{"id":1635,"date":"2016-02-06T18:12:45","date_gmt":"2016-02-06T17:12:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=1635"},"modified":"2016-02-06T19:03:45","modified_gmt":"2016-02-06T18:03:45","slug":"aux-sources-de-la-spiritualite-missionnaire-marianiste","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/aux-sources-de-la-spiritualite-missionnaire-marianiste\/","title":{"rendered":"Aux sources de la spiritualit\u00e9 missionnaire marianiste"},"content":{"rendered":"<p>Mon projet est d&#8217;expliciter les racines historiques de notre spiritualit\u00e9 missionnaire \u00e0 la suite du P. Chaminade, Missionnaire apostolique et d&#8217;Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on.<\/p>\n<h1 id=\"joseph-chaminade-missionnaire-apostolique\" >Joseph Chaminade,\u00a0missionnaire apostolique<\/h1>\n<p>Le titre et la charge de Missionnaire apostolique furent conf\u00e9r\u00e9s au P. Chaminade en mars 1801. Ce moment important et significatif de sa vie \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de toute une pr\u00e9\u00adparation providentielle en deux grandes \u00e9tapes\u00a0: l&#8217;une en France et l&#8217;autre en Espagne.<\/p>\n<h2 id=\"une-preparation-providentielle\" >Une pr\u00e9paration providentielle<\/h2>\n<p>Guillaume Chaminade v\u00e9cut seulement onze ans en son milieu familial, \u00e0 P\u00e9rigueux. Sa m\u00e8re surtout prit soin de la premi\u00e8re \u00e9ducation de son dernier. Elle l&#8217;ouvrit \u00e0 une vie chr\u00e9\u00adtienne qui allait se d\u00e9\u00adployer \u00e0 Mussidan.<\/p>\n<h4 id=\"a-mussidan\" >A Mussidan<\/h4>\n<p>La formation chr\u00e9tienne que Guillaume Chaminade re\u00e7ut au coll\u00e8ge-s\u00e9minaire de Mus\u00adsidan le pr\u00e9parait \u00e0 un avenir au service de l&#8217;Eglise. Initi\u00e9 \u00e0 l&#8217;oraison par son fr\u00e8re, il s&#8217;engage par des v\u0153ux priv\u00e9s d\u00e8s l&#8217;\u00e2ge de 14 ans.<\/p>\n<p>Son projet, comme adolescent, \u00e9tait de faire partie de la Congr\u00e9gation des pr\u00eatres de Saint Charles qui dirigeaient cette maison d&#8217;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Dans ce milieu, loin du gallicanisme, mais tr\u00e8s sensible aux r\u00e9\u00adformes propos\u00e9es par le concile de Trente, son insertion eccl\u00e9siale est d\u00e9j\u00e0 per\u00e7ue comme une mission, hors de tout cadre paroissial. La r\u00e8gle des pr\u00eatres de Saint Charles \u00e9tait d&#8217;inspiration J\u00e9suite.<\/p>\n<p>La Vierge Marie avait sa place dans ce milieu privil\u00e9gi\u00e9. On y faisait le v\u0153u de d\u00e9fendre l&#8217;Immacul\u00e9e conception de Marie, v\u00e9\u00adrit\u00e9 non encore reconnue officiellement comme dogme de foi par l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>Son appartenance \u00e0 une Congr\u00e9gation de pr\u00eatres lui fit postuler le sacerdoce, mais au fond de son c\u0153ur il portait aussi une orientation vers la vie monastique, une vie monastique de type apostolique, car il y avait tant \u00e0 faire en cette France d&#8217;avant la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les \u00e9crits d&#8217;un \u00e9l\u00e8ve puis professeur de Mussidan, Bernard Daries, nous permettent aujourd&#8217;hui de mieux sai\u00adsir ce bouillonnement spirituel, marial, mission\u00adnaire dont \u00e9taient anim\u00e9s les pr\u00eatres du coll\u00e8ge de Mussidan. Ce Bernard Daries ne voulait-il pas fonder, au d\u00e9but de la R\u00e9volution, puis du\u00adrant son exil espagnol, une \u00abSoci\u00e9t\u00e9 de Marie\u00bb\u00a0?<\/p>\n<h4 id=\"a-bordeaux\" >A Bordeaux<\/h4>\n<p>A la fin de l&#8217;ann\u00e9e 1791, apr\u00e8s la suppression du coll\u00e8ge de Mussidan, G.-Joseph Chami\u00adnade vint s&#8217;\u00e9tablir \u00e0 Bordeaux et se mit au service du dioc\u00e8se, non pas dans un cadre paroissial, mais comme \u00abmissionnaire\u00bb, en ouvrant un oratoire dans son domaine de Saint-Laurent.<\/p>\n<p>Il y fit ses premi\u00e8res ren\u00adcontres avec un certain nombre de jeunes gens et jeunes filles que l&#8217;on va retrouver, apr\u00e8s son retour d&#8217;exil, autour de lui comme premiers membres de ses fondations (Cf. Si. p. 81-92).<\/p>\n<p>Au milieu de la pers\u00e9cution, avec les pr\u00eatres pr\u00e9sents dans la clandestinit\u00e9 et avec des fi\u00add\u00e8les r\u00e9solus, s&#8217;organisa l&#8217;adoration perp\u00e9tuelle du Saint Sacrement, jour et nuit, au p\u00e9ril de la vie des participants. Pour tenir dans ce dangereux d\u00e9vouement, il fallait aussi prendre les moyens spirituels exceptionnels.<\/p>\n<p>A ce pr\u00eatre p\u00e9rigourdin qui manifestait une forte personnalit\u00e9, l&#8217;abb\u00e9 Joseph Boyer, rem\u00adpla\u00e7ant de l&#8217;Archev\u00eaque de Bordeaux, confia, en 1795 le minist\u00e8re de la r\u00e9conciliation des pr\u00eatres ju\u00adreurs avec l&#8217;Eglise. L&#8217;ordre de partir en exil le surprit en pleine activit\u00e9, en automne 1797. Il partit donc vers l&#8217;Espagne o\u00f9 son fr\u00e8re Louis l&#8217;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9.<\/p>\n<h4 id=\"exil-a-saragosse-1797-1800\" >Exil \u00e0 Saragosse (1797-1800)<\/h4>\n<p>Lorsqu&#8217;il prit le chemin de l&#8217;exil, le pr\u00eatre Chaminade, \u00e0 36 ans, avait d\u00e9j\u00e0 un pass\u00e9 de formation et de vie pastorales derri\u00e8re lui. A Saragosse o\u00f9 il arrive le 11 octobre, il trouve une terre d&#8217;accueil. Il se joint aux autres pr\u00eatres fran\u00e7ais, ses compagnons d&#8217;exil, et fait partie de leur communaut\u00e9 de pri\u00e8re et de ren\u00adcontres r\u00e9guli\u00e8res. Son s\u00e9jour \u00e0 Saragosse lui apportera de nouvelles gr\u00e2ces qu&#8217;il mettra en \u0153uvre d\u00e8s son retour \u00e0 Bordeaux, en novembre 1800.<\/p>\n<h4 id=\"des-graces-missionnaires\" >Des gr\u00e2ces missionnaires<\/h4>\n<p>Dans ce milieu, centr\u00e9 par la force des choses sur lui-m\u00eame mais aussi ouvert \u00e0 un avenir bien incer\u00adtain, s&#8217;\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e une r\u00e9flexion intense. Une question les hantait\u00a0: que sera, lors de leur \u00e9ventuel retour dans leur patrie, leur situation sacerdotale\u00a0?<\/p>\n<p>Se voyant exclus de tous les postes eccl\u00e9siastiques, ils se consid\u00e9raient comme des missionnaires. Une doctrine s&#8217;\u00e9laborait dans tous les cercles de pr\u00eatres exil\u00e9s, en Espagne comme dans d&#8217;autres pays. Un pr\u00eatre du dio\u00adc\u00e8se de Tulle, M. Coste, pr\u00e9senta cette r\u00e9flexion en l&#8217;enrichissant de ses propres connaissances.<\/p>\n<p>Elle fut publi\u00e9e apr\u00e8s sa mort par un ami sous le titre significatif de Manuel du Missionnaire, en 1800. Ce fut le livre de r\u00e9f\u00e9rence pastorale \u00e0 l&#8217;usage des pr\u00eatres exil\u00e9s, lorsqu&#8217;ils revinrent en France.<\/p>\n<p>L&#8217;abb\u00e9 Chaminade adopta ces doctrines. Elles renforc\u00e8rent en son c\u0153ur ce que l&#8217;Esprit Saint y avait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pos\u00e9 ant\u00e9rieurement, \u00e0 Mussidan et \u00e0 Bordeaux. Non seulement il se consid\u00e9rait comme un missionnaire, mais il voulut en avoir la confirmation ec\u00adcl\u00e9siale.<\/p>\n<p>Il de\u00admanda donc, en 1800, \u00e0 Rome, le titre et la charge de Missionnaire apostolique que lui conf\u00e9ra un d\u00e9cret de mars 1801. Fort de cette reconnaissance et de cet envoi \u00e9manant du Saint-Si\u00e8ge lui-m\u00eame, il envisageait son retour \u00e0 Bordeaux comme un apostolat mission\u00adnaire, c&#8217;est-\u00e0-dire essentiellement supra paroissial, au service de la foi dans la France d\u00e9vast\u00e9e spirituelle\u00adment.<\/p>\n<h4 id=\"des-graces-mariales\" >Des gr\u00e2ces mariales<\/h4>\n<p>Durant son exil, l&#8217;abb\u00e9 Chaminade eut une autre gr\u00e2ce, compl\u00e9mentaire de celle de mis\u00adsionnaire. Les pr\u00eatres fran\u00e7ais n&#8217;avaient pas le droit d&#8217;exercer un quelconque minist\u00e8re en terre d&#8217;Espagne. Pour eux qui avaient \u00e9t\u00e9 fort actifs, ce fut une \u00e9preuve, un d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Les voici donc qui s&#8217;ouvrent \u00e0 la pri\u00e8re et \u00e0 une vie int\u00e9rieure approfondie. A Saragosse, le centre spiri\u00adtuel \u00e9tait, et est encore, la Basilique de Notre Dame del Pilar. Chaminade y fit de longues sta\u00adtions priantes.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9votion envers Marie s&#8217;y d\u00e9veloppait. Marie l&#8217;orientait vers une vision d&#8217;avenir qui ne serait pas seulement missionnaire mais aussi mariale. Cette interpr\u00e9tation spirituelle fut pour le futur fondateur des Marianistes une gr\u00e2ce charismatique.<\/p>\n<p>Il d\u00e9\u00adcouvrait plus profond\u00e9\u00adment la mission de Marie dans l&#8217;Eglise. Cette gr\u00e2ce personnelle donnait son cachet propre \u00e0 la perspective mis\u00adsionnaire g\u00e9n\u00e9rale qu&#8217;il partageait avec tous ses confr\u00e8res exil\u00e9s. Il se souvenait de ses contacts fructueux, avant la R\u00e9volution, avec la Congr\u00e9gation mariale pour la\u00efques, fon\u00add\u00e9e au 16\u00b0 si\u00e8cle par les J\u00e9suites pour les \u00e9l\u00e8ves de leurs coll\u00e8ges.<\/p>\n<p>Au 18\u00b0 si\u00e8cle, elle couvrait l&#8217;Europe et \u00e9tait devenue une force et une organisation catholiques de premi\u00e8re importance et ouverte aux chr\u00e9tiens de tous \u00e2ges.<\/p>\n<h4 id=\"des-graces-de-fondateur\" >Des gr\u00e2ces de fondateur<\/h4>\n<p>Quasi toutes les institutions eccl\u00e9siales avaient disparu en France, balay\u00e9es par la R\u00e9volu\u00adtion. Il fal\u00adlait son\u00adger \u00e0 reconstruire. Marie fit voir \u00e0 son serviteur un autre aspect de sa vocation future\u00a0: il serait fondateur, car il faut redonner vie \u00e0 ce qui \u00e9tait apparemment mort. Apr\u00e8s le trop long hiver de la R\u00e9volution, il y aurait un nouveau printemps.<\/p>\n<p>Cependant les temps ont chang\u00e9. Les fondations futures de Chaminade ne seront pas de simples r\u00e9surrection d&#8217;un pass\u00e9 r\u00e9volu. A temps nouveaux, m\u00e9thodes nouvelles. Nova bella ele\u00adgit Dominus, Dieu a choisi de nouvelles mani\u00e8res de lutter contre le mal, se disait cet homme de Dieu, en se r\u00e9p\u00e9tant ce verset du livre des Juges (5,\u00a08).<\/p>\n<p>Ce texte deviendra une option fondamen\u00adtale du futur Missionnaire\u00a0: s&#8217;adapter aux temps nouveaux en s&#8217;appuyant sur les v\u00e9\u00adrit\u00e9s et l&#8217;exp\u00e9rience eccl\u00e9siale de toujours.<\/p>\n<p>Dans la t\u00eate et dans le c\u0153ur de l&#8217;abb\u00e9 Chaminade, au moment de son retour en France, en novembre 1800, un grand projet avait m\u00fbri. Ce titre et cette charge de Missionnaire aposto\u00adlique qu&#8217;il obtint du Saint-Si\u00e8ge en mars 1801, lui donnait les possibilit\u00e9s de s&#8217;engager dans une mission eccl\u00e9siale universelle.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame perspective \u00abcatholique\u00bb, il l&#8217;avait apprise aussi en contem\u00adplant la mission de Marie, M\u00e8re de tous les hommes depuis que J\u00e9sus en croix l&#8217;avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e comme m\u00e8re du disciple, comme M\u00e8re de l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>Le voici donc, avant d&#8217;en formuler la doctrine, Mission\u00adnaire de Marie, impatient de mettre en \u0153uvre, avec ceux qu&#8217;il va retrouver \u00e0 Bor\u00addeaux, les projets nouveaux m\u00fbris dans les longues contemplations devant Notre Dame del Pilar.<\/p>\n<h2 id=\"ses-options-personnelles\" >Ses options personnelles<\/h2>\n<p>La majorit\u00e9 des Missionnaires apostoliques nomm\u00e9s par Rome exer\u00e7aient leur mission par la pr\u00e9dication, soit en pays de mission, soit dans les r\u00e9gions chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<h4 id=\"la-mission-au-service-de-la-foi\" >La mission au service de la foi<\/h4>\n<p>Le P. Chaminade, impr\u00e9gn\u00e9 par toutes ses exp\u00e9riences et gr\u00e2ces ant\u00e9rieurs, choisit une mani\u00e8re tr\u00e8s originale et bien \u00e0 lui de vivre, au service de l&#8217;Eglise, sa charge de Missionnaire apostolique. Il n&#8217;a pas re\u00e7u ce titre comme une sorte de distinction eccl\u00e9siastique \u00e0 la fin de sa vie, mais comme le point de d\u00e9part d&#8217;un engagement eccl\u00e9sial universel.<\/p>\n<p>Il se sait ainsi charg\u00e9 d&#8217;\u00e9tendre et d&#8217;approfondir la foi chr\u00e9tienne en France d&#8217;abord, mais aussi dans le monde entier. Pour accomplir pareille t\u00e2che, il ne sera pas seul. Toutes ses exp\u00e9\u00adriences pastorales pass\u00e9es, il les a v\u00e9cues avec d&#8217;autres pr\u00eatres, d&#8217;autres chr\u00e9tiens. Il se voit ser\u00adviteur d&#8217;une Eglise \u00e0 reconstruire comme un peuple de Dieu, un peuple de saints. L&#8217;Eglise sera toujours son unique mod\u00e8le en toutes ses entreprises.<\/p>\n<p>Aussi va-t-il r\u00e9aliser concr\u00e8tement sa mission en des fondations dont il avait vu et la n\u00e9\u00adcessit\u00e9 et d&#8217;une certaine fa\u00e7on m\u00eame la forme. Mes enfants, je vous ai vus tels que vous \u00eates ici, et cela s&#8217;est fait dans un clin d&#8217;\u0153il, il y a longtemps, affirmait-il aux premiers novices de la Soci\u00e9t\u00e9 (T\u00e9moignage de Charles Roth\u00e9a, EF. I. 4, p.\u00a06).<\/p>\n<p>Le P. Chaminade commence par refonder la Congr\u00e9gation mariale des la\u00efques. Progressivement d&#8217;autres fon\u00addations surgiront. Finalement c&#8217;est \u00e0 tous les niveaux de l&#8217;Eglise qu&#8217;il travaillera. N&#8217;a-t-il pas en\u00adtrevu qu&#8217;au nom m\u00eame de Ma\u00adrie, M\u00e8re de tous les hommes, sa mission se doit d&#8217;\u00eatre aussi univer\u00adselle que l&#8217;Eglise\u00a0?<\/p>\n<h4 id=\"la-mission-en-alliance-avec-marie\" >La mission en alliance avec Marie<\/h4>\n<p>De son exp\u00e9rience \u00e0 Mussidan puis \u00e0 Bordeaux et de son s\u00e9jour de gr\u00e2ce \u00e0 Saragosse, le P. Chaminade rapporte une conviction\u00a0: Marie est la M\u00e8re de J\u00e9sus, lui qui est T\u00eate de l&#8217;Eglise. Marie est donc aussi la M\u00e8re de tout le Corps eccl\u00e9sial. Elle a, envers toute l&#8217;Eglise, une mis\u00adsion. Depuis qu&#8217;elle a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 tous les myst\u00e8res du Sauveur, sa mission maternelle est de participer \u00e0 la naissance de l&#8217;Eglise, partout o\u00f9 l&#8217;Esprit Saint la suscite.<\/p>\n<p>Associ\u00e9e \u00e9galement, dans le temps de l&#8217;Eglise, \u00e0 l&#8217;Esprit de la Pentec\u00f4te, Marie, la premi\u00e8re Croyante, intervient dans le d\u00e9veloppement historique de l&#8217;Eglise. Toutes les h\u00e9r\u00e9sies ont inclin\u00e9 le front devant la tr\u00e8s Sainte Vierge et cela depuis que le Seigneur a souffl\u00e9 l&#8217;inimiti\u00e9 entre elle et le serpent.<\/p>\n<p>La voil\u00e0 donc engag\u00e9e au service de la foi en J\u00e9sus Christ. Cette mission de la Vierge Marie est une des convictions de base de toutes les fondations marianiste (ERM. p. 116-122\u00a0; Document 16, p. 391 et Document 17, p. 368).<\/p>\n<p>Comme le montre cette rapide analyse, les options missionnaires fondamentales du P. Chaminade ne sont qu&#8217;une sorte de trans\u00adposition de la mission m\u00eame de Marie.<\/p>\n<p>Notre fonda\u00adteur en effet a saisi avec une p\u00e9n\u00e9tration exceptionnelle que la Vierge M\u00e8re, pour son action virginale et maternelle dans l&#8217;Eglise, a confi\u00e9 \u00e0 chacune de nous un mandat pour travailler au salut de nos fr\u00e8res dans le monde. (Cf. ERM. p. 278-281\u00a0; corriger p. 278 la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Eccl\u00e9sias\u00adtique de 17,\u00a014 en 17,\u00a012).<\/p>\n<h1 id=\"adele-de-trenquelleon-une-missionnaire\" >Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on, une missionnaire<\/h1>\n<p>Religieux marianistes, nous avons trop tendance \u00e0 n&#8217;attribuer les fondations et notre cha\u00adrisme qu&#8217;au seul P. Chaminade. Depuis la publication des Lettres de Ad\u00e8le de Batz de Trenquel\u00adl\u00e9on, nous connaissons mieux la Fondatrice des Soeurs marianistes.<\/p>\n<p>Nous constatons que sa gr\u00e2ce charismatique personnelle est une des composantes de celle de toute la Famille ma\u00adrianiste.<\/p>\n<h2 id=\"la-fondation-de-la-petite-societe\" >La fondation de la \u00ab Petite Soci\u00e9t\u00e9 \u00bb<\/h2>\n<p>D\u00e8s son enfance Ad\u00e8le fut attir\u00e9e par la vocation carm\u00e9litaine. Elle s&#8217;y pr\u00e9parait avec ferveur, faisant effort pour se corriger de ses d\u00e9fauts. Le sacrement de la confirmation, re\u00e7u le jour de la Pentec\u00f4te 1803, la rendit plus sensible aux besoins des autres.<\/p>\n<p>Avec sa maman, elle commence \u00e0 visiter pauvres et malades de la campagne environnante. En 1804, avec des concours divers, elle fonda une association de vie chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Les membres \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 vivre l&#8217;amour de Dieu, une vie chr\u00e9tienne appro\u00adfondie gr\u00e2ce \u00e0 des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res ou \u00e0 des rendez-vous spirituels. En vivant sain\u00adtement, en v\u00e9n\u00e9\u00adrant J\u00e9sus en croix, on s&#8217;y pr\u00e9parait \u00e0 une sainte mort, couronne\u00adment d&#8217;une vie sainte.<\/p>\n<p>L&#8217;\u0153uvre prit de l&#8217;extension. Ses membres \u00e9taient li\u00e9s par une profonde amiti\u00e9 chr\u00e9\u00adtienne. Leur dispersion obligeait Ad\u00e8le \u00e0 \u00e9crire de nombreuses lettres, ce qui nous valut une correspondance fort vivante. Il s&#8217;\u00e9tablit une sainte \u00e9mulation entre ces jeunes personnes et l&#8217;on se lan\u00e7ait de saints d\u00e9fis. (Voir les mots et expressions en italique dans l&#8217;Index des lettres de Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on, \u00e9dition FMI, Sucy en Brie, 1987).<\/p>\n<h4 id=\"premiers-chemins-de-la-mission\" >Premiers chemins de la mission<\/h4>\n<p>La gr\u00e2ce de la confirmation avait marqu\u00e9 profond\u00e9ment Ad\u00e8le et ses amies, les Dich\u00e9. Ensemble, elles en c\u00e9l\u00e9braient l&#8217;anniversaire (LT. I, n\u00b0 1.3). Face aux profonds ravages de la R\u00e9\u00advolution fran\u00e7aise, Ad\u00e8le se sentait appel\u00e9e \u00e0 s&#8217;engager au service des autres.<\/p>\n<p>La mis\u00e8re \u00e9tait grande dans la compagne, autour du ch\u00e2teau de Trenquell\u00e9on. Elle tenait \u00e0 servir ceux qui ve\u00adnaient demander l&#8217;aum\u00f4ne. Tr\u00e8s vite aussi elle constatait que le manque de formation hu\u00admaine et chr\u00e9tienne engendrait la mis\u00e8re morale. Elle \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 y porter rem\u00e8de.<\/p>\n<p>La voici donc devenue cat\u00e9chiste et institutrice \u00e0 la fois. Elle donnait des le\u00e7ons de lec\u00adture, d&#8217;\u00e9criture et de calcul aux enfants du voisinage qui aimaient retrouver leur jeune et ai\u00admable ma\u00eetresse. Le dimanche apr\u00e8s-midi, il suffisait que sa soeur et ses cousines lui proposent d&#8217;aller missionner, comme elles disaient entre elles, pour qu&#8217;Ad\u00e8le r\u00e9ponde imm\u00e9diatement pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>De plus en plus, par sa cor\u00adrespondance, elle stimule les associ\u00e9es et les invite \u00e0 prendre toutes sortes d&#8217;initiatives aposto\u00adliques. La petite Soci\u00e9t\u00e9 s&#8217;ouvre au service des autres. Progressi\u00advement la vocation carm\u00e9litaine d&#8217;Ad\u00e8le s&#8217;est mu\u00e9e en vocation missionnaire.<\/p>\n<h4 id=\"la-place-grandissante-de-marie\" >La place grandissante de Marie<\/h4>\n<p>Ad\u00e8le et ses amies vivaient envers Marie, la M\u00e8re de Dieu, une d\u00e9votion qui \u00e9tait celle des bonnes chr\u00e9tiennes du XIX\u00b0 si\u00e8cle. Sur ce plan aussi, la vie interne de la petite soci\u00e9t\u00e9, les relations \u00e9pistolaires, les lectures et la c\u00e9l\u00e9bration des f\u00eates mariales firent progresser leur amour pour la M\u00e8re de Dieu, leur protectrice et celle de leur so\u00adci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On peut lire dans sa lettre du 23 juillet 1807\u00a0: <em>Ayons souvent recours \u00e0 la protec\u00adtrice de la Soci\u00e9t\u00e9\u00a0: la tr\u00e8s Sainte Vierge. Oh\u00a0! qu&#8217;Elle est puissante aupr\u00e8s de son Fils\u00a0! Mettons-nous bien sous sa sauvegarde. Nous sommes ses enfants particuli\u00e8res, soit par notre Soci\u00e9t\u00e9, soit par l&#8217;habit du Scapulaire dont nous avons le bon\u00adheur d&#8217;\u00eatre rev\u00eatues.<\/em> (LT. I, 88, p. 146).<\/p>\n<p>Avec admiration l&#8217;on constate que l&#8217;Esprit Saint a fait faire \u00e0 tout le groupe, entre 1804 et 1808, un cheminement providentiel. L&#8217;option apostolique s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e au sein de ce grou\u00adpement destin\u00e9 primitivement \u00e0 pr\u00e9parer ses membres \u00e0 une bonne mort. Marie a pris une place plus grande, plus active dans le coeur des membres de la petite Soci\u00e9t\u00e9. Ad\u00e8le leur fait mieux saisir qu&#8217;elles appartiennent \u00e0 Marie par le fait m\u00eame de leur adh\u00e9sion \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Ces d\u00e9couvertes et d&#8217;autres encore pr\u00e9paraient la jeune Ad\u00e8le, \u00e2g\u00e9e de dix-neuf ans, \u00e0 rencontrer le pr\u00eatre de sa vie, de vingt-huit ans son a\u00een\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"la-cooperation-avec-le-p-chaminade\" >La coop\u00e9ration avec le P. Chaminade<\/h2>\n<p>L&#8217;histoire en est connue. La mise en contact s&#8217;est faite par des interm\u00e9diaires qui, tr\u00e8s vite laissent la place \u00e0 une relation \u00e9pistolaire tr\u00e8s suivie entre le P. Chaminade et Ad\u00e8le (Cf. LC. p. 84 et suivantes).<\/p>\n<p>Il faut savoir que jusqu&#8217;apr\u00e8s la fonda\u00adtion des Filles de Marie, en 1816, les deux co-fondateurs ne se sont jamais rencontr\u00e9s. Tout s&#8217;est trait\u00e9 par correspondance. Le Manuel du serviteur de Ma\u00adrie, livre de pri\u00e8re de la congr\u00e9ga\u00adtion de Bordeaux, eut aussi une grande influence sur Ad\u00e8le et ses amies.<\/p>\n<h4 id=\"mieux-connaitre-la-mission-de-marie\" >Mieux conna\u00eetre la mission de Marie<\/h4>\n<p>Au contact du P. Chaminade et de la Congr\u00e9gation, Ad\u00e8le apprit \u00e0 mieux conna\u00eetre Ma\u00adrie. Elle d\u00e9couvrit la doctrine sur la maternit\u00e9 spirituelle et l&#8217;importance de la cons\u00e9cration \u00e0 Marie telle qu&#8217;elle se vivait dans la Congr\u00e9gation. Le z\u00e8le se fit plus ardent, comme en t\u00e9moi\u00adgnent les lettres.<\/p>\n<p>Il fallait plusieurs ann\u00e9es pour harmoniser les deux fondations. Les temps n&#8217;\u00e9taient pas favorables pour cela, car \u00e0 la fin de l&#8217;ann\u00e9e 1809, la Congr\u00e9gation fut supprim\u00e9e \u00e0 Bor\u00addeaux par ordre de Na\u00adpol\u00e9on I.<\/p>\n<p>Chaminade dut se faire discret, au point que nous n&#8217;avons aucune lettre de lui durant toute l&#8217;ann\u00e9e 1813. Cependant les deux oeuvres se rapproch\u00e8rent. Dans le courant de l&#8217;ann\u00e9e 1813, le P. Chaminade crut le moment venu de faire proc\u00e9der \u00e0 l&#8217;admission dans la Congr\u00e9ga\u00adtion de la petite Soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;Ad\u00e8le et de ses amies.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9cision nous valut, le 25 juillet 1813, une Lettre circulaire (peut-\u00eatre la seule\u00a0?) de la main d&#8217;Ad\u00e8le. Elle annonce que c&#8217;est l&#8217;abb\u00e9 Pierre Laumont qui est charg\u00e9 de recevoir les di\u00advers groupes.<\/p>\n<p>Il se rend avec votre digne Offici\u00e8re, cette semaine, \u00e0 Agen, et il vous y conf\u00e9rera le sa\u00adcr\u00e9, le doux, l&#8217;aimable nom d&#8217;Enfant de Marie. Vous allez vous enr\u00f4ler d&#8217;une mani\u00e8re plus particuli\u00e8re sous les \u00e9tendards de notre auguste M\u00e8re. Pr\u00e9parez-vous avec toute l&#8217;ardeur possible, \u00e0 cette glo\u00adrieuse alliance que vous allez contracter avec Elle\u00a0! (.\u00a0.\u00a0.)<\/p>\n<p>Oh\u00a0! quelles qualit\u00e9s doivent distinguer les enfants de Marie\u00a0! Etre sous la protection de la plus sainte des vierges, c&#8217;est faire profession de combattre tous les vices\u00a0: plus de monde pour nous, plus d&#8217;attraits pour ses vains plaisirs. Que la vie humble, retir\u00e9e et fer\u00advente fasse toutes nos re\u00adcherches.<\/p>\n<p>Attendons-nous aussi \u00e0 des croix\u00a0; notre digne M\u00e8re nous enfanta au pied de celle de son Fils. Les filles, de Marie transperc\u00e9e d&#8217;un glaive de douleur, doivent s&#8217;attendre \u00e0 souf\u00adfrir\u00a0; mais c&#8217;est ainsi que nous parviendrons \u00e0 cette gloire immortelle o\u00f9 nous aspirons. (LT. n\u00b0 192).<\/p>\n<p>Cette lettre t\u00e9moigne du chemin parcouru. Les le\u00e7ons ont port\u00e9 leurs fruits. Le vocabu\u00adlaire du P. Chaminade est tr\u00e8s pr\u00e9sent, bien assimil\u00e9 et int\u00e9gr\u00e9 dans celui d&#8217;Ad\u00e8le\u00a0: s&#8217;enr\u00f4ler sous l&#8217;\u00e9tendard de Marie, pr\u00e9parer l&#8217;alliance \u00e0 contracter avec Elle, vivre les vertus de Marie et combattre tous les vices, savoir que la croix est le chemin du salut et de la gloire pour soi et pour les autres.<\/p>\n<h4 id=\"adopter-les-projets-du-missionnaire-apostolique\" >Adopter les projets du Missionnaire apostolique<\/h4>\n<p>En m\u00eame temps qu&#8217;Ad\u00e8le d\u00e9couvre le r\u00f4le de Marie, elle accueille avec \u00e9merveillement les confidences du Missionnaire apostolique. D\u00e8s que des projets de vie religieuse se profilent \u00e0 l&#8217;horizon, le P. Chaminade confie \u00e0 Ad\u00e8le.\u00a0<em>Je vais vous dire mon secret tout entier. Un p\u00e8re pourrait-il user encore de retenue envers une de ses filles qui s&#8217;abandonne sans r\u00e9serve \u00e0 sa conduite\u00a0? Je rentrais en France, il y a quatorze ans, avec la qualit\u00e9 de Missionnaire apostolique dans toute notre malheureuse patrie, sous l&#8217;autorisation n\u00e9anmoins des Ordinaires des lieux. Je ne crus pas pouvoir mieux en exercer les fonctions que par l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;une Congr\u00e9gation telle que celle qui existe. Chaque congr\u00e9ganiste, de quelque sexe, de quelque \u00e2ge, de quelque \u00e9tat qu&#8217;il soit, doit devenir membre actif de la mission<\/em> (LC. I. 52, p. 87-88, du 8.10.1814).<\/p>\n<p>Un an plus tard, les projets sont plus pr\u00e9cis. On pr\u00e9pare la fondation de la premi\u00e8re communaut\u00e9. Le P. Chaminade pr\u00e9cise les devoirs g\u00e9n\u00e9raux de ces nouvelles religieuses, puis il ajoute\u00a0: <em>Quant \u00e0 ce qui doit vous distinguer des autres Ordres, c&#8217;est le z\u00e8le pour le salut des \u00e2mes\u00a0: il faut faire conna\u00eetre les principes de la religion et de la vertu, il faut multiplier les chr\u00e9tiennes. (.\u00a0.\u00a0.) Votre Communaut\u00e9 sera toute compos\u00e9e de religieuses missionnaires. C&#8217;est d&#8217;apr\u00e8s ces vues que nous devons distinguer les sujets qui sont propres \u00e0 cet \u00e9tat<\/em> (LC. I. 57, p. 98, du 3.10.1815).<\/p>\n<p>Le 25 mai 1816, l&#8217;Institut des Filles de Marie na\u00eet \u00e0 Agen. En 1817, la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie est fon\u00add\u00e9e \u00e0 Bordeaux.<\/p>\n<p>D\u00e9sormais la mission qui jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent ne s&#8217;adressait qu&#8217;aux la\u00efques, va pouvoir prendre des formes plus typiques dans la vie religieuse marianiste.<\/p>\n<h1 id=\"la-mission-vecue-en-eglise\" >La mission v\u00e9cue en \u00e9glise<\/h1>\n<p>Entrons dans le concret de l&#8217;histoire, celle de nos fondateurs et la n\u00f4tre. Leur mani\u00e8re d&#8217;incarner c es convictions et ces gr\u00e2ces doit inspirer aussi notre engagement missionnaire au\u00adjourd&#8217;hui (ERM. p. 139-148).<\/p>\n<h2 id=\"au-service-de-la-foi-de-leglise\" >Au service de la foi de l&#8217;\u00e9glise<\/h2>\n<p>D\u00e8s son retour \u00e0 Bordeaux, en novembre 1800, et malgr\u00e9 sa charge d&#8217;Administrateur du dioc\u00e8se de Bazas, l&#8217;abb\u00e9 Chaminade loue un oratoire et com\u00admence, comme missionnaire, \u00e0 y c\u00e9l\u00e9brer la sainte Messe et \u00e0 prendre contact avec des fid\u00e8les.<\/p>\n<p>Tout de suite il pense \u00e0 ras\u00adsembler ces chr\u00e9tiens dispers\u00e9s, \u00e0 les mettre en relation les uns avec les autres. Il le r\u00e9alise en s&#8217;inspirant des anciennes Congr\u00e9gations mariales auxquelles il donne un dynamisme marial et une forme renouvel\u00e9e. Dans l&#8217;esprit du P. Chaminade toutes ses fondations sont des missions stables et permanentes, comme il aimait \u00e0 dire.<\/p>\n<h4 id=\"multiplier-les-chretiens\" >\u00ab\u00a0Multiplier les chr\u00e9tiens\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Tel est le mot d&#8217;ordre que Chaminade, Missionnaire apostolique, r\u00e9p\u00e9tera tout au long de sa vie et qui exprime le mieux son projet, c&#8217;est-\u00e0-dire sa volont\u00e9 de redonner aux chr\u00e9tiens isol\u00e9s et peureux, suite \u00e0 la R\u00e9volution, le sens de leur foi et le che\u00admin de l&#8217;Eglise.<\/p>\n<h4 id=\"but-de-toutes-les-fondations\" >But de toutes les fondations<\/h4>\n<p>Pour le Fondateur, l&#8217;Eglise n&#8217;\u00e9tait pas seulement l&#8217;\u00e9difice en pierres, ce qui avait toute sa valeur, mais bien plus encore, l&#8217;assembl\u00e9e vivante des croyants qui sont unis par la charit\u00e9 et qui rayonnent leur foi. Le but apostolique unique de toute sa vie et de celle de tous les siens sera toujours de multiplier les chr\u00e9tiens pour faire advenir ainsi l&#8217;Eglise de J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<p>Si cette expression est constante dans les \u00e9crits concernant la vie religieuse dans le monde et, \u00e0 plus forte raison, en ceux qui s&#8217;adressent \u00e0 l&#8217;\u00e9tat religieux proprement dit, la vis\u00e9e n&#8217;est nullement absente de la Congr\u00e9gation pour les la\u00efques. (Voir ERM. p. 289-290 et Document n\u00b0 28, p. 407 \u00e0 409).<\/p>\n<p>Dans un document pol\u00e9mique le P. Chaminade justifie sa Congr\u00e9gation face aux objec\u00adtions faites par les cur\u00e9s de paroisse. <em>Un cur\u00e9 pr\u00eachera ou fera pr\u00eacher, mais qui vient \u00e9cou\u00adter le sermon\u00a0? (.\u00a0.\u00a0.) Parmi les hommes qui se disent encore chr\u00e9tiens, combien y en a-t-il qui en\u00adtendent encore la messe tous les dimanches\u00a0? (.\u00a0.\u00a0.) Combien les cur\u00e9s devraient donc soupirer apr\u00e8s les moyens qui peuvent susciter l&#8217;esprit de foi et r\u00e9tablir les moeurs et la religion\u00a0! Dieu dans sa grande mis\u00e9ricorde les a inspir\u00e9s, ces moyens\u00a0; un des principaux est l&#8217;\u00e9tablissement des congr\u00e9ga\u00adtions\u00a0; avec quelle joie MM. les cur\u00e9s devraient les accueillir\u00a0!<\/em> (Texte cit\u00e9 par Pierrel, Sur les che\u00admins de la mis\u00adsion, G.-Joseph Chaminade, p. 162).<\/p>\n<p>Ces Congr\u00e9gations, que font-elles de sp\u00e9cial\u00a0? Le P. Chaminade les voit, en 1824, comme la premi\u00e8re \u00e9tape d&#8217;un retour \u00e0 l&#8217;Eglise pour bien des baptis\u00e9s. Loin d&#8217;\u00eatre r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 une \u00e9lite chr\u00e9tienne, la congr\u00e9gation de Bordeaux se veut r\u00e9solument missionnaire, situ\u00e9e entre l&#8217;in\u00adcroyance et la paroisse.<\/p>\n<h4 id=\"des-missions-visibles-et-permanentes\" >Des missions visibles et permanentes<\/h4>\n<p>Pour attirer d&#8217;autres personnes, la Congr\u00e9gation, outre son rayonnement spirituel, devait aussi \u00eatre ais\u00e9ment rep\u00e9rable, en m\u00eame temps qu&#8217;elle devait rester discr\u00e8te et accueillante. Il fallait \u00e0 une telle Association une \u00e9glise de pierre qui e\u00fbt, elle aussi, un ca\u00adract\u00e8re universel, c&#8217;est-\u00e0-dire qui ne f\u00fbt point une \u00e9glise paroissiale mais un \u00ab\u00a0sanctuaire\u00a0\u00bb. (Cf. le livret du tricen\u00adtenaire, La Chapelle de la Madeleine, un Sanctuaire \u00e0 Bordeaux, 1688-1988, Communaut\u00e9 Ma\u00adrianiste, 7 rue Canihac, Bordeaux, 1988).<\/p>\n<p>Chaminade et les siens, forts de leur esprit, voulaient donc un lieu missionnaire o\u00f9 pouvaient se r\u00e9unir ceux qui se sentaient encore loin de l&#8217;Eglise et g\u00ean\u00e9s de se rendre dans leur paroisse. Le P. Chaminade croit \u00e0 l&#8217;opportunit\u00e9 sinon \u00e0 la n\u00e9\u00adcessit\u00e9 d&#8217;une sorte de prop\u00e9deutique de la foi, d&#8217;une introduction progressive dans la vie de l&#8217;Eglise en sa pl\u00e9nitude pa\u00adroissiale. Il disait aux cur\u00e9s des paroisses\u00a0: <em>je fais des chr\u00e9tiens pour que vous ayez des paroissiens.<\/em> (Pierrel, ibidem. p. 163).<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience montre que pareil projet exige d&#8217;\u00eatre soutenue et relanc\u00e9 en permanence. Il fallait assurer une pr\u00e9sence quasi continuelle, les portes et le coeur ou\u00adverts. Gr\u00e2ce aux plus en\u00adgag\u00e9s de ses Congr\u00e9ganistes, jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes, le P. Chami\u00adnade avait un noyau de chr\u00e9tiens sur lesquels il pouvait compter.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00e9glise de la Madeleine, an\u00adcienne \u00e9glise du couvent des Soeurs Madelonnettes, convenait parfaitement \u00e0 la r\u00e9alisation de ce pro\u00adjet. Quelques pi\u00e8ces autour de l&#8217;\u00e9glise accueillaient les diverses r\u00e9unions. Cet ensemble, le Fon\u00addateur l&#8217;appelait une mission stable et permanente.<\/p>\n<p>Cette option pastorale \u00e9tait une des nouveaut\u00e9s de la Congr\u00e9gation de Bordeaux. Dans les anciennes Congr\u00e9gations, on n&#8217;avait gu\u00e8re en vue que de soutenir dans les bonnes voies, par une \u00e9dification mutuelle, des chr\u00e9tiens pieux. Mais dans notre si\u00e8cle, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de renouvellement o\u00f9 nous sommes, la religion demande autre chose de ses Enfants.<\/p>\n<p>Elle veut que tous, de concert, se\u00adcondent le z\u00e8le de ses Ministres, et, dirig\u00e9s par leur prudence, travaillent \u00e0 la relever. C&#8217;est cet esprit qu&#8217;on inspire dans les nouvelles Congr\u00e9gations. Chaque Directeur est un missionnaire permanent, chaque Congr\u00e9gation une mission perp\u00e9tuelle. (R\u00e9ponse aux difficult\u00e9s qu&#8217;on fait d&#8217;ordinaire contre les Congr\u00e9gation \u00e9tablies sur la plan de celles de Bordeaux, etc. Texte cit\u00e9 dans EF. III, p. 237).<\/p>\n<h4 id=\"eduquer-les-croyants\" >Eduquer les croyants<\/h4>\n<p>Une autre application de l&#8217;esprit missionnaire au service de la foi chr\u00e9tienne c&#8217;est l&#8217;\u00e9ducation de la foi des chr\u00e9tiens.<\/p>\n<h5 id=\"loption-scolaire\" >L&#8217;option scolaire<\/h5>\n<p>D\u00e8s apr\u00e8s sa formation, \u00e0 Mussidan, le jeune G.-Joseph Chaminade, avec ses fr\u00e8res Jean-Baptiste et Louis, opta pour l&#8217;\u00e9ducation de la foi en milieu scolaire. Plusieurs fois, dans sa cor\u00adrespondance, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce choix premier pour en souligner l&#8217;importance.<\/p>\n<p>Il \u00e9crit, par exemple, au P. Che\u00advaux et \u00e0 la communaut\u00e9 de Saint-Remy\u00a0: <em>A proportion que vous aurez des \u00e9l\u00e8ves qui se tourne\u00adront s\u00e9rieusement vers Dieu, vous en trouverez quelques-uns qui auront du z\u00e8le et dont vous pourrez vous servir \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des autres, comme de petits missionnaires\u00a0: j&#8217;ai vu, autrefois, qu&#8217;on obtenait ainsi de grands succ\u00e8s<\/em> (LC. III. 725, p. 380, du 7 f\u00e9vrier 1834).<\/p>\n<p>Le 2 janvier 1802, deux Congr\u00e9ganistes, Lafargue et Darbignac, ouvrirent \u00e0 Bordeaux une \u00e9cole quasi-gratuite. Quelques ann\u00e9es plus tard, le P. Chaminade met son domaine de Saint-Laurent \u00e0 la disposition des premiers novices des Fr\u00e8res des Ecoles Chr\u00e9tiennes.<\/p>\n<p>De cette ex\u00adp\u00e9rience de ma\u00eetre des novices des Fr\u00e8res, le Fondateur a tir\u00e9 bien des r\u00e9flexions pour ses fon\u00addations fu\u00adtures. Rien d&#8217;\u00e9tonnant donc que plus tard, \u00e0 ses religieux et religieuses, il pro\u00adpose l&#8217;apostolat scolaire comme une mission. (ERM. p. 290-293). Et cela avec une double op\u00adtion prioritaire\u00a0: l&#8217;\u00e9cole chr\u00e9tienne en faveur des jeunes et des pauvres\u00a0; les premiers parce qu&#8217;ils sont l&#8217;avenir et les seconds parce qu&#8217;ils sont les plus d\u00e9munis. (ERM. p. 266-270\u00a0; Docu\u00adment 25, p. 391 et Do\u00adcument 26, p. 398).<\/p>\n<h3 id=\"le-voeu-denseignement\" >Le v\u0153u d&#8217;enseignement<\/h3>\n<p>Cette d\u00e9marche missionnaire, le Fondateur a voulu la concr\u00e9tiser dans le voeu d&#8217;enseignement de la foi et des m\u0153urs chr\u00e9tiennes. (ERM. p. 252-263\u00a0; p. 274). Ce v\u0153u est un h\u00e9ritage des Fr\u00e8res des Ecoles Chr\u00e9tiennes. Comme tout ce qu&#8217;il empruntait, le P. Chaminade l&#8217;a adapt\u00e9 \u00e0 ses propres religieux et religieuses. Il l&#8217;a transform\u00e9 pour lui faire mieux exprimer son propre charisme mis\u00adsionnaire. Tous, par exemple, pouvaient \u00e9mettre et vivre ce v\u0153u, m\u00eame ceux et celles qui n&#8217;\u00e9taient pas adonn\u00e9s \u00e0 l&#8217;enseignement ni en contact direct avec les \u00e9l\u00e8ves, car tous sont missionnaires. (ERM. p. 296-299\u00a0; Document n\u00b0 23, p. 386).<\/p>\n<h1 id=\"vous-etes-tous-missionnaires\" >\u00ab\u00a0Vous \u00eates tous missionnaires !\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>En r\u00e9p\u00e9tant cette formule ch\u00e8re \u00e0 notre Fondateur, avons-nous saisi toute sa significa\u00adtion, la force du mot tous\u00a0?<\/p>\n<h4 id=\"tous-participent-a-la-meme-mission\" >Tous participent \u00e0 la m\u00eame mission<\/h4>\n<p>Sa qualit\u00e9 de Missionnaire apostolique, le Fondateur ne l&#8217;a jamais consid\u00e9r\u00e9e comme une gr\u00e2ce strictement personnelle. Son comportement, d\u00e8s 1800, fait comprendre sans \u00e9quivoque qu&#8217;il veut partager sa mission avec tous ceux qui lui font confiance et qui se proposent de tra\u00advailler avec lui. Sa nomination romaine, en son libell\u00e9, \u00e9tait assortie de droits et de devoirs dont nous n&#8217;avons plus le document.<\/p>\n<p>Mais selon l&#8217;esprit, il la voyait comme une gr\u00e2ce charismatique destin\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9dification de l&#8217;Eglise universelle. De par l&#8217;autorit\u00e9 du Saint-Si\u00e8ge, le P. Chaminade se sait plac\u00e9 providentiellement \u00e0 la t\u00eate d&#8217;un mouvement missionnaire destin\u00e9 \u00e0 irriguer l&#8217;Eglise universelle de son dynamisme apostolique.<\/p>\n<p>L&#8217;Eglise qu&#8217;il faut refaire apr\u00e8s les d\u00e9vastations r\u00e9volution\u00adnaires, le P. Chaminade la voit de fait comme une Eglise missionnaire en tous ses membres. D&#8217;o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 que tous soient anim\u00e9s de ce m\u00eame esprit pour se mettre, chacun \u00e0 sa place, comme membre actif de l&#8217;Eglise, au service de la foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p>Aux la\u00efques, aux pr\u00eatres, aux religieuses ou aux religieux il r\u00e9p\u00e9\u00adtait la m\u00eame consigne\u00a0: Tous, avec moi, vous \u00eates missionnaires. Pour que naisse et grandisse cette Eglise enti\u00e8rement missionnaire, le Fondateur invitait tous les siens \u00e0 partager sa propre mission. (ERM. p. 216-218\u00a0; LT. I. 250, p. 337d).<\/p>\n<h4 id=\"des-fondations-pour-tous\" >Des fondations pour tous<\/h4>\n<p>Cette participation \u00e0 la mission se vivait, pour le P. Chaminade, \u00e0 travers des institutions eccl\u00e9siales. C&#8217;est en\u00adsemble que ces missionnaires devaient vivre et agir.<\/p>\n<p>Aussi voulait-il que toutes ses fondations soient des communaut\u00e9s, des missions stables et permanentes qui tien\u00adnent dans le temps, anim\u00e9es toutes du m\u00eame esprit. Car l&#8217;\u00e9ducation de la foi en une ville ou en une r\u00e9\u00adgion donn\u00e9es exige la dur\u00e9e et la pers\u00e9v\u00e9rance.<\/p>\n<p>Aussi toute la vie du Missionnaire aposto\u00adlique est-elle jalonn\u00e9e de fondations qui, toutes et chacune, ont leur finalit\u00e9 missionnaire. En voici une simple \u00e9num\u00e9ration\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>1800\u00a0: La Congr\u00e9gation mariale pour la\u00efques.<\/li>\n<li>1801\u00a0: Avec Mlle de Lamourous il fonde la Mis\u00e9ricorde de Bordeaux.<\/li>\n<li>1810-1815\u00a0: Divers essais dont l&#8217;Etat religieux dans le monde.<\/li>\n<li>1816\u00a0: Les Filles de Marie et leur Tiers-Ordre s\u00e9culier.<\/li>\n<li>1817\u00a0: La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie.<\/li>\n<li>1825-1830\u00a0: Les Ecoles Normales pour former des Instituteurs la\u00efcs.<\/li>\n<li>1836\u00a0: Le Tiers-Ordre r\u00e9gulier des Filles de Marie \u00e0 Auch pour multiplier, selon un d\u00e9sir de M\u00e8re Ad\u00e8le, les petites communaut\u00e9s missionnaires dans les campagnes.<\/li>\n<\/ul>\n<h4 id=\"a-limage-de-leglise\" >A l&#8217;image de l&#8217;Eglise<\/h4>\n<p>En toutes ses fondations, le P. Chaminade cherchait \u00e0 imiter l&#8217;Eglise, et dans sa ferveur, et dans ses structures, car son eccl\u00e9siologie a toujours uni la lettre et l&#8217;esprit. (ERM. p. 51-52).<\/p>\n<p>Selon l&#8217;esprit, toutes les fondations devaient s&#8217;inspirer de la ferveur de l&#8217;Eglise primi\u00adtive telle que saint Luc la pr\u00e9sente dans les Actes des Ap\u00f4tres. (ERM. p. 270-274). Cette ferveur devait devenir, dans l&#8217;esprit du Fondateur, l&#8217;\u00e9tat normal de l&#8217;Eglise si elle voulait garder et d\u00e9velop\u00adper son esprit missionnaire.<\/p>\n<p>Dans ses consid\u00e9rations sur la Congr\u00e9gation, en 1824, il ose affirmer\u00a0: <em>Si les paroisses \u00e9taient aujourd&#8217;hui ce qu&#8217;elles \u00e9taient dans l&#8217;Eglise primitive, les Congr\u00e9\u00adgations se\u00adraient absolument inutiles, elles seraient m\u00eame embarrassantes.<\/em> (Pierrel, ibidem. p. 162). Une telle af\u00adfirmation signifie que le P. Chaminade voulait que ses \u00ab\u00a0\u0153uvres\u00a0\u00bb soient comme des germes d&#8217;un constant renouvellement de l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>La Congr\u00e9gation pour les la\u00efques sera donc la r\u00e9union de divers \u00e9tats de vie, d&#8217;o\u00f9 il r\u00e9sulte, dans les villes, un corps de soci\u00e9t\u00e9 complet, \u00e9clair\u00e9 sur la religion, la pratiquant publiquement, de bonne foi, et dans toute sa puret\u00e9\u00a0: ce qui nous repr\u00e9sente assez bien, dans ce si\u00e8cle de libertinage et d&#8217;impi\u00e9t\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 des premiers chr\u00e9tiens. (Texte cit\u00e9 dans EF. III. p. 237, 1\u00b0, R\u00e9ponse aux diffi\u00adcult\u00e9s, etc.).<\/p>\n<p>La Congr\u00e9gation de Bordeaux exprimait ainsi un essai de restauration de l&#8217;Eglise dans une saine coop\u00e9ration des la\u00efques avec les pr\u00eatres. Par l\u00e0 s&#8217;exprimait son sens mission\u00adnaire car chaque directeur (de la congr\u00e9gation) est un missionnaire permanent et chaque Congr\u00e9\u00adgation une mission perp\u00e9tuelle (EF. III, p. 237, 3\u00b0, R\u00e9ponse aux difficult\u00e9s, etc.).<\/p>\n<p>Bien plus tard, en 1869, le Cardinal Donnet, Archev\u00eaque de Bordeaux, reconnut \u00e0 notre Fondateur ce r\u00f4le de reconstructeur interne de l&#8217;Eglise. Lors d&#8217;une visite \u00e0 la Madeleine, il fit aux religieux cette confidence\u00a0: C&#8217;\u00e9tait un homme \u00e9minent que le res\u00adpectable P. Chaminade\u00a0; nous ne le connaissions pas, nous ne l&#8217;appr\u00e9ciions pas, nous ne savions plus ce que nous lui devons. Et cependant, qu&#8217;on remonte \u00e0 toutes nos \u0153uvres bordelaises, le nom de M. Chaminade est inscrit en t\u00eate de chacune d&#8217;elles. (Cit\u00e9 dans La Chapelle de la Madeleine, un Sanctuaire \u00e0 Bordeaux, 1688-1988, Bordeaux 1988, p. 32).<\/p>\n<h4 id=\"la-stabilite-des-fondations\" >La stabilit\u00e9 des fondations<\/h4>\n<p>Le P. Chaminade voulait des fondations qui durent toujours \u00e0 l&#8217;image de l&#8217;Eglise \u00e0 qui la p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9tait promise. Ces missions stables et permanentes repr\u00e9sentaient pour lui l&#8217;Eglise en \u00e9tat de mission. Il insistait autant sur la stabilit\u00e9 de l&#8217;\u0153uvre que sur la stabilit\u00e9 des membres dans l&#8217;\u0153uvre. Construire une \u0153uvre et y maintenir ses membres \u00e9tait une seule et m\u00eame pr\u00e9occupa\u00adtion du Fondateur, un service stable et permanent de l&#8217;Eglise elle-m\u00eame. (ERM. p. 155-160\u00a0; p. 207-211).<\/p>\n<p>La stabilit\u00e9 avait une motivation mariale tr\u00e8s sp\u00e9cifique. Car le P. Chaminade voulait que toutes ses fondations appartiennent explicitement \u00e0 Marie. Elles formaient, toutes ensemble, la Fa\u00admille de Marie (ERM. p. 299-302).<\/p>\n<p>Aussi, maintenir une \u0153uvre ou y pers\u00e9v\u00e9rer, signifiait res\u00adter stable au service de Marie, participer, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;\u0153uvre, \u00e0 la mission m\u00eame de Marie. Cha\u00adcun membre \u00e9tait s\u00fbr d&#8217;agir ainsi au nom de Marie (EF. III, p. 238, 5\u00b0) et toute sa vie \u00e9tait une vie toute vou\u00e9e \u00e0 Marie. Nous sommes ici \u00e0 la racine de ce que le voeu de stabilit\u00e9 exprime dans la vie religieuse marianiste.<\/p>\n<h1 id=\"une-mission-universelle\" >Une mission universelle<\/h1>\n<p>L&#8217;universalit\u00e9 est une autre caract\u00e9ristique des fondations missionnaires du P. Chami\u00adnade. On peut grouper les Fondateurs en deux cat\u00e9gories\u00a0: ceux qui fondent en partant de be\u00adsoins r\u00e9els, soin des malades, n\u00e9cessit\u00e9 de tenir des \u00e9coles, faire la cat\u00e9ch\u00e8se et bien d&#8217;autres appels\u00a0; par ailleurs il y a ceux qui s&#8217;inspirent d&#8217;une spiritualit\u00e9, d&#8217;une gr\u00e2ce charismatique par\u00adtag\u00e9e avec des disciples. Le P. Chaminade se situe dans cette seconde cat\u00e9gorie. Il est un spiri\u00adtuel, un mission\u00adnaire marial, envoy\u00e9 par le Saint-Si\u00e8ge, au service de la foi dans l&#8217;Eglise univer\u00adselle. Son premier but de Fondateur consiste \u00e0 faire vivre et partager une doctrine mission\u00adnaire, fruit d&#8217;une gr\u00e2ce charismatique reconnue par l&#8217;Eglise. Quant aux \u0153uvres \u00e0 r\u00e9aliser, on verra bien, on sera attentif aux indications de la Providence, selon le conseil de Marie\u00a0: Faites ce qu&#8217;il vous dira (Jn 2,\u00a05).<\/p>\n<p>Une mission qui se veut eccl\u00e9siale est en soi universelle. Son but\u00a0: atteindre tous les hommes. Ses moyens\u00a0: se servir de tout ce qui peut faire na\u00eetre et grandir la foi afin de multi\u00adplier les chr\u00e9tiens en tous les lieux\u00a0; triple universalit\u00e9, celle du but, celle des moyens, celle de l&#8217;extension g\u00e9ographique.<\/p>\n<h2 id=\"atteindre-tous-les-hommes\" >Atteindre tous les hommes<\/h2>\n<p>La mission veut atteindre tous les hommes (ERM. p. 263-267), car le Christ les a tous sauv\u00e9s. L&#8217;apostolat, qui est la mise en \u0153uvre de la mission, est pr\u00e9cis\u00e9ment pour le P. Chami\u00adnade la participation au myst\u00e8re r\u00e9dempteur du Christ.<\/p>\n<p>Cette vue th\u00e9ologale de l&#8217;apostolat vient au P. Chaminade de sa contempla\u00adtion de Marie associ\u00e9e au myst\u00e8re de la R\u00e9demption. Il en conclut\u00a0: de l\u00e0 les missionnaires (EM. II. 341). La mission exprime donc \u00e0 la fois l&#8217;enracinement divin par la foi dans le mys\u00adt\u00e8re du salut et sa r\u00e9alisation humaine par la charit\u00e9. (ERM. p. 291-293).<\/p>\n<p>Atteindre tous les hommes signifie aussi les rejoindre l\u00e0 o\u00f9 ils vivent\u00a0: sur la terre enti\u00e8re et dans toutes les conditions sociales. L&#8217;universalit\u00e9 g\u00e9ographique recouvre ce double terrain.<\/p>\n<p>Si le P. Chaminade a commenc\u00e9 humblement \u00e0 Bordeaux sa mission, jamais il n&#8217;a voulu la cir\u00adconscrire \u00e0 cette seul ville. D\u00e8s que le Providence lui fait signe, il est pr\u00eat \u00e0 \u00e9tendre son souci missionnaire \u00e0 d&#8217;autres r\u00e9gions afin de r\u00e9pondre \u00e0 l&#8217;ordre de J\u00e9sus\u00a0: Allez, portez l&#8217;Evangile \u00e0 toutes les nations (Mt 28,\u00a019).<\/p>\n<h2 id=\"par-tous-les-moyens-au-service-de-la-foi\" >Par tous les moyens au service de la foi<\/h2>\n<p>Telle est une autre expres\u00adsion de l&#8217;universalit\u00e9 de la mission selon le P. Chaminade (ERM. p. 242-251). Il a \u00e9crit dans les Constitutions de la S.M. de 1839, art. 6\u00a0: La Soci\u00e9t\u00e9 de Ma\u00adrie n&#8217;exclut aucun genre d&#8217;\u0153uvres.<\/p>\n<p>Celles de nos S\u0153urs affirment la m\u00eame v\u00e9rit\u00e9 de fa\u00e7on plus subjective\u00a0: Le c\u0153ur d&#8217;une Fille de Marie doit (.\u00a0.\u00a0.) \u00eatre celui d&#8217;une m\u00e8re, un c\u0153ur plein de solli\u00adcitude et de compassion pour toutes les mis\u00e8res de l&#8217;humanit\u00e9, et parti\u00adculi\u00e8rement pour celles qui compromettent le salut des \u00e2mes, savoir l&#8217;ignorance et le p\u00e9ch\u00e9 (art. 8).<\/p>\n<p>Remarquons les deux couples, celui des dispositions \u00e0 vivre\u00a0: sollicitude et compassion, et celui des engagements\u00a0: lutter contre l&#8217;ignorance et le p\u00e9ch\u00e9. Les deux dispositions qui doivent animer tout missionnaire, sont pr\u00e9cis\u00e9ment celles que le P. Chaminade rel\u00e8ve tr\u00e8s souvent dans le c\u0153ur de Marie elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Quant aux objectifs, ils sont pr\u00e9sent\u00e9s selon une tournure habi\u00adtuelle \u00e0 la pens\u00e9e du Fondateur\u00a0: la lutte contre le mal, le p\u00e9ch\u00e9, afin de r\u00e9tablir le bien (ERM. p. 150-152). En positif cela se traduit par l&#8217;utilisation de toute la vari\u00e9t\u00e9 des \u0153uvres de z\u00e8le et de mis\u00e9ricorde (ERM. p. 243-246).<\/p>\n<blockquote><p>\u00ab\u00a0Faites tout ce qu&#8217;il vous dira\u00a0\u00bb (Jean 2,\u00a05)<\/p><\/blockquote>\n<p>La derni\u00e8re parole de Marie dans l&#8217;Ecriture, le Fondateur ne l&#8217;utilise pour signifier l&#8217;universalit\u00e9 de la mission qu&#8217;\u00e0 partir des Constitutions de la SM de 1829, ar\u00adticle 6. Cette utilisa\u00adtion est donc relativement tardive. Mais une fois ce sens admis, cette parole devient rapidement la devise de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie. (ERM. p. 235-241).<\/p>\n<p>D&#8217;o\u00f9 nous vient-elle\u00a0? Du P. de Clorivi\u00e8re, semble-t-il, qui l&#8217;utilise en ce sens dans ses \u00e9crits concernant les fondations religieuses qu&#8217;il fit durant la R\u00e9volution m\u00eame. (ERM. Docu\u00adment n\u00b0 22, p. 383). Le P. Chaminade accueille d&#8217;abord la formule avec un sens spirituel, soit pour nous inviter \u00e0 la vie int\u00e9rieure, soit pour nous encourager dans la foi.<\/p>\n<p>Dans tous les cas la parole de Marie aux servants de Cana exprime pour nous le souci qu&#8217;a Marie de nous orienter sans se lasser sur J\u00e9sus, dans une d\u00e9marche de foi. Tel fut sa propre attitude de Femme de l&#8217;Alliance\u00a0: faire ce que Dieu dit.<\/p>\n<p>De cette fa\u00e7on Marie nous fait entrer dans le C\u0153ur de J\u00e9sus-Sauveur de tous les hommes\u00a0: Marie et nous avec elle, associ\u00e9s au myst\u00e8re de la R\u00e9demption pour lui en faire porter tous ses fruits aujourd&#8217;hui. Nous sommes toujours renvoy\u00e9s aux m\u00eames v\u00e9rit\u00e9s de base.<\/p>\n<h1 id=\"missionnaires-de-marie\" >\u00ab\u00a0Missionnaires de Marie\u00a0\u00bb<\/h1>\n<p>Le texte de la lettre aux pr\u00e9dicateurs des retraites, du 24 ao\u00fbt 1839, est connu\u00a0: Notre \u0153uvre est grande, elle est magnifique. Si elle est universelle, c&#8217;est que nous sommes les Mission\u00adnaires de Marie qui nous a dit\u00a0: &#8216;Faites tout ce qu&#8217;il vous dira&#8217;\u00a0! Oui, nous sommes tous mission\u00adnaires\u00a0! Ce texte en sa bri\u00e8vet\u00e9 est un bon r\u00e9sum\u00e9 de l&#8217;enseignement missionnaire de notre Fondateur.<\/p>\n<h4 id=\"tous-un-meme-esprit-missionnaire\" >Tous un m\u00eame esprit missionnaire<\/h4>\n<p>Si les t\u00e2ches apostoliques sont diversifi\u00e9es, les engagements vari\u00e9s, l&#8217;esprit qui les inspire doit \u00eatre le m\u00eame. Il exprime l&#8217;unit\u00e9 de l&#8217;inspiration \u00e0 laquelle le Fondateur tenait beaucoup. (ERM. p. 276-278). Le meilleur d\u00e9veloppement de cet esprit se lit dans la lettre au P. Chevaux, du 7 f\u00e9vrier 1834 (LC. III. 725, p. 377-380).<\/p>\n<p>Nous sommes invit\u00e9s, comme les ap\u00f4tres, \u00e0 compter sur la gr\u00e2ce de la mission. Nous sommes envoy\u00e9s par le Seigneur, associ\u00e9s \u00e0 son myst\u00e8re r\u00e9dempteur qui doit porter ses fruits aujourd&#8217;hui. Cette gr\u00e2ce est \u00e0 vivre en union avec Marie, travaillant \u00e0 cette \u0153uvre pour laquelle elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e \u00e0 la Maternit\u00e9 divine.<\/p>\n<p>Cette gr\u00e2ce est mise en \u0153uvre soit par la pri\u00e8re m\u00e9diatrice, soit par l&#8217;activit\u00e9 concert\u00e9e, patiente et amicale. Le principe du \u00ab\u00a0tous missionnaires\u00a0\u00bb doit \u00eatre appliqu\u00e9 \u00e0 tous les niveaux\u00a0: que vos \u00e9l\u00e8ves deviennent de petits missionnaires\u00a0: j&#8217;ai vu, autrefois, qu&#8217;on obtenait ainsi de grands succ\u00e8s. Toujours agir ensemble et se d\u00e9vouer \u00e0 la m\u00eame mission, celle m\u00eame de Marie.<\/p>\n<h4 id=\"tous-missionnaires-de-marie\" >Tous \u00ab\u00a0missionnaires de Marie\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Marie d\u00e9sire que ceux qui ont fait alliance avec elle, soient tous ses missionnaires. Avec eux elle partage sa propre mission virginale et maternelle. Elle le fait avec l&#8217;Eglise toute enti\u00e8re ou plut\u00f4t l&#8217;Eglise apprend de Marie \u00e0 devenir elle aussi vierge et m\u00e8re (Lumen Gentium, n\u00b0 63).<\/p>\n<p>Telle est, de mani\u00e8re plus particuli\u00e8re, notre propre vocation qui participe \u00e0 la vocation mariale de l&#8217;Eglise toute enti\u00e8re. Car, explique le P. Chaminade, \u00e0 chacun de nous, la tr\u00e8s Sainte Vierge a confi\u00e9 un mandat pour travailler au salut de nos fr\u00e8res dans le monde. (ERM. p. 279-280).<\/p>\n<p>On peut s&#8217;\u00e9tonner que la formule, missionnaires de Marie, qui exprime si bien la synth\u00e8se de notre mission ma\u00adriale soit apparue seulement dans la lettre aux pr\u00e9dicateurs de retraites du 24 ao\u00fbt 1839. Elle semble avoir \u00e9t\u00e9 invent\u00e9e par celui qui a r\u00e9dig\u00e9 cette lettre, l&#8217;abb\u00e9 Narcisse Roussel. Mais la r\u00e9alit\u00e9 qu&#8217;elle exprime a \u00e9t\u00e9 v\u00e9cue et enseign\u00e9e par le Fondateur d\u00e8s ses pre\u00admi\u00e8res fondations. (ERM. p. 281-283).<\/p>\n<h1 id=\"la-formation-des-missionnaires\" >La formation des missionnaires<\/h1>\n<p>Il ne suffit pas d&#8217;appeler de nombreuses personnes \u00e0 partager la mission, il faut encore qu&#8217;elles soient capables de vivre pareille vocation. Aussi nos Fondateurs accordaient-ils une grande importance \u00e0 la formation des missionnaires, qu&#8217;ils soient la\u00efques ou religieux.<\/p>\n<p>Leur in\u00adsistance sur la formation est consid\u00e9rable et peut m\u00eame nous para\u00eetre aujourd&#8217;hui voiler le dy\u00adnamisme missionnaire. D&#8217;o\u00f9 la question souvent pos\u00e9e entre nous\u00a0: saintet\u00e9 d&#8217;abord ou mis\u00adsion d&#8217;abord\u00a0? Disons\u00a0: quelle saintet\u00e9 pour notre mission marianiste\u00a0?<\/p>\n<p>Il est normal que pour cette recherche sur la formation, nous puisions largement et dans les Constitutions de 1839 et dans les Ecrits de direction.<\/p>\n<h2 id=\"des-personnes-libres-par-la-verite\" >Des personnes libres par la v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n<p>D\u00e8s l&#8217;origine des Filles de Marie, nos Fondateurs ont mis au point et syst\u00e9matiquement appliqu\u00e9 une m\u00e9thode psycho-religieuse dont le but principal \u00e9tait de former des personnes structur\u00e9es et suffisamment uni\u00adfi\u00e9es pour se livrer, comme religieuses et religieux, \u00e0 l&#8217;apostolat missionnaire original qui leur \u00e9tait propos\u00e9. Ils appelaient ce programme de formation la direc\u00adtion.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment on lui a donn\u00e9 le nom de syst\u00e8me ou m\u00e9thode des vertus. Cette direction a toujours \u00e9t\u00e9, pour nous Ma\u00adrianistes, une d\u00e9marche originale d&#8217;initiation \u00e0 la vie religieuse. T\u00e9\u00admoin les tr\u00e8s nombreux \u00e9crits qui la pr\u00e9sentent au XIX\u00b0 si\u00e8cle et qui sont rassembl\u00e9s dans les tomes I et III des Ecrits de direction. L&#8217;analyse rapide qui suit s&#8217;inspire de la Direction de la So\u00adci\u00e9t\u00e9 de Marie, le meilleur texte-r\u00e9sum\u00e9 sur notre sujet (D. I. 1230-1238).<\/p>\n<h4 id=\"creer-des-espaces-de-liberte\" >Cr\u00e9er des espaces de libert\u00e9<\/h4>\n<p>Les vertus de pr\u00e9paration se pr\u00e9sentent comme une initiation progressive qui a pour but de d\u00e9couvrir et d&#8217;agrandir en soi, sous l&#8217;action de l&#8217;Esprit Saint, des espaces de libert\u00e9 toujours plus im\u00adportants.<\/p>\n<p>Il est indispensable pour tout homme de se sentir libre et responsable, et cela jusqu&#8217;au c\u0153ur m\u00eame de ce qui peut para\u00eetre une contrainte.<\/p>\n<blockquote><p>Car plus on est libre, plus on peut aimer en v\u00e9rit\u00e9 et assumer la vie \u00e0 laquelle Dieu appelle.<\/p><\/blockquote>\n<p>Il faut tout d&#8217;abord passer du cri contraignant de l&#8217;enfant, mais aussi de l&#8217;adulte, \u00e0 la pa\u00adrole humaine. Tel est le r\u00f4le des silences ext\u00e9rieurs de la parole et des signes.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce aux silences int\u00e9rieurs de l&#8217;esprit, de l&#8217;imagination et des passions, il est possible de mettre au service de la vie v\u00e9cue dans le pr\u00e9sent, l&#8217;ensemble des facult\u00e9s int\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Les cinq silences doivent donc permettre de vivre le moment pr\u00e9sent avec une pl\u00e9nitude toujours plus grande. Alors, dans l&#8217;aujourd&#8217;hui biblique, l&#8217;homme croyant peut rencontrer et aimer son Dieu.<\/p>\n<p>Le recueillement commence \u00e0 ouvrir, dans le c\u0153ur humain, ce sanctuaire int\u00e9rieur, lieu de pri\u00e8re et d&#8217;attention \u00e0 la Trinit\u00e9 sainte qui habite tout chr\u00e9tien.<\/p>\n<p>L&#8217;ob\u00e9issance permet au d\u00e9butant dans la vie religieuse de reconna\u00eetre et de donner leur place aux autres et \u00e0 Dieu, dans les r\u00e9alisations concr\u00e8tes de sa vie. De l\u00e0 na\u00eet la possibilit\u00e9 d&#8217;une franche coop\u00e9ration avec les autres et d&#8217;une ouverture \u00e0 Dieu dans la conduite de sa propre vie.<\/p>\n<p>Le support des mortifications pr\u00e9serve tous ces espaces de libert\u00e9 contre l&#8217;agression parfois intempestive des peines, des \u00e9preuves, des reproches, des incompr\u00e9hensions. Il s&#8217;agit d&#8217;acqu\u00e9rir une sorte de blindage spirituel qui rend capable d&#8217;affronter les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 la vie.<\/p>\n<p>Par la pratique de ces vertus on se dispose \u00e0 entrer dans la voie de la perfection (D. I. 1234). Ainsi se mettent en place les premi\u00e8res dispositions indispensable\u00a0: la connaissance et la ma\u00ee\u00adtrise de soi, toutes deux n\u00e9cessaires pour grandir en saintet\u00e9 et pour accomplir sa mission aposto\u00adlique (R\u00e8gle de la S. M., art. 4.17, a.).<\/p>\n<h4 id=\"un-travail-en-profondeur\" >Un travail en profondeur<\/h4>\n<p>Les vertus d&#8217;\u00e9puration s&#8217;apparentent \u00e0 un travail en profondeur qui assure des racines solides aux vertus de pr\u00e9paration. La connaissance de soi et celle de Dieu, gr\u00e2ce aux espaces in\u00adt\u00e9rieurs de libert\u00e9 qui se sont cr\u00e9\u00e9s, font voir plus clairement nos complicit\u00e9s avec le mal et le mauvais.<\/p>\n<p>Des obstacles int\u00e9rieurs sont per\u00e7us avec une acuit\u00e9 nouvelle. En premier, la faiblesse ap\u00adpara\u00eet comme cong\u00e9nitale et donc insurmontable. Cela est vrai. Au lieu de se d\u00e9courager, il faut s&#8217;ouvrir \u00e0 la foi. Alors un nouveau chemin se d\u00e9couvre\u00a0: plus je suis faible, plus il appara\u00eet que c&#8217;est l&#8217;Esprit Saint qui agit en moi et non pas moi. Telle est la grande d\u00e9couverte de saint Paul\u00a0: Donc je me complais dans les faiblesses, les insultes, les contraintes, les pers\u00e9cutions et les angoisses pour le Christ\u00a0! Car lorsque je suis faible, c&#8217;est alors que je suis fort (2 Co 12,\u00a010).<\/p>\n<p>Bien d&#8217;autres mauvais penchants ont en nous des racines. Patiemment il faut s&#8217;attacher \u00e0 d\u00e9velopper les vertus oppos\u00e9es. Dans cette conduite, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;ouverture d&#8217;\u00e2me et \u00e0 la docilit\u00e9, les deux d\u00e9\u00admarches extr\u00eames peuvent \u00eatre \u00e9vit\u00e9es\u00a0: le scrupule qui est une maladie et l&#8217;illusion qui est un manque de r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Des obstacles ext\u00e9rieurs peuvent aussi nous agresser. Des contrari\u00e9t\u00e9s diverses font cro\u00eetre la patience, la prudence, la sagesse, la confiance en Dieu. Les suggestions venant du monde obli\u00adgent \u00e0 approfondir la v\u00e9rit\u00e9, par l&#8217;oraison faite \u00e0 la lumi\u00e8re de la foi, selon la m\u00e9thode. Les tenta\u00adtions du d\u00e9mon exigent vigilance et combat spirituel.<\/p>\n<p>Le travail de l&#8217;\u00e9puration permet donc d&#8217;atteindre jusqu&#8217;aux racines de nos fautes et nous pr\u00e9\u00adpare \u00e0 correspondre plus enti\u00e8rement \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu (R\u00e8gle de la S.M., art. 4.17, b).<\/p>\n<h4 id=\"acceder-a-la-verite\" >Acc\u00e9der \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9<\/h4>\n<p>Les vertus de consommation lib\u00e8rent de l&#8217;\u00e9go\u00efsme de mani\u00e8re que notre vie soit toute centr\u00e9e sur le Seigneur (R\u00e8gle de la S.M., art. 4.17, c). Tel est le r\u00f4le de l&#8217;humilit\u00e9 et de la modes\u00adtie int\u00e9\u00adrieure, deux attitudes fondamentales pour toute vie selon l&#8217;Esprit. Elles ne peuvent exister que dans la lumi\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9, celle sur Dieu et celle sur nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&#8217;abn\u00e9gation de soi-m\u00eame, elle porte \u00e0 rechercher dans la conduite de la vie ce qui est selon Dieu et sa gr\u00e2ce. Ainsi prend forme la d\u00e9marche premi\u00e8re qui est demand\u00e9e \u00e0 tout dis\u00adciple du Christ. En s&#8217;attachant \u00e0 suivre son Seigneur, il sera pr\u00eat au renoncement aux cr\u00e9atures et au monde.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble de ces d\u00e9marches et de ces vertus veut \u00eatre une initiation \u00e0 la vie spirituelle des missionnaires marianistes. Elle veut implanter en tout candidat une vie morale sur laquelle pourront s&#8217;appuyer \u00e0 la fois les engagements religieux et la vie th\u00e9ologale de conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<h2 id=\"des-hommes-de-foi-le-credo\" >\u00ab\u00a0Des hommes de foi \u00bb\u00a0: le CREDO<\/h2>\n<p>Le souci constant du P. Chaminade de former des hommes de foi nous est connu. Mais quelle foi nous est propos\u00e9e\u00a0? Celle que l&#8217;Eglise depuis l&#8217;origine transmet \u00e0 toutes les g\u00e9n\u00e9ra\u00adtions par le Credo, le \u00ab\u00a0Symbole des Ap\u00f4tres\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Mon \u00e9tude sur Le Credo chez le P. Chaminade (Revue Marianiste In\u00adternationale, n\u00b0 9, avril 1988, p. 6-17) montre clairement que le P. Chami\u00adnade, fid\u00e8le en cela au cat\u00e9chisme du concile de Trente, a utilis\u00e9 le Credo durant toute sa vie. Mais selon les \u00e9poques, l&#8217;utilisation du Symbole des ap\u00f4tres fut dif\u00adf\u00e9rente. D&#8217;abord objet de pr\u00e9dication surtout pour les fid\u00e8les et les Congr\u00e9ganistes, le Credo devient ensuite la base sur laquelle il construit la vie de foi et de conformit\u00e9 au Christ\u00a0; enfin, il l&#8217;uti\u00adlise syst\u00e9matiquement, soit pour initier les d\u00e9bu\u00adtants \u00e0 la m\u00e9ditation, soit pour servir de sujet \u00e0 l&#8217;oraison de foi.<\/p>\n<h4 id=\"je-crois-en-dieu\" >\u00ab\u00a0Je crois en Dieu\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Lorsque le Fondateur commente ce premier article du Credo, il y joint tr\u00e8s fr\u00e9quemment le dernier article\u00a0: Je crois en la vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Cette remarque m\u00e9rite attention, car elle souligne la structure cyclique du Credo qui part du Dieu cr\u00e9ateur et aboutit pour tous les croyants, ras\u00adsembl\u00e9s dans l&#8217;Eglise universelle (LG. n\u00b0 2), \u00e0 la vie \u00e9ternelle qui est la vie m\u00eame de Dieu. Ainsi vu, le Credo contient la globalit\u00e9 de la foi chr\u00e9\u00adtienne, ce que Vatican II, en Lumen Gentium, chapitre 1\u00b0 surtout n\u00b02, appelle le myst\u00e8re de l&#8217;Eglise\u00a0: de Dieu cr\u00e9ateur par le Dieu Sauveur et l&#8217;Esprit Sanctificateur, gr\u00e2ce \u00e0 l&#8217;Eglise, jusqu&#8217;\u00e0 la vie d\u00e9finitive en Dieu, partage de celle m\u00eame du Dieu \u00e9ternel. Cet enseignement sur le myst\u00e8re de l&#8217;Eglise semble de premi\u00e8re importance pour nos temps d&#8217;apr\u00e8s Concile.<\/p>\n<p>Les commentaires du Fondateur sur le premier article du Credo se d\u00e9veloppent habi\u00adtuellement sur deux lignes compl\u00e9mentaires\u00a0: un premier enseignement objectif sur Dieu et un second sur l&#8217;importance de la foi du coeur, adh\u00e9sion globale du croyant \u00e0 la R\u00e9v\u00e9lation. Les deux sont pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on pratique, comme source de convictions et de foi v\u00e9cue.<\/p>\n<h4 id=\"une-foi-objective-en-dieu\" >Une foi objective en Dieu<\/h4>\n<p>Dieu est l&#8217;objet premier de notre foi. Il est pr\u00e9sent\u00e9 et m\u00e9dit\u00e9 comme cr\u00e9ateur, conserva\u00adteur et fin derni\u00e8re de l&#8217;homme et de l&#8217;humanit\u00e9. Percevoir Dieu comme \u00ab\u00a0origine\u00a0\u00bb et non point comme simple \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb de sa cr\u00e9ation, est fondamental pour le croyant.<\/p>\n<p>L&#8217;acte cr\u00e9ateur est une acte originel, un acte d&#8217;amour qui jaillit du c\u0153ur de Dieu. Et parce qu&#8217;il aime tout ce qu&#8217;il cr\u00e9e, Dieu maintient tout dans l&#8217;\u00eatre et il en est la fin ultime.<\/p>\n<p>Dans la lumi\u00e8re de cette relation d&#8217;amour au Dieu cr\u00e9ateur et P\u00e8re, l&#8217;homme, cr\u00e9ature de Dieu, trouve sa propre dignit\u00e9. Il peut jouer son r\u00f4le de \u00ab\u00a0cause\u00a0\u00bb, car il est lui-m\u00eame un \u00eatre libre, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&#8217;image et ressemblance de Dieu et capable d&#8217;aimer. Aujourd&#8217;hui surtout il est im\u00adportant d&#8217;avoir un enseignement clair sur les relations r\u00e9ciproques entre Dieu et l&#8217;humanit\u00e9, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de la cr\u00e9ation.<\/p>\n<p>Dans une autre s\u00e9rie de textes, le P. Chaminade contemple et pr\u00e9sente Dieu qui est pour nous l&#8217;Etre souverain, la V\u00e9rit\u00e9 souveraine, la Bont\u00e9 souveraine, bref Dieu au-dessus de nous et \u00e0 qui nous appartenons dans une relation d&#8217;adoration et d&#8217;amour.<\/p>\n<p>A un monde ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame, cette situation primordiale de Dieu peut appara\u00eetre comme une ali\u00e9nation, une sorte d&#8217;\u00e9crasement de l&#8217;homme. Cela est vrai si Dieu n&#8217;est plus per\u00e7u comme \u00e9tant l&#8217;Amour en per\u00adsonne, le P\u00e8re qui suscite, dans le c\u0153ur de tout homme, l&#8217;amour en r\u00e9ponse au sien.<\/p>\n<p>Croire en Dieu, au Dieu de J\u00e9sus Christ, donne \u00e0 l&#8217;homme d&#8217;aujourd&#8217;hui sa vraie sta\u00adture et sa plus grande libert\u00e9. Mais les chr\u00e9tiens t\u00e9moignent-ils de pareille v\u00e9rit\u00e9\u00a0? La cherchent-ils dans la foi ou dans ses succ\u00e9dan\u00e9s\u00a0?<\/p>\n<h4 id=\"la-foi-du-coeur\" >La \u00ab\u00a0foi du c\u0153ur\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>L&#8217;expression je crois en Dieu a inspir\u00e9 au P. Chaminade ce qu&#8217;il appelle lui-m\u00eame la foi du c\u0153ur. Croire en Dieu c&#8217;est affirmer non seulement qu&#8217;on croit qu&#8217;il y a un Dieu, mais en\u00adcore qu&#8217;on l&#8217;aime et qu&#8217;on esp\u00e8re en lui (D. II. n\u00b0 4), c&#8217;est croire avec la pl\u00e9nitude de son \u00eatre, particu\u00adli\u00e8rement avec son affectivit\u00e9, son c\u0153ur. C&#8217;est de cette foi qui sort du c\u0153ur en m\u00eame temps que de l&#8217;esprit que le saint Concile de Trente a dit qu&#8217;elle \u00e9tait &#8216;la racine de toute notre justifi\u00adcation&#8217;, et saint Paul, l&#8217;aliment de la vie du juste car &#8216;le juste vit de la foi&#8217; (Rm 1,\u00a017\u00a0; D. II. n\u00b0 8).<\/p>\n<p>La foi du c\u0153ur est une cons\u00e9quence de l&#8217;objectivit\u00e9 de notre foi. Croire en Dieu et l&#8217;aimer, n&#8217;est-ce pas aimer ce que Dieu nous dit, nous r\u00e9v\u00e8le, partage avec nous\u00a0? Seul celui qui aime Dieu comme un P\u00e8re peut vivre de la foi du c\u0153ur.<\/p>\n<p>Elle est comme l&#8217;aboutissement de la qualit\u00e9 de disciple du Christ et fait communier \u00e0 l&#8217;amour m\u00eame de J\u00e9sus envers son P\u00e8re. Je ne vous appelle plus serviteurs.\u00a0.\u00a0., je vous appelle amis, parce que tout ce que j&#8217;ai entendu aupr\u00e8s de mon P\u00e8re, je vous l&#8217;ai fait conna\u00eetre (Jn 15,\u00a015).<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 il nous est possible d&#8217;entrevoir l&#8217;importance de l&#8217;oraison durant laquelle peut na\u00eetre et se d\u00e9velopper cette foi qui jaillit du c\u0153ur de l&#8217;homme vers celui de Dieu.<\/p>\n<h4 id=\"la-foi-structure-du-missionnaire\" >La foi, structure du missionnaire<\/h4>\n<p>La foi doit structurer l&#8217;\u00eatre int\u00e9rieur du missionnaire. Elle n&#8217;est pas simple connaissance in\u00adtellectuelle. Le t\u00e9moignage de l&#8217;Esprit Saint la transforme en conviction et lui donne toute sa fermet\u00e9.<\/p>\n<p>Cette foi pratique tend \u00e0 relier ensemble, dans le coeur du croyant, la foi objective aux v\u00e9rit\u00e9s r\u00e9v\u00e9l\u00e9es et la foi subjective riche des dispositions int\u00e9rieures de la charit\u00e9. Me voici ser\u00advante du Seigneur, qu&#8217;il m&#8217;advienne selon ta parole, peut dire Marie \u00e0 l&#8217;ange.<\/p>\n<p>La foi struc\u00adture donc l&#8217;\u00eatre humain du croyant\u00a0: l&#8217;esprit par la connaissance du vrai Dieu, le c\u0153ur par l&#8217;amour en r\u00e9ponse aux avances du Dieu-Amour, la vie par un service affectif et ef\u00adfectif du Dieu vivant. Conna\u00eetre, aimer, servir, une triple d\u00e9marche famili\u00e8re \u00e0 notre Fonda\u00adteur et \u00e0 ses disciples.<\/p>\n<h4 id=\"je-crois-en-jesus-christ\" >\u00ab\u00a0Je crois en J\u00e9sus Christ\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>La foi en J\u00e9sus Christ est ce que l&#8217;on peut appeler une foi historique. Nous croyons en J\u00e9sus qui a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u du Saint Esprit, est n\u00e9 de la Vierge Marie, a souffert, est mort, est ressuscit\u00e9, est mont\u00e9 au ciel.\u00a0.\u00a0. Elle concerne donc toute l&#8217;humanit\u00e9 dans sa propre histoire qui est nais\u00adsance, vie, mort et r\u00e9surrection.<\/p>\n<h4 id=\"vivre-une-histoire-sainte\" >Vivre une \u00ab\u00a0histoire sainte\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Croire en J\u00e9sus Christ est la d\u00e9marche centrale de tout chr\u00e9tien, comme elle fut, par ex\u00adcellence, celle de Marie, la M\u00e8re de J\u00e9sus, nomm\u00e9e explicitement dans le Credo.<\/p>\n<p>Cette adh\u00e9sion exprime la qualit\u00e9 de dis\u00adciple de J\u00e9sus, l&#8217;attitude fondamentale de celui qui croit en son Ma\u00eetre, qui le suit sur ses chemins et va jusqu&#8217;\u00e0 partager sa destin\u00e9e terrestre et donc aussi sa vie c\u00e9\u00adleste.<\/p>\n<p>Rien de plus normal donc que la foi en J\u00e9sus Christ tende \u00e0 s&#8217;incarner dans la vie de tout croyant pour faire de son existence concr\u00e8te une \u00ab\u00a0histoire sainte\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce fut le cas de Marie qui gardait dans son c\u0153ur paroles et \u00e9v\u00e9nement et les confrontait (Lc 2,\u00a019), en vue d&#8217;\u00e9clairer sa propre conduite et de l&#8217;ajuster sans cesse \u00e0 toute nouvelle r\u00e9v\u00e9lation re\u00e7ue sur l&#8217;Enfant.<\/p>\n<p>L&#8217;oraison de foi que le Fondateur propose \u00e0 ses missionnaires, n&#8217;a pas d&#8217;autre but que celle m\u00eame de Marie\u00a0: incarner en une seule et m\u00eame histoire la vie humaine et la r\u00e9v\u00e9lation divine, \u00e0 l&#8217;exemple m\u00eame de J\u00e9sus, Dieu fait homme pour sauver les hommes. Ce qui laisse entrevoir que toute vie vraiment chr\u00e9tienne a, de soi, une orientation missionnaire.<\/p>\n<h3 id=\"temoigner-de-levangile-aujourdhui\" >T\u00e9moigner de l&#8217;Evangile aujourd&#8217;hui<\/h3>\n<p>La foi en J\u00e9sus Sauveur, v\u00e9cue dans l&#8217;Eglise, se nourrit de l&#8217;Evangile. Par une longue Tra\u00addition, l&#8217;Eglise d&#8217;aujourd&#8217;hui a re\u00e7u la bonne Nouvelle pour la transmettre \u00e0 toute la cr\u00e9ation. Pour ce faire, le P. Chaminade formait les siens pour qu&#8217;ils soient capables d&#8217;instruire les autres des v\u00e9rit\u00e9s de la foi.<\/p>\n<p>En \u00e9tudiant de pr\u00e8s ses nombreuses Notes d&#8217;Instructions, on est \u00e9tonn\u00e9 de l&#8217;utilisation massive qu&#8217;il fait des textes \u00e9vang\u00e9liques et de ceux qui lui viennent de la Tradi\u00adtion, tout au long des si\u00e8cles chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 d&#8217;une formation th\u00e9ologique et biblique, les religieux et les religieuses, constitu\u00e9s en communaut\u00e9s, avaient comme mission de prouver au monde, par le fait de leurs bons exemples, que le christianisme n&#8217;est pas une institution vieillie, et que l&#8217;Evangile est encore praticable au\u00adjourd&#8217;hui comme il y a 1.800 ans (LC. IV. 1076, p. 374-375, du 16 septembre 1838 au Pape Gr\u00e9\u00adgoire XVI\u00a0; texte cit\u00e9 dans notre R\u00e8gle de vie, p. 121).<\/p>\n<p>Ce t\u00e9moignage \u00e9vang\u00e9lique devait donner un singulier cr\u00e9dit \u00e0 leur enseignement de la foi. Paroles et actes, selon la structure mis\u00adsionnaire marianiste, doivent, comme en Marie, tendre \u00e0 devenir ins\u00e9parables.<\/p>\n<h4 id=\"une-solide-doctrine-christologique\" >Une solide doctrine christologique<\/h4>\n<p>La vie \u00e9vang\u00e9lique s&#8217;appuie sur une connaissance du Christ par la foi. Conna\u00eetre Dieu et son Fils J\u00e9sus Christ est la vie \u00e9ternelle\u00a0; c&#8217;est-\u00e0-dire avoir la connaissance que nous donne notre foi en Dieu et en son Fils J\u00e9sus Christ, c&#8217;est \u00eatre dans la voie de la vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Notre foi en J\u00e9sus Christ consiste \u00e0 croire v\u00e9ritablement de c\u0153ur qu&#8217;il est le Fils de Dieu. Aimons \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter sans cesse cette parole de vie \u00e9ternelle que pronon\u00e7a saint Pierre\u00a0: &#8216;Vous \u00eates le Christ, le Fils du Dieu vivant.&#8217; (D. I, n\u00b0 1262, Direction sur la S.M. dans les voies du salut, 1828).<\/p>\n<p>Ce m\u00eame Manuel de direction indique ainsi l&#8217;enseignement qui \u00e9tait \u00e0 donner\u00a0: La foi doit nous faire consid\u00e9rer J\u00e9sus Christ en lui-m\u00eame, ce qu&#8217;il est par rapport \u00e0 son P\u00e8re et ce qu&#8217;il est par rapport \u00e0 nous, (Ibidem. n\u00b0 1264\u00a0; d\u00e9veloppement de ce r\u00e9sum\u00e9 dans les n\u00b0 1265 \u00e0 1290).<\/p>\n<p>Tout part de la foi \u00e0 structurer et \u00e0 vivre. Apr\u00e8s avoir consid\u00e9r\u00e9 les perfections divines puis les per\u00adfections humaines du Christ, nous sommes invit\u00e9s \u00e0 admirer, dans l&#8217;oraison surtout, que tout est merveille en J\u00e9sus Christ\u00a0: sa conception, sa naissance, sa vie, ses vertus, ses qualit\u00e9s, ses actions, (n\u00b0 1278).<\/p>\n<p>Et si J\u00e9sus Christ est par rapport \u00e0 son P\u00e8re la gloire, la richesse et les d\u00e9lices (n\u00b0 1279), par rapport \u00e0 nous il est en m\u00eame temps notre principe, notre fin et notre moyen (n\u00b0 1282). Suivent en\u00adfin des cons\u00e9quences \u00e0 tirer de tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit (n\u00b0 1286 \u00e0 1290).<\/p>\n<p>Tel est un sch\u00e9ma de christologie qui devait \u00eatre enseign\u00e9 aux candidats \u00e0 la vie religieuse \u00e0 partir de 1828, ann\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment o\u00f9 le Fondateur commence \u00e0 insister sur la vie th\u00e9ologale et la conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<h4 id=\"la-saintete-comme-conformite-a-jesus-christ\" >La saintet\u00e9 comme conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ<\/h4>\n<p>D\u00e9j\u00e0 les plus anciennes notes autographes du P. Chaminade, celles qui datent de Mussi\u00addan, pr\u00e9sentent J\u00e9sus Christ, mod\u00e8le d&#8217;humilit\u00e9 et invitent \u00e0 l&#8217;Imitation de J\u00e9sus Christ. (Voir ces textes dans\u00a0: J.-C. D\u00e9las, Histoire des Constitutions de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, 1964, p. 28-33).<\/p>\n<p>La doctrine que le Fondateur va d\u00e9velopper \u00e0 partir de 1828, est d\u00e9j\u00e0 en germe dans ces textes an\u00adciens transcrits en partie du livre de Pierre Caussel, De la connaissance de J\u00e9sus Christ (Cf. D. II, 2\u00b0 \u00e9dition, Note bibliographique, p. 242-243).<\/p>\n<p>J\u00e9sus Christ est le mod\u00e8le des saints. Sa vie est le miroir de tout ce qui doit arriver \u00e0 l&#8217;Eglise en g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 chaque fid\u00e8le en particulier jusqu&#8217;\u00e0 la fin des si\u00e8cles. [.\u00a0.\u00a0.]<\/p>\n<p>L&#8217;obligation d&#8217;imiter J\u00e9sus Christ est fond\u00e9e\u00a0: 1. sur le dessein que Dieu a eu en nous donnant son Fils\u00a0; 2. sur l&#8217;autorit\u00e9 de l&#8217;Evangile et des Ap\u00f4tres\u00a0; 3. sur la qualit\u00e9 de chr\u00e9tien que nous por\u00adtons. [.\u00a0.\u00a0.]<\/p>\n<p>Il y a quatre choses \u00e0 consid\u00e9rer dans la vie de J\u00e9sus Christ\u00a0: 1. ses myst\u00e8res que nous devons retracer en nous, comme l&#8217;explique saint Paul\u00a0; 2. ses miracles et ses actions qui tiennent plus de Dieu que de l&#8217;homme\u00a0; 3. la vie int\u00e9rieure de J\u00e9sus Christ\u00a0; 4. sa vie ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Ces quelques citations, compar\u00e9es aux notes autographes du cahier D (D. II, n\u00b0 302-483), montrent la continuit\u00e9 de la pens\u00e9e du Fondateur sur ce sujet important de la vie spirituelle. La conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ est une des constantes de son charisme, un h\u00e9ritage qu&#8217;il a accueilli de l&#8217;Ecole fran\u00ad\u00e7aise de spiritualit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette doctrine de l&#8217;imitation de J\u00e9sus Christ est pr\u00e9sent\u00e9e clairement et avec insistance aux religieux de la S. M. comme objet unique de l&#8217;Institut, \u00e0 partir des Constitutions de 1829. Celles de 1839 reprennent et d\u00e9veloppent encore cet enseignement. La m\u00eame formation devait \u00eatre donn\u00e9e aux Filles de Marie, mais seulement selon leur Constitutions de 1839. A noter que pour les S\u0153urs la conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ se fera par l&#8217;imitation de Marie.<\/p>\n<h4 id=\"jesus-fils-de-marie\" >J\u00e9sus, Fils de Marie<\/h4>\n<p>Sur cette doctrine g\u00e9n\u00e9rale de la conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ, vient se greffer progressive\u00adment un choix charismatique propre au P. Chaminade\u00a0: imiter J\u00e9sus, oui, mais comme Fils de Marie. Dans ce cas, l&#8217;Incarnation va prendre une place importante dans notre spiritualit\u00e9. Dans ce myst\u00e8re nous sommes invit\u00e9s \u00e0 contempler de pr\u00e9f\u00e9rence le Fils de Marie.<\/p>\n<p>Le Fondateur a tir\u00e9 une importante cons\u00e9quence de ce myst\u00e8re qui r\u00e9v\u00e8le la filiation humaine du Christ. Conscient de l&#8217;importance de la conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus, le Fondateur va privil\u00e9gier la relation fi\u00adliale-maternelle entre les chr\u00e9tiens et Marie comme elle existe entre J\u00e9sus et sa M\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce choix charismatique est n\u00e9 du Credo o\u00f9 il est dit du Christ, qui a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u du Saint Esprit, est n\u00e9 de la Vierge Marie.<\/p>\n<p>Ce texte, souvent cit\u00e9 ou rappel\u00e9 par le Fondateur, permet de v\u00e9rifier, une fois de plus, combien il tenait \u00e0 ancrer ses affirmations spirituelles au roc solide de la foi apostolique.<\/p>\n<p>J\u00e9sus est devenu Fils de Marie pour \u00eatre Sauveur des hommes\u00a0: pour nous et pour notre salut, il est descendu du ciel. Ce m\u00eame choix charisma\u00adtique du Fondateur concerne donc aussi le myst\u00e8re de la R\u00e9demption. D&#8217;o\u00f9 l&#8217;importance que, toute sa vie durant, le P. Chaminade a ac\u00adcord\u00e9e \u00e0 la m\u00e9ditation du Calvaire o\u00f9 s&#8217;accomplit le myst\u00e8re du salut du monde.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il a de mieux en mieux saisi la profondeur de l&#8217;union maternelle de Marie \u00e0 son Fils, combien elle est associ\u00e9e \u00e0 ce myst\u00e8re de la naissance de l&#8217;Eglise, sacrement du salut et de l&#8217;unit\u00e9 des hommes. De plus, les ultimes paroles de J\u00e9sus ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 au P. Chaminade la profondeur et la richesse de l&#8217;Alliance que le Sauveur explicite entre sa M\u00e8re et son disciple.<\/p>\n<p>L\u00e0 prend naissance cette Al\u00adliance eccl\u00e9siale que le Fondateur nous propose de faire avec Marie et de renouveler dans la Pri\u00e8re de trois heures.<\/p>\n<h4 id=\"la-dualite-marie-consacree-a-jesus\" >La dualit\u00e9\u00a0: Marie consacr\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus<\/h4>\n<p>Entre ces deux myst\u00e8res extr\u00eames, l&#8217;Incarnation et le myst\u00e8re pascal, se d\u00e9roule la vie du Sauveur, elle aussi objet de notre foi en J\u00e9sus. Bien s\u00fbr, il n&#8217;y est pas toujours question de Ma\u00adrie\u00a0; mais plus il avance en \u00e2ge et en gr\u00e2ce, plus le Fondateur contemple, dans tous les myst\u00e8res du Christ, la part de sa M\u00e8re. L&#8217;Esprit Saint lui a fait voir l&#8217;importance de la dualit\u00e9 dans le salut op\u00e9r\u00e9 par le Christ.<\/p>\n<p>Entre le J\u00e9sus, unique Sauveur, unique M\u00e9diateur, et l&#8217;Eglise consti\u00adtu\u00e9e par la multitude des hommes devenus croyants, il y a une place propre \u00e0 la M\u00e8re de J\u00e9sus, \u00e0 la Femme par excel\u00adlence, l&#8217;Eve nouvelle.<\/p>\n<p>Marie, associ\u00e9e \u00e0 J\u00e9sus, vit, dans les myst\u00e8res du salut, la dualit\u00e9 voulue par Dieu dans la cr\u00e9ation\u00a0: homme et femme il les fit (Gn 1,\u00a027).<\/p>\n<p>L&#8217;importance donn\u00e9e par le Fondateur \u00e0 la dualit\u00e9 justifie, du moins en partie, la place qu&#8217;il accordait \u00e0 l&#8217;Alliance, lien d&#8217;amour entre deux partenaires. Faut-il rappeler l&#8217;importance que le concile Vatican II a donn\u00e9e \u00e0 cette union de la M\u00e8re et du Fils dans l&#8217;\u0153uvre de la R\u00e9demp\u00adtion\u00a0? (LG. n\u00b0 57\u00a0; Cf. n\u00b0 56-59. 61). Mais ce lien tr\u00e8s \u00e9troit qui unit Marie \u00e0 J\u00e9sus date du mo\u00adment m\u00eame de l&#8217;Incarnation du Fils de Dieu.<\/p>\n<p>Alors, affirme le concile, Marie, fille d&#8217;Adam, ac\u00adquies\u00e7ant au verbe de Dieu, est devenue M\u00e8re de J\u00e9sus et embrassant de plein c\u0153ur, sans \u00eatre entra\u00adv\u00e9e par aucun p\u00e9ch\u00e9, la volont\u00e9 salvatrice de Dieu, elle s&#8217;est consacr\u00e9e totalement comme servante du Seigneur \u00e0 la personne et \u00e0 l&#8217;\u0153uvre de son Fils, toute au service du myst\u00e8re de la R\u00e9demption en d\u00e9pendance de son Fils et en union avec lui, par la gr\u00e2ce de Dieu Tout Puissant (LG. n\u00b0 56).<\/p>\n<p>Il est r\u00e9confortant pour nous, Marianistes, de constater que notre charisme marial plonge ses racines dans la Bible, dans le Credo et dans la Tradition, r\u00e9actualis\u00e9e par Vatican II.<\/p>\n<h4 id=\"je-crois-en-lesprit-saint\" >\u00ab\u00a0Je crois en l&#8217;Esprit Saint\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>La formation des missionnaires, dans la tradition marianiste, requiert une forte vie spiri\u00adtuelle. Celle-ci est l&#8217;\u0153uvre conjointe de l&#8217;Esprit divin et de notre coop\u00e9ration humaine qu&#8217;oriente et que stimule la pr\u00e9sence active de Marie.<\/p>\n<h4 id=\"laction-sacramentelle-de-lesprit\" >L&#8217;action sacramentelle de l&#8217;Esprit<\/h4>\n<p>Il est indispensable d&#8217;exercer les candidats sur la foi au huiti\u00e8me article du Symbole, je crois au Saint Esprit\u00a0: credo in Spiritum Sanctum. Ainsi commence tout un enseignement du Fonda\u00adteur sur la troisi\u00e8me Personne de la sainte Trinit\u00e9, dans le Manuel de direction \u00e0 la vie et aux vertus religieuses dans la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, de 1829 (D. II, n\u00b0 19-36).<\/p>\n<p>Apr\u00e8s des rappels dogma\u00adtiques sur l&#8217;Esprit dans la Trinit\u00e9, le P. Chaminade d\u00e9crit longuement son action spirituelle \u00e0 travers les sacrements du bapt\u00eame et de la confirmation.<\/p>\n<p>Avec la gr\u00e2ce du bapt\u00eame, nous recevons le Saint Esprit [.\u00a0.\u00a0.] pour nous conformer spirituel\u00adlement \u00e0 l&#8217;\u00e9tat de la divine enfance de J\u00e9sus Christ. Cette gr\u00e2ce du bapt\u00eame n&#8217;est que comme un lait divin dont le Saint Esprit nous nourrit spirituellement, (n\u00b0 26).<\/p>\n<p>Nous avons re\u00e7u l&#8217;esprit des enfants de Dieu, nous devons vivre selon Dieu et de la vie m\u00eame de Dieu (n\u00b0 34). D\u00e8s notre bapt\u00eame, l&#8217;Esprit Saint nous \u00e9claire, nous anime et r\u00e9pand sur nous ses sept dons (n\u00b0 21-22).<\/p>\n<p>Ce Manuel de direction de 1829 est aussi l&#8217;\u00e9crit o\u00f9 le Fondateur pr\u00e9sente le sacrement de la confirmation avec ses incidences sur la vie spirituelle.<\/p>\n<p>La gr\u00e2ce de la confirmation est comme une nourriture solide qui, par l&#8217;op\u00e9ration proportionn\u00e9e du Saint Esprit, nous fait cro\u00eetre spirituelle\u00adment en J\u00e9sus Christ jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge de maturit\u00e9\u00a0; c&#8217;est pour cela qu&#8217;on dit que la confirmation nous rend parfaits chr\u00e9tiens (n\u00b0 26).<\/p>\n<p>Au sujet de la confirmation, le P. Chaminade envisage un \u00e9tat spirituel qui doit beaucoup int\u00e9resser les missionnaires d&#8217;aujourd&#8217;hui. Il \u00e9voque la mauvaise r\u00e9ception de ce sacrement qui ne peut, de ce fait, produire tous ses fruits.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas tout de faire p\u00e9nitence de ce p\u00e9ch\u00e9, comme des autres de la vie pass\u00e9e\u00a0; mais, pour ainsi dire, d&#8217;en susciter la gr\u00e2ce. Et il signale un en\u00adsemble de d\u00e9marches qui rappellent singuli\u00e8rement ce que dans les groupes charismatiques d&#8217;aujourd&#8217;hui l&#8217;on appelle le bapt\u00eame dans l&#8217;Esprit. Il s&#8217;agit de la doctrine sur la reviviscence de ce sacrement que l&#8217;on ne peut recevoir qu&#8217;une seule fois (n\u00b0 25).<\/p>\n<p>L&#8217;Esprit Saint est ainsi donn\u00e9 \u00e0 tous les chr\u00e9tiens pour en faire des t\u00e9moins du Christ en les menant \u00e0 la saintet\u00e9 qui est confor\u00admit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ (n\u00b0 29-36).<\/p>\n<h4 id=\"une-vie-selon-lesprit\" >Une vie selon l&#8217;Esprit<\/h4>\n<p>Dans un autre \u00e9crit (D. II, n\u00b0 417 \u00e0 474), le Fondateur d\u00e9veloppe plusieurs principes selon lesquels doit se d\u00e9velopper dans tout candidat \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9, la vie spirituelle fruit des sacre\u00adments du bapt\u00eame et de la confirmation. En voici l&#8217;essentiel.<\/p>\n<p><strong>Premier principe :<\/strong> Chaque chr\u00e9tien re\u00e7oit \u00e0 son bapt\u00eame l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ, il est con\u00e7u pour ainsi dire par l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ. C&#8217;est ce divin Esprit qui le fera cro\u00eetre jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e2ge de l&#8217;homme parfait, jusqu&#8217;\u00e0 l&#8217;enti\u00e8re conformit\u00e9 avec J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<p>Le directeur n&#8217;aura qu&#8217;\u00e0 r\u00e9\u00adgler la coop\u00e9ration de son \u00e9l\u00e8ve \u00e0 cette op\u00e9ration continuelle de l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ (D. II, 418).<\/p>\n<p><strong>Deuxi\u00e8me principe\u00a0:<\/strong> Nous avons \u00e9t\u00e9 tous con\u00e7us en Marie, nous devons na\u00eetre de Marie et \u00eatre form\u00e9s par Marie \u00e0 la ressemblance de J\u00e9sus Christ afin que nous ne vivions que de la vie de J\u00e9\u00adsus Christ, que nous soyons comme avec J\u00e9sus Christ d&#8217;autres J\u00e9sus, fils de Marie. D&#8217;o\u00f9 une grande d\u00e9votion \u00e0 Marie afin d&#8217;obtenir d&#8217;elle de plus en plus les traits de conformit\u00e9 avec J\u00e9sus Christ qu&#8217;op\u00e9rera l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ (D. II, 420).<\/p>\n<p><strong>Troisi\u00e8me principe\u00a0:<\/strong> L&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ n&#8217;op\u00e8re en nous notre conformit\u00e9 \u00e0 ce divin Mod\u00e8le, qu&#8217;\u00e0 proportion que nous avons plus de foi. En cons\u00e9quence, ce principe donne aux di\u00adrecteurs trois objets de sollicitude par rapport \u00e0 la foi, \u00e9purer la foi, faire cro\u00eetre dans la foi, faire agir par la foi (D. II, 422-423).<\/p>\n<p><strong>Quatri\u00e8me principe\u00a0:<\/strong> Le directeur observera souvent les progr\u00e8s des op\u00e9rations de l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ dans ses \u00e9l\u00e8ves depuis le commencement de leur \u00e9ducation religieuse, pour y faire coop\u00e9rer, pour animer et encourager (D. II, 427-428).<\/p>\n<p><strong>Cinqui\u00e8me principe\u00a0:<\/strong> Dieu nous a pr\u00e9destin\u00e9s pour \u00eatre conformes \u00e0 l&#8217;image de son Fils (Rm 8,\u00a029). Or cette conformit\u00e9 consiste \u00e0 lui ressembler en l&#8217;ext\u00e9rieur et en l&#8217;int\u00e9rieur de ses myst\u00e8res. D&#8217;o\u00f9 patience dans le directeur pour attendre la consommation de l&#8217;ouvrage, courage dans l&#8217;\u00e9l\u00e8ve pour la mortification de sa nature que lui inspirera l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ op\u00e9rant en lui (D. II, 429. 436).<\/p>\n<h4 id=\"lesprit-et-marie\" >L&#8217;Esprit et Marie<\/h4>\n<p>Tels sont les principes primordiaux selon lesquels l&#8217;Esprit pr\u00e9pare les missionnaires, dis\u00adciples du P. Chaminade. Celui-ci souligne dans les principes suivants l&#8217;importance <strong>de l&#8217;humilit\u00e9<\/strong> (6\u00b0 principe), de la<strong> mortification en la vertu du Saint Esprit<\/strong> (7\u00b0 principe), de la <strong>vertu de p\u00e9nitence<\/strong> (8\u00b0 principe) et de <strong>la chastet\u00e9 qui donne les m\u00eames inclinations et sentiments, dont le Fils de Dieu est rempli dans l&#8217;\u00e9tat de sa r\u00e9surrection<\/strong> (9\u00b0 principe) (D. II, 437-465).<\/p>\n<p>La vie selon l&#8217;Esprit forme donc dans le missionnaire marianiste l&#8217;homme th\u00e9ologal, le religieux conforme \u00e0 J\u00e9sus mort et ressuscit\u00e9\u00a0; celui qui ne vit plus que de la foi, de la charit\u00e9 et de l&#8217;esp\u00e9rance\u00a0; celui dont toute la vie est inspir\u00e9e par l&#8217;amour de Dieu et du prochain\u00a0; celui dont toute la vie est orient\u00e9e vers la vie \u00e9ternelle, participation \u00e0 la vie de J\u00e9sus Christ en la tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Les neuf principes rappel\u00e9s ci-dessus<\/strong> ont tous la m\u00eame structure\u00a0: ils pr\u00e9cisent ce que fait l&#8217;Esprit Saint et ce qui revient au Directeur qui accompagne le candidat. C&#8217;est l&#8217;application du principe plus g\u00e9n\u00e9ral, souvent rappel\u00e9, que la vie spirituelle, tout comme l&#8217;oraison, est \u00e0 la fois l&#8217;\u0153uvre de Dieu et l&#8217;\u0153uvre de l&#8217;homme. Dieu agit par l&#8217;Esprit Saint et tout ce qui est divin vient de Lui.<\/p>\n<p>Mais tout ce qui est humain rel\u00e8ve de nous. Dans ce \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb sont rassembl\u00e9s et le candidat en lien avec son Directeur, mais aussi Marie qui, dans l&#8217;invisible, dispose et le candidat et le Directeur \u00e0 rester tr\u00e8s ouverts \u00e0 l&#8217;action multiforme de l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ. A chacun son r\u00f4le\u00a0! Le P. Chaminade est tr\u00e8s sensible \u00e0 la bonne r\u00e9partition m\u00eame du travail spirituel, entre l&#8217;Esprit et l&#8217;Eglise dont Marie est membre.<\/p>\n<h4 id=\"je-crois-a-la-sainte-eglise-catholique\" >\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la sainte Eglise catholique\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s la foi en la sainte Trinit\u00e9, il faut \u00eatre form\u00e9 \u00e0 la foi que nous avons \u00e0 porter \u00e0 l&#8217;Eglise. L&#8217;\u00e9tude des \u00e9crits du Fondateur sur l&#8217;Eglise, oblige \u00e0 faire, d&#8217;embl\u00e9e, une remarque importante. Pr\u00eatre fid\u00e8le aux enseignements du concile de Trente, le P. Chaminade en a re\u00adtenu, non l&#8217;aspect d&#8217;opposition au Protestantisme avec ses anath\u00e8mes, mais les \u00e9l\u00e9ments positifs sur lesquels il construit un enseignement fort moderne. De ce fait, l&#8217;eccl\u00e9siologie de notre Fonda\u00adteur, qui a \u00e9t\u00e9 peu \u00e9tudi\u00e9e, est tr\u00e8s proche de celle de Lumen Gentium.<\/p>\n<h4 id=\"leglise-de-jesus-christ-avec-marie\" >L&#8217;Eglise de J\u00e9sus Christ avec Marie<\/h4>\n<p>On sait que l&#8217;eccl\u00e9siologie de Vatican II n&#8217;a pu prendre toute son ampleur apr\u00e8s le vote qui fit en\u00adtrer le texte sur Marie dans celui sur l&#8217;Eglise. Vote douloureux, acquis \u00e0 40 voix de majorit\u00e9 seule\u00adment sur pr\u00e8s de 3.000 votants. Cette division du Concile s&#8217;explique par les di\u00adverses eccl\u00e9siologies et mariologies dont \u00e9taient tributaires les P\u00e8res du Concile.<\/p>\n<p>Je suis de plus en plus convaincu que, comme pour Vatican II, c&#8217;est Marie situ\u00e9e au c\u0153ur de l&#8217;Eglise qui a \u00e9galement permis au P. Chaminade ses vues eccl\u00e9siologiques modernes. Ja\u00admais en effet il ne consid\u00e8re Marie seule, uniquement pour elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Toujours elle est contempl\u00e9e et pr\u00e9sent\u00e9e comme relative, ou aux trois Personnes divines, ou \u00e0 l&#8217;Eglise et \u00e0 ses membres. Tr\u00e8s normalement le Fondateur situe Marie soit dans les myst\u00e8res du Christ soit dans celui de l&#8217;Eglise, ce que veut faire aussi, selon le libell\u00e9 de son titre, le tr\u00e8s beau chapitre 8 de Lumen Gentium.<\/p>\n<p>Notre Fondateur nous invite donc, comme missionnaires de Marie, \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s ouverts \u00e0 une eccl\u00e9siologie mariale bien plus qu&#8217;\u00e0 une marialogie eccl\u00e9siale. Cette option met en \u00e9vi\u00addence une correspon\u00addance r\u00e9elle entre les affirmations du Credo et la structure du texte central de Vatican II, Lu\u00admen Gentium.<\/p>\n<p>En disant\u00a0: je crois \u00e0 l&#8217;Eglise, nous sommes renvoy\u00e9s \u00e0 l&#8217;Eglise en sa totalit\u00e9 et sur\u00adtout \u00e0 son myst\u00e8re (L.G. chap. 1). Evoquer l&#8217;Eglise catholique ou universelle, n&#8217;est-ce pas \u00eatre orient\u00e9 vers l&#8217;Eglise comme Peuple de Dieu r\u00e9pandu sur toute la terre et anim\u00e9 de l&#8217;esprit mis\u00adsionnaire (L.G. chap. 2)\u00a0? En proclamant l&#8217;Eglise sainte, nous croyons en sa voca\u00adtion univer\u00adselle, la saintet\u00e9 (L.G. chap. 5).<\/p>\n<p>Toute l&#8217;eccl\u00e9siologie de Vatican II repose sur ces trois chapitres privil\u00e9gi\u00e9s de Lumen Gentium comme sur trois piles de fondation\u00a0: l&#8217;Eglise dans la pens\u00e9e \u00e9ternelle de Dieu, l&#8217;Eglise dans l&#8217;histoire comme Peuple de Dieu, l&#8217;Eglise en son accomplissement comme Peuple saint, communion des saints pour la vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<h4 id=\"marie-dans-leglise-comme-mystere\" >Marie dans l&#8217;Eglise comme myst\u00e8re<\/h4>\n<p>L&#8217;Eglise est premi\u00e8re dans la pens\u00e9e cr\u00e9atrice de Dieu en m\u00eame temps qu&#8217;elle est l&#8217;ultime accomplissement de toute la cr\u00e9ation. Elle a son origine et sa pl\u00e9nitude en Dieu. En elle se r\u00e9alise le dessein d&#8217;amour infini sur toutes les cr\u00e9atures (L.G. n\u00b0 2). Le Pape Jean-Paul II l&#8217;a bien mis en relief dans son encyclique Redemptoris Mater, n\u00b0 7, en s&#8217;appuyant sur Eph\u00e9\u00adsiens 1,\u00a03-14.<\/p>\n<p>Marie, comme cr\u00e9ature et comme croyante, ne peut \u00eatre que membre de l&#8217;Eglise du Christ. Membre \u00e9minent, le plus saint, mais membre \u00e0 part enti\u00e8re. M\u00e8re de l&#8217;Eglise, comme toute m\u00e8re, elle fait partie de la famille et y tient sa place.<\/p>\n<p>Sa vocation unique de M\u00e8re de Dieu, sa saintet\u00e9 immacul\u00e9e la pr\u00e9destinent dans l&#8217;Eglise \u00e0 une fonction qui lui est propre, celle de vivre une relation de dualit\u00e9 avec son Fils J\u00e9sus et par l\u00e0 avec les autres Personnes divines. Aussi est-elle la fille pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e du P\u00e8re et le temple de l&#8217;Esprit Saint.<\/p>\n<p>Par le don de cette gr\u00e2ce supr\u00eame, elle d\u00e9passe de loin toutes les autres cr\u00e9atures c\u00e9lestes et terrestres. Cependant, elle est en m\u00eame temps, de par sa descendance d&#8217;Adam, unie \u00e0 tous les hommes qui ont besoin du salut (L.G. n\u00b0 53).<\/p>\n<p>Notre foi en l&#8217;Eglise se doit d&#8217;accueillir Marie, de lui donner la place qui lui revient. Elle fait partie de la foi des disciples du Christ depuis que sur la croix, J\u00e9sus l&#8217;a d\u00e9clar\u00e9e M\u00e8re du disciple bien-aim\u00e9 et que celui-ci l&#8217;a accueillie.<\/p>\n<h4 id=\"leglise-est-catholique\" >L&#8217;Eglise est catholique<\/h4>\n<p>Vatican II, par le chapitre 2 de Lumen Gentium, a d\u00e9fini l&#8217;Eglise comme le peuple de Dieu. Le concile souligne que l&#8217;Eglise se reconna\u00eet comme le peuple des baptis\u00e9s. Ce peuple messia\u00adnique a pour chef le Christ de qui l&#8217;Eglise est devenue le Corps qui lui sert d&#8217;instrument pour la r\u00e9\u00addemption de tous (n\u00b0 9).<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 eccl\u00e9siale en son entier est sacrement du salut pour tous les hommes, c&#8217;est-\u00e0-dire lieu et moyen de leur conversion et de leur union \u00e0 Dieu. Cette m\u00eame Eglise, Corps du Christ, est aussi sacrement de l&#8217;unit\u00e9 pour tous les hommes, lieu et moyen de leur unit\u00e9, sur la terre et dans le ciel.<\/p>\n<p>Comme communaut\u00e9 des croyants, l&#8217;Eglise, depuis le C\u00e9nacle, se reconna\u00eet en Marie (Ac 1,\u00a014). M\u00e8re de J\u00e9sus, elle a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 son Fils et Sauveur pour faire na\u00eetre au Cal\u00advaire le Corps eccl\u00e9sial du Christ.<\/p>\n<p>Son r\u00f4le maternel, munus maternum (L.G. n\u00b0 60), est au\u00adjourd&#8217;hui encore, sous l&#8217;action de l&#8217;Esprit, de rassembler ce Peuple de Dieu en une Communaut\u00e9 frater\u00adnelle dont elle est la M\u00e8re et le Mod\u00e8le de saintet\u00e9. En cela, elle actualise les proph\u00e9ties sur la nouvelle J\u00e9rusalem. Marie se situe donc au c\u0153ur de l&#8217;Eglise missionnaire anim\u00e9e par l&#8217;Esprit Saint (L.G. n\u00b0 13-17).<\/p>\n<h4 id=\"leglise-est-sainte\" >L&#8217;Eglise est sainte<\/h4>\n<p>Non seulement l&#8217;Eglise est Peuple de Dieu, mais Peuple du Dieu saint. Le chapitre 5 de Lumen Gentium sur l&#8217;appel universel \u00e0 la saintet\u00e9 correspond au chapitre 2 et le compl\u00e8te en pr\u00e9\u00adcisant la qualit\u00e9 essentielle de l&#8217;Eglise\u00a0: l&#8217;Eglise du Christ est sainte. Le Christ en effet, a aim\u00e9 l&#8217;Eglise comme son Epouse et s&#8217;est donn\u00e9 pour elle afin de la sanctifier (Cf. Ep 5,\u00a025-26) (LG. n\u00b0 39). Le concile, en ce chapitre 5, identifie saintet\u00e9 et charit\u00e9.<\/p>\n<p>De cette Eglise sainte, Marie est l&#8217;Arch\u00e9type. Avant que l&#8217;Eglise ne soit n\u00e9e au Calvaire, la future M\u00e8re du Christ fut con\u00e7ue sainte et sans p\u00e9ch\u00e9, comme doit devenir l&#8217;Eglise (Ep 1,\u00a04). Avant l&#8217;Eglise, Marie est, en \u00e2me et en corps, dans la gloire \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Avant que l&#8217;Eglise ne r\u00e9alise, en sa multitude, sa totale saintet\u00e9 et sa pr\u00e9sence dans la gloire de son Seigneur, Marie, par la gr\u00e2ce de Dieu, en sa seule personne, vit cette pl\u00e9nitude. L&#8217;Eglise met donc Marie devant ses yeux, la contemple, pour de\u00advenir comme elle, sainte, conforme \u00e0 J\u00e9sus Christ jusque dans la gloire de la vie \u00e9ternelle (L.G. n\u00b0 59).<\/p>\n<p>Marie n&#8217;est pas seulement mod\u00e8le de l&#8217;Eglise. Elle a mission, comme Vierge Sainte, de coop\u00e9rer avec l&#8217;Esprit Saint pour faire de l&#8217;humanit\u00e9 enti\u00e8re, devenue Eglise, l&#8217;Epouse de l&#8217;Agneau qui s&#8217;est faite belle (Ap 19,\u00a07-8). Car la destin\u00e9e de Marie, au c\u0153ur de l&#8217;Eglise, c&#8217;est que toute l&#8217;humanit\u00e9 devienne cette cit\u00e9 sainte, J\u00e9rusalem nouvelle (Ap 21,\u00a02), la Communion des Saints, un Peuple de saints, comme l&#8217;\u00e9crivit un jour le P. Chaminade \u00e0 son ami, le P. Noailles (LC. II. 388, p. 175, du 15.02.1826).<\/p>\n<h4 id=\"je-crois-a-la-vie-eternelle\" >\u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la vie \u00e9ternelle\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>La destin\u00e9e ultime de l&#8217;Eglise, d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e en Marie, c&#8217;est d&#8217;\u00eatre rassembl\u00e9e dans la pl\u00e9ni\u00adtude de Dieu et de vivre de sa vie, \u00e9ternellement.<\/p>\n<h4 id=\"la-vie-eternelle\" >La vie \u00e9ternelle<\/h4>\n<p>La vis\u00e9e eschatologique est, elle aussi, essen\u00adtielle \u00e0 l&#8217;Eglise et \u00e0 chaque croyant. Au temps du P. Chaminade, l&#8217;on pr\u00eachait souvent les fins derni\u00e8res et le discours s&#8217;adressait surtout aux individus, particuli\u00e8rement aux p\u00e9cheurs afin qu&#8217;ils se convertissent.<\/p>\n<p>Le texte de la fin du Credo est plus riche et plus eccl\u00e9sial. Je crois \u00e0 la Communion des Saints, qui est l&#8217;Eglise en son ach\u00e8\u00advement (LG. chap. 7). Pour y arriver, je crois \u00e0 la r\u00e9mission des p\u00e9ch\u00e9s, car ils sont le seul obs\u00adtacle \u00e0 cette vie pl\u00e9ni\u00e8re qui s&#8217;\u00e9panouit dans la vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>Ainsi le Credo ach\u00e8ve sa boucle. Il a pris naissance en Dieu Cr\u00e9ateur et il s&#8217;ach\u00e8ve, \u00e0 travers l&#8217;histoire humaine du Sauveur et celle de l&#8217;Eglise, dans la vie m\u00eame du Dieu Trinit\u00e9.<\/p>\n<p>En 1835, le Fondateur en \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 proposer, comme premiers exercices du noviciat, la m\u00e9ditation de la fin du Credo. Credo vitam aeternam. La joie de la vie \u00e9ternelle doit se graver profond\u00e9ment dans tous ceux qui entrent dans cette sainte milice. Que de combats ils auront \u00e0 sou\u00adtenir\u00a0! Mais ceux qui combattront bien, comme athl\u00e8tes de J\u00e9sus Christ leur divin Chef, seront assu\u00adr\u00e9s de cette couronne de gloire qui ne se fl\u00e9trira jamais (2 Tm 2,\u00a05) (D. II, n\u00b0 82).<\/p>\n<h4 id=\"en-tout-regarde-le-but\" >\u00ab\u00a0En tout, regarde le but\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>Ce proverbe, in omnibus respice finem, revient plusieurs fois sous la plume du Fondateur, surtout en ses ann\u00e9es de maturit\u00e9. Toute sa vie il a m\u00e9dit\u00e9 les fins derni\u00e8res, pour lui et pour les autres. Pour vivre dans le temps et bien y accomplir sa t\u00e2che, il lui fallait regarder au-del\u00e0 du temps. Ce qu&#8217;il \u00e9crit dans la m\u00eame Lettre \u00e0 un Ma\u00eetre des novices peut convenir \u00e0 tous.<\/p>\n<p>Quelle l\u00e2chet\u00e9 n&#8217;aper\u00e7oit-on pas dans les noviciats si, au commencement du noviciat, la vue du Ciel et le d\u00e9sir de poss\u00e9der Dieu, qui est lui-m\u00eame la vie et le bonheur \u00e9ternels, ne sont pas imprim\u00e9s forte\u00adment par les vives lumi\u00e8res de la foi dans l&#8217;\u00e2me de chaque novice\u00a0! [.\u00a0.\u00a0.]<\/p>\n<p>Vous reconna\u00eetrez que vos \u00e9l\u00e8ves font des progr\u00e8s dans la foi de ce 12\u00b0 article du Symbole, s&#8217;ils en \u00e9coutent parler avec plaisir, s&#8217;ils prennent du courage et s&#8217;ils ne redoutent pas les lois de J\u00e9sus Christ sur le combat spirituel (D. II, n\u00b0 84-85).<\/p>\n<p>Ainsi le d\u00e9sir de poss\u00e9der Dieu relance chaque jour le courage de progresser vers lui sur les routes du Christ et de son Evangile.<\/p>\n<h4 id=\"vivre-la-presence-de-dieu\" >Vivre la pr\u00e9sence de Dieu<\/h4>\n<p>De fa\u00e7on plus universelle, la foi en la vie \u00e9ternelle nous fait d\u00e9passer le monde des causa\u00adlit\u00e9s pour saisir, au-del\u00e0 et en dedans, le Dieu Amour comme origine de toute vie, comme celui qui la maintient et celui qui attire tout \u00eatre cr\u00e9\u00e9 vers Lui, en sa vie \u00e9ternelle.<\/p>\n<p>L&#8217;habitude de la pr\u00e9sence de Dieu trouve ici toute sa justification. Toujours au m\u00eame Ma\u00eetre des novices, le Fondateur \u00e9crit\u00a0: Vous d\u00e9sirez que je vous dise mon sentiment sur la premi\u00e8re pratique que vous avez \u00e0 introduire dans le noviciat. J&#8217;y ai r\u00e9fl\u00e9chi souvent. Mes r\u00e9flexions m&#8217;ont toujours ramen\u00e9 \u00e0 la foi en la sainte pr\u00e9sence de Dieu partout.<\/p>\n<p>De la sainte crainte de Dieu, vient l&#8217;amour parfait auquel le religieux doit toujours tendre. &#8216;Marchez en ma pr\u00e9sence, dit Dieu \u00e0 Abraham, et vous serez par\u00adfaits (Gn 17,\u00a01) (D. II, n\u00b0 117). Dieu nous fait voir notre myst\u00e8re personnel en celui de l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>Un tel regard est capable d&#8217;orienter notre histoire et de nous faire vivre dans le sens m\u00eame de J\u00e9sus Christ, contemplant sans cesse son P\u00e8re des cieux.<\/p>\n<h1 id=\"progresser-vers-la-plenitude-direction-et-oraison\" >Progresser vers la pl\u00e9nitude : Direction et Oraison<\/h1>\n<p>Montrer le but \u00e0 atteindre est une chose, en donner les moyens en est une autre. Le P. Chaminade s&#8217;est souci\u00e9 autant de l&#8217;un que de l&#8217;autre.<\/p>\n<h4 id=\"la-direction-marianiste\" >La \u00ab\u00a0direction\u00a0\u00bb marianiste<\/h4>\n<p>Peut-\u00eatre m\u00eame \u00e9tait-il plus sensible \u00e0 fournir les moyens et \u00e0 les utiliser syst\u00e9matique\u00adment qu\u2019\u00e0 rappeler les finalit\u00e9s. Il savait que l&#8217;Esprit avait la plus grande part dans l&#8217;approfondissement de l&#8217;esp\u00e9rance eschatologique, dont Marie est le signe certain (LG. n\u00b0 68).<\/p>\n<p>Quant aux moyens \u00e0 mettre en \u0153uvre, cela rel\u00e8ve pour beaucoup de l&#8217;ouvrage de l&#8217;homme, comme il aimait \u00e0 dire. En ceci, comme en bien d\u2019autres comportements, le Fondateur s&#8217;inspirait de l&#8217;esprit de la R\u00e8gle de Saint Beno\u00eet.<\/p>\n<p>L&#8217;ensemble des moyens de progression spiri\u00adtuelle portait le nom de Direction, mot qui revient tr\u00e8s souvent chez le P. Chaminade. Par ce terme il entendait l&#8217;\u00e9ducation du religieux, c&#8217;est-\u00e0-dire le soin que la Soci\u00e9t\u00e9 prend de ceux qui s&#8217;offrent \u00e0 elle, pour les conduire depuis le premier pas jusqu&#8217;au dernier terme de la perfection \u00e0 la\u00adquelle ils tendent (Constitutions de la SM., 1839, art. 97).<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement aux R\u00e8gles et Constitutions, le Fondateur a cherch\u00e9, toute sa vie, \u00e0 \u00e9crire pour les siens un Manuel de direction qui devait d\u00e9tailler les d\u00e9marches essentielles et assurer l&#8217;initiation et la progression dans la vie selon l&#8217;Esprit Saint.<\/p>\n<p>Sur ce point aussi, nous n&#8217;avons en\u00adcore pas suffisamment \u00e9largi nos horizons. M\u00eame notre R\u00e8gle de vie reste enferm\u00e9e, au sujet de la direction, dans ce qu&#8217;on est convenu d&#8217;appeler la m\u00e9thode des vertus. Pour assurer le progr\u00e8s dans la vie spirituelle, il est bon de donner une importance particuli\u00e8re \u00e0 l&#8217;enseignement du Fonda\u00adteur sur les vertus de pr\u00e9paration, d&#8217;\u00e9puration et de consommation, est-il \u00e9crit au d\u00e9but de l&#8217;article 4.17.<\/p>\n<p>Ensuite ces trois vertus sont d\u00e9\u00adtaill\u00e9es. Le texte s&#8217;ach\u00e8ve sur cette simple phrase qui in\u00addique une suite possible, mais sans l&#8217;int\u00e9grer dans la direction\u00a0: Ces vertus nous pr\u00e9parent \u00e0 rev\u00ea\u00adtir l&#8217;homme nouveau dans une vie en\u00adti\u00e8rement dirig\u00e9e par la foi, l&#8217;esp\u00e9rance et la charit\u00e9.<\/p>\n<h4 id=\"assurer-une-direction-complete\" >Assurer une \u00ab\u00a0Direction\u00a0\u00bb compl\u00e8te<\/h4>\n<p>La vie th\u00e9ologale au c\u0153ur de laquelle J\u00e9sus tient une place centrale, fait, pour notre Fondateur, partie int\u00e9\u00adgrante de la Direction qu&#8217;il a voulu donner \u00e0 ses deux Instituts religieux.<\/p>\n<h4 id=\"la-vie-theologale-de-foi-de-charite-et-desperance\" >La vie th\u00e9ologale de foi, de charit\u00e9 et d&#8217;esp\u00e9rance<\/h4>\n<p>Dans ce domaine, l&#8217;ann\u00e9e 1828 fut pour lui un vrai tournant. Tout en se mettant, avec le P. Jean Lalanne, \u00e0 \u00e9crire les premi\u00e8res Constitutions de la S. M., il pr\u00e9parait, \u00e0 Bordeaux, avec M. David Monier, son se\u00adcr\u00e9taire, un Manuel de direction qui est rest\u00e9 inachev\u00e9.<\/p>\n<p>A lire le texte dont nous disposons (D. I. n\u00b0 1244-1290), on saisit le changement intervenu par rapport \u00e0 la \u00ab\u00a0m\u00e9thode des vertus\u00a0\u00bb. En 1829, le P. Chaminade lui-m\u00eame commence \u00e0 \u00e9crire un second essai de Manuel de direction qui, malheureusement, restera lui aussi incomplet (D. II. n\u00b0 1-36).<\/p>\n<p>L&#8217;usage que j&#8217;en ai fait ci-dessus pour montrer la formation par le Credo, manifeste ses ri\u00adchesses et son originalit\u00e9.<\/p>\n<p>Ces deux textes, celui de 1828 et celui de 1829, inauguraient donc une Direction centr\u00e9e sur la vie th\u00e9ologale qui devait porter vers Dieu, en J\u00e9sus Christ, par l&#8217;Esprit Saint, les religieux et les religieuses Marianistes. Mais ceux-ci continuaient toujours \u00e0 \u00eatre ini\u00adti\u00e9s \u00e0 la vie religieuse par les vertus de pr\u00e9paration, d&#8217;\u00e9puration et de consommation.<\/p>\n<p>La direc\u00adtion qui devait former des \u00ab\u00a0personnes libres et vraies\u00a0\u00bb, se trouve, \u00e0 partir de 1828, compl\u00e9t\u00e9e par une orientation approfondie vers la vie de foi, de charit\u00e9 et d&#8217;esp\u00e9rance.<\/p>\n<h4 id=\"la-conformite-a-jesus-christ-fils-de-marie\" >La conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ, Fils de Marie<\/h4>\n<p>En 1829, le P. Lalanne avait achev\u00e9 la premi\u00e8re r\u00e9daction des Constitutions de la S.M. tant attendues. L\u00e0, nouvelle d\u00e9couverte. Il y \u00e9tait beaucoup question de la conformit\u00e9 au Christ au point que cette attitude fut pr\u00e9sent\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e comme r\u00e9sumant la double finalit\u00e9 de la So\u00adci\u00e9t\u00e9\u00a0: La Soci\u00e9t\u00e9 n&#8217;a essentiellement qu&#8217;un seul but, qu&#8217;un objet, qu&#8217;une seule vue et derni\u00e8re fin, l&#8217;imitation la plus fid\u00e8le de J\u00e9sus Christ (art. 4).<\/p>\n<p>C&#8217;est seulement en 1834 que le P. Chaminade se d\u00e9cide \u00e0 publier le premier livre de ces Constitutions. Celles de 1839, et de la Soci\u00e9t\u00e9 et des Filles de Marie, vont approfondir et d\u00e9velopper encore cette pr\u00e9sentation de la conformit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement aux Constitutions de 1834, le Fondateur se pr\u00e9occupe de r\u00e9diger, selon son habitude, un nouveau Manuel de direction. Il s&#8217;y prend \u00e0 plusieurs reprises, fait divers essais, d\u00e9\u00adveloppe tels aspects de la conformit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous avons la chance de poss\u00e9der ce cahier autographe du Fondateur, publi\u00e9 int\u00e9gralement dans les Ecrits de direction, II, n\u00b0 302 \u00e0 483. C&#8217;est l\u00e0 qu&#8217;il nous faut chercher la meilleure expression de la pens\u00e9e du P. Chaminade sur la direction qu&#8217;il veut donner \u00e0 ses Instituts religieux \u00e0 partir de 1835.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir recommenc\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 sept fois, il termine son cahier par ce significatif R\u00e9sum\u00e9 des principes de direction\u00a0: J\u00e9sus est vraiment le fils de Marie\u00a0: ex qua natus est Jesus (Mt 1,\u00a016). Personne ne sera sauv\u00e9, qu&#8217;autant qu&#8217;il aura une grande conformit\u00e9 avec J\u00e9sus Christ\u00a0; Dieu ne pr\u00e9\u00addestine personne que pour \u00eatre conforme \u00e0 J\u00e9sus Christ (D. II, n\u00b0 483).<\/p>\n<p>Ajoutons que cette m\u00eame ann\u00e9e 1835, le Fondateur \u00e9crit ses dix Lettres \u00e0 un ma\u00eetre des novices o\u00f9 se lit la m\u00eame doctrine.<\/p>\n<p>Cette simple \u00e9vocation d&#8217;une direction qui inclut une longue initiation et une profonde vie th\u00e9ologale, montre donc que l&#8217;article 4.17 de notre R\u00e8gle de vie m\u00e9riterait une s\u00e9\u00adrieuse ex\u00adtension.<\/p>\n<p>Pour avoir une vue d&#8217;ensemble de notre Direction telle que le Fondateur la voulait, il faut lire le sch\u00e9ma suggestif intitul\u00e9\u00a0: Direction de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie. Ce texte qui est de la m\u00eame \u00e9poque que le cahier autographe analys\u00e9 ci-dessus, est publi\u00e9 dans les Ecrits de di\u00adrection, I, n\u00b0 1230-1243.<\/p>\n<h4 id=\"travailler-a-devenir-saint\" >Travailler \u00ab\u00a0\u00e0 devenir saint\u00a0\u00bb<\/h4>\n<p>La formule, qui est de l&#8217;article 5 des Constitutions des Filles de Marie de 1839, est tr\u00e8s ca\u00adract\u00e9ristique du P. Chaminade. Elle vient de la R\u00e8gle de Saint Beno\u00eet o\u00f9 le monast\u00e8re est ap\u00adpel\u00e9 \u00e9cole du service du Seigneur (Prologue, 45). On y enseigne la route que nous devons suivre pour aller \u00e0 Dieu et nous unir \u00e0 lui (Chaminade, Lettres, I. 142, p. 249).<\/p>\n<p>Dans cette m\u00eame lettre, le Fonda\u00adteur fait une longue comparaison entre la m\u00e9thode carm\u00e9litaine et la m\u00e9thode maria\u00adniste. Leur but est le m\u00eame, mais les chemins d&#8217;acc\u00e8s diff\u00e8rent (ERM, p. 73-76).<\/p>\n<p>Pour nous, \u00e0 la suite du P. Chaminade, nous faisons ce qui est en notre pouvoir pour pro\u00adgresser dans la vertu et la saintet\u00e9. Nous savons que l&#8217;Esprit Saint r\u00e9pond \u00e0 cette fid\u00e9lit\u00e9 et fait en nous son \u0153uvre divine.<\/p>\n<p>Un tel choix peut avoir \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 au P. Chaminade ou du moins renforc\u00e9 en lui par la contemplation du myst\u00e8re m\u00eame de l&#8217;Incarnation. Marie apporte \u00e0 l&#8217;Esprit son humble personne, sa foi et sa fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>Elle veut aussi comprendre, \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de sa foi, comment va se d\u00e9rouler cette initiative extraordinaire pour laquelle Dieu demande sa co\u00adop\u00e9ration intelligente et libre.<\/p>\n<p>Se tenir aupr\u00e8s de Marie et vivre comme elle, est une constante invitation \u00e0 utiliser les moyens humains dans la lumi\u00e8re de la gr\u00e2ce divine. M\u00e8re du Verbe Incarn\u00e9, elle favorise toutes les incarnations du Dieu saint en notre monde, d\u00e9sormais sauv\u00e9 par J\u00e9sus.<\/p>\n<h4 id=\"un-moyen-privilegie-loraison\" >Un moyen privil\u00e9gi\u00e9\u00a0: l&#8217;oraison<\/h4>\n<p>Outre tous les moyens propos\u00e9s pour la formation spirituelle et aposto\u00adlique, l&#8217;oraison semble \u00eatre le moyen privil\u00e9gi\u00e9 sur lequel le Fondateur a insist\u00e9 le plus.<\/p>\n<h4 id=\"structurer-tout-letre\" >Structurer tout l&#8217;\u00eatre<\/h4>\n<p>On rencontre aujourd&#8217;hui tant de chr\u00e9tiens qui veulent, avec beaucoup de bonne volont\u00e9, vivre une vie chr\u00e9tienne mais qui ne disposent pas suffisamment des structures psycho-reli\u00adgieuses de base. Leur unit\u00e9 int\u00e9rieure reste encore trop d\u00e9fectueuse.<\/p>\n<p>Or une telle unit\u00e9 est in\u00addispensable. Tous les moyens d&#8217;une bonne formation doivent tendre \u00e0 unifier l&#8217;\u00eatre du baptis\u00e9 afin qu&#8217;il puisse faire offrande de soi-m\u00eame au Christ en s&#8217;engageant de fa\u00e7on permanente \u00e0 le suivre.<\/p>\n<p>Cette unit\u00e9 si pr\u00e9cieuse prend forme dans la mesure o\u00f9 les principales composantes de l&#8217;\u00eatre sont li\u00e9es intimement dans la charit\u00e9. Pour le P. Chaminade, une d\u00e9marche de base consiste \u00e0 harmoniser l&#8217;intelligence, le c\u0153ur et la volont\u00e9. Cela signifie qu&#8217;il faut conna\u00eetre la v\u00e9\u00adrit\u00e9 par la foi, l&#8217;aimer de tout c\u0153ur et, par la force de l&#8217;esp\u00e9rance, l&#8217;exprimer en actes. Les moyens concrets d&#8217;une telle formation seront pour l&#8217;essentiel\u00a0: instruire, m\u00e9diter, agir.<\/p>\n<p>Le jeune Jean Lalanne, premier chef de z\u00e8le de la premi\u00e8re communaut\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9, a syst\u00e9matiquement utilis\u00e9 cette m\u00e9thode dans ses Exercices spirituels. Il s&#8217;en explique clairement. Le Christ, notre Sauveur, nous a donn\u00e9 tous les moyens pour nous r\u00e9former.<\/p>\n<p>La foi, en effet, \u00e9claire l&#8217;esprit et dissipe ses t\u00e9n\u00e8bres. La charit\u00e9 redresse les d\u00e9r\u00e8glements du c\u0153ur et le porte vers le seul objet \u00e0 qui soit d\u00fb son amour. L&#8217;esp\u00e9rance fortifie la volont\u00e9 par la confiance en Dieu, soutient nos forces, et nous en donne par la pri\u00e8re, excite notre courage en nous montrant la couronne (D. I. 655).<\/p>\n<p>L&#8217;unit\u00e9 fonci\u00e8re du chr\u00e9tien se fait par l&#8217;action de l&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ et le d\u00e9velop\u00adpement des vertus th\u00e9ologales. En nous orientant sur Dieu en toute notre vie, celles-ci assurent \u00e0 tout chr\u00e9tien une unit\u00e9 int\u00e9rieure qui permet l&#8217;\u00e9panouissement de la vie spirituelle.<\/p>\n<h4 id=\"loraison-au-coeur-de-la-vie-missionnaire\" >L&#8217;oraison au c\u0153ur de la vie missionnaire<\/h4>\n<p>Toute sa vie durant, le P. Chaminade fut un homme d&#8217;oraison. Le P. Raymond Halter sm, dans son introduction aux Ecrits d&#8217;oraison (p. 9-26), a \u00e9tudi\u00e9 finement l&#8217;\u00e9volution historique du Fondateur, comme ma\u00eetre d&#8217;oraison.<\/p>\n<p>Ce qui nous int\u00e9resse ici c&#8217;est le r\u00f4le que devait jouer l&#8217;oraison dans la vie des missionnaires qu&#8217;il avait fond\u00e9s.<\/p>\n<h4 id=\"loraison-evangelisation-de-la-personne\" >L&#8217;oraison, \u00e9vang\u00e9lisation de la personne<\/h4>\n<p>L&#8217;oraison est le temps donn\u00e9 \u00e0 Dieu, le temps de la rencontre avec lui afin qu&#8217;il nous transforme. Cette transformation est \u00e0 la fois l&#8217;ouvrage de Dieu et l&#8217;ouvrage de l&#8217;homme, comme le Fondateur le r\u00e9p\u00e8te dans ses \u00e9crits.<\/p>\n<p>L&#8217;oraison est donc une activit\u00e9 int\u00e9rieure, priante. L&#8217;Esprit de J\u00e9sus Christ veut, durant ce temps r\u00e9gulier et privil\u00e9gi\u00e9, que l&#8217;image et la ressemblance de Dieu prennent un relief plus accentu\u00e9, que l&#8217;image du Christ et sa mani\u00e8re de vivre deviennent de plus en plus les n\u00f4tres.<\/p>\n<p>De Dieu nous recevons la gr\u00e2ce, sous de multiples formes, lumi\u00e8re, force, attirance, d\u00e9\u00adsir\u00a0; \u00e0 nous d&#8217;apporter la volont\u00e9 de bien faire oraison, la disponibilit\u00e9, une foi vivante qui d\u00e9\u00adsire s&#8217;exprimer en des actes. Tel est le milieu \u00e9vang\u00e9lisateur pour chacun des mis\u00adsionnaires.<\/p>\n<p>Alors seulement il devient t\u00e9moin vivant de l&#8217;Evangile. Nous avons \u00e0 t\u00e9moigner par toute notre vie que l&#8217;Evangile est encore praticable aujourd&#8217;hui et donc pratiqu\u00e9 effectivement par des per\u00adsonnes et des communaut\u00e9s ferventes.<\/p>\n<p>Sans l&#8217;oraison le travail missionnaire ne peut avoir toute sa v\u00e9rit\u00e9 profonde. Parler du Seigneur n&#8217;est pas suffisant. Que lui s&#8217;exprime \u00e0 travers nous, parce que nous lui sommes unis par une authentique vie int\u00e9rieure, fruit du silence et de la pri\u00e8re, de l&#8217;oraison quotidienne.<\/p>\n<p>Pour certains religieux actifs, cette exigence semble implanter dans leur vie une sorte de dicho\u00adtomie\u00a0: ou bien nous sommes des religieux actifs, ou bien des contemplatifs. Pour notre Fonda\u00adteur, nous sommes les deux.<\/p>\n<p>Il l&#8217;avait clairement not\u00e9 d\u00e8s l&#8217;article 2 des Constitutions de la So\u00adci\u00e9t\u00e9 de Marie, de 1839\u00a0: La So\u00adci\u00e9t\u00e9 veut autant que Dieu l&#8217;aidera, joindre le z\u00e8le \u00e0 l&#8217;abn\u00e9gation, le travail \u00e0 la pri\u00e8re, et, en r\u00e9unis\u00adsant les avantages de la vie active \u00e0 ceux de la vie contemplative, at\u00adteindre les fins de l&#8217;une et de l&#8217;autre. La mission exige donc de chacun une double progression\u00a0: dans la vie apostolique et dans l&#8217;oraison.<\/p>\n<h4 id=\"progresser-dans-loraison\" >Progresser dans l&#8217;oraison<\/h4>\n<p>Les Ecrits sur l&#8217;oraison manifestent le souci constant du P. Chaminade de faire progresser les siens dans l&#8217;oraison.<\/p>\n<p>Les plus anciens textes donnent des m\u00e9thodes de m\u00e9ditation. Pour commencer, il s&#8217;agit de suivre normalement une m\u00e9thode qui fait appel \u00e0 l&#8217;esprit par des consid\u00e9rations, au c\u0153ur par des affections et des pri\u00e8res, \u00e0 la volont\u00e9 par des d\u00e9cisions simples et pr\u00e9cises \u00e0 vivre dans la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9thode s&#8217;apparente \u00e0 celle utilis\u00e9e pour les vertus \u00e0 pratiquer\u00a0: instruire, m\u00e9di\u00adter, agir.<\/p>\n<p>Puis appara\u00eet une plus grande insistance sur la m\u00e9ditation du Christ en ses myst\u00e8res. L&#8217;Evangile prend une place plus importante. Le but de l&#8217;oraison est une plus profonde confor\u00admit\u00e9 \u00e0 J\u00e9sus Christ. L&#8217;union \u00e0 Marie s&#8217;impose davantage dans ce genre d&#8217;oraison, car qui veut contempler le Fils a avantage \u00e0 s&#8217;unir \u00e0 Celle qui a m\u00e9dit\u00e9 en son c\u0153ur les paroles et les \u00e9v\u00e9\u00adnement du Sauveur.<\/p>\n<p>Jusqu&#8217;ici l&#8217;oraison se d\u00e9veloppe selon un sch\u00e9ma ordinaire. Cependant, d\u00e8s l&#8217;ouverture du noviciat de Saint-Laurent, en 1821, le Fondateur donne un Pr\u00e9cis de l&#8217;oraison o\u00f9 la foi tient une grande importance\u00a0: La foi est l&#8217;aile de l&#8217;oraison sans laquelle l&#8217;\u00e2me ne pourrait s&#8217;\u00e9lever de la terre, ni monter au Ciel, si elle en \u00e9tait priv\u00e9e. (.\u00a0.\u00a0.)<\/p>\n<p>Les v\u00e9rit\u00e9s de la foi ont toutes pour objet de nous communiquer quatre connaissances\u00a0: celle de Dieu, celle de J\u00e9sus Christ, celle de soi-m\u00eame, celle des autres cr\u00e9atures (E.O. n\u00b0 354).<\/p>\n<p>Comment faire oraison en s&#8217;appuyant uniquement sur la foi\u00a0? Un ensemble de douze Notas donn\u00e9es par le P. Chaminade en 1829 environ, r\u00e9pondent \u00e0 cette question. C&#8217;est le temps o\u00f9 le Fondateur oriente aussi la vie spirituelle des siens sur la foi \u00e0 vivre. Dans ce texte intitul\u00e9\u00a0: Oraison de foi et de pr\u00e9sence de Dieu, toutes les explications insistent sur le r\u00f4le primordial de la foi dans l&#8217;oraison (E.O., n\u00b0 373-399).<\/p>\n<p>Enfin, autour de 1841, le Fondateur donne la M\u00e9thode d&#8217;oraison sur le symbole (E.O. n\u00b0 511-584). Avec ce texte, le P. Chaminade exprime un autre sommet, celui d&#8217;unir, pour les siens, le Symbole de la foi et l&#8217;oraison.<\/p>\n<p>Le Credo n&#8217;est plus une simple pri\u00e8re qui nous fait adh\u00e9rer \u00e0 la globalit\u00e9 de notre foi, il est le texte-source de notre oraison quotidienne. For\u00adm\u00e9s selon le Credo, les missionnaires marianistes, doivent aussi puiser en ce m\u00eame texte de base leur pri\u00e8re quoti\u00addienne.<\/p>\n<p>Le Symbole des ap\u00f4tres, si cher \u00e0 notre Fondateur, lui permet, \u00e0 la fin de sa vie, d&#8217;unifier la vie missionnaire. D&#8217;une source unique il fait jaillir tout le dyna\u00admisme missionnaire des siens. Cette source est le texte le plus ancien qui, \u00e0 travers les si\u00e8cles, apporte \u00e0 tous les baptis\u00e9s la foi des Ap\u00f4tres, celle de Marie, celle de l&#8217;Eglise universelle.<\/p>\n<h4 id=\"le-missionnaire-marianiste\" >Le missionnaire marianiste<\/h4>\n<p>La direction et l&#8217;oraison, comme moyens privil\u00e9gi\u00e9s, n&#8217;ont qu&#8217;un seul but, former le visage du missionnaire marianiste tel que les Constitutions le d\u00e9crivent. En r\u00e9sum\u00e9, on peut le pr\u00e9sen\u00adter ainsi.<\/p>\n<p>Avec Marie, Vierge Immacul\u00e9e, il est au service de la Foi en Dieu, en J\u00e9sus Christ, en l&#8217;Esprit Saint, dans l&#8217;Eglise. Gr\u00e2ce \u00e0 sa vie de foi et d&#8217;oraison, il devient de plus en plus conforme \u00e0 son Ma\u00eetre et Ami, J\u00e9sus. Aussi peut-il \u00eatre son t\u00e9moin.<\/p>\n<p>Avec Marie, M\u00e8re de Dieu et des hommes, il est au service de la Charit\u00e9, dans l&#8217;Eglise de la charit\u00e9, communaut\u00e9 de vie et de t\u00e9moignage. A travers sa vie communautaire et person\u00adnelle, il est appel\u00e9 \u00e0 manifester au monde l&#8217;Evangile du Christ Sauveur.<\/p>\n<p>Au nom de Marie, coop\u00e9ratrice de l&#8217;Esprit Saint, il est actif au service de l&#8217;Esp\u00e9rance chr\u00e9tienne dans l&#8217;Eglise en route vers sa pl\u00e9nitude. Son d\u00e9vouement dans des missions stables et permanentes, lui permet d&#8217;\u00eatre au service de l&#8217;Esprit de la Pentec\u00f4te qui renouvellera la face de la terre.<\/p>\n<h2 id=\"un-homme-qui-ne-meurt-pas\" >\u00ab\u00a0Un homme qui ne meurt pas \u00bb<\/h2>\n<p>Le Fondateur voulait que tous soient, avec lui, missionnaires. De m\u00eame il voulait que les m\u00e9thodes qui ont fait leurs preuves, soient transmises de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>L&#8217;exp\u00e9rience nous a fait comprendre \u00e0 cet \u00e9gard, que, pour un Directeur de Congr\u00e9gation, il faut un homme qui ne meure point, c&#8217;est-\u00e0-dire une soci\u00e9t\u00e9 d&#8217;hommes qui se seraient donn\u00e9s \u00e0 Dieu pour cette \u0153uvre, qui la rempliraient dans la maturit\u00e9 de leur \u00e2ge, apr\u00e8s s&#8217;y \u00eatre form\u00e9s sous la sainte ob\u00e9issance, et qui se transmettraient les uns aux autres le m\u00eame esprit et les m\u00eames moyens (E.F. III, p. 242, R\u00e9\u00adponse aux difficult\u00e9s, etc., 1824).<\/p>\n<p>Une fois encore la gr\u00e2ce missionnaire du P. Chaminade se r\u00e9\u00adv\u00e8le \u00e0 nous comme une gr\u00e2ce charismatique, une gr\u00e2ce destin\u00e9e \u00e0 toute l&#8217;Eglise\u00a0: il voulait ses missionnaires pour toujours au service de l&#8217;Eglise.<\/p>\n<h1 id=\"la-supplique-de-1838\" >La supplique de 1838<\/h1>\n<p>A la fin de sa vie, le Fondateur exprime clairement sa volont\u00e9 de voir la mission, telle qu&#8217;il l&#8217;avait initi\u00e9e en 1800, continuer apr\u00e8s lui. Avec son profond sens de l&#8217;Eglise qui l&#8217;a envoy\u00e9 comme Missionnaire apostolique en 1801, il va, une seconde fois, se tourner vers Rome.<\/p>\n<h4 id=\"contenu-de-la-supplique\" >Contenu de la supplique<\/h4>\n<p>Le 16 septembre 1839 sont r\u00e9dig\u00e9es les diverses suppliques au Pape Gr\u00e9goire XVI en vue d&#8217;une \u00e9ventuelle approbation des Constitutions des deux Instituts religieux. L&#8217;une de ces sup\u00adpliques demande plusieurs faveurs au Saint-P\u00e8re.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est libell\u00e9e comme suit\u00a0: Le Fondateur et Sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, Missionnaire apostolique, (.\u00a0.\u00a0.) a l&#8217;honneur de La supplier (.\u00a0.\u00a0.) de lui accorder les faveurs suivantes\u00a0: 1. Pour ses successeurs, le titre et la qua\u00adlit\u00e9 de Missionnaire apostolique, dont il a le bonheur d&#8217;\u00eatre lui-m\u00eame (.\u00a0.\u00a0.) (LC. IV. 1075, p. 372).<\/p>\n<p>Le texte est sans \u00e9quivoque. Le P. Chaminade dit clairement, \u00e0 deux reprises, qu&#8217;il est lui-m\u00eame Missionnaire apostolique. Il ne demande donc rien pour lui mais, comme il le souligne lui-m\u00eame, pour ses successeurs il demande le titre et la qualit\u00e9 de Missionnaire apostolique.<\/p>\n<h4 id=\"sens-de-la-supplique\" >Sens de la supplique<\/h4>\n<p>Visiblement le P. Chaminade veut obtenir que tous ses successeurs soient rev\u00eatus du m\u00eame titre et de la m\u00eame qualit\u00e9 que lui, qu&#8217;ils soient, durant leur g\u00e9n\u00e9ralat, comme lui, Mis\u00adsionnaires apostoliques.<\/p>\n<p>Le fait de faire cette demande pr\u00e9cise montre combien le Fondateur tenait lui-m\u00eame \u00e0 cette qualit\u00e9 de Missionnaire apostolique. Toute cette \u00e9tude a permis de sai\u00adsir tout le sens qu&#8217;il y attachait et tout le dynamisme qu&#8217;il en retirait pour l&#8217;accomplissement de sa mission.<\/p>\n<p>Ce qui fut donc \u00e0 l&#8217;origine de sa propre mission, depuis son retour de Saragosse, doit continuer apr\u00e8s lui. Que chaque Sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral soit, comme lui, ce que lui-m\u00eame a \u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>On sent que ce n&#8217;est nullement un titre honorifique qui est demand\u00e9 ici, mais la continuation d&#8217;une mission commenc\u00e9e il y a trente-huit ans, fond\u00e9e actuellement sur des bases solides, incarn\u00e9e par des hommes et de femmes form\u00e9s \u00e0 cette t\u00e2che et consacr\u00e9s \u00e0 Dieu en vue de l&#8217;accomplir.<\/p>\n<p>Le Fondateur veut donner \u00e0 sa gr\u00e2ce charismatique de Missionnaire une assise eccl\u00e9siale, comme ce fut le cas pour lui-m\u00eame.<\/p>\n<h4 id=\"la-reponse-de-rome\" >La r\u00e9ponse de Rome<\/h4>\n<p>La r\u00e9ponse arriva le 3 d\u00e9cembre 1839. Elle ne correspondait pas totalement \u00e0 ce que le P. Chaminade avait demand\u00e9 dans sa supplique.<\/p>\n<h4 id=\"contenu-de-la-reponse\" >Contenu de la r\u00e9ponse<\/h4>\n<p>En voici le texte\u00a0: Par la teneur de ces lettres, en vertu de Notre autorit\u00e9 apostolique, nous d\u00e9corons et rev\u00eatons \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 du titre de Missionnaire apostolique, avec jouissance de tous les privil\u00e8ges attach\u00e9s \u00e0 cette qualit\u00e9, notre cher Fils Chaminade, pr\u00eatre de Bordeaux, Sup\u00e9rieur G\u00e9n\u00e9ral de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie et tous ceux qui lui succ\u00e9deront dans cette charge.<\/p>\n<p>Deux remarques sont \u00e0 faire sur ce texte. Tout d&#8217;abord, le P. Chaminade est lui-m\u00eame nomm\u00e9 Missionnaire apostolique, alors qu&#8217;il l&#8217;est depuis le d\u00e9but du si\u00e8cle. Il avait signal\u00e9 ce fait dans la supplique. Y a-t-il eu mauvaise compr\u00e9hension de celle-ci\u00a0?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse aurait-elle \u00e9t\u00e9 r\u00e9dig\u00e9e sans que le r\u00e9dacteur ait eu sous les yeux la supplique\u00a0? En tous cas, nous sommes devant une incompr\u00e9hension.<\/p>\n<p>Autre remarque sur le vocabulaire utilis\u00e9. Le titre, sans qualit\u00e9, semble ici honorifique, de l&#8217;ordre d&#8217;une d\u00e9coration. Nous d\u00e9corons, dit le texte. Entre 1800 et 1839, Rome ne consid\u00e8re plus les Missionnaires apostoliques de la m\u00eame mani\u00e8re.<\/p>\n<p>De toute fa\u00e7on, la nomination du P. Chaminade, au d\u00e9but du si\u00e8cle, \u00e9tait li\u00e9e, du moins en partie, \u00e0 sa charge d&#8217;Administrateur du dioc\u00e8se de Bazas. Elle avait cependant une extension universelle, ce que n&#8217;a pas la nomination de 1839.<\/p>\n<h2 id=\"interpretation-donnee-par-le-fondateur\" >Interpr\u00e9tation donn\u00e9e par le Fondateur<\/h2>\n<p>Nous avons essay\u00e9 ci-dessus de saisir le sens de la supplique adress\u00e9e \u00e0 Rome. Tout nor\u00admalement le P. Chaminade donne \u00e0 la r\u00e9ponse du Saint-Si\u00e8ge l&#8217;interpr\u00e9tation missionnaire qui a inspir\u00e9 toute sa vie de Fondateur.<\/p>\n<p>Dans une circulaire aux pr\u00eatres de la Soci\u00e9t\u00e9 de Marie, il r\u00e9\u00adsume cet enseignement. Ce texte important peut servir aussi de conclusion \u00e0 cette \u00e9tude.<\/p>\n<p>Vous admirerez surtout l&#8217;insigne privil\u00e8ge accord\u00e9 \u00e0 tous les Sup\u00e9rieurs g\u00e9n\u00e9raux mes succes\u00adseurs. Le titre et la qualit\u00e9 de Missionnaire apostolique, dont j&#8217;ai l&#8217;honneur d&#8217;\u00eatre rev\u00eatu moi-m\u00eame, leur rappellera \u00e0 jamais, ainsi qu&#8217;\u00e0 vous, que notre \u0153uvre est une mission, un \u00e9coulement et une participation de l&#8217;apostolat de J\u00e9sus Christ.<\/p>\n<blockquote><p>Nous sommes tous missionnaires\u00a0; les simples Fr\u00e8res la\u00efques et les religieuses Filles de Marie sont aussi missionnaires\u00a0: tous missionnaires catholiques, avou\u00e9s du Saint-Si\u00e8ge.<\/p><\/blockquote>\n<p>Notre mission est donc participation de l&#8217;apostolat de J\u00e9sus Christ et en m\u00eame temps nous sommes tous missionnaires catholiques, avou\u00e9s du Saint-Si\u00e8ge.<\/p>\n<p>Le Fondateur n&#8217;a jamais s\u00e9par\u00e9 l&#8217;esprit de la lettre, l&#8217;origine spirituelle de l&#8217;insertion eccl\u00e9siale. Notre mission prend racine dans celle du Christ, envoy\u00e9 par le P\u00e8re (Jn 20,\u00a021) et elle nous est transmise et authentifi\u00e9e par l&#8217;Eglise.<\/p>\n<p>La transmission eccl\u00e9siale passe par le Sup\u00e9rieur g\u00e9n\u00e9ral. Il fallait donc que le premier Su\u00adp\u00e9rieur, dont les pr\u00eatres et les la\u00efques, soit de la Soci\u00e9t\u00e9, soit de l&#8217;Institut, ne sont sous ce point de vue que les vicaires ou les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, f\u00fbt plus sp\u00e9cialement avou\u00e9 du Souverain Pontife, et re\u00e7\u00fbt de lui le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la mission qu&#8217;il exerce de sa part, par lui-m\u00eame et par les siens, dans l&#8217;Eglise de Dieu.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 pourquoi j&#8217;ai demand\u00e9 cette faveur, et voil\u00e0 ce qu&#8217;elle signifie dans la pens\u00e9e du Bref pontifical.<\/p>\n<p>Comme l&#8217;Eglise est missionnaire de par sa d\u00e9pendance de J\u00e9sus Christ, ainsi la Famille de Marie est toute enti\u00e8re missionnaire \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;Eglise et \u00e0 son exemple.<\/p>\n<p>Les fonda\u00adtions du P. Chaminade, en se groupant autour de Marie et en faisant alliance avec elle, sont \u00e0 l&#8217;image de l&#8217;Eglise qui est \u00e0 la fois mariale et missionnaire, comme le rappelle fortement Vati\u00adcan II dans Lumen Gentium.<\/p>\n<p>Le Missionnaire apostolique, G.-Joseph Chaminade pouvait mourir. Il a tout fait pour qu&#8217;il ait toujours un successeur qui soit Missionnaire apostolique.<\/p>\n<p>Ainsi pouvait continuer, dans les deux Instituts religieux et par eux dans le la\u00efcat, le caract\u00e8re sacr\u00e9 de la mission, une sorte de confirmation eccl\u00e9siale que nous sommes tous missionnaires et Missionnaires de Marie, \u00e0 la suite du P. Chaminade et en fid\u00e9lit\u00e9 avec lui.<\/p>\n","protected":false},"author":130,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[161],"ht_kb_tag":[],"class_list":["post-1635","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-mission-sources"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1635"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/130"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1635"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1635\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1643,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1635\/revisions\/1643"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=1635"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=1635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}