{"id":1544,"date":"2016-02-05T14:49:34","date_gmt":"2016-02-05T13:49:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=1544"},"modified":"2016-02-05T15:11:54","modified_gmt":"2016-02-05T14:11:54","slug":"esprit-marianiste-et-education","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/esprit-marianiste-et-education\/","title":{"rendered":"Esprit marianiste et \u00e9ducation"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est pour moi une grande joie et une grande satisfaction de me trouver ici aujourd\u2019hui avec vous, au d\u00e9but de cette r\u00e9union des principaux responsables des \u00e9tablissements marianistes d\u2019Europe. Une grande joie et une grande satisfaction, essentiellement pour deux raisons.<\/p>\n<p>D\u2019abord parce que vous repr\u00e9sentez le grand service \u00e9ducatif que les marianistes ont offert et continuent d\u2019offrir \u00e0 notre vieux continent, dans lequel nous sommes n\u00e9s et d\u2019o\u00f9 nous nous sommes r\u00e9pandus partout dans le monde.<\/p>\n<p>Ensuite parce qu\u2019en vous regardant et en vous appelant \u201cmarianistes\u201d, je ne m\u2019adresse pas uniquement \u00e0 des religieux et \u00e0 des religieuses, mais \u00e0 un immense groupe de personnes qui partagent avec nous, religieux et religieuses, le m\u00eame r\u00eave et le m\u00eame engagement missionnaire. Si notre Fondateur, le bienheureux Guillaume-Joseph Chaminade se trouvait ici en personne, il sauterait de joie, en voyant que son r\u00eave d\u2019\u00e9duquer la jeunesse est toujours vivant, efficace, mis en \u0153uvre par religieux et la\u00efcs.<\/p>\n<p>Merci donc de m\u2019avoir invit\u00e9 \u00e0 vivre cette joie profonde et \u00e0 vous faire part de quelques r\u00e9flexions sur le projet \u00e9ducatif qui a inspir\u00e9 sa vie, et par suite, la n\u00f4tre. Pour nous, marianistes, et pour tous ceux qui collaborent \u00e0 notre mission, il est tr\u00e8s important de maintenir vivante sa m\u00e9moire. S\u2019il n\u2019avait pas exist\u00e9 et n\u2019avait pas v\u00e9cu ce qu\u2019il a v\u00e9cu, nous n\u2019existerions pas non plus comme marianistes.<\/p>\n<p>Si nous sommes ici, dans le monde et l\u2019Eglise, c\u2019est pour continuer ce qu\u2019il a v\u00e9cu et sa mission. D\u2019une certaine fa\u00e7on, nous sommes \u201cfils\u201d de notre fondateur. Par suite, \u00e9voquer entre nous sa vie et sa pens\u00e9e, ce n\u2019est pas simplement rendre un tribut \u00e0 l\u2019histoire\u00a0; c\u2019est un exercice n\u00e9cessaire pour mieux conna\u00eetre notre vocation personnelle, pour prendre une conscience plus claire des raisons \u00e0 cause desquelles et pour lesquelles nous vivons et travaillons comme marianistes.<\/p>\n<p>En somme, un exercice n\u00e9cessaire pour approfondir notre identit\u00e9 propre.<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions que je vous soumets aujourd\u2019hui sont justement motiv\u00e9es par ce d\u00e9sir de retourner \u00e0 nos racines pour garder vivante notre identit\u00e9 et saisir comment, en partant de l\u00e0, nous pouvons et devons continuer \u00e0 servir notre monde. Je les d\u00e9velopperai en trois parties\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Dans la premi\u00e8re partie, je t\u00e2cherai d\u2019expliquer les fondements de ce que nous appelons l\u2019\u201desprit marianiste\u201d\u00a0: quels sont et d\u2019o\u00f9 proc\u00e8dent les traits qui le d\u00e9finissent\u00a0; pour quoi ce sont justement ces traits et non d\u2019autres qui nous inspirent.<\/li>\n<li>Dans la seconde, je montrerai comment de ces traits d\u00e9coule une action \u00e9ducative particuli\u00e8re, qui g\u00e9n\u00e8re ce qui est notre style propre, marianiste, d\u2019\u00e9duquer.<\/li>\n<li>Dans la troisi\u00e8me, je m\u2019efforcerai de montrer comment les caract\u00e9ristiques propres de l\u2019\u00e9ducation marianiste, h\u00e9rit\u00e9es de notre tradition, sont toujours d\u2019une grande actualit\u00e9 aujourd\u2019hui, face aux besoins \u00e9ducatifs de l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de la soci\u00e9t\u00e9 et du monde actuel.<\/li>\n<\/ol>\n<h1 id=\"quentendons-nous-par-esprit-marianiste-et-quest-ce-qui-linspire\" >Qu\u2019entendons-nous par \u201cesprit marianiste\u201d et qu\u2019est-ce qui l\u2019inspire<\/h1>\n<p>D\u2019entr\u00e9e de jeu et en r\u00e9sum\u00e9, nous pouvons dire que l\u2019esprit marianiste est une fa\u00e7on, un style particulier de vivre l\u2019\u00e9vangile. La vie marianiste est d\u2019abord une vie chr\u00e9tienne, et par l\u00e0, comme toute vie chr\u00e9tienne, elle a son point de r\u00e9f\u00e9rence fondamental dans la personne de J\u00e9sus. Ce que nous vivons et ce que nous faisons trouve sa source et sa finalit\u00e9 dans ce que J\u00e9sus a v\u00e9cu et r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n<p>Cependant, la suite de J\u00e9sus a toujours comport\u00e9 des nuances et des diversit\u00e9s de style de vie, selon que c\u2019est tel ou tel aspect de sa personne et de son message qui ont le plus marqu\u00e9, ou \u00e0 cause des traits personnels du chr\u00e9tien qui se met \u00e0 la suite de J\u00e9sus, ou les circonstances qui marquent sa vie. Certains de ces \u201csuiveurs de J\u00e9sus\u201d, ont cr\u00e9\u00e9 des \u00e9coles, fond\u00e9 des communaut\u00e9s et des \u0153uvres auxquelles ils ont transmis leur fa\u00e7on de vivre l\u2019\u00e9vangile.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi qu\u2019ont surgi toute une s\u00e9rie de \u201cspiritualit\u00e9s\u201d tout au long de l\u2019histoire du christianisme. Nous savons tous comment Fran\u00e7ois d\u2019Assise a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 par la pauvret\u00e9 de J\u00e9sus au milieu d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 et d\u2019une \u00e9glise avides de pouvoir et de richesses\u00a0; ou comment Ignace de Loyola contemplait J\u00e9sus dans son ob\u00e9issance totale, en un temps de r\u00e9voltes et de r\u00e9formes n\u00e9cessaires, comme l\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque de la Renaissance\u00a0; ou comment T\u00e9r\u00e8se de Calcutta a d\u00e9couvert le visage souffrant du Christ dans les moribonds abandonn\u00e9s trouv\u00e9s dans la rue\u2026<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que sont n\u00e9s dans l\u2019histoire l\u2019esprit \u201cfranciscain\u201d, \u201cj\u00e9suite\u201d, celui des \u201cmissionnaires de la charit\u00e9\u201d\u2026 et tant d\u2019autres. De la m\u00eame fa\u00e7on est n\u00e9 \u201cl\u2019esprit marianiste\u201d, fruit de l\u2019exp\u00e9rience \u00e9vang\u00e9lique d\u2019un homme\u00a0: Guillaume-Joseph Chaminade, notre Fondateur.<\/p>\n<p>De sa marni\u00e8re particuli\u00e8re d\u2019\u00eatre et de l\u2019exp\u00e9rience historique qu\u2019il v\u00e9cue, il s\u2019est senti lui aussi attir\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on particuli\u00e8re par un aspect d\u00e9termin\u00e9 de la personne de J\u00e9sus, qu\u2019il s\u2019est efforc\u00e9 de vivre intens\u00e9ment et de transmettre \u00e0 ceux qui l\u2019entouraient.<\/p>\n<p>Quelle fut son exp\u00e9rience historique\u00a0? Quel trait particulier de la personne de J\u00e9sus l\u2019a plus particuli\u00e8rement attir\u00e9 dans ces circonstances. Ce sont des questions auxquelles il nous faut r\u00e9pondre pour comprendre \u201cl\u2019esprit marianiste\u201d, le style de vie chr\u00e9tienne qu\u2019il nous a l\u00e9gu\u00e9.<\/p>\n<h2 id=\"son-experience-historique\" >Son exp\u00e9rience historique<\/h2>\n<p>Tout le monde sait que le P. Chaminade a v\u00e9cu \u00e0 plein, dans sa propre chair, la R\u00e9volution fran\u00e7aise. C\u2019\u00e9tait un tout jeune pr\u00eatre (il avait 28 ans), quand elle \u00e9clata. D\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans la grande ville de Bordeaux, il est t\u00e9moin de la pers\u00e9cution contre l\u2019Eglise. Il vit dans la clandestinit\u00e9 et l\u2019exil. Sur le plan affectif, il a, durant cette\u201d p\u00e9riode, la douleur de perdre ses parents.<\/p>\n<p>Comme nous le savons, la R\u00e9volution fran\u00e7aise fut l\u2019un des grands chocs de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, une v\u00e9ritable convulsion historique, qui a chang\u00e9 la culture, la mentalit\u00e9 des gens et les structures sociales. Elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 une nouvelle repr\u00e9sentation du monde, des relations sociale et de l\u2019organisation de l\u2019\u00e9tat. Sa trace a marqu\u00e9 profond\u00e9ment l\u2019histoire. Nous pouvons alors imaginer l\u2019impact que tout cela a produit sur la vie concr\u00e8te de ce jeune pr\u00eatre, tout juste arriv\u00e9 dans la ville.<\/p>\n<p>Deux des effets de la R\u00e9volution fran\u00e7aise l\u2019ont interpell\u00e9 tout particuli\u00e8rement dans sa sensibilit\u00e9 sacerdotale\u00a0:<\/p>\n<h3 id=\"le-choc-sur-la-foi-des-gens\" >Le choc sur la foi des gens<\/h3>\n<p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise est le sommet d\u2019une p\u00e9riode qui a d\u00e9but\u00e9 \u00e0 la Renaissance, o\u00f9 l\u2019homme s\u2019affirme face \u00e0 Dieu. L\u2019homme devient le centre de tout ce qui existe, en affirmant le primat de sa raison sur toute autre raison, y compris la raison divine.<\/p>\n<p>Le professeur et artiste j\u00e9suite, le P. Marko Ivan Rupnik a d\u00e9crit graphiquement cet effet, en s\u2019appuyant sur les fresques de la Chapelle Sixtine\u00a0:<em> \u201cLa Renaissance, &#8211;<\/em> dit le P. Rupnik \u2013 <em>met au jour une culture europ\u00e9enne nouvelle dans laquelle l\u2019homme en devient le nouveau centre universel. Cette \u00e9tape fondamentale de la conscience europ\u00e9enne est d\u00e9crite de fa\u00e7on paradigmatique dans les fresques de Michel Ange de la Chapelle Sixtine, concr\u00e8tement dans le cycle de la cr\u00e9ation de l\u2019homme et du monde. La premi\u00e8re fresque repr\u00e9sente un Dieu puissant qui commence \u00e0 cr\u00e9er le monde. C\u2019est une figure qui occupe presque tout l\u2019espace pictural Elle va se retirer peu \u00e0 peu et n\u2019en plus finir de vieillir. Quand Dieu cr\u00e9e Eve, il est d\u00e9j\u00e0 rel\u00e9gu\u00e9 dans un coin, sur un c\u00f4t\u00e9 de la fresque, o\u00f9 il se tapit, tout courb\u00e9, vieilli, avec une grande barbe blanche. Avant de se retirer, il r\u00e9ussit encore \u00e0 b\u00e9nir l\u2019homme d\u2019une main d\u00e9j\u00e0 tremblotante\u201d.<\/em><\/p>\n<p>Cette \u00e9tape inaugur\u00e9e \u00e0 la Renaissance, culmine, comme nous l\u2019avons dit, dans la R\u00e9volution fran\u00e7aise. D\u00e9sormais Dieu n\u2019est m\u00eame plus un vieux dans un coin. Il a simplement disparu de la sc\u00e8ne. Et logiquement sa disparition entra\u00eene la disparition de la foi.<\/p>\n<p>Cet impact de la R\u00e9volution fran\u00e7aise sur la foi des gens a interpell\u00e9 profond\u00e9ment le P. Chaminade qui, tout de suite, a vu dans cette r\u00e9alit\u00e9, le reflet du moment original et \u00ab\u00a0originel\u00a0\u00bb du p\u00e9ch\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9, la r\u00e9bellion d\u2019Adam et Eve conte Dieu.<\/p>\n<h3 id=\"limpact-sur-les-institutions-a-commencer-par-leglise\" >L\u2019impact sur les institutions, \u00e0 commencer par l\u2019Eglise<\/h3>\n<p>La R\u00e9volution n\u2019a pas atteint que la mentalit\u00e9 des gens. Elle a eu un profond impact sur les institutions. Le cri d\u2019\u00e9mancipation, \u00ab\u00a0libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, fraternit\u00e9\u00a0\u00bb a provoqu\u00e9 un changement profond dans les institutions qui, avec un accord r\u00e9ciproque, avaient gouvern\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 et r\u00e8glement\u00e9 l\u2019individu\u00a0: l\u2019Etat et l\u2019Eglise, l\u2019Etat avec l\u2019Eglise, l\u2019Eglise avec l\u2019Etat. Pour la premi\u00e8re fois dans l\u2019histoire de la chr\u00e9tient\u00e9, avec la chute du mod\u00e8le monarchique, l\u2019alliance Etat-Eglise est rompue.<\/p>\n<p>De plus, cette rupture se fit dans un climat de guerre. Non seulement l\u2019Etat proclama son ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de l\u2019Eglise, mais il se positionna contre elle, s\u2019effor\u00e7ant de la dominer au moyen de la d\u00e9nomm\u00e9e Constitution civile du Clerg\u00e9. Ce n\u2019est ici ni le lieu ni le moment d\u2019expliquer en quoi elle consistait.<\/p>\n<p>Il suffit de savoir qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une tentative de cr\u00e9er une sorte d\u2019Eglise nationale, soustraite au pouvoir du Saint Si\u00e8ge et soumise \u00e0 l\u2019Etat. Les pr\u00eatres qui n\u2019en faisaient pas le serment \u00e9tait pers\u00e9cut\u00e9s, comme ce fut le cas du P. Chaminade. Il a v\u00e9cu de pr\u00e8s tout cet \u00e9pisode dramatique, nous seulement pour avoir subi la pers\u00e9cution, mais aussi parce qu\u2019apr\u00e8s la R\u00e9volution, il fut l\u2019un des pr\u00eatres charg\u00e9s de la r\u00e9conciliation de ceux qu\u2019on appelait \u00ab\u00a0les pr\u00eatres jureurs\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019Eglise d\u00e9j\u00e0 fortement atteinte \u00e0 la Renaissance par la R\u00e9forme et ses cons\u00e9quences, se vit tout d\u2019un coup face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle, dans laquelle elle avait perdu son mode traditionnel de repr\u00e9sentation et d\u2019action. <em>\u00ab\u00a0Quelle fut la r\u00e9action de l\u2019Eglise au cours de ces si\u00e8cles\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> se demande le P. Rupnik. <em>\u00ab\u00a0Habitu\u00e9e \u2013<\/em> poursuit-il \u2013 <em>\u00e0 son influence sur la soci\u00e9t\u00e9, elle s\u2019est sentie \u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne comme le Dieu repr\u00e9sent\u00e9 dans la Chapelle Sixtine, toujours davantage rel\u00e9gu\u00e9e au coin de l\u2019insignifiance, comme une r\u00e9alit\u00e9 de seconde zone\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Le P. Chaminade a \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment interpell\u00e9 par cette crise eccl\u00e9siale. Il se trouve dans une Eglise qui doute, pr\u00e9sentant les sympt\u00f4mes de l\u2019inanition, dont la pr\u00e9sence au monde court le risque de s\u2019\u00e9vaporer en m\u00eame temps qu\u2019elle perd son pouvoir.<\/p>\n<h3 id=\"son-experience-evangelique\" >Son exp\u00e9rience \u00e9vang\u00e9lique<\/h3>\n<p>C\u2019est dans ce contexte historique et avec cette exp\u00e9rience personnelle de fond, \u00e0 partir de sa pr\u00e9occupation de voir renaitre la foi et l\u2019Eglise comme une v\u00e9ritable communaut\u00e9, que Chaminade tourne son regard sur l\u2019Evangile. Deux donn\u00e9es le marquent plus particuli\u00e8rement\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Le r\u00f4le de Marie dans l\u2019histoire du salut, et plus concr\u00e8tement, dans l\u2019apparition du Sauveur, J\u00e9sus, dans notre histoire. Autrement dit, le fait que J\u00e9sus, le Fils de Dieu, se fit fils de Marie. Ce que nous, chr\u00e9tiens, d\u00e9signons comme le myst\u00e8re de l\u2019incarn<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le salut apport\u00e9 par Dieu \u00e0 notre monde trouve en Marie sa porte d\u2019entr\u00e9e. Le salut est arriv\u00e9 avec J\u00e9sus-Christ, le Fils de Dieu, mais il ne put arriver sans Marie. Elle est la personne humaine indissolublement associ\u00e9e au fils de Dieu dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9ponse qu\u2019elle a donn\u00e9e dans la foi, le Fils de Dieu est devenu \u00e9v\u00e9nement, histoire\u2026 et l\u2019histoire est reprise par lui, avec lui et en lui, selon le plan de Dieu. Elle est la \u00ab\u00a0croyante\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0femme de la foi\u00a0\u00bb, cette foi que Dieu cherche dans l\u2019humanit\u00e9 pour en elle engendrer, par l\u2019action de l\u2019Esprit, le R\u00e9dempteur.<\/p>\n<p>S\u2019il s\u2019agit alors de ressaisir notre temps actuel pour le r\u00e9ins\u00e9rer dans le plan salvifique de Dieu \u2013 pense le P. Chaminade-, l\u2019humanit\u00e9 a de nouveau besoin de Marie. Il faut donc, d\u2019une certaine mani\u00e8re, recommencer \u00e0 \u00eatre Marie dans notre monde. Il faut prolonger sa mission, son r\u00f4le dans l\u2019histoire du salut. Pour cela, en suivant l\u2019inspiration du P. Chaminade, nous marianistes, nous faisons alliance avec Marie <em>\u00ab\u00a0pour l\u2019assister dans sa mission\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<ul>\n<li>La ferveur et l\u2019authenticit\u00e9 de la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, t\u00e9moignage authentique de fraternit\u00e9 \u00e9vang\u00e9lique, dont la vie se r\u00e9pandait par contagion.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le P. Chaminade \u00e9tait profond\u00e9ment convaincu que le monde ne pouvait \u00eatre converti \u00e0 l\u2019Evangile, si nous ne lui pr\u00e9sentions, comme il l\u2019a maintes fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9, le t\u00e9moignage de cette communaut\u00e9 primitive,<em> \u00ab\u00a0le spectacle d\u2019un peuple de saints\u00a0\u00bb.<\/em> De cette conviction, d\u00e9coule le caract\u00e8re fortement communautaire qu\u2019il a donn\u00e9 \u00e0 toutes ses fondations, depuis les congr\u00e9gations de Bordeaux jusqu\u2019\u00e0 ses instituts religieux.<\/p>\n<p>Dans son action missionnaire, \u00e9vang\u00e9liser et \u00ab\u00a0rassembler\u00a0\u00bb, convertir et \u00ab\u00a0agr\u00e9ger\u00a0\u00bb vont de pair. Comme le dit la pr\u00e9sentation de notre R\u00e8gle, notre Fondateur, <em>\u00ab\u00a0pouss\u00e9 par l\u2019Esprit de Dieu, comprit combien une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne pouvait \u00eatre f\u00e9conde au service de la mission. Une telle communaut\u00e9 doit pouvoir donner le t\u00e9moignage d\u2019un peuple de saints, montrant par le fait que l\u2019Evangile peut \u00eatre v\u00e9cu aujourd\u2019hui comme autrefois, selon toutes les exigences de l\u2019esprit et de la lettre. Une communaut\u00e9 chr\u00e9tienne doit \u00eatre attirante\u00a0: elle suscite ainsi de nouveaux missionnaires qui donneront naissance \u00e0 d\u2019autres communaut\u00e9s. La communaut\u00e9 devient ainsi un moyen exceptionnel pour rechristianiser le monde. C\u2019est de cette intuition que surgiront les premiers groupes d\u2019hommes et de femmes que le bienheureux Chaminade fonda sous le nom de Congr\u00e9gations\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Le fondement de ce principe missionnaire, le P. Chaminade l\u2019a d\u00e9couvert dans les Actes des Ap\u00f4tres, dans la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne, \u00e0 laquelle \u00ab\u00a0s\u2019agr\u00e9geaient\u00a0\u00bb de nouveaux membres \u00e0 cause du t\u00e9moigne donn\u00e9 de la mise de tout en commun et d\u2019une vie avec un seul c\u0153ur et une seule \u00e2me.<\/p>\n<p>Ainsi donc, en ce qui concerne l\u2019inspiration biblique, nous pouvons dire que le P. Chaminade fut illumin\u00e9 par les premi\u00e8res pages des deux livres de Luc\u00a0: le r\u00e9cit de l\u2019annonciation-Incarnation du Fils de Dieu dans le premier chapitre de l\u2019Evangile\u00a0; la naissance et le d\u00e9veloppement de la premi\u00e8re communaut\u00e9 chr\u00e9tienne dans les premiers chapitres des Actes des Ap\u00f4tres.<\/p>\n<p>Les deux passages bibliques inspirent et d\u00e9finissent les deux traits caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0esprit marianiste\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019esprit de foi, \u00e0 l\u2019exemple de la foi de Marie, la communaut\u00e9 de vie.<\/p>\n<p>Si Marie est l\u2019ic\u00f4ne de l\u2019humanit\u00e9 ouverte \u00e0 la r\u00e9demption, la communaut\u00e9 est le signe de l\u2019humanit\u00e9 rachet\u00e9e et, en m\u00eame temps, le sein maternel qui assure la g\u00e9n\u00e9ration, la formation et la naissance. Ces deux principes constituent l\u2019essence du charisme marianiste. Toutes nos \u0153uvres et tous nos travaux s\u2019en inspirent.<\/p>\n<h1 id=\"quel-modele-deducation-decoule-de-lesprit-marianiste\" >Quel mod\u00e8le d\u2019\u00e9ducation d\u00e9coule de \u00ab\u00a0l\u2019esprit marianiste\u00a0\u00bb\u00a0?<\/h1>\n<p>A partir de ces consid\u00e9rations sur l\u2019esprit, sur le \u00ab\u00a0charisme\u00a0\u00bb marianiste, jaillit la question\u00a0: comment un charisme, un esprit, une spiritualit\u00e9 peuvent-ils inspirer une fa\u00e7on d\u2019\u00e9duquer\u00a0? La r\u00e9ponse s\u2019impose\u00a0: par le biais de l\u2019anthropologie sous-jacente \u00e0 cette spiritualit\u00e9. Toute spiritualit\u00e9, et par cons\u00e9quent, la spiritualit\u00e9 marianiste elle-aussi, rec\u00e8le en elle une conception particuli\u00e8re de l\u2019\u00eatre humain, et de cette conception d\u00e9coulent des traits \u00e9ducatifs particuliers. C\u2019est que je vais tenter d\u2019exposer dans la seconde partie de mon propos.<\/p>\n<h2 id=\"reconnaissons-tout-dabord-que-toute-education-repose-sur-une-anthropologie\" >Reconnaissons tout d\u2019abord que toute \u00e9ducation repose sur une anthropologie<\/h2>\n<p>Si l\u2019\u00e9ducation tend \u00e0 la formation int\u00e9grale de la personne, il est \u00e9vident qu\u2019elle d\u00e9pend de la conception de la personne, de l\u2019id\u00e9e de ce qu\u2019est la personne et de ce qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 devenir. Derri\u00e8re toute t\u00e2che \u00e9ducative, se trouve toujours une anthropologie qui l\u2019inspire. C\u2019est pour cette raison qu\u2019il y a autant de mod\u00e8les d\u2019\u00e9ducation que d\u2019anthropologie, de d\u00e9finitions de l\u2019\u00eatre humain.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation n\u2019est jamais \u00ab\u00a0neutre\u00a0\u00bb\u00a0: elle est toujours au service d\u2019une \u00ab\u00a0vision\u00a0\u00bb particuli\u00e8re de la personne et de son sens. Le bon \u00e9ducateur est conscient de l\u2019anthropologie qu\u2019il dessert et il agit en coh\u00e9rence avec elle. Une bonne institution \u00e9ducative explicite toujours sa \u00ab\u00a0vision\u00a0\u00bb \u00e9ducative et assure aux forces vari\u00e9es qui y travaillent leur coh\u00e9rence avec cette vision.<\/p>\n<p>Nous pouvons donc parler, par exemple, d\u2019une \u00ab\u00a0\u00e9ducation chr\u00e9tienne\u00a0\u00bb. Nous regardons comme telle celle qui tire de l\u2019\u00e9vangile l\u2019anthropologie qui l\u2019inspire. Cette anthropologie n\u2019est pas contenue dans un trait\u00e9 philosophique, mais dans une vie concr\u00e8te, celle de J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Pour le chr\u00e9tien, la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu dans la personne de J\u00e9sus n\u2019est pas qu\u2019une r\u00e9v\u00e9lation sur la divinit\u00e9 et les choses divines, mais aussi (et j\u2019oserais dire inclusivement \u00ab\u00a0avant tout\u00a0\u00bb) une r\u00e9v\u00e9lation sur l\u2019\u00eatre humain. Chr\u00e9tiens, nous trouvons en J\u00e9sus <em>\u00ab\u00a0le chemin, la v\u00e9rit\u00e9 et la vie\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p>En lui, nous contemplons la pl\u00e9nitude de l\u2019\u00eatre humain, et par le fait, le point de r\u00e9f\u00e9rence de toute action \u00e9ducative.<\/p>\n<h2 id=\"si-toute-education-recele-une-anthropologie-il-en-est-de-meme-de-toute-spiritualite-quelle-anthropologie-se-cache-derriere-la-spiritualite-marianiste\" >Si toute \u00e9ducation rec\u00e8le une anthropologie, il en est de m\u00eame de toute spiritualit\u00e9. Quelle anthropologie se cache derri\u00e8re la spiritualit\u00e9 marianiste\u00a0?<\/h2>\n<p>Prenons l\u2019anthropologie chr\u00e9tienne, celle qui nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans la personne de J\u00e9sus. Cela dit, comme j\u2019ai essay\u00e9 de l\u2019expliquer dans la premi\u00e8re partie, on peut contempler la personne de J\u00e9sus sous divers accents, nuances, aspects, selon la diversit\u00e9 des spiritualit\u00e9s. Concr\u00e8tement \u2013 ai-je ajout\u00e9 \u2013 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0esprit marianiste\u00a0\u00bb, \u00e0 la suite de notre Fondateur, repose sur le fait que J\u00e9sus est \u00ab\u00a0fils de Marie\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L\u2019anthropologie marianiste d\u00e9coule donc de la contemplation d\u2019un aspect particulier de l\u2019homme J\u00e9sus\u00a0: sa g\u00e9n\u00e9ration personnelle, c&#8217;est-\u00e0-dire, d\u2019o\u00f9 il vient, comment il appara\u00eet dans l\u2019histoire, comment s\u2019engendre et se forme son humanit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019anthropologie marianiste est celle que nous fait conna\u00eetre le myst\u00e8re de l\u2019incarnation, racont\u00e9 dans l\u2019\u00e9pisode de l\u2019annonciation, au premier chapitre de l\u2019\u00e9vangile de Luc. A priori, il peut para\u00eetre dr\u00f4le de dire que cet \u00e9pisode rec\u00e8le toute une anthropologie, mais si nous prenons le temps de l\u2019analyser, nous verrons que c\u2019est bien le cas, qu\u2019elle s\u2019y trouve\u00a0; et nous pouvons alors en d\u00e9duire les deux grands principes anthropologiques qui soutiennent l\u2019\u00e9ducation marianiste, et par le fait, les principales caract\u00e9ristiques qui la d\u00e9finissent.<\/p>\n<h3 id=\"premier-principe-anthropologique-fondamental-de-lanthropologie-chretienne-y-compris-donc-marianiste-la-dignite-supreme-de-letre-humain\" >Premier principe anthropologique fondamental de l\u2019anthropologie chr\u00e9tienne, y compris donc marianiste\u00a0: la dignit\u00e9 supr\u00eame de l\u2019\u00eatre humain<\/h3>\n<p>Nous tirons ce principe de la fa\u00e7on dont l\u2019\u00eatre humain est recherch\u00e9 et trait\u00e9 par Dieu dans la personne de Marie. Dans l\u2019Ancien testament, le psaume 8 s\u2019\u00e9merveille d\u00e9j\u00e0 de la dignit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que l\u2019homme pour que tu en prennes souci\u00a0?&#8230; Tu l\u2019as fait un peu moindre qu\u2019un ange, tu l\u2019as couronn\u00e9 de gloire et de dignit\u00e9\u2026\u00a0\u00bb<\/em> dit le psalmiste. A lire le r\u00e9cit de l\u2019annonciation, notre admiration ne peut que s\u2019accro\u00eetre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que l\u2019homme pour que non seulement tu viennes en lui, mais, qu\u2019en plus, tu le cherches et demandes son accord pour \u00eatre, toi aussi, homme comme lui et avec lui\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Il est tr\u00e8s int\u00e9ressant de mettre en parall\u00e8le le r\u00e9cit de l\u2019annonciation au commencement de l\u2019\u00e9vangile de Luc et le r\u00e9cit du p\u00e9ch\u00e9 originel au d\u00e9but de la Bible, dans le livre de la Gen\u00e8se, comme l\u2019a fait Fra Angelico dans son tableau de l\u2019annonciation.<\/p>\n<p>Dans le livre de la Gen\u00e8se, Adam et Eve tournent le dos \u00e0 Dieu. Tent\u00e9s par le serpent, ils se m\u00e9fient de Dieu, ne font plus confiance \u00e0 sa parole et lui d\u00e9sob\u00e9issent. Alors \u2013 comme nous le raconte ensuite le r\u00e9cit biblique \u2013 Dieu cherche Adam, mais Adam se cache de Dieu. \u00ab\u00a0Le Seigneur Dieu appela l\u2019homme et lui dit :<em> \u00ab\u00a0O\u00f9 es-tu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> -Il r\u00e9pondit\u00a0: <em>\u00ab\u00a0J\u2019ai entendu ta voix dans le jardin, j\u2019ai pris peur car j\u2019\u00e9tais nu, et je me suis cach\u00e9\u00a0\u00bb<\/em> (Gen. 3,9-10).<\/p>\n<p>Compl\u00e8tement conditionn\u00e9 par sa m\u00e9fiance de Dieu, il pense que Dieu est son ennemi, que Dieu le recherche pour le punir, pour \u00ab\u00a0se venger\u00a0\u00bb. Et il se cache.<\/p>\n<p>Adam et Eve sont victimes d\u2019une double erreur\u00a0: une erreur que nous pourrions appeler \u00ab\u00a0th\u00e9ologique\u00a0\u00bb, la perception de Dieu, qui les entra\u00eene dans une seconde erreur, \u00ab\u00a0anthropologique\u00a0\u00bb, la perception d\u2019eux-m\u00eames. Ils se font une fausse id\u00e9e de Dieu, et par cons\u00e9quent ne se font plus une bonne id\u00e9e d\u2019eux-m\u00eames. Et ils se cachent. De Dieu, en le fuyant\u00a0; d\u2019eux-m\u00eames aussi, en se v\u00eatant, couvrant ainsi la nudit\u00e9 de leur v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9pisode de l\u2019annonciation arrive pour corriger dans l\u2019histoire l\u2019erreur d\u2019Adam et Eve. Dieu cherche l\u2019homme, non pas pour l\u2019exterminer, mais pour le r\u00e9cr\u00e9er avec son Esprit. Et non pas en le for\u00e7ant, en lui imposant son pouvoir pour le soumettre, mais en le sollicitant. Ce n\u2019est pas un Dieu qui impose, qui ch\u00e2tie, qui soumet l\u2019homme. <em>\u00ab\u00a0R\u00e9jouis-toi, pleine de gr\u00e2ce, le Seigneur est avec toi\u00a0\u00bb\u00a0; \u00ab\u00a0Ne crains pas Marie, car tu as trouv\u00e9 gr\u00e2ce devant Dieu\u00a0\u00bb<\/em> (Lc 1, 28.30), telles furent les paroles de l\u2019ange.<\/p>\n<p>Le Dieu qui se pr\u00e9sente ainsi \u00e0 Marie est un Dieu qui aime profond\u00e9ment l\u2019humanit\u00e9. Et parce qu\u2019il l\u2019aime, il ne le force pas mais il respecte sa libert\u00e9. Au lieu de s\u2019imposer, il offre, il s\u2019offre lui-m\u00eame avec toute sa bont\u00e9, tout son amour. Dans l\u2019\u00e9pisode de l\u2019annonciation Dieu se r\u00e9v\u00e8le comme celui qui cherche l\u2019humanit\u00e9 et lui offre, en la personne de Marie un v\u00e9ritable amant.<\/p>\n<p>Ainsi, en Marie est corrig\u00e9e la double erreur d\u2019Adam et Eve\u00a0: l\u2019erreur \u00ab\u00a0th\u00e9ologique\u00a0\u00bb (Marie d\u00e9couvre le v\u00e9ritable visage de Dieu, celui de l\u2019amant qui s\u2019abandonne) et l\u2019erreur \u00ab\u00a0anthropologique\u00a0\u00bb (Marie se voit elle-m\u00eame sous le regard de Dieu selon toute sa v\u00e9rit\u00e9\u00a0: grande dans sa petitesse, comme elle va le dire elle-m\u00eame dans le Magnificat).<\/p>\n<p>En Marie l\u2019humanit\u00e9 a fini de se cacher devant Dieu et devant elle-m\u00eame pour d\u00e9couvrir enfin sa grandeur et sa dignit\u00e9. La fa\u00e7on dont Dieu agit lui r\u00e9v\u00e8le sa dignit\u00e9 supr\u00eame. Fra Angelico essaie de la montrer dans sa beaut\u00e9, devant laquelle l\u2019ange s\u2019incline en r\u00e9v\u00e9rence, quasiment en adoration. Chaminade, lui-aussi, a vu en Marie le reflet de la beaut\u00e9 et de l\u2019\u00e9minente dignit\u00e9 de l\u2019\u00eatre humain, envahi par le respect et l\u2019amour de Dieu.<\/p>\n<p>Sous l\u2019inspiration du r\u00e9cit de l\u2019annonciation, l\u2019\u00e9ducateur marianiste comprend que sa t\u00e2che contient quelque chose de divin. D\u2019une certaine fa\u00e7on, il se voit comme le reflet de la personne de l\u2019ange. Comme lui, il se sent envoy\u00e9 par Dieu pour aider ses \u00e9l\u00e8ves \u00e0 d\u00e9couvrir leur dignit\u00e9 et leur vocation.<\/p>\n<p>Et il le fait \u00e0 la fa\u00e7on de l\u2019ange dans le r\u00e9cit \u00e9vang\u00e9lique. Pour cela, il fait en sorte que le premier message que l\u2019\u00e9l\u00e8ve saisisse \u00e0 la prise de contact avec lui soit le m\u00eame que celui transmis par l\u2019ange \u00e0 Marie, au nom de Dieu\u00a0: <em>\u00ab\u00a0R\u00e9jouis-toi, plein de gr\u00e2ce. Je suis avec toi. N\u2019aies pas peur, car tu as une place dans mon c\u0153ur, je t\u2019aime\u00a0\u00bb.<\/em> Cette fa\u00e7on divine d\u2019entrer dans la vie de l\u2019autre, anime sa fa\u00e7on propre d\u2019\u00e9duquer. Laissez-moi signaler quelques-uns des traits propres du style \u00e9ducatif marianiste qui en d\u00e9coulent.<\/p>\n<h4 id=\"leducation-marianiste-jaillit-du-coeur-de-leducateur-et-repose-sur-le-respect-et-lamour\" >L\u2019Education marianiste jaillit du c\u0153ur de l\u2019\u00e9ducateur et repose sur le respect et l\u2019amour<\/h4>\n<p>Il nous suffit de citer ici quelques passages des Constitutions que notre Fondateur a l\u00e9gu\u00e9es aux religieux marianistes dans un chapitre merveilleux sur l\u2019\u00e9ducation\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il (le religieux) se p\u00e9n\u00e8tre pour eux (les \u00e9l\u00e8ves) de tous les sentiments du Sauveur et de toute la tendresse de Marie\u00a0; quelque nombreux qu\u2019ils soient, il dilate son c\u0153ur pour les y faire entrer et les y porter sans cesse\u2026<\/em> (art. 259)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La mani\u00e8re d\u2019enseigner la religion est un objet de m\u00e9thode\u2026Mais le religieux qui suit exactement tout ce qui est \u00e9tabli \u00e0 cet \u00e9gard, est bien convaincu que ce n\u2019est pas une m\u00e9thode plus ou moins ing\u00e9nieuse, ni aucun exercice de pi\u00e9t\u00e9 qui inspire la religion aux enfants\u00a0; que c\u2019est surtout le c\u0153ur du ma\u00eetre, quand il est plein de Dieu et qu\u2019il sympathise par la charit\u00e9 avec le c\u0153ur de ses \u00e9l\u00e8ves.\u00a0\u00bb<\/em> (art. 260)<\/p>\n<p>C\u2019est une \u00e9vidence pour Chaminade que l\u2019\u00e9ducation marianiste s\u2019inspire du comportement m\u00eame du Dieu amour, celui qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Marie et s\u2019incarne dans l\u2019humanit\u00e9 de J\u00e9sus.<\/p>\n<h4 id=\"avec-cet-amour-et-ce-profond-respect-pour-la-personne-dans-son-originalite-propre-et-sa-liberte-leducation-marianiste-sexerce-a-travers-et-pour-le-dialogue\" >Avec cet amour et ce profond respect pour la personne dans son originalit\u00e9 propre et sa libert\u00e9, l\u2019\u00e9ducation marianiste s\u2019exerce \u00e0 travers et pour le dialogue<\/h4>\n<p>Le respect de la dignit\u00e9 de la personne et de sa libert\u00e9, m\u00e8ne l\u2019\u00e9ducateur marianiste non seulement \u00e0 respecter l\u2019autre, le diff\u00e9rent, mais \u00e0 l\u2019aimer et \u00e0 entrer en relation avec lui \u00e0 la fa\u00e7on de Dieu. Ecoutons encore notre Fondateur dans ses Constitutions\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Dieu est patient\u00a0; il appelle plusieurs fois sans se rebuter des refus\u00a0; il attend l\u2019heure du repentir, et en attendant, il conserve avec la m\u00eame bont\u00e9 ceux qui l\u2019offensent et ceux qui le servent. Ainsi fait le religieux dans l\u2019\u00e9ducation des enfants\u00a0; il ne veut pas les voir arriver d\u2019un coup \u00e0 la perfection des vertus \u00e9vang\u00e9liques\u00a0; il ne perd pas de vue qu\u2019il s\u2019agit pour lui de servir et non de recueillir\u2026\u00a0\u00bb<\/em> (art. 261)<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il (le religieux) se garde surtout de rejeter comme mauvais ce qui n\u2019est pas absolument bon\u00a0; nous ne recevons pas tous la m\u00eame mesure de gr\u00e2ces et la m\u00eame destination. Il suffit \u00e0 chacun d\u2019\u00eatre tel que Dieu le veut.\u00a0\u00bb<\/em> (art. 262)<\/p>\n<p>Ce type de relations avec l\u2019\u00e9l\u00e8ve, n\u00e9 de l\u2019amour et du respect, exige de choisir le dialogue plut\u00f4t que la contrainte, la participation plut\u00f4t que l\u2019autoritarisme.<\/p>\n<p>Le dialogue \u00e9carte le conflit verbal, la discussion vue comme une lutte de pouvoir. Il consiste \u00e0 marcher avec l\u2019autre \u00e0 la recherche de la v\u00e9rit\u00e9, en renon\u00e7ant \u00e0 avoir raison d\u2019avance et \u00e0 imposer cette raison, dans le respect de sa dignit\u00e9 et de sa libert\u00e9. Il n\u2019est pas signe ou manifestation de relativisme, et n\u2019y conduit pas.<\/p>\n<p>Dans l\u2019\u00e9ducation nous ne faisons pas du dialogue une m\u00e9thode parce que nous nous trouvons d\u00e9sorient\u00e9s, sans rep\u00e8re, sans savoir o\u00f9 se trouve la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour les croyants et les \u00e9ducateurs, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 qui est le guide. Sinon nous ne serions ni croyants ni \u00e9ducateurs. Si nous dialoguons, c\u2019est parce que nous ne sommes pas propri\u00e9taires de la v\u00e9rit\u00e9 et encore moins de la mani\u00e8re dont la v\u00e9rit\u00e9 se transmet. La v\u00e9rit\u00e9 est libre et ne se transmet que de la libert\u00e9 de celui qui transmet \u00e0 la libert\u00e9 de celui qui la re\u00e7oit. Ceci pos\u00e9, la seule attitude qui respecte cette dynamique et sa possibilit\u00e9, c\u2019est le dialogue.<\/p>\n<h4 id=\"leducation-marianiste-est-integrale-cest-a-dire-quelle-sadresse-a-la-personne-dans-sa-totalite\" >L\u2019\u00e9ducation marianiste est int\u00e9grale, c&#8217;est-\u00e0-dire qu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 la personne dans sa totalit\u00e9<\/h4>\n<p>L\u2019\u00e9ducation marianiste s\u2019occupe de tous les facteurs qui construisent la personne comme telle, qu\u2019ils soient intellectuels, corporels ou spirituels. En Marie, Dieu cherche la personne, la femme dans son int\u00e9gralit\u00e9. Dieu ne s\u2019adresse pas qu\u2019\u00e0 son esprit (Dieu n\u2019est pas une id\u00e9e, un concept abstrait), ou \u00e0 son c\u0153ur (Dieu n\u2019est pas un sentiment).<\/p>\n<blockquote><p>Dieu est vie dans tous les sens. C\u2019est pourquoi il s\u2019adresse \u00e0 l\u2019esprit, au c\u0153ur et aussi au corps de Marie, dans toute sa f\u00e9minit\u00e9, dans toute capacit\u00e9 de g\u00e9n\u00e9ration, comme femme.<\/p><\/blockquote>\n<p>Eduquer c\u2019est former les personnes, d\u00e9velopper en elles tout leur potentiel re\u00e7u \u00e0 leur naissance. C\u2019est plus qu\u2019instruire. Dans l\u2019\u00e9ducation, l\u2019instruction a son importance\u00a0: l\u2019instruction, c&#8217;est-\u00e0-dire la transmission des connaissances et des aptitudes instrumentales qui permettent \u00e0 la personne de se d\u00e9velopper dans le milieu dans lequel elle vit. L\u2019instruction offre le d\u00e9veloppement de l\u2019intelligence, du savoir, de la connaissance. Mais la personne humaine est bien plus que l\u2019intelligence.<\/p>\n<p>Son identit\u00e9 de personne, sa mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et d\u2019exister dans le monde, d\u2019\u00eatre en relation avec son environnement, ne d\u00e9pendent pas uniquement de ses connaissances. Entrent en jeu maints autres facteurs\u00a0: son id\u00e9e du sens de la vie, ses valeurs, ses sentiments, ses habitudes\u2026<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation ne peut les ignorer\u00a0; elle doit les inclure dans ses objectifs. De l\u00e0 l\u2019insistance de Chaminade, d\u00e8s l\u2019origine de son \u0153uvre\u00a0: <em>\u00ab\u00a0La Soci\u00e9t\u00e9 de Marie n\u2019enseigne que pour \u00e9lever chr\u00e9tiennement\u00a0\u00bb<\/em> (art. 256). Autrement dit\u00a0: marianistes, nous ne sommes pas de simples professeurs, mais des \u00e9ducateurs.<\/p>\n<h4 id=\"leducation-marianiste-sadapte-a-la-realite-de-la-personne-concrete-a-ses-conditions\" >L\u2019\u00e9ducation marianiste s\u2019adapte \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de la personne concr\u00e8te, \u00e0 ses conditions<\/h4>\n<p>Dans le r\u00e9cit de l\u2019annonciation, Dieu ne se manifeste pas \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, ni \u00e0 un mod\u00e8le abstrait de femme, mais \u00e0 une femme d\u00e9termin\u00e9e, dans des conditions g\u00e9ographiques et culturelles concr\u00e8tes. Elle s\u2019appelle Marie, elle est jeune, elle est juive, elle vit \u00e0 Nazareth, et au temps de la domination romaine, <em>\u00ab\u00a0aux jours d\u2019H\u00e9rode\u00a0\u00bb<\/em> (Lc 1,5) pour \u00eatre tout \u00e0 fait pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>De m\u00eame l\u2019\u00e9ducation marianiste s\u2019efforce de s\u2019adresser \u00e0 chaque personne concr\u00e8te dans ses conditions propre. Ces conditions changent d\u2019un lieu \u00e0 un autre, d\u2019une \u00e9poque \u00e0 une autre. D\u2019o\u00f9 l\u2019une de ses caract\u00e9ristiques et de ses propositions\u00a0: <em>\u00ab\u00a0\u00e9duquer pour l\u2019adaptation au changement\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Citons une fois de plus notre Fondateur\u00a0:\u00a0<em>\u201cLes principes de l\u2019\u00e9ducation, une fois bien saisis, ne peuvent plus varier\u00a0; mais les proc\u00e9d\u00e9s par lesquels on les applique et les m\u00e9thodes d\u2019enseignement, doivent n\u00e9cessairement suivre les progr\u00e8s des soci\u00e9t\u00e9s humaines et s\u2019accommoder \u00e0 leur besoins et \u00e0 leurs v\u0153ux. Consacrer en principe l\u2019immobilit\u00e9 des formes et des modes, ce serait limiter \u00e0 un temps bien court, ses (de l\u2019institut religieux) services et son existence\u2026\u00a0\u00bb<\/em> (art. 267).<\/p>\n<p>Il n\u2019y a pas que les temps qui changent\u00a0; les cultures aussi. L\u2019\u00e9ducation \u00e0 l\u2019adaptation comporte l\u2019\u00e9ducation \u00e0 vivre en toute authenticit\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 culturellement plurielle, dans laquelle on se trouve n\u00e9cessairement en relation avec des gens diff\u00e9rents.<\/p>\n<h3 id=\"second-principe-anthropologique-fondamental-de-la-spiritualite-marianiste-la-foi-est-la-cle-du-developpement-de-la-personne-humaine-et-du-discernement-de-sa-destinee-dans-le-monde\" >Second principe anthropologique fondamental de la spiritualit\u00e9 marianiste\u00a0: la foi est la cl\u00e9 du d\u00e9veloppement de la personne humaine et du discernement de sa destin\u00e9e dans le monde<\/h3>\n<p>Dieu, en s\u2019offrant lui-m\u00eame avec beaucoup de respect et d\u2019amour, recherche l\u2019acquiescement de la part de l\u2019humanit\u00e9. Il recherche un geste libre de disponibilit\u00e9 et de confiance de la part de l\u2019\u00eatre humain, un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb qu\u2019il trouve heureusement en Marie.<\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 comment\u00e9 plus haut, Marie se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nous dans l\u2019\u00e9vangile comme la femme croyante. Elle est la v\u00e9ritable ic\u00f4ne de la foi, une foi qui est avant tout confiance en Dieu, en sa promesse, en sa parole. <em>\u00ab\u00a0Qu\u2019il me soit fait selon ta parole\u00a0\u00bb<\/em> (Lc 1, 38) r\u00e9pond Marie \u00e0 l\u2019ange.<\/p>\n<p>C\u2019est en tournant notre regard sur Marie que nous comprenons ce qu\u2019est la Foi. Dans son essence, cette foi est quelque chose de beaucoup plus profond que ce que nous avons coutume d\u2019entendre quand nous parlons de la foi\u00a0\u00ab\u00a0religieuse\u00a0\u00bb, de la foi d\u2019un croyant.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 un credo, \u00e0 un bloc de v\u00e9rit\u00e9s propos\u00e9es par une religion. En Marie, nous comprenons que la foi authentique est une attitude existentielle, profond\u00e9ment humaine, d\u2019ouverture \u00e0 l\u2019Autre, avec une majuscule. C\u2019est permettre \u00e0 cet Autre (avec une majuscule) d\u2019entrer dans ma vie et la faire sienne aussi bien que mienne. Par le biais de cette foi, Marie ouvre sa vie \u00e0 Dieu et collabore avec lui pour engendrer l\u2019homme nouveau, l\u2019humanit\u00e9 nouvelle.<\/p>\n<p>Dans notre monde, il arrive que la foi soit critiqu\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e que remettre notre vie \u00e0 un autre serait ali\u00e9nant. Mais croire en quelqu\u2019un, lui accorder notre foi, n\u2019est pas ali\u00e9nant de soi. Ce n\u2019est pas la foi, ce n\u2019est pas le fait de croire, qui peut nous ali\u00e9ner, mais le rapport \u00e0 ce que nous croyons, le rapport \u00e0 ce \u00e0 quoi nous nous consacrons quand nous avons foi en quelqu\u2019un ou en quelque chose.<\/p>\n<p>L\u2019anthropologie chr\u00e9tienne repose sur le principe de relation. La personne humaine ne se fait pas elle-m\u00eame \u00e0 partir d\u2019elle-m\u00eame, mais dans la relation. Nous sommes le fruit des relations que nous vivons, que nous avons v\u00e9cues que nous vivrons encore. Il est certain qu\u2019il y a des relations oppressives, ali\u00e9nantes, qui d\u00e9truisent la personne.<\/p>\n<p>Combien de personnes d\u00e9molies par le d\u00e9samour, l\u2019abandon, l\u2019injustice, la tyrannie ou la violence\u00a0! Mais, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, il y aussi des relations lib\u00e9ratrices, qui font jaillir en nous le meilleur de nos capacit\u00e9s humaines bien au-del\u00e0 du purement instinctif. Ce sont les relations fond\u00e9es sur l\u2019amour mutuel, sur ce don r\u00e9ciproque qui cherche toujours le bien de l\u2019autre. Les relations de famille, d\u2019amiti\u00e9, de fraternit\u00e9, de couple, sont de cette nature quand elles se fondent sur l\u2019amour. Ces relations, loin d\u2019\u00eatre ali\u00e9nantes, nous sont indispensables. Sans elles, nous ne pourrions ni conna\u00eetre notre dignit\u00e9, ni nous d\u00e9velopper comme personnes.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, l\u2019ali\u00e9nation\u00a0\u00bb \u00e9ventuelle de la personne n\u2019est pas due au fait en soi de croire, de <em>\u00ab\u00a0faire confiance\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0; elle n\u2019est pas due \u00e0 la foi. \u00ab\u00a0Croire\u00a0\u00bb n\u2019est pas ali\u00e9nant\u00a0; mais il peut y avoir une ali\u00e9nation dans la relation \u00e0 ce que nous croyons, et \u00e0 laquelle en cons\u00e9quence on se consacre. En Marie, nous voyons que la foi en Dieu, qui nous aime et se donne \u00e0 nous, n\u2019est pas un acte de d\u00e9personnalisation, d\u2019ali\u00e9nation, mais c\u2019est le contraire.<\/p>\n<p>De l\u2019interaction r\u00e9ciproque entre la foi de Marie et la puissance de l\u2019Esprit, surgira l\u2019humanit\u00e9 nouvelle, l\u2019homme J\u00e9sus, le nouvel Adam de la nouvelle cr\u00e9ation. De cette fa\u00e7on, Marie atteindra la pl\u00e9nitude de son \u00eatre propre, et accomplira sa mission propre dans le monde et l\u2019histoire.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, le regard pos\u00e9 sur Marie, l\u2019\u00e9ducation marianiste revendiquera comme l\u2019un de ses objectifs les plus importants \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9duquer pour former dans la foi\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De tout ce que nous avons dit, on peut d\u00e9duire que cette formation dans la foi exige\u00a0:<\/p>\n<h4 id=\"former-a-louverture-a-lautre\" >Former \u00e0 l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019autre<\/h4>\n<p>C\u2019est la cons\u00e9quence imm\u00e9diate et logique de ce que nous venons de dire. Pour former dans la foi, il faut former \u00e0 l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 Dieu (l\u2019\u00a0\u00abAutre\u00a0\u00bb avec une majuscule), et au prochain (l\u2019\u00a0\u00abautre\u00a0\u00bb avec une minuscule). Les deux \u00ab\u00a0ouvertures\u00a0\u00bb vont de pair, comme nous le montre bien l\u2019\u00e9vangile.<\/p>\n<p>On ne peut aimer Dieu sans aimer son prochain et r\u00e9ciproquement. L\u2019\u00e9ducation marianiste doit aider la personne \u00e0 se d\u00e9centrer d\u2019elle-m\u00eame pour se centrer sur la relation d\u2019amour qui nous est propos\u00e9e dans l\u2019\u00e9vangile et dont nous avons vu le reflet dans l\u2019annonciation.<\/p>\n<h4 id=\"former-a-partir-de-la-relation-personnalisee-et-pour-cette-relation\" >Former \u00e0 partir de la relation personnalis\u00e9e et pour cette relation<\/h4>\n<p>L\u2019une des caract\u00e9ristiques majeures de l\u2019\u00e9ducation marianiste, \u00ab\u00a0l\u2019esprit de famille\u00a0\u00bb, trouve ici sa raison d\u2019\u00eatre. Cr\u00e9er une relation de vraie famille, dans laquelle la personne cro\u00eet et se d\u00e9veloppe comme telle, est un moyen \u00e9ducatif indispensable pour l\u2019\u00e9ducation de la foi.<\/p>\n<p>D\u2019un c\u00f4t\u00e9, l\u2019esprit de famille favorise et promeut l\u2019attitude \u00e0 l\u2019ouverture, \u00e0 la confiance et au don qui est la base de la foi\u00a0; d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, ce m\u00eame esprit de famille est le fruit de la foi, de l\u2019ouverture, de la confiance et du don qu\u2019elle implique.<\/p>\n<p>C\u2019est sur ce principe que jaillit l\u2019importance que Chaminade a donn\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 pour sa mission. La communaut\u00e9 est le lieu indispensable de la formation de la foi, et en m\u00eame temps son fruit visible. C\u2019est pourquoi, nous marianistes, affirmons avec force dans notre R\u00e8gle que \u00ab\u00a0notre objectif premier\u00a0\u00bb, dans notre mission, <em>\u00ab\u00a0est l\u2019\u00e9ducation de la foi. Nous avons tout particuli\u00e8rement le souci de susciter et de former des ap\u00f4tres et de faire surgir des communaut\u00e9s de la\u00efcs engag\u00e9s\u00a0\u00bb <\/em>(RV a. 71)<\/p>\n<h4 id=\"assurer-une-formation-intellectuelle-profonde-et-juste-ou-la-raison-puisse-developper-pleinement-ses-potentialites\" >Assurer une formation intellectuelle profonde et juste, o\u00f9 la raison puisse d\u00e9velopper pleinement ses potentialit\u00e9s<\/h4>\n<p>Le P. Chaminade remarquait d\u00e9j\u00e0 que<em> \u00ab\u00a0l\u2019importance que met la Soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne ne lui fait pas n\u00e9gliger l\u2019instruction\u00a0: au contraire, comme on ne peut donner d\u2019\u00e9ducation qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion de l\u2019instruction, la Soci\u00e9t\u00e9 met d\u2019autant plus d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 la bonne tenue de ses \u00e9coles et \u00e0 la perfection de ses m\u00e9thodes, qu\u2019elle est plus d\u00e9sireuse d\u2019\u00e9tendre \u00e0 un tr\u00e8s grand nombre de sujets les bienfaits de l\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne.\u00a0\u00bb<\/em> (art. 266)<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9ducation marianiste cherche donc l\u2019excellence dans le savoir\u00a0; elle s\u2019efforce d\u2019\u00e9duquer des \u00ab\u00a0savants\u00a0\u00bb sans oublier que le vrai savant ne se contente pas de savoir beaucoup de choses, mais qu\u2019il sait surtout quelles sont les limites de son savoir, c&#8217;est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont il sait et les limites de ce qu\u2019il sait.<\/p>\n<p>A partir de ce qu\u2019il sait, le vrai savant garde toujours sa raison disponible \u00e0 la V\u00e9rit\u00e9, avec une majuscule, qui toujours le d\u00e9passe et le transcende. En s\u2019appuyant sur cette condition de la raison, l\u2019\u00e9ducation marianiste se caract\u00e9rise en offrant aussi une solide formation religieuse de caract\u00e8re intellectuel, avec un s\u00e9rieux contenu th\u00e9ologique, cultiv\u00e9e dans le dialogue entre raison et foi, entre foi et culture.<\/p>\n<h4 id=\"promouvoir-la-vie-chretienne-dans-son-integralite-comme-une-vie-qui-ne-se-realise-quen-entrant-dans-le-plan-redempteur-de-dieu-pour-lhumanite-et-en-y-collaborant\" >Promouvoir la vie chr\u00e9tienne dans son int\u00e9gralit\u00e9, comme une vie qui ne se r\u00e9alise qu\u2019en entrant dans le plan r\u00e9dempteur de Dieu pour l\u2019humanit\u00e9 et en y collaborant<\/h4>\n<p>L\u2019\u00e9ducation de la foi ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la promouvoir comme attitude. L\u2019\u00e9ducation marianiste se souci aussi du fruit de la foi, c&#8217;est-\u00e0-dire de la vie chr\u00e9tienne en toutes ses dimensions. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 vu en Marie, la foi concerne et engage la vie enti\u00e8re\u00a0; elle impr\u00e8gne toute la vie.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9ducation de la foi ne se contente pas d\u2019une bonne formation intellectuelle, avec un enseignement th\u00e9ologique. La vie chr\u00e9tienne n\u2019est pas faite que de connaissances. Elle implique aussi la culture de la relation personnelle avec Dieu ( pri\u00e8re) et l\u2019action, l\u2019engagement et le service des autres. La R\u00e8gle marianiste, en parlant de notre mission, affirme\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Nous sommes envoy\u00e9s pour multiplier les chr\u00e9tiens, c&#8217;est-\u00e0-dire pour former des personnes et des communaut\u00e9s qui vivent leur foi et la traduisent en actes en r\u00e9ponse aux besoins des temps.\u00a0\u00bb<\/em> (RV a.63)<\/p>\n<p>La vie chr\u00e9tienne est une vie tourn\u00e9e vers le prochain. Dans le r\u00e9cit de l\u2019annonciation nous voyons qu\u2019est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 une fois de plus un principe pr\u00e9sent dans toutes les manifestations de Dieu au cours de toute l\u2019histoire. Ce principe est que Dieu nous cherche non pas pour lui mais pour les autres. S\u2019il se livre \u00e0 qui le re\u00e7oit, c\u2019est pour en faire un instrument de salut pour les autres.<\/p>\n<p>Ce fut le cas d\u2019Abraham, de Mo\u00efse, de David, des proph\u00e8tes\u2026 Et celui de Marie. Le r\u00e9cit de l\u2019annonciation se termine par le d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 de Marie \u00e0 la rencontre d\u2019Elisabeth. Nul qui accepte d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0touch\u00e9\u00a0\u00bb par Dieu ne peut rester enferm\u00e9 en lui-m\u00eame. Croire et se mettre au service des autres vont toujours de pair.<\/p>\n<p>Avec sa foi, Marie consacre tout son \u00eatre et toute sa vie au service d\u2019une mission\u00a0: ouvrir les portes de l\u2019humanit\u00e9 et de l\u2019histoire au R\u00e8gne de Dieu, le R\u00e8gne promis (\u00ab\u00a0Le Seigneur lui donnera le tr\u00f4ne de David, son p\u00e8re\u00a0\u00bb (Lc 1, 32), dit l\u2019ange \u00e0 Marie, le R\u00e8gne attendu. R\u00e8gne de justice et de paix, R\u00e8gne qui s\u2019accomplit dans la personne et la vie de J\u00e9sus qu\u2019elle a engendr\u00e9, \u00e9duqu\u00e9 et servi.<\/p>\n<blockquote><p>De ce trait essentiel de la vie de foi, l\u2019\u00e9ducation marianiste tire un autre de ses principaux traits et propositions\u00a0: \u00ab\u00a0Eduquer pour le service, la justice et la paix\u00a0\u00bb.<\/p><\/blockquote>\n<p>Apr\u00e8s avoir contempl\u00e9 le r\u00e9cit de l\u2019annonciation, nous pouvons mieux comprendre le but et les implications de que qu\u2019affirme notre R\u00e8gle :\u00a0<em>\u00ab\u00a0Notre objectif premier est l\u2019\u00e9ducation de la foi\u00a0\u00bb.<\/em> (RVa.71)<\/p>\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, la foi de Marie, celle qui nous dispose \u00e0 faire confiance au Dieu qui se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nous dans l\u2019\u00e9vangile, est la condition et le moyen indispensable pour concevoir toute la dignit\u00e9 qui enveloppe l\u2019\u00eatre humain et quel est la position qui lui revient dans le monde et l\u2019histoire. <em>\u00ab Pour atteindre cet objectif, nous participons \u00e0 la proclamation directe de la Bonne Nouvelle et nous \u0153uvrons aussi \u00e0 l\u2019enrichissement de la culture et \u00e0 la transformation de la soci\u00e9t\u00e9 selon le message du salut. La foi nous conduit, nous et les ap\u00f4tres que nous formons, \u00e0 convertir notre c\u0153ur et \u00e0 nous rendre solidaires de ceux qui luttent pour la justice, la libert\u00e9 et la dignit\u00e9\u00a0; elle nous fait toujours \u0153uvrer pour la paix en aidant personnes et communaut\u00e9s \u00e0 se r\u00e9concilier et \u00e0 se lib\u00e9rer du mal.\u00a0\u00bb<\/em> (RV a.72)<\/p>\n<h1 id=\"une-reponse-aux-defis-educatifs-de-notre-temps\" >Une r\u00e9ponse aux d\u00e9fis \u00e9ducatifs de notre temps.<\/h1>\n<p>Deux cents ans apr\u00e8s la R\u00e9volution fran\u00e7aise, sur le terrain de laquelle germa notre charisme marianiste, nous vivons une nouvelle r\u00e9volution \u00e0 l\u2019impact culturel et social aussi grand, sinon plus. Il n\u2019\u00e9chappe \u00e0 personne que nous passons par un temps de crise profonde de la conception du monde, de l\u2019homme et de ses relations avec son environnement. Une nouvelle forme de civilisation est en train d\u2019\u00e9merger. Tout comme au temps du P. Chaminade, cette nouvelle donn\u00e9e provoque un double impact, sur les personnes et sur les institutions.<\/p>\n<p>Sur les personnes\u00a0: l\u2019apostasie et l\u2019incroyance rebelle du temps du P. Chaminade a fait place \u00e0 ce qui est encore pire, l\u2019indiff\u00e9rence. Quand on parle de foi, le probl\u00e8me n\u2019est plus de r\u00e9pondre aux questions pos\u00e9es par la raison (ce qui donna naissance \u00e0 l\u2019apolog\u00e9tique des XIXe et XXe si\u00e8cles), mais de faire surgir les questions qui permettent une r\u00e9ponse croyante.<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui ne se rebelle pas contre la foi, et ne la questionne pas. Il se situe tout simplement \u00e0 sa marge, il lui est indiff\u00e9rent.<\/p><\/blockquote>\n<p>La crise institutionnelle actuelle est tout aussi \u00e9vidente. Les institutions, \u00e0 commencer par la famille ou l\u2019\u00e9tat lui-m\u00eame, sont en crise. Qu\u2019est-ce que le mariage et la paternit\u00e9, sinon un jeu de caprices individuels, sans structure pour leur donner corps, sans engagement institutionnel\u00a0?<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il des institutions sociales et politiques qui soutiennent l\u2019\u00e9tat\u00a0? Quand on jette un \u0153il sur le panorama de la gestion publique, on constate qu\u2019elle a fini de se focaliser sur la question sociale du bien commun pour se contenter de la gestion financi\u00e8re dont l\u2019unique souci est le profit \u00e9conomique. La derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de v\u00e9ritables politiques au plein sens du terme (gestionnaires de la \u00ab\u00a0polis\u00a0\u00bb) s\u2019est \u00e9teinte au dernier quart du si\u00e8cle pass\u00e9. Et que dire de l\u2019Eglise\u00a0? \u2026<\/p>\n<p>Il suffit de rappeler les r\u00e9sultats des enqu\u00eates d\u2019opinion, surtout chez les jeunes. Comme le montrent les \u00e9tudes sociologiques, <em>\u00ab\u00a0Ils croient mais ils n\u2019ont plus d\u2019appartenance\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>La crise des institutions entra\u00eene avec elle la crise de l\u2019appartenance, qui affecte s\u00e9rieusement la personne m\u00eame. La personne se trouve isol\u00e9e, sans r\u00e9f\u00e9rences ext\u00e9rieures et sans les relations qui la construisent, comme nous l\u2019avons vu plus haut.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette crise, les institutions se sentent d\u00e9sorient\u00e9es, perplexes, sans savoir comment se situer. Pr\u00e9occup\u00e9es par leur perte de prestige, elles consacrent tous leurs efforts \u00e0 des campagnes d\u2019images. Elles croient que le probl\u00e8me est de ne pas savoir se pr\u00e9senter, de ne pas savoir expliquer\u2026<\/p>\n<p><strong>Mais le probl\u00e8me est tout autre et bien plus profond. C\u2019est un probl\u00e8me de perte de sens.<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la r\u00e9volution fran\u00e7aise, avec l\u2019orgueil de la raison face \u00e0 la foi, l\u2019homme a rejet\u00e9 tout sens qui ne trouverait pas son fondement et sa source dans la raison elle-m\u00eame. Une \u00e9poque de l\u2019histoire a ainsi d\u00e9but\u00e9, celle de l\u2019orgueil de la raison, o\u00f9 l\u2019homme, lib\u00e9r\u00e9 de toute autre tutelle que de lui-m\u00eame, a d\u00e9cid\u00e9 de se construire lui-m\u00eame et le monde qui l\u2019entoure, \u00e0 partir de son propre savoir et de sa propre logique. L\u2019exp\u00e9rience historique depuis deux si\u00e8cles jusqu\u2019\u00e0 maintenant a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 les lumi\u00e8res de cette pr\u00e9tention, mais aussi et surtout, les ombres.<\/p>\n<p>L\u2019exaltation de la raison a entra\u00een\u00e9 l\u2019incertitude sur le sens. Et pire encore, la tyrannie des id\u00e9ologies, les syst\u00e8mes de pens\u00e9e totalitaires et ferm\u00e9s sur eux-m\u00eames, qui se sont impos\u00e9es par la violence et la force, \u00e9touffant toute libert\u00e9. Les deux guerres mondiales ont montr\u00e9 l\u2019irrationalit\u00e9 des raisons humaines, et la chute du mur de Berlin a port\u00e9 un coup fatal \u00e0 ce qui restait des id\u00e9ologies qui pr\u00e9tendaient expliquer le monde.<\/p>\n<p>Tout comme l\u2019homme de la modernit\u00e9, celui qui est n\u00e9 de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, l\u2019homme postmoderne, celui qui r\u00e9sulte de l\u2019histoire r\u00e9cente, est toujours un homme en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 lui-m\u00eame, qui cherche en lui-m\u00eame le sens et la raison de son existence. Mais, fatigu\u00e9 \u2013 et j\u2019ajouterais \u2013 \u00ab\u00a0d\u00e9senchant\u00e9\u00a0\u00bb &#8211; de la raison et de la logique, il s\u2019abandonne au sentimental et au sensoriel, o\u00f9 m\u00eame purement et simplement \u00e0 la sensualit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour lui d\u00e9sormais, il n\u2019y a plus de \u00ab\u00a0raisons\u00a0\u00bb, mais des \u00ab\u00a0opinions\u00a0\u00bb, dont la v\u00e9rit\u00e9 ne se base plus sur la r\u00e9alit\u00e9 objective (m\u00eame s\u2019il le pr\u00e9tend) mais sur la pure perception sentimentale interne. \u00ab\u00a0C\u2019est ton opinion\u00a0; j\u2019ai la mienne\u00a0\u00bb. Le seul vrai monde est celui des sensations int\u00e9rieures. En elles se trouvent la v\u00e9rit\u00e9 et le sens. Et si la r\u00e9alit\u00e9 ne correspond pas \u00e0 ce qu\u2019int\u00e9rieurement on ressent ou d\u00e9sire ressentir, alors, il y a la technique.<\/p>\n<p>L\u2019homme postmoderne ne croit plus maintenant que la capacit\u00e9 de dominer et conduire la r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9side dans la raison, mais dans la technique. Il en est obs\u00e9d\u00e9 et s\u2019y livre tout entier, \u00e0 tout ce qui lui permet de manipuler la r\u00e9alit\u00e9, sans se demander ce qu\u2019est cette r\u00e9alit\u00e9 ni ce qu\u2019elle lui demande.<\/p>\n<p>La vie devient une sorte de jeu d\u2019ordinateur, o\u00f9 ce qui se revendique r\u00e9alit\u00e9 virtuelle finit par dominer la r\u00e9elle. L\u2019aspiration derni\u00e8re est de d\u00e9tenir les instruments pour le faire, c&#8217;est-\u00e0-dire, les moyens \u00e9conomiques et techniques pour y parvenir. La question n\u2019est plus pour quelle raison et dans quel but, mais comment.<\/p>\n<p>A partir de cette attitude d\u2019autor\u00e9f\u00e9rence, l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui projette et programme jusqu\u2019\u00e0 son lien social, en marge des liens sociaux institutionnels. \u00ab\u00a0Chats\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0blogs\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0facebook\u00a0\u00bb, et tous les r\u00e9seaux de la grande toile virtuelle servent de substituts \u00e0 la famille, au voisinage, \u00e0 l\u2019entourage et jusqu\u2019\u00e0 la communaut\u00e9. La socialisation de la personne ne se r\u00e9alise plus dans la relation avec le monde r\u00e9el qui l\u2019environne. Elle projette son propre r\u00e9seau et le choisit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Les institutions qui assuraient la socialisation (famille et \u00e9cole, avant tout) se sentent comme diminu\u00e9es, leur influence s\u2019an\u00e9mie jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre. Le sentiment cro\u00eet de se trouver au milieu d\u2019un monde confus, dans lequel nous ne nous comprenons plus puisque nous n\u2019appartenons plus au m\u00eame \u00ab\u00a0r\u00e9seau social\u00a0\u00bb, que nous ne parlons plus la m\u00eame langue.<\/p>\n<p>Au vu de tout cela, et selon ce que nous avons dit dans les paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents, il est clair que l\u2019effort \u00e9ducatif d\u2019aujourd\u2019hui doit viser \u00e0 sortir la personne de la prison dans laquelle l\u2019enferme le subjectivisme, pour la resituer dans le monde relationnel, celui auquel elle ne peut se soustraire sans se condamner elle-m\u00eame \u00e0 sa perte. Apr\u00e8s avoir tu\u00e9 Abel, Ca\u00efn devint un errant solitaire. \u00ab\u00a0Tu seras errant et vagabond sur la terre\u00a0\u00bb (Gen. 4.12). A ce moment, il se rendit compte qu\u2019en tuant son fr\u00e8re il s\u2019\u00e9tait condamn\u00e9 lui-m\u00eame. \u00ab\u00a0Quiconque me trouvera me tuera\u00a0\u00bb (Gen. 4,14) reconna\u00eet-il, angoiss\u00e9.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cits primitifs de la Gen\u00e8se montrent admirablement une v\u00e9rit\u00e9 anthropologique fondamentale\u00a0: en rompant avec Dieu et en tuant son fr\u00e8re, l\u2019homme n\u2019a plus de r\u00e9f\u00e9rence que lui-m\u00eame, et il se perd, condamn\u00e9 \u00e0 se cacher, \u00e0 \u00ab\u00a0se v\u00eatir\u00a0\u00bb, \u00e0 se d\u00e9fendre et \u00e0 se prot\u00e9ger. Les deux grandes questions de Dieu \u00e0 l\u2019homme ainsi perdu r\u00e9sonnent toujours dans l\u2019histoire et la vie de chacun de nous\u00a0: <em>\u00ab\u00a0O\u00f9 es-tu\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> (Gen 3,9) et <em>\u00ab\u00a0O\u00f9 est Abel, ton fr\u00e8re\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> (Gen 4. 9). Comme nous l\u2019avons vu, la personne humaine est un \u00eatre de relation, qui se construit dans la relation et qui par cons\u00e9quent se renie elle-m\u00eame, quand elle s\u2019enferme sur elle-m\u00eame et projette le monde \u00e0 partir d\u2019elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Marianistes, nous affirmons que le seul moyen \u00e0 notre disposition pour aider l\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 sortir de son \u00ab\u00a0en soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, de son individualisme, est de l\u2019amener \u00e0 d\u00e9couvrir que sa r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re passe par le recouvrement de cette relation\u00a0\u00ab\u00a0fondatrice\u00a0\u00bb, la seule qui le fait v\u00e9ritablement devenir une personne\u00a0: la relation qui cherche exclusivement le bien d\u2019autrui, celle qui s\u2019impose sans asservir, celle qui sollicite sans contraindre, celle qui donne sans rien demander en retour, celle qui respecte toujours la libert\u00e9 de l\u2019autre. En un mot, celle qui nous est offerte dans l\u2019amour de Dieu.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que le retour \u00e0 Marie dans l\u2019\u00e9pisode de l\u2019annonciation-incarnation du Fils de Dieu est plus urgent aujourd\u2019hui que jamais. Cet \u00e9pisode est et sera toujours le r\u00e9cit-racine du salut, celui qui marque l\u2019origine de l\u2019\u00e9vang\u00e9lisation du monde. Si le retour \u00e0 Marie s\u2019impose aujourd\u2019hui, s\u2019impose aussi le retour \u00e0 la promotion de v\u00e9ritables communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes, comme lieux o\u00f9 cet amour de Dieu se vit, se reconna\u00eet, se f\u00eate, y trouve sa r\u00e9ponse et son service.<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, le lieu de la communion dans l\u2019Esprit, o\u00f9 chacun peut faire l\u2019exp\u00e9rience et vivre son identit\u00e9 de fils du P\u00e8re, et par cons\u00e9quente, de fr\u00e8re universel.<\/p>\n<p>Ce temps qui nous est donn\u00e9 de vivre est plus celui du d\u00e9senchantement que de la r\u00e9volte. L\u2019homme d\u2019aujourd\u2019hui, d\u00e9\u00e7u de tant de paroles creuses, de tant de projets avort\u00e9s, a choisi de se renfermer sur lui-m\u00eame. Mais l\u00e0 n\u2019est pas sa vraie maison.<\/p>\n<p>Comme le fils prodigue, il finira par avoir la nostalgie de la maison du P\u00e8re. Il y a plus\u00a0: croyez-moi, il y a d\u00e9j\u00e0 aujourd\u2019hui des signes qui indiquent le d\u00e9but de cette nostalgie. <strong>Mais quand l\u2019homme d\u00e9cidera librement de retourner \u00e0 cette maison,<\/strong> il aura besoin de retrouver la vraie maison du P\u00e8re, non celle du fils a\u00een\u00e9. Il aura besoin de trouver une communaut\u00e9, une \u00e9glise, capable de le faire rena\u00eetre, maternelle, mariale. Marianistes, nous pouvons et devons nous acharner pour qu\u2019il en soit ainsi.<\/p>\n<p>Merci pour votre attention.<\/p>\n","protected":false},"author":134,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[155],"ht_kb_tag":[123],"class_list":["post-1544","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-education","ht_kb_tag-etude"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1544"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/134"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1544"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1544\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1549,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1544\/revisions\/1549"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1544"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=1544"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=1544"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}