{"id":2424,"date":"2018-04-14T08:51:10","date_gmt":"2018-04-14T07:51:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=2424"},"modified":"2021-02-01T16:00:04","modified_gmt":"2021-02-01T15:00:04","slug":"letat-religieux-marianiste","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/letat-religieux-marianiste\/","title":{"rendered":"L&#8217;Etat religieux marianiste"},"content":{"rendered":"<h1 id=\"la-lettre-aux-predicateurs-de-retraites-du-24-aout-1839\" >La lettre aux pr\u00e9dicateurs de retraites du 24 ao\u00fbt 1839<\/h1>\n<p>La lettre du P\u00e8re G.-Joseph Chaminade aux pr\u00e9dicateurs de retraites, du 24 ao\u00fbt 1839, est pour la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie et l&#8217;Institut des Filles de Marie un document fondateur d&#8217;une valeur in\u00e9puisable.<\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 la France c\u00e9l\u00e8bre le bicentenaire de la R\u00e9volution de 1789, il peut \u00eatre important que les fils et les filles du P. Chaminade relisent et m\u00e9ditent cette lettre datant exactement de 150 ans. Ils y retrouveront le contexte historique post-r\u00e9volutionnaire de leur fondation et la substance m\u00eame du charisme marianiste qui a enrichi le patrimoine de l&#8217;Eglise au d\u00e9but du 19me si\u00e8cle.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Tout chr\u00e9tien pourra aussi y trouver une r\u00e9flexion claire sur sa mission de baptis\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son inspiration, ce document est une r\u00e9ponse directe au D\u00e9cret de louange que le Fondateur des Marianistes venait de recevoir de Rome : les deux Ordres dont il est le p\u00e8re sont encourag\u00e9s par le Souverain Pontife \u00e0 vivre l&#8217;esprit et la mission que d\u00e9finit leur R\u00e8gle de Vie. Sa Saintet\u00e9 a voulu, en cons\u00e9quence, qu&#8217;on inculqu\u00e2t \u00e0 leurs divers membres l&#8217;esprit de l&#8217;\u0153uvre \u00e9minemment toute de charit\u00e9, afin qu&#8217;ils avancent chaque jour avec ardeur, sous les auspices de la p6Sainte Vierge Marie, dans la belle carri\u00e8re qu&#8217;ils ont entreprise, assur\u00e9s de se rendre de la sorte avantageusement utiles \u00e0 l&#8217;Eglise. (D\u00e9cret de louange, avril 1839).<\/p>\n<p><strong>Cette lettre propose donc d&#8217;abord un programme pour les retraites annuelles des deux Congr\u00e9gations, parvenues \u00e0 une nouvelle \u00e9tape de leur maturation, mais elle est aussi un condens\u00e9 de l&#8217;intuition spirituelle et apostolique du P. Chaminade<\/strong> : <em>J&#8217;ai voulu vous dire ma pens\u00e9e tout enti\u00e8re sur nos \u0153uvres<\/em>, \u00e9crit-il. C&#8217;est bien pour cela que tout au long de leur histoire les religieux et religieuses Marianistes se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 cette lettre, expression de leur vivante tradition, source de l&#8217;actualisation permanente de leur mission dans l&#8217;Eglise et dans le monde.<\/p>\n<p>S&#8217;appuyant sur la parole de saint Paul aux Corinthiens : <em>La lettre tue, l&#8217;esprit vivifie<\/em> (2 Co 3,6), le P. Chaminade expose d&#8217;abord l&#8217;essentiel de toute vie religieuse, ce qui est commun \u00e0 tous les Instituts religieux : <strong>la pratique des v\u0153ux de pauvret\u00e9, de chastet\u00e9 et d&#8217;ob\u00e9issance, \u00e9clair\u00e9e par la maxime paulinienne qui en r\u00e9v\u00e8le les exigences radicales. L&#8217;exemple de la pauvret\u00e9, seul d\u00e9velopp\u00e9, manifeste le s\u00e9rieux de la formation souhait\u00e9e par le Fondateur pour ses disciples<\/strong>.<\/p>\n<p>Suivent les pages consacr\u00e9es \u00e0 ce qui distingue les deux Congr\u00e9gations marianistes. Elles sont le noyau pr\u00e9cieux de la lettre aux pr\u00e9dicateurs de retraites. Le Fondateur y d\u00e9crit l&#8217;esprit propre, l&#8217;air de famille qui caract\u00e9rise son \u0153uvre et qui vient de recevoir un premier encouragement officiel de l&#8217;Eglise. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit avec une singuli\u00e8re lucidit\u00e9 (m\u00eame si les termes utilis\u00e9s datent) la situation religieuse de son temps, le P. Chaminade conclut : Et voil\u00e0 bien le caract\u00e8re distinctif et l&#8217;air de famille de nos deux Ordres : nous sommes sp\u00e9cialement les auxiliaires et les instruments de la tr\u00e8s Sainte Vierge dans la p7grande \u0153uvre de la r\u00e9formation des m\u0153urs, du soutien et de l&#8217;accroissement de la foi, et par le fait, de la sanctification du prochain.<\/p>\n<p>Et cette mission appara\u00eet si importante \u00e0 ses yeux qu&#8217;il en fait l&#8217;objet d&#8217;un quatri\u00e8me v\u0153u, celui de stabilit\u00e9. Par le v\u0153u de stabilit\u00e9, on entend se constituer d&#8217;une mani\u00e8re permanente et irr\u00e9vocable dans l&#8217;\u00e9tat de serviteur de Marie. (Constitutions de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, 1839, article 19). Aux yeux de G.-Joseph Chaminade cette mission est celle de Marie dans l&#8217;Eglise et le monde et elle ne peut souffrir aucune restriction, elle est universelle : Faites tout ce qu&#8217;il vous dira (Jean 2,5). Les religieux et religieuses Marianistes devront \u00eatre pr\u00eats \u00e0 entreprendre toutes les \u0153uvres apostoliques qui leur permettront de porter la foi et l&#8217;Evangile \u00e0 tous les hommes quels que soient leur milieu, leur culture, leur race ou leur \u00e2ge.<\/p>\n<p>Ce qui frappe dans cette lettre c&#8217;est la certitude du Fondateur quant \u00e0 l&#8217;inspiration surnaturelle de ses vues et aussi la lucidit\u00e9 proph\u00e9tique de son regard sur la soci\u00e9t\u00e9 de son temps. N&#8217;avons-nous pas avantage, aujourd&#8217;hui, \u00e0 relire ces pages si actuelles, \u00e0 la fois s\u00e9v\u00e8res et charg\u00e9es d&#8217;enthousiasme et d&#8217;esp\u00e9rance ? Comment ne pas percevoir l&#8217;invitation \u00e0 les m\u00e9diter longuement pour en mesurer toute la richesse religieuse et missionnaire.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent ouvrage veut nous y aider. L&#8217;\u00e9tude et le commentaire que le P\u00e8re Jean-Baptiste Armbruster sm. en fait magistralement sont le fruit d&#8217;une longue m\u00e9ditation, d&#8217;un travail minutieux et assidu. Qu&#8217;il trouve ici l&#8217;expression de la gratitude de tous ses Fr\u00e8res et S\u0153urs religieux, mais aussi de tous ceux qui dans la Famille Marianiste pourront ainsi puiser \u00e0 la source vive de la pens\u00e9e du P. Chaminade. La richesse que ce livre p8nous rend plus accessible ne doit pas rester lettre morte ni propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e : elle appartient \u00e0 l&#8217;Eglise et au monde de tous les temps.<\/p>\n<p>La meilleure mani\u00e8re d&#8217;exprimer notre reconnaissance au P\u00e8re Chaminade, et \u00e0 celui qui nous le rend plus proche en ces pages, sera de vivre de son esprit et de le rayonner dans notre vie de baptis\u00e9s, que nous soyons religieux, pr\u00eatres ou la\u00efcs.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Adalbert Muller, sm.<br \/>Provincial.<\/p>\n<h2 id=\"presentation\" >Pr\u00e9sentation<\/h2>\n<p>Ce livre est n\u00e9 de plusieurs interrogations que je me suis formul\u00e9es \u00e0 moi-m\u00eame. La lettre du 24 ao\u00fbt 1839 peut-elle \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme le testament spirituel du P. Chaminade \u00e0 ses religieux et religieuses ? Quelles sont les circonstances et l&#8217;histoire de son origine ? Quel est, \u00e0 sa lumi\u00e8re, l&#8217;esprit propre des fondations religieuses du Bon P\u00e8re Chaminade ? Comment les diverses composantes de cet esprit sont-elles n\u00e9es, puis se sont-elles d\u00e9velopp\u00e9es dans la Congr\u00e9gation mariale pour la\u00efques qui fut premi\u00e8re dans l&#8217;activit\u00e9 missionnaire du Fondateur ?<\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions ne pouvaient se d\u00e9gager qu&#8217;\u00e0 partir d&#8217;une analyse litt\u00e9raire du texte pour en saisir la logique interne, les proc\u00e9d\u00e9s d&#8217;exposition utilis\u00e9s par le r\u00e9dacteur, le P. Narcisse Roussel, secr\u00e9taire du P. Chaminade. Ce travail doit beaucoup aux minutieuses recherches du P. Joseph Verrier s.m. \u00e0 qui je veux exprimer ici ma tr\u00e8s fraternelle reconnaissance.<\/p>\n<p>Une fois la pens\u00e9e d\u00e9gag\u00e9e, elle demandait \u00e0 \u00eatre reli\u00e9e \u00e0 ses racines. Et d&#8217;abord \u00e0 ses sources bibliques soit explicit\u00e9es, soit sugg\u00e9r\u00e9es par de simples allusions. Certains passages de la lettre avaient besoin d&#8217;\u00eatre resitu\u00e9s dans un plus ample contexte historique pour nous permettre, aujourd&#8217;hui, d&#8217;en saisir tout le sens.<\/p>\n<p>Mais l&#8217;int\u00e9r\u00eat essentiel de cette lettre est \u00e0 chercher p10dans son contenu doctrinal. Elle constitue un sommet, une synth\u00e8se vivante des grands enseignements du Fondateur sur la vie religieuse. Ses intuitions primitives y arrivent \u00e0 maturit\u00e9. Avec joie l&#8217;on peut constater la f\u00e9condit\u00e9 de l&#8217;inspiration premi\u00e8re sur laquelle le P. Chaminade construit ses fondations.<\/p>\n<blockquote>\n<p>A la lumi\u00e8re de notre document, le charisme du V\u00e9n\u00e9rable G.-Joseph Chaminade peut se sch\u00e9matiser ainsi : refaire, apr\u00e8s la R\u00e9volution, le tissu eccl\u00e9sial c&#8217;est-\u00e0-dire contribuer \u00e0 faire na\u00eetre une Eglise anim\u00e9e par l&#8217;Esprit de saintet\u00e9, vue comme Famille de Marie et donc missionnaire au c\u0153ur d&#8217;un monde livr\u00e9 \u00e0 tant de forces adverses. En un mot, il a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 au Fondateur des la\u00efques, religieuses et religieux marianistes de voir Marie, la toute sainte M\u00e8re de Dieu, investie depuis l&#8217;Incarnation et surtout au Calvaire, d&#8217;une mission maternelle universelle que l&#8217;Eglise partage avec Elle, surtout en ces derniers temps.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Contribuer, pour son humble part, \u00e0 susciter cette Eglise en laquelle Marie tient sa vraie place, \u00e9tait toute l&#8217;ambition du P. Chaminade, Missionnaire apostolique.<\/p>\n<p>La lettre pr\u00e9sente essentiellement l&#8217;esprit de l&#8217;\u00e9tat religieux marianiste. Mais comme ces deux Ordres de Marie sont n\u00e9s des \u0153uvres pour la\u00efques, il \u00e9tait normal de chercher en ces derni\u00e8res, les sources de l&#8217;esprit commun \u00e0 toute la Famille Marianiste.<\/p>\n<p>Mon projet primitif, suite \u00e0 plusieurs sessions ainsi qu&#8217;\u00e0 des demandes vari\u00e9es, s&#8217;est donc \u00e9largi et a pris de l&#8217;ampleur. C&#8217;est pourquoi, apr\u00e8s le texte complet de la lettre, ce livre pr\u00e9sente deux parties d&#8217;in\u00e9gale longueur. L&#8217;essentiel en est constitu\u00e9 par l&#8217;\u00e9tude et le commentaire de la lettre elle-m\u00eame. Certaines \u00e9tudes particuli\u00e8res qui risquaient de donner au lecteur l&#8217;impression p11d&#8217;alourdir le texte principal, ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es en fin de volume sous forme de documents compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>Le texte adopt\u00e9 ici est celui \u00e9dit\u00e9 dans les ECRITS MARIALS du P. Chaminade (II, 69-84) et dans les LETTRES DE M. CHAMINADE (t. V, 1163, P. 69-80) ainsi que dans les CIRCULAIRES DU BON PERE CHAMINADE (Vienne, 1961, P. 60-67). Il est la transcription de celui, sign\u00e9 par le Fondateur, qui se lit dans le Registre officiel de la correspondance, aux AGMAR.<\/p>\n<p>Il existe au Centre Chaminade de Bordeaux, un manuscrit intitul\u00e9 COUP-D\u2019\u0152IL PAR FORME DE LETTRE SUR LES PREROGATIVES QUI DISTINGUENT LA SOCIETE DE MARIE DES AUTRES ORDRES RELIGIEUX. Ce cahier de 22 cm x 17 cm est la transcription de la LETTRE DE M. L&#8217;ABBE CHAMINADE, SUPERIEUR DE LA SOCIETE DE MARIE, EN FORME D&#8217;INSTRUCTION, A M. L&#8217;ABBE FONTAINE A SAINT-REMY, A L&#8217;OCCASION DE LA RETRAITE DE LA FIN DE L&#8217;ANNEE 1839. La couverture de ce livre reproduit en fac-simile le d\u00e9but et la fin de ce texte. Il diff\u00e8re du texte officiel par quelques d\u00e9tails insignifiants.<\/p>\n<p>A travers toute cette \u00e9tude, le texte de la lettre est imprim\u00e9 en caract\u00e8res gras. Les chiffres entre parenth\u00e8ses, dans le cours du livre, renvoient aux num\u00e9ros marginaux, ins\u00e9r\u00e9s dans la lettre pour la facilit\u00e9 des renvois. Le mot LETTRE, imprim\u00e9 en petites capitales, d\u00e9signe la lettre du 24 ao\u00fbt, objet de cette \u00e9tude.<\/p>\n<p>En ce 150me anniversaire de la LETTRE, qui est aussi le 200\u00e8me de la naissance d&#8217;Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on, je livre ce travail en son \u00e9tat actuel \u00e0 mes Fr\u00e8res et \u00e0 mes S\u0153urs ainsi qu&#8217;\u00e0 tous ceux qui cherchent une meilleure connaissance de l&#8217;esprit marianiste tel que jailli de la gr\u00e2ce de l&#8217;enseignement et de l&#8217;exemple de nos Fondateurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Jean-Baptiste Armbruster, sm.<br \/>25 mars 1989<\/p>\n<h2 id=\"le-texte-de-la-lettre-du-24-aout-1839\" >Le texte de la lettre du 24 ao\u00fbt 1839<\/h2>\n<p>Mon respectable Fils,<\/p>\n<p>1. Dans ma Circulaire du 22 juillet dernier, je disais \u00e0 tous mes Enfants des deux Ordres : \u00ab <em>Vous verrez dans le D\u00e9cret pontifical que le d\u00e9sir de sa Saintet\u00e9, que sa volont\u00e9 m\u00eame est qu&#8217;on vous inculque l&#8217;esprit de nos \u0153uvres, toutes de charit\u00e9, en vous assurant que vous rendrez d&#8217;utiles services \u00e0 l&#8217;Eglise, si vous pers\u00e9v\u00e9rez&#8230;<\/em> \u00bb<\/p>\n<p>2. Une belle occasion se pr\u00e9sente \u00e0 vous, mon cher Fils, pour remplir de votre mieux les ordres du Vicaire de Notre Seigneur J\u00e9sus Christ. Voici venir le moment favorable d&#8217;inculquer l&#8217;esprit de nos Constitutions et de nos \u0153uvres, qui ont si hautement plu \u00e0 son c\u0153ur pontifical. Je veux parler de la retraite que vous allez donner. P\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de cette maxime de saint Paul, la lettre tue, mais l&#8217;esprit vivifie, vous vous appliquerez de tout votre pouvoir \u00e0 faire appr\u00e9cier l&#8217;excellence et le caract\u00e8re sp\u00e9cial de notre divine mission.<\/p>\n<p>3. Pour cela, vous d\u00e9velopperez d&#8217;abord ce que nous avons de commun avec les Ordres religieux ; puis vous direz ce qui nous distingue, et vous vous attacherez ensuite \u00e0 pr\u00e9ciser l&#8217;air de famille qui nous caract\u00e9rise, m\u00eame dans les \u0153uvres communes.<\/p>\n<p>4. Ce que nous avons de commun avec les divers Ordres religieux.<\/p>\n<p>4.1 La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie et l&#8217;Institut des Filles de Marie \u00e9mettent les trois grands v\u0153ux qui constituent l&#8217;essence de la vie religieuse.<br \/>Tendant par leur destination, \u00e0 \u00e9lever leurs membres respectifs au sommet de la perfection chr\u00e9tienne, qui est la ressemblance la plus parfaite possible p16 avec J\u00e9sus Christ, le divin mod\u00e8le, ils leur proposent de marcher \u00e0 la suite du Sauveur qui fut pauvre, chaste et ob\u00e9issant jusqu&#8217;\u00e0 la mort de la croix, et de s&#8217;obliger pour cela, par la saintet\u00e9 supr\u00eame du v\u0153u, \u00e0 la pauvret\u00e9, \u00e0 la chastet\u00e9 virginale et \u00e0 l&#8217;ob\u00e9issance \u00e9vang\u00e9lique.<br \/>Or, vous savez, mon respectable Fils, que ces trois grands v\u0153ux nous confondent avec tous les autres Ordres, dans la grande tribu religieuse qui, d\u00e8s les premiers si\u00e8cles de l&#8217;Eglise, a peupl\u00e9 la terre et le ciel de ses innombrables Enfants.<\/p>\n<p>5. En appliquant \u00e0 ces obligations constitutives de l&#8217;\u00e9tat religieux la maxime du grand Ap\u00f4tre : la lettre tue, mais l&#8217;esprit vivifie, il vous sera facile de montrer, par exemple, dans le v\u0153u de pauvret\u00e9, l&#8217;aboutissant de la lettre et celui de l&#8217;esprit.<\/p>\n<p>6. L&#8217;esclave de la lettre, s&#8217;arr\u00eatant \u00e0 l&#8217;\u00e9corce de son v\u0153u, et se gardant bien d&#8217;en p\u00e9n\u00e9trer le sens profond\u00e9ment spirituel, commence par scinder l&#8217;obligation mat\u00e9rielle, pour ainsi dire, et la perfection du devoir ; puis il s&#8217;efforce de marquer largement une ligne de d\u00e9marcation entre le strictement n\u00e9cessaire, le convenable et le permis. Mais bient\u00f4t, selon l&#8217;oracle de l&#8217;Ap\u00f4tre, la lettre le tuera.<br \/>Il voudra sans doute maintenir son costume, mais son costume accommod\u00e9 aux pr\u00e9tendues exigences de sa position ; par cons\u00e9quent, il se procurera toujours dans les soi-disant limites de son v\u0153u, ce qu&#8217;il trouvera de meilleur, m\u00e9prisant la forme, pourvu qu&#8217;elle soit comme il l&#8217;aime ; il cherchera la finesse de la couleur et de l&#8217;\u00e9toffe et cela en esprit de pauvret\u00e9 et d&#8217;\u00e9conomie. Du reste, il vous dira que, bien au-dessus de ces petites choses, devant lesquelles il rampe n\u00e9anmoins, il ne recherche que l&#8217;honneur de son \u00e9tat, et que la conqu\u00eate de plusieurs \u00e2mes qu&#8217;un ext\u00e9rieur plus n\u00e9glig\u00e9p17repousserait. Son but unique est de servir les convenances, \u00e0 cause des fonctions dont il est charg\u00e9, des visites actives et passives qui lui sont impos\u00e9es, \u00e0 cause enfin de son anciennet\u00e9 et de sa famille. Qui pourrait seulement concevoir toutes les illusions que sa vanit\u00e9 consacre comme des raisons n\u00e9cessitantes ?<\/p>\n<p>7. Et remarquez qu&#8217;il ne s&#8217;en tient pas au costume. Il a mesur\u00e9, avons-nous dit, avec le compas de la lettre, toute l&#8217;\u00e9tendue de son devoir ; il s&#8217;est rendu compte de ce qui est permis, sans crainte de forfaire au v\u0153u, gravement du moins, et il en a pr\u00e9cis\u00e9 les limites : de sorte qu&#8217;il applique ses principes \u00e0 tout ce qui est \u00e0 son usage, et, dans son admirable calcul, il trouve le secret d&#8217;\u00eatre riche au sein d&#8217;une vie essentiellement pauvre, ou de poss\u00e9der et d&#8217;agir comme propri\u00e9taire apr\u00e8s s&#8217;\u00eatre d\u00e9pouill\u00e9 m\u00eame du droit de poss\u00e9der jamais. Et c&#8217;est ainsi qu&#8217;il commet le brigandage dans le sacrifice offert au Seigneur, en reprenant sans cesse, avec une ing\u00e9nieuse perfidie, ce \u00e0 quoi il a renonc\u00e9 sans retour. Aussi des maux effroyables menacent-ils sa t\u00eate, et la r\u00e9probation de Sa\u00fcl lui est r\u00e9serv\u00e9e, s&#8217;il s&#8217;aveugle&#8230;<\/p>\n<p>8. Mais celui qui s&#8217;applique de tout son c\u0153ur \u00e0 pratiquer l&#8217;esprit de son v\u0153u agit bien contradictoirement. Pour lui, toujours le plus vil, toujours le rebut des autres. Le strict n\u00e9cessaire lui suffit, et il a horreur de tout ce qui sent la vanit\u00e9, la recherche et le superflu, parce qu&#8217;il s&#8217;efforce de devenir toujours plus pauvre, toujours plus semblable \u00e0 un vrai disciple de J\u00e9sus Christ et \u00e0 J\u00e9sus Christ lui-m\u00eame, qui a b\u00e9atifi\u00e9 la pauvret\u00e9, et qui l&#8217;a divinis\u00e9e m\u00eame dans son adorable personne. Oh ! qu&#8217;il est heureux, mon respectable Fils ! En v\u00e9rit\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, je vous le dis : celui qui a tout quitt\u00e9 pour le Seigneur recevra le centuple dans ce monde, et la vie \u00e9ternelle dans l&#8217;autre. Divinis\u00e9 en quelque sorte ici-bas par les livr\u00e9es de la pauvret\u00e9 de p18 J\u00e9sus Christ dont il est orn\u00e9, il go\u00fbte, au sein des privations une paix et un bonheur incroyables, qui sont les avant-go\u00fbts de la f\u00e9licit\u00e9 des cieux. Aussi comprend-il avec d\u00e9lices l&#8217;oracle du Proph\u00e8te : Les riches ont \u00e9prouv\u00e9 toutes les horreurs de la faim et de la mis\u00e8re ; mais ceux qui ne cherchent que le Seigneur jouissent de toutes sortes de biens. C&#8217;est que la pauvret\u00e9 de J\u00e9sus Christ est un tr\u00e9sor, et le plus riche, le plus pr\u00e9cieux des tr\u00e9sors. Les voleurs ne sauraient y porter leurs mains avides, et la rouille ne le ronge point.<\/p>\n<p>9. Il vous sera facile, mon respectable Fils, d&#8217;appliquer aux deux autres v\u0153ux, la maxime que nous avons d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9es plusieurs fois, et puis, vous ne manquerez pas de motifs puissants pour en inculquer le divin esprit.<\/p>\n<p>10. Ce qui distingue la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie et l&#8217;Institut des Filles de Marie des autres Ordres religieux.<br \/>Vous savez, mon respectable Fils, que nous avons dans la grande tribu des Ordre religieux, un air de famille qui nous distingue essentiellement de tous les autres. D\u00e9crivons ce caract\u00e8re, et pr\u00e9cisons de notre mieux ce qui est de la lettre et ce qui est de l&#8217;esprit.<\/p>\n<p>11. Tous les \u00e2ges de l&#8217;Eglise sont marqu\u00e9s par les combats et les glorieux triomphes de l&#8217;auguste Marie. Depuis que le Seigneur a souffl\u00e9 l&#8217;inimiti\u00e9 entre elle et le serpent, elle a constamment vaincu le monde et l&#8217;enfer. Toutes les h\u00e9r\u00e9sies, nous dit l&#8217;Eglise, ont inclin\u00e9 le front devant la tr\u00e8s Sainte Vierge, et peu \u00e0 peu elle les a r\u00e9duites au silence du n\u00e9ant. Or, aujourd&#8217;hui, la grande h\u00e9r\u00e9sie r\u00e9gnante est l&#8217;indiff\u00e9rence religieuse, qui va engourdissant les \u00e2mes dans la torpeur de l&#8217;\u00e9go\u00efsmep19et le marasme des passions. Le puits de l&#8217;ab\u00eeme vomit \u00e0 grands flots une fum\u00e9e noir\u00e2tre et pestilentielle, qui menace d&#8217;envelopper toute la terre dans une nuit t\u00e9n\u00e9breuse, vide de tout bien, grosse de tout mal, et imp\u00e9n\u00e9trable pour ainsi dire aux rayons vivifiants du Soleil de Justice. Aussi, le divin flambeau de la foi p\u00e2lit et se meurt dans le sein de la chr\u00e9tient\u00e9 ; la vertu fuit, devenant de plus en plus rare, et les vices se d\u00e9cha\u00eenent avec une effroyable fureur. Il semble que nous touchons au moment pr\u00e9dit d&#8217;une d\u00e9fection g\u00e9n\u00e9rale et comme d&#8217;une apostasie de fait presque universelle.<\/p>\n<p>12. Cette peinture si tristement fid\u00e8le de notre \u00e9poque est loin toutefois de nous d\u00e9courager. La puissance de Marie n&#8217;est pas diminu\u00e9e. Nous croyons fermement qu&#8217;elle vaincra cette h\u00e9r\u00e9sie comme toutes les autres, parce qu&#8217;elle est, aujourd&#8217;hui comme autrefois, la Femme par excellence, cette Femme promise pour \u00e9craser la t\u00eate du serpent ; et J\u00e9sus Christ, en ne l&#8217;appelant jamais que de ce grand nom, nous apprend qu&#8217;elle est l&#8217;esp\u00e9rance, la joie, la vie de l&#8217;Eglise et la terreur de l&#8217;enfer. A elle donc est r\u00e9serv\u00e9e de nos jours une grande victoire ; \u00e0 elle appartient la gloire de sauver la foi du naufrage dont elle est menac\u00e9e parmi nous.<\/p>\n<p>13. Or, nous avons compris cette pens\u00e9e du Ciel, mon respectable Fils, et nous nous sommes empress\u00e9s d&#8217;offrir \u00e0 Marie nos faibles services, pour travailler \u00e0 ses ordres et combattre \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. Nous nous sommes enr\u00f4l\u00e9s sous sa banni\u00e8re, comme ses soldats et ses ministres, et nous nous sommes engag\u00e9s par un v\u0153u sp\u00e9cial, celui de stabilit\u00e9, \u00e0 la seconder de toutes nos forces, jusqu&#8217;\u00e0 la fin de notre vie, dans sa noble lutte contre l&#8217;enfer. Et, comme un Ordre justement c\u00e9l\u00e8bre a pris le nom et l&#8217;\u00e9tendard de J\u00e9sus Christ, nous avons pris le Nom et l&#8217;\u00e9tendard de Marie, pr\u00eats \u00e0 voler partout o\u00f9 elle nous appellera, pour \u00e9tendre son culte, et par lui, le p20royaume de Dieu dans les \u00e2mes.<\/p>\n<p>14. Et voil\u00e0 bien, mon respectable Fils, le caract\u00e8re distinctif et l&#8217;air de famille de nos deux Ordres : nous sommes sp\u00e9cialement les auxiliaires et les instruments de la tr\u00e8s Sainte Vierge dans la grande \u0153uvre de la r\u00e9formation des m\u0153urs, du soutien et de l&#8217;accroissement de la foi, et, par le fait, de la sanctification du prochain. D\u00e9positaires de l&#8217;industrie et des inventions de sa charit\u00e9 presque infinie, nous faisons profession de la servir fid\u00e8lement jusqu&#8217;\u00e0 la fin de nos jours, d&#8217;ex\u00e9cuter ponctuellement tout ce qu&#8217;elle nous dira, heureux de pouvoir user \u00e0 son service une vie et des forces qui lui sont dues. Et nous croyons tellement que c&#8217;est l\u00e0 ce qu&#8217;il y a de plus parfait pour nous, que nous nous interdisons formellement, par notre v\u0153u, le droit de choisir, et d&#8217;embrasser jamais une autre R\u00e8gle.<\/p>\n<p>15. J&#8217;ajouterai, mon respectable Fils, que, par le v\u0153u de stabilit\u00e9, nous entendons nous obliger en justice \u00e0 coop\u00e9rer de notre mieux jusqu&#8217;\u00e0 la fin de notre vie \u00e0 l&#8217;\u0153uvre entreprise.<\/p>\n<p>16. Nos Constitutions, que le Saint-Si\u00e8ge a si magnifiquement lou\u00e9es et approuv\u00e9es, apr\u00e8s un m\u00fbr examen, l&#8217;\u00e9tablissent d&#8217;une mani\u00e8re trop formelle pour qu&#8217;on puisse en douter. Je me contenterai donc de rappeler en passant, pour la Soci\u00e9t\u00e9, les articles 19, 20 et 21, et ceux de l&#8217;Institut, 69 et 175, et je demanderai si l&#8217;honneur, la d\u00e9licatesse et l&#8217;\u00e9quit\u00e9 n&#8217;ont pas \u00e0 g\u00e9mir, aussi bien que la religion et le C\u0153ur de Marie, du scandale de l&#8217;apostasie religieuse.<\/p>\n<p>17. Ici une difficult\u00e9 se pr\u00e9sente, et tout apparente qu&#8217;elle soit uniquement, vous me permettrez de la r\u00e9soudre avec vous.<\/p>\n<p>18. Tous les Ordres religieux, me dira-t-on, ont honor\u00e9 Marie d&#8217;une mani\u00e8re sp\u00e9ciale et se font gloire de lui appartenir.<\/p>\n<p>19. Je r\u00e9pondrai que nous sommes loin de pr\u00e9tendre que le culte de la Sainte Vierge soit notre partage exclusif. Ce serait l\u00e0, en v\u00e9rit\u00e9, une bien sotte pr\u00e9tention ; car, qui a pu aimer le Fils sans aimer la M\u00e8re, et qui a os\u00e9 tendre \u00e0 la perfection \u00e9vang\u00e9lique en excluant de sa cons\u00e9cration \u00e0 J\u00e9sus le culte sp\u00e9cial de Marie ? Mais ce que je regarde comme le caract\u00e8re propre de nos Ordres, et ce qui me para\u00eet sans exemple dans les fondations connues, c&#8217;est que, pour le r\u00e9p\u00e9ter, c&#8217;est en son Nom, et pour sa gloire que nous embrassons l&#8217;\u00e9tat religieux ; c&#8217;est pour nous d\u00e9vouer \u00e0 elle, corps et biens, pour la faire connaitre, aimer et servir, bien convaincus que nous ne ram\u00e8nerons les hommes \u00e0 J\u00e9sus que par sa tr\u00e8s sainte M\u00e8re, parce que nous croyons, avec les saints Docteurs, qu&#8217;elle est toute notre esp\u00e9rance, tota ratio spei nostrae, notre M\u00e8re, notre refuge, notre secours, notre force et notre vie.<\/p>\n<p>20. Et puis, je vous r\u00e9pondrai encore, mon respectable Fils, que si d&#8217;autres Ordres ont cela de commun avec nous, nous devons les f\u00e9liciter, les b\u00e9nir et les inviter \u00e0 rivaliser avec nous de z\u00e8le et d&#8217;amour, afin de publier partout l&#8217;auguste Nom de Marie et ses ineffables bienfaits.<\/p>\n<p>21. Voil\u00e0 donc, mon respectable Fils, notre doctrine sur le v\u0153u de stabilit\u00e9 ; voil\u00e0 notre signe de ralliement et notre marque distinctive.<\/p>\n<p>22. Or, qu&#8217;il est facile de voir que celui qui s&#8217;en tient \u00e0 la lettre, se d\u00e9place monstrueusement dans la belle famille de Marie ! Sans cesse irr\u00e9solu, toujours inquiet, son c\u0153ur, bient\u00f4t rong\u00e9 par l&#8217;ennui, va partout, sur les p22ailes du doute, cherchant, sous le pr\u00e9texte du plus parfait, la satisfaction d&#8217;un secret d\u00e9sir d&#8217;infid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la tr\u00e8s Sainte Vierge. Son titre, sa qualit\u00e9 de serviteur et de ministre de Marie n&#8217;est rien \u00e0 ses yeux ; sa profession n&#8217;est pas assez parfaite ; il lui faut quelque chose de plus, comme s&#8217;il y avait rien de plus noble et de plus parfait que de se d\u00e9vouer au service de la M\u00e8re de Dieu et de s&#8217;abandonner \u00e0 sa conduite maternelle, comme fit J\u00e9sus Christ lui-m\u00eame ! Aussi ne veut-il plus lui appartenir d&#8217;une mani\u00e8re sp\u00e9ciale, parce que ses p\u00e9ch\u00e9s, dit-il, exigent une satisfaction plus rigoureuse ; et en cons\u00e9quence, il finit par briser de ses propres mains les douces chaines qui l&#8217;attachaient \u00e0 la Reine des anges et des hommes. Vous savez le reste ; il n&#8217;est plus Enfant de Marie dans son c\u0153ur, et il p\u00e9rit t\u00f4t ou tard&#8230;<\/p>\n<p>23. Malheur donc, mon respectable Fils, \u00e0 l&#8217;enfant d\u00e9natur\u00e9 qui abjure Marie et d\u00e9serte sa famille ! Heureux, au contraire, et mille fois heureux celui qui est fid\u00e8le ! Vous ne manquerez pas de le faire sentir \u00e0 vos Fr\u00e8res et \u00e0 vos S\u0153urs ch\u00e9ris. Le Saint-P\u00e8re lui-m\u00eame unira sa voix \u00e0 la v\u00f4tre, pour leur persuader qu&#8217;ils n&#8217;ont qu&#8217;\u00e0 avancer de jour en jour avec ardeur dans la carri\u00e8re entreprise sous les auspices de la Sainte Vierge, s\u00fbrs qu&#8217;ils sont de rendre de la sorte d&#8217;utiles services \u00e0 l&#8217;Eglise. Et pour les encourager puissamment \u00e0 la pers\u00e9v\u00e9rance, dites-leur jusqu&#8217;\u00e0 quel point ils sont les enfants de Marie.<\/p>\n<p>24. Si tous les hommes sont les enfants adoptifs de la M\u00e8re de Dieu, les membres fid\u00e8les de la Soci\u00e9t\u00e9 et de l&#8217;Institut le sont encore d&#8217;une mani\u00e8re plus parfaite, par des titres sp\u00e9ciaux bien chers \u00e0 son divin C\u0153ur.<\/p>\n<p>25. Comme religieux en g\u00e9n\u00e9ral, par le fait de leurs v\u0153ux qui les attachent \u00e0 la croix du Sauveur, ils ne font qu&#8217;un avec lui. Intimement unis \u00e0 lui, par l&#8217;amour le plus fort, ils sont en lui comme il est en eux ; ils sont ses disciples, ses images, d&#8217;autres lui-m\u00eame. Aussi, d\u00e8s le jour fortun\u00e9 de leur profession, du haut de la croix il les pr\u00e9sente \u00e0 Marie comme d&#8217;autres Jean, en lui disant : Femme, voil\u00e0 votre fils ! c&#8217;est-\u00e0-dire, ils sont ma ressemblance, ils ne font qu&#8217;un avec moi ; adoptez-les donc en moi, et soyez M\u00e8re pour eux comme vous l&#8217;\u00eates pour moi !<\/p>\n<p>26. Mais je soutiens que notre v\u0153u de stabilit\u00e9 nous attache \u00e0 Marie d&#8217;une mani\u00e8re plus sp\u00e9ciale que les autres religieux ; nous y avons un titre de plus et un titre singuli\u00e8rement fort \u00e0 sa pr\u00e9f\u00e9rence. Elle nous adopte donc avec plus de privil\u00e8ges ; elle re\u00e7oit avec d\u00e9lices notre promesse sp\u00e9ciale de lui \u00eatre \u00e0 jamais fid\u00e8les et d\u00e9vou\u00e9s ; puis elle nous enr\u00f4le dans sa milice et nous consacre comme ses ap\u00f4tres.<\/p>\n<p>27. Oh ! mon respectable Fils, que ce contrat est sacr\u00e9, qu&#8217;il est f\u00e9cond en bienfaits pour nous ! Concevez-vous apr\u00e8s cela les l\u00e2ches d\u00e9sertions dont nous avons \u00e0 g\u00e9mir ?&#8230; Concevez-vous cette indiff\u00e9rence apathique de plusieurs ?&#8230; Concevez-vous enfin qu&#8217;on ne se sacrifie point pour Marie, qui veut bien nous donner un tel rang dans sa grande famille humaine ? &#8230;<\/p>\n<p>28. Ce que les deux Ordres de Marie ont encore de sp\u00e9cial et d&#8217;exclusivement propre dans les \u0153uvres communes \u00e0 d&#8217;autres corps.<\/p>\n<p>29. Admirons, mon respectable Fils, la conduite de la divine Providence dans la fondation des Ordres religieux. Leur esprit toujours respectivement appropri\u00e9 aux divers besoins des \u00e9poques, se r\u00e9sume en g\u00e9n\u00e9ral p24dans l&#8217;oracle du Sauveur : Mandavit unicuique de proximo suo ; Dieu a donn\u00e9 \u00e0 chacun un mandat sur son prochain. Les uns ont eu pour mission unique de donner au monde le spectacle ravissant du renoncement absolu et de la mortification chr\u00e9tienne ; les premiers se form\u00e8rent dans les d\u00e9serts de la Th\u00e9ba\u00efde, et de l\u00e0, comme de leur berceau, se r\u00e9pandirent peu \u00e0 peu dans le monde entier ; vous savez tous les h\u00e9ros de la pauvret\u00e9 et de la p\u00e9nitence qu&#8217;ils ont offerts \u00e0 l&#8217;admiration des anges et des hommes.<br \/>D&#8217;autres Ordres sont venus plus tard multipliant dans le champ du P\u00e8re de famille des ouvriers de toute sorte, destin\u00e9s \u00e0 arracher l&#8217;ivraie sem\u00e9e par l&#8217;ennemi, et \u00e0 continuer en m\u00eame temps, chacun dans une certaine mesure, l&#8217;\u0153uvre de l&#8217;abn\u00e9gation et de la croix. Et parmi ces Congr\u00e9gations nombreuses, form\u00e9es dans tous les si\u00e8cles et dans tous les climats, les unes sont appel\u00e9es \u00e0 telle fin particuli\u00e8re et les autres \u00e0 telle autre.<\/p>\n<p>30. Or, nous les derniers de tous, nous qui nous croyons appel\u00e9s par Marie elle-m\u00eame pour la seconder de tout notre pouvoir dans sa lutte contre la grande h\u00e9r\u00e9sie de cette \u00e9poque, nous avons pris pour devise, comme nous le d\u00e9clarons dans nos Constitutions (art. 6), ces mots de la tr\u00e8s Sainte Vierge aux serviteurs de Cana : faites tout ce qu&#8217;il vous dira. Convaincus que notre mission \u00e0 nous, malgr\u00e9 notre faiblesse, est d&#8217;exercer envers le prochain toutes les \u0153uvres de z\u00e8le et de mis\u00e9ricorde, nous embrassons en cons\u00e9quence tous moyens de le pr\u00e9server et de le gu\u00e9rir de la contagion du mal, sous le titre g\u00e9n\u00e9ral de l&#8217;enseignement des m\u0153urs chr\u00e9tiennes, et nous en faisons dans cet esprit l&#8217;objet d&#8217;un v\u0153u particulier.<\/p>\n<p>31. Ainsi le v\u0153u d&#8217;enseignement que nous faisons, pour nous \u00eatre commun avec d&#8217;autres Ordres, est autrement plus \u00e9tendu dans la Soci\u00e9t\u00e9 et dans l&#8217;Institut que partout ailleurs. R\u00e9alisant dans son objet la parole de Marie : faites tout ce qu&#8217;il vous dira, il atteint toutes les classes, tous les sexes et tous les \u00e2ges, mais le jeune \u00e2ge et les pauvres surtout, de sorte qu&#8217;il nous distingue r\u00e9ellement de toutes les Soci\u00e9t\u00e9s qui \u00e9mettent le m\u00eame v\u0153u.<\/p>\n<p>32. Voil\u00e0 donc, mon respectable Fils, l&#8217;esprit et l&#8217;\u00e9tendue de notre v\u0153u d&#8217;enseignement ; voil\u00e0 le caract\u00e8re distinctif qui consacre, dans la grande tribu religieuse, un air de famille exclusivement propre aux Enfants de la Soci\u00e9t\u00e9 et de l&#8217;Institut.<\/p>\n<blockquote>\n<p>33. Notre \u0153uvre est grande, elle est magnifique. Si elle est universelle, c&#8217;est que nous sommes les missionnaires de Marie qui nous a dit : faites tout ce qu&#8217;il vous dira ! Oui, nous sommes tous missionnaires. A chacun de nous la tr\u00e8s Sainte Vierge a confi\u00e9 un mandat pour travailler au salut de nos fr\u00e8res dans le monde.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>34. Aussi le Saint-P\u00e8re n&#8217;a-t-il pu s&#8217;emp\u00eacher dans sa joie, de b\u00e9nir le Seigneur qui nous a inspir\u00e9 un tel dessein, comme nous le dit de sa part S. E. le Cardinal Giustiniani. L&#8217;\u0153uvre lui a hautement plu ; il l&#8217;a estim\u00e9e digne de toute louange et de toute recommandation, et il a voulu qu&#8217;on en inculqu\u00e2t l&#8217;esprit \u00e0 tous les membres, afin de les exciter \u00e0 aller toujours en avant. Il va m\u00eame jusqu&#8217;\u00e0 les assurer que, loin d&#8217;\u00eatre inutiles \u00e0 l&#8217;Eglise, ils lui rendront d&#8217;importants services s&#8217;ils pers\u00e9v\u00e8rent. Je ne fais, comme vous le voyez, que vous citer les paroles pontificales elles-m\u00eames.<\/p>\n<p>35. A vous donc, mon respectable Fils, de vous acquitter de votre mieux de la commission que je vous donne de la part du Souverain Pontife. A vous d&#8217;inculquer dans le c\u0153ur de mes chers enfants, pendant p26la retraite qui va s&#8217;ouvrir, l&#8217;esprit de nos \u0153uvres toutes de charit\u00e9. A vous de faire sentir \u00e0 ceux et \u00e0 celles qui enseignent directement, combien ils s&#8217;abuseraient, s&#8217;ils bornaient leurs efforts \u00e0 instruire dans les lettres humaines ; s&#8217;ils mettaient tous leurs soins et toute leur gloire \u00e0 faire des savants et non des chr\u00e9tiens, ou \u00e0 conqu\u00e9rir une r\u00e9putation mondaine ; oubliant alors qu&#8217;ils sont missionnaires de Marie, pour se ravaler au rang avili des industriels de l&#8217;enseignement dans notre si\u00e8cle, ils descendent de la hauteur de leur sublime apostolat. A vous, enfin, de dire, \u00e0 ceux qui sont employ\u00e9s dans le service int\u00e9rieur des maisons ou aux arts et m\u00e9tiers, l&#8217;esprit et le secret de leur divine mission : nous l&#8217;avons consign\u00e9 dans nos saintes r\u00e8gles, quand nous avons \u00e9tabli la mani\u00e8re dont ils concourent \u00e0 l&#8217;\u0153uvre g\u00e9n\u00e9rale de l&#8217;enseignement ; nous leur avons montr\u00e9 comment ils contribuent puissamment par leurs travaux, leur z\u00e8le et leurs pri\u00e8res \u00e0 \u00e9tendre le r\u00e8gne de J\u00e9sus et de Marie dans les \u00e2mes. Leur part est en effet si belle ! Nouveaux Joseph, ils sont charg\u00e9s d&#8217;assister et de soutenir les enfants de la sainte famille dans leur p\u00e9nible minist\u00e8re.<\/p>\n<p>36. Je m&#8217;arr\u00eate, mon respectable Fils, j&#8217;ai voulu vous dire ma pens\u00e9e tout enti\u00e8re sur nos \u0153uvres, et je l&#8217;ai fait trop longuement sans doute ; mais vous n&#8217;en serez pas surpris, car vous savez bien qu&#8217;on ne saurait tarir sur un sujet aussi cher \u00e0 nos c\u0153urs. Je me repose avec confiance sur votre charit\u00e9, de la grande charge que je vous donne, ou plut\u00f4t que Marie vous impose elle-m\u00eame. P\u00e9n\u00e9tr\u00e9 comme vous l&#8217;\u00eates de l&#8217;esprit de votre \u00e9tat, il vous sera facile de l&#8217;inculquer \u00e0 mes chers Enfants des deux Ordres.<\/p>\n<p>37. Vous savez que le d\u00e9cret pontifical nous accorde le bienfait de l&#8217;indulgence pl\u00e9ni\u00e8re pour la r\u00e9novation des v\u0153ux perp\u00e9tuels comme pour leur premi\u00e8re \u00e9mission : vous ne manquerez point de porter cette agr\u00e9able nouvelle \u00e0 leur connaissance.<\/p>\n<p>38. Que l&#8217;auguste Marie, notre M\u00e8re et notre Souveraine, b\u00e9nisse votre voyage, b\u00e9nisse vos efforts, b\u00e9nisse votre personne et tous nos chers Enfants !<\/p>\n<p>39. Recevez ce v\u0153u de mon c\u0153ur, mon respectable Fils, et que ma b\u00e9n\u00e9diction paternelle soit le gage de sa r\u00e9alisation ! Je l&#8217;esp\u00e8re avec confiance.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\">Bordeaux, le 24 ao\u00fbt 1839.<br \/>G. Joseph Chaminade<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3 id=\"telecharger-lensemble-du-document-en-pdf-pdf\" >T\u00e9l\u00e9charger l&#8217;ensemble du document en pdf (.pdf)<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-file\"><a href=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2019\/02\/etat-religieux-marianiste-armbruster.pdf\">etat-religieux-marianiste-armbruster<\/a><a href=\"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-content\/uploads\/sites\/2\/2019\/02\/etat-religieux-marianiste-armbruster.pdf\" class=\"wp-block-file__button\" download>T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"author":130,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[96],"ht_kb_tag":[],"class_list":["post-2424","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-congregation-et-instituts-religieux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2424"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/130"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2424"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2424\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2817,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/2424\/revisions\/2817"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2424"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=2424"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=2424"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}