chaminade et la Mis\u00e9ricorde. La participation la plus spectaculaire de Marie-Th\u00e9r\u00e8se dans les premi\u00e8res fondations eut lieu en 1816, quand le p\u00e8re Chaminade lui demanda d\u2019aller \u00e0 Agen pour aider Ad\u00e8le de Batz de Trenquell\u00e9on dans la fondation de la premi\u00e8re communaut\u00e9 des filles de Marie. N\u2019ayant pas pu se lib\u00e9rer pour se rendre \u00e0 Agen, le si\u00e8ge de la premi\u00e8re communaut\u00e9 des s\u0153urs, Chaminade \u00e9crivit \u00e0 Ad\u00e8le\u00a0: \u00ab\u00a0Cette femme est exp\u00e9riment\u00e9e, pleine de tact, ing\u00e9nieuse, fiable. Je pense qu\u2019elle est capable de r\u00e9soudre toutes les questions pr\u00e9liminaires, en sorte que quand j\u2019arriverai, je pourrai me concentrer \u00e0 vous aider \u00e0 saisir l\u2019esprit de votre \u00e9tat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Comme compagne de voyage, Marie Th\u00e9r\u00e8se eut une des directrices de la Mis\u00e9ricorde qui nota les souvenirs de cette visite. Pendant un temps, il fut question de savoir qui serait la Sup\u00e9rieure de l\u2019Institut. Cependant, durant les six semaines de son s\u00e9jour \u00e0 Agen, Marie Th\u00e9r\u00e8se reconnut la maturit\u00e9, la comp\u00e9tence et la vertu d\u2019Ad\u00e8le. Elle communiqua ses vues \u00e0 Chaminade et Ad\u00e8le fut nomm\u00e9e sup\u00e9rieure.<\/p>\n<h3 id=\"v-la-directrice-de-la-misericorde\" >V &#8211; La Directrice de la Mis\u00e9ricorde<\/h3>\n<p>Quand le nombre des p\u00e9nitentes augmenta, la Mis\u00e9ricorde dut chercher un logement plus spacieux. Gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de Hugues Maret, Ministre d\u2019\u00c9tat de Napol\u00e9on, en 1808, l\u2019empereur attribua \u00e0 la Mis\u00e9ricorde un spacieux domaine, confisqu\u00e9 par la R\u00e9volution aux s\u0153urs de l\u2019ordre de la Visitation. Un grand travail \u00e9tait n\u00e9cessaire pour pr\u00e9parer la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 ce nouvel usage. Et le travail continua progressivement durant les deux d\u00e9cennies suivantes. En fin de compte, m\u00eame la chapelle qui avait servi de d\u00e9p\u00f4t de salp\u00eatre, durant la R\u00e9volution, fut nettoy\u00e9e et restaur\u00e9e pour le culte. Cette implantation enracinait l\u2019\u0153uvre au c\u0153ur de Bordeaux, tout pr\u00e8s de l\u2019\u0153uvre propre de Chaminade, implant\u00e9e \u00e0 la Chapelle de La Madeleine. La Mis\u00e9ricorde resta \u00e0 cet emplacement jusqu\u2019en 1970, finalement sous une direction la\u00efque.<br \/>Vivant une foi profond\u00e9ment enracin\u00e9e, Marie Th\u00e9r\u00e8se prit comme devise personnelle cette phrase qui devint le devise de la Mis\u00e9ricorde\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Cherchez d\u2019abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donn\u00e9 en plus.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Elle trouvait en Dieu, en J\u00e9sus, en Marie son soutien, sa consolation et la source d\u2019une \u00e9nergie renouvel\u00e9e. Quelque fut son d\u00e9nuement et celui de sa famille, aucune affaire ne put la d\u00e9tourner de vivre selon sa devise.<br \/>Surtout au d\u00e9but, elle sortait tous les jours pour trouver du travail pour les femmes. \u2013 blanchisserie, couture, reprisage des chaussettes, r\u00e9paration des uniformes militaires- tout ce qu\u2019elle pouvait trouver, et qui ne privait pas d\u2019autres femmes pauvres de leur chance de gagner quelques centimes. Souvent elle recevait des insultes\u00a0; elle \u00e9tait mise \u00e0 la porte, maudite ou m\u00eame prise pour une prostitu\u00e9e. A travers tout cela, elle restait calme, cherchant seulement ce qui \u00e9tait meilleur pour ses filles. Elle cr\u00e9a des ateliers ou les filles pouvaient apprendre diff\u00e9rents m\u00e9tiers manuels.<\/p>\n<p>De plus, dans les premi\u00e8res ann\u00e9es, un comit\u00e9 de pr\u00eatres sous la conduite de Chaminade, se mit \u00e0 rassembler des fonds. L\u2019intention de Marie Th\u00e9r\u00e8se \u00e9tait de rendre la Mis\u00e9ricorde autosuffisante financi\u00e8rement. Cependant, malgr\u00e9 les efforts, et d\u2019appr\u00e9ciables succ\u00e8s, la Mis\u00e9ricorde continua \u00e0 avoir besoin d\u2019aides ext\u00e9rieures.<br \/>Bien que l\u2019achat, le traitement et la vente du tabac du nouveau monde f\u00fbt un monopole du gouvernement, certains travaux pouvaient \u00eatre sous-trait\u00e9s \u00e0 des entreprises priv\u00e9es. Marie Th\u00e9r\u00e8se organisa des ateliers pour la fabrication de cigares et apprit aux femmes \u00e0 faire du commerce. Peu de temps apr\u00e8s, en accord avec l\u2019agent du gouvernement, les meilleurs cigares de Bordeaux \u00e9taient fabriqu\u00e9s par la Mis\u00e9ricorde. Il semblait que Marie Th\u00e9r\u00e8se avait trouv\u00e9 un moyen pour assurer des revenus permanents. Mais malheureusement, le gouvernement changea ses membres et ses opinions et souvent des contrats furent arbitrairement \u00e9largis, annul\u00e9s ou modifi\u00e9s. Durant ce temps d\u2019\u00e9preuves, Marie Th\u00e9r\u00e8se ne se plaignait pas\u00a0; elle travailla simplement plus dur pour obtenir les ressources qu\u2019elle recherchait.<br \/>A cette \u00e9poque, la population de la Mis\u00e9ricorde approchait de la centaine. Marie Th\u00e9r\u00e8se avait mis en place une organisation puissante et efficace. Elle restait la principale et en un sens, la seule autorit\u00e9 dans la communaut\u00e9. Au d\u00e9but, le \u00ab\u00a0 staff\u00a0\u00bb \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019une ou deux collaboratrices\u00a0 et deux de ses propres ni\u00e8ces, Laure et Dani\u00e8le Labord\u00e8re. Elles vivaient une vie commune avec les femmes, partageant leur travail leur repas, leurs pri\u00e8res et leurs r\u00e9cr\u00e9ations.<\/p>\n<p>La Mis\u00e9ricorde \u00e9tait essentiellement une \u0153uvre la\u00efque, un groupe de femmes la\u00efques, qui s\u2019\u00e9taient librement engag\u00e9es \u00e0 aider d\u2019autres femmes \u00e0 refaire leur vie et \u00e0 devenir les chr\u00e9tiennes qu\u2019elles souhaitaient \u00eatre. Marie Th\u00e9r\u00e8se indiqua clairement qu\u2019elle n\u2019avait pas l\u2019intention de fonder un ordre religieux. Elle se consid\u00e9rait uniquement responsable devant l\u2019\u00e9v\u00eaque et devant le p\u00e8re Chaminade, son repr\u00e9sentant officiellement d\u00e9sign\u00e9. Elle \u00e9tait soumise aux autorit\u00e9s civiles, mais elle ne pouvait pas tol\u00e9rer que celles-ci se m\u00ealent des affaires internes de la maison.<\/p>\n<h2 id=\"pour-decouvrir-la-suite-du-document-telecharger-lensemble-du-document\" >Pour d\u00e9couvrir la suite du document, t\u00e9l\u00e9charger l&#8217;ensemble du document<\/h2>\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2019\/05\/chaminade-et-ses-collaborateurs.pdf\">chaminade-et-ses-collaborateurs<\/a><a href=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2019\/05\/chaminade-et-ses-collaborateurs.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":126,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[96],"ht_kb_tag":[],"class_list":["post-2486","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-congregation-et-instituts-religieux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2486"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/126"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2486"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2486\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2810,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2486\/revisions\/2810"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2486"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=2486"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=2486"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}