{"id":1166,"date":"2015-11-17T16:52:25","date_gmt":"2015-11-17T15:52:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/?post_type=ht_kb&#038;p=1166"},"modified":"2016-02-03T15:57:48","modified_gmt":"2016-02-03T14:57:48","slug":"marie-dans-les-lettres-dadele-de-trenquelleon","status":"publish","type":"ht_kb","link":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/docs\/marie-dans-les-lettres-dadele-de-trenquelleon\/","title":{"rendered":"Marie dans les lettres d&#8217;Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on"},"content":{"rendered":"<p>Conf\u00e9rence du 8 janvier 1989<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par une rapide \u00e9vocation biographique d\u2019Ad\u00e8le et un regard sur sa correspondance.<\/p>\n<p>N\u00e9e le 10 juin 1789, au ch\u00e2teau de Trenquell\u00e9on, commune de Feugarolles, elle est baptis\u00e9e le jour m\u00eame dans son \u00e9glise paroissiale. Le baron, son p\u00e8re, s\u2019engage en 1791 dans l\u2019arm\u00e9e du Rhin et laisse \u00e0 son \u00e9pouse le soin d\u2019\u00e9lever sa fille.<\/p>\n<p>Exil en Espagne et au Portugal, de 1797 \u00e0 1801.<\/p>\n<p>D\u00e8s son enfance, elle vit un profond attrait vers le Carmel o\u00f9 elle d\u00e9sire entrer \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 12 ans.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1803, elle re\u00e7oit le sacrement de la confirmation et rencontre, \u00e0 cette occasion, Jeanne Dich\u00e9. Les deux filles se lient d\u2019amiti\u00e9, et, en 1804, elles fondent ensemble, aid\u00e9es par Monsieur Ducourneau, le pr\u00e9cepteur de Charles, fr\u00e8re d\u2019Ad\u00e8le, une association de pri\u00e8re et d\u2019action chr\u00e9tienne. Cette Petite Soci\u00e9t\u00e9 va jouer un grand r\u00f4le dans la vie d\u2019Ad\u00e8le. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, elle est fondatrice et animatrice d\u2019une \u0153uvre d\u2019Eglise.<\/p>\n<p>Cette animation, celle de la Petite Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019abord, puis celle de son Institut religieux, elle la fera surtout \u00e0 travers ses nombreuses lettres, 737 au total, qui vont s\u2019\u00e9chelonner entre le 2 f\u00e9vrier 1805 et le 28 novembre 1827.<\/p>\n<p>Trois p\u00e9riodes sont \u00e0 distinguer dans la vie d\u2019Ad\u00e8le et sa correspondance.<\/p>\n<ol>\n<li>De 1805 \u00e0 1808, Ad\u00e8le a entre 16 et 19 ans. Toutes ses lettres sont adress\u00e9es \u00e0 la s\u0153ur de Jeanne, Agathe Dich\u00e9 qui est devenue, pour le groupe d\u2019Agen, sa correspondante habituelle. Gr\u00e2ce \u00e0 plusieurs lettres de cette \u00e9poque, nous voyons s\u2019exprimer les attitudes mariales fondamentales d\u2019Ad\u00e8le, celle qu\u2019elle gardera toute sa vie.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"2\">\n<li>De fin 1808 au 25 mai 1816, Ad\u00e8le, entre 19 et 27 ans, vit une p\u00e9riode extraordinairement riche, au contact de la Congr\u00e9gation mariale de Bordeaux et de son fondateur, le P\u00e8re Chaminade. Sa vie mariale va s\u2019enrichir consid\u00e9rablement durant cette p\u00e9riode.<\/li>\n<\/ol>\n<ol start=\"3\">\n<li>Du 25 mai 1816 au 10 janvier 1828, Ad\u00e8le, devenue en religion M\u00e8re Marie de la Conception, entre 27 et 38 ans, vit sa vie de fondatrice et premi\u00e8re sup\u00e9rieure g\u00e9n\u00e9rale des Filles de Marie, \u00e0 Agen. C\u2019est la p\u00e9riode de son \u00e9panouissement marial dans la vie religieuse.<\/li>\n<\/ol>\n<h1 id=\"comme-un-tronc-solide-les-elements-premiers-et-constants-de-sa-vie-mariale\" >Comme un tronc solide : les \u00e9l\u00e9ments premiers et constants de sa vie mariale<\/h1>\n<p>Durant la premi\u00e8re \u00e9poque de sa correspondance, trois lettres (17\u00a0; 35\u00a0; 88) et huit allusions permettent d\u2019entrevoir les \u00e9l\u00e9ments premiers et constants de la d\u00e9votion d\u2019Ad\u00e8le envers la Sainte Vierge.<\/p>\n<p>Lisons la lettre n\u00b017 qui est la plus caract\u00e9ristique. Elle date du 20 ao\u00fbt 1805, octave de la f\u00eate de l\u2019Assomption\u00a0: de quoi entretient-elle Agathe et les associ\u00e9es\u00a0? Des vertus de Marie et de l\u2019obligation qu\u2019elles ont de les imiter\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De quoi vais-je vous entretenir\u00a0? Ah ! Ai-je besoin de chercher longtemps\u00a0? Les vertus de Marie qui doivent \u00eatre notre objet d&#8217;imitation, et surtout entre les deux f\u00eates qui lui sont consacr\u00e9es, l&#8217;Assomption et la Nativit\u00e9, vont me fournir une ample mati\u00e8re.<\/p>\n<p>La puret\u00e9, cette vertu plus ang\u00e9lique qu&#8217;humaine, la Ste Vierge l&#8217;a poss\u00e9d\u00e9e dans le degr\u00e9 le plus \u00e9minent. Elle se trouble d\u00e8s qu&#8217;elle voit entrer l&#8217;Ange sous la figure d&#8217;un jeune homme, et elle ne consent \u00e0 devenir la M\u00e8re de Dieu que quand l&#8217;ange lui e\u00fbt assur\u00e9 qu&#8217;elle demeurerait vierge. A son exemple fuyons toute occasion de ternir seulement cette pr\u00e9cieuse vertu que nous portons dans des vases d&#8217;argile ; la fuite est l&#8217;unique moyen de triompher de la passion contraire. Et pour acqu\u00e9rir cette d\u00e9licate vertu, ne nous arr\u00eatons jamais \u00e0 la moindre pens\u00e9e. Que la modestie r\u00e8gle nos regards, nos gestes, notre maintien. Fuyons, d\u00e8s que nous voyons que la conversation que l&#8217;on peut tenir, peut nous donner quelque mauvaise id\u00e9e. Enfin, recourons \u00e0 la Reine des Vierges et nous acqu\u00e9rons cette vertu \u00e0 laquelle nous devons t\u00e2cher de travailler encore plus particuli\u00e8rement jusqu&#8217;\u00e0 la Nativit\u00e9.<\/p>\n<p>L&#8217;humilit\u00e9 aussi a \u00e9t\u00e9 une vertu favorite de la Ste Vierge. Elle se trouble \u00e0 la salutation glorieuse de l&#8217;Ange et elle ne r\u00e9pond \u00e0 l&#8217;assurance qu&#8217;il lui fait qu&#8217;elle va devenir la M\u00e8re de son Dieu, qu&#8217;en s&#8217;en reconnaissant la servante. Imitons cette vertu et reconnaissons-nous toujours pour des serviteurs inutiles. Ne nous glorifions jamais de rien, reconnaissant en toute v\u00e9rit\u00e9 que Dieu est l&#8217;auteur de tout bien.<\/p>\n<p>L&#8217;ob\u00e9issance a aussi paru dans Marie d&#8217;une mani\u00e8re admirable. Elle part pour aller visiter Elisabeth &#8211; quoique ce f\u00fbt un voyage p\u00e9nible &#8211; d\u00e8s qu&#8217;elle en eut re\u00e7u l&#8217;inspiration du Seigneur. Elle va, pour ob\u00e9ir \u00e0 l&#8217;empereur, \u00e0 Bethl\u00e9em pour aller se faire enregistrer malgr\u00e9 la rigueur de la saison et sa grossesse avanc\u00e9e. Imitons cette ob\u00e9issance dans les inspirations que Dieu nous donne de faire le bien, et en ob\u00e9issant ponctuellement et sans raisonner aux ordres de nos sup\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>L&#8217;amour de Dieu a surtout brill\u00e9 dans cette vierge incomparable. A son exemple, aimons toujours Dieu avec une nouvelle ardeur et souvenons-nous que l&#8217;amour ayant \u00e9t\u00e9 la cause de son triomphe sera aussi celui du n\u00f4tre, si nous aimons v\u00e9ritablement, sinc\u00e8rement et de tout notre c\u0153ur.<\/p>\n<p>La patience dans les souffrances a \u00e9t\u00e9 aussi bien parfaite dans la Ste Vierge. Souffrons comme Elle de voir calomnier et souffrir les personnes qui nous int\u00e9ressent et que nous aimons, et souffrons nous-m\u00eames pour l&#8217;amour de Dieu, et pour effacer nos p\u00e9ch\u00e9s qui m\u00e9ritent bien des ch\u00e2timents, tandis que la Ste Vierge qui a tant souffert n&#8217;avait jamais p\u00e9ch\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>La lettre n\u00b035, du 25 mars 1806, jour de l\u2019Annonciation, reprend le m\u00eame th\u00e8me \u00e0 partir d\u2019une lecture qu\u2019elle vient de faire d\u2019un sermon de Bourdaloue\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C&#8217;est au sortir, ma ch\u00e8re amie, de lire un sermon de Bourdaloue, que je vous \u00e9cris. Puisse l&#8217;Esprit-Saint qui animait cet orateur chr\u00e9tien, m&#8217;inspirer sur quoi je vous entretiendrai ! Aujourd\u2019hui, et que je puiserai dans les salutaires r\u00e9flexions que m&#8217;a inspir\u00e9es le sermon.<\/p>\n<p>Quelle grande f\u00eate, ma bonne amie\u00a0! Le Verbe de Dieu prendre notre chair\u00a0! Le Fils de Dieu devenir le fils de l&#8217;homme\u00a0! Dieu m\u00eame devenir notre fr\u00e8re ! Oh ! Prodige d&#8217;amour d&#8217;un Dieu pour des hommes coupables !<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir admir\u00e9 cette gr\u00e2ce immense et cet amour infini, venons aux r\u00e9flexions pratiques que nous pouvons retirer de ce myst\u00e8re :<\/p>\n<p>Un Dieu s&#8217;est an\u00e9anti jusqu&#8217;\u00e0 prendre la forme d&#8217;esclave&#8230; Et qui choisit-il pour cela ? Une vierge humble.<\/p>\n<p>Dans quel moment s&#8217;op\u00e8re ce prodige ? Dans le moment o\u00f9 cette vierge incomparable fait l&#8217;acte d&#8217;humilit\u00e9 le plus parfait, en s&#8217;avouant la servante du Seigneur, quand lui-m\u00eame l&#8217;honore de la qualit\u00e9 de sa m\u00e8re. Que devons-nous conclure de cela, sinon que l&#8217;humilit\u00e9 est la vertu ch\u00e9rie de Dieu, puisqu&#8217;elle a, pour ainsi dire, le pouvoir de faire descendre un Dieu en terre.<\/p>\n<p>Ainsi, faisant profession d&#8217;adorer ce myst\u00e8re, nous devons aussi, par une cons\u00e9quence indubitable, pratiquer cette humilit\u00e9 dans toutes nos actions, dans toutes nos pens\u00e9es, dans toutes nos personnes. C&#8217;est cependant ce que nous ne faisons gu\u00e8re.<\/p>\n<p>Oh ! Ma ch\u00e8re amie, soyons humble si nous voulons plaire \u00e0 Dieu ; c&#8217;est sa vertu favorite et qui a m\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la tr\u00e8s sainte Vierge de le concevoir dans son chaste sein. Qu&#8217;on remarque donc en nous cette humilit\u00e9 dans tout : quand on nous contredit, en ne nous plaignant point ; en prenant patiemment toutes les humiliations et les croix qui nous adviennent, reconnaissant, dans un esprit d&#8217;humilit\u00e9, les avoir bien m\u00e9rit\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre r\u00e9flexion que me fournit le myst\u00e8re d&#8217;aujourd&#8217;hui : C&#8217;est la puret\u00e9 ang\u00e9lique de la Vierge Marie. Elle se trouble \u00e0 la vue d&#8217;un Ange sous une forme humaine. Ah! quel contraste avec celui d&#8217;une infinit\u00e9 de jeunes vierges pr\u00e9tendues chr\u00e9tiennes qui n&#8217;ont pas de plus grand plaisir que de voir et d&#8217;\u00eatre vues, et qui perdent bien souvent, pour ne pas dire toujours, le vase pr\u00e9cieux de la virginit\u00e9 qui ne peut \u00eatre conserv\u00e9 qu&#8217;avec beaucoup de pr\u00e9cautions, qu&#8217;avec beaucoup de retraite. A l&#8217;exemple de la Sainte Vierge, ma ch\u00e8re amie, fuyons toute occasion, m\u00eame la plus petite ; mettons un frein \u00e0 nos yeux et \u00e0 nos oreilles pour ne rien voir, ni ne rien entendre capable de ternir la beaut\u00e9 d&#8217;une vertu si d\u00e9licate et si fragile. Oh ! Belle vertu, oh ! Vertu ang\u00e9lique, qu&#8217;on vous perd souvent ! Qu&#8217;on vous perd facilement ; et qu&#8217;on vous r\u00e9pare difficilement.<\/p>\n<p>Mais, ma ch\u00e8re amie, apr\u00e8s avoir pris toutes les pr\u00e9cautions convenables, remettons ce d\u00e9p\u00f4t si pr\u00e9cieux entre les mains de la Sainte Vierge ; prenons-la pour la gardienne de notre puret\u00e9 et de notre innocence ; apprenons d&#8217;elle \u00e0 craindre les dangers et \u00e0 les \u00e9viter; qu&#8217;aucun d\u00e9sir de plaire ne trouve acc\u00e8s dans nos c\u0153urs ; que ces c\u0153urs ne br\u00fblent que pour le Seigneur ; que toute flamme impure et \u00e9trang\u00e8re en soit bannie.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>De l\u2019analyse de l\u2019ensemble des lettres et allusions mariales se d\u00e9gagent nettement trois attitudes fondamentales qui caract\u00e9risent la d\u00e9votion mariale d\u2019Ad\u00e8le\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Ad\u00e8le vit avec Marie au rythme de l\u2019ann\u00e9e liturgique, au rythme de l\u2019Eglise.<\/li>\n<li>La vie spirituelle d\u2019Ad\u00e8le int\u00e8gre certaines vertus de Marie qui favorisent une vie d\u2019union avec la Sainte Vierge<\/li>\n<li>Marie prend une place toujours plus grande dans la Petite Soci\u00e9t\u00e9 dont elle est la \u00ab\u00a0protectrice\u00a0\u00bb.<\/li>\n<\/ol>\n<h2 id=\"a-adele-celebre-marie-au-rythme-de-leglise\" >A \u2013 Ad\u00e8le c\u00e9l\u00e8bre Marie au rythme de l\u2019Eglise<\/h2>\n<p>Comme Sainte Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, qu\u2019elle v\u00e9n\u00e9rait particuli\u00e8rement, Ad\u00e8le est fille de l\u2019Eglise, tout simplement. Elle soigne les temps forts liturgiques, l\u2019Avent, le Car\u00eame. Elle c\u00e9l\u00e8bre les f\u00eates mariales\u00a0: l\u2019Assomption et l\u2019Annonciation sont les premi\u00e8res qui apparaissent entre 1805 et 1808.<\/p>\n<p>Puis viennent s\u2019ajouter durant la deuxi\u00e8me p\u00e9riode (1808-1816)\u00a0: la Pr\u00e9sentation du Seigneur et la Purification de Marie (2 f\u00e9vrier), la Compassion de Marie (durant le car\u00eame), la Nativit\u00e9 de Marie (8 septembre), la Pr\u00e9sentation de Marie (21 novembre) et surtout l\u2019Immacul\u00e9e Conception, f\u00eate patronale de la Congr\u00e9gation de Bordeaux.<\/p>\n<p>Durant la p\u00e9riode de la vie au couvent, une nouvelle f\u00eate\u00a0: le Saint Nom de Marie, donn\u00e9e par le P\u00e8re Chaminade comme f\u00eate patronale en 1823, aux deux Instituts religieux fond\u00e9s en 1816 et 1817.<\/p>\n<p>Chacune de ces f\u00eates avait sa signification propre et nourrissait la vie spirituelle d\u2019Ad\u00e8le et de ses associ\u00e9es. Cela d\u2019autant plus que les f\u00eates \u00e9taient pr\u00e9par\u00e9es ou prolong\u00e9es par une octave, c\u2019est-\u00e0-dire un temps de vie chr\u00e9tienne plus intense. Loin d\u2019\u00eatre seulement des actes ponctuels, les f\u00eates mariales \u00e9taient v\u00e9cues comme de v\u00e9ritables sommets, des p\u00e9riodes de ferveur.<\/p>\n<p>Ainsi, d\u00e8s le 23 juillet 1805\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 la f\u00eate de l&#8217;Assomption qui approche, o\u00f9 la Sainte Vierge mourut d&#8217;amour. Ah ! \u00c0 son exemple, t\u00e2chons que l&#8217;amour de Dieu fasse mourir en nous toutes nos mauvaises habitudes, tous nos penchants d\u00e9r\u00e9gl\u00e9s.\u00a0\u00bb (lettre 15.3) Cette m\u00eame f\u00eate va se prolonger, comme le dit la lettre du 20 ao\u00fbt (lettre 17) sur les vertus de Marie. Celles-ci doivent \u00eatre notre objet d\u2019imitation, et surtout entre les deux f\u00eates qui lui sont consacr\u00e9es, l\u2019Assomption et la Nativit\u00e9.<\/p>\n<p>Faut-il rappeler que toutes ces f\u00eates de Marie \u00e9taient c\u00e9l\u00e9br\u00e9es, autant que possible, par la participation \u00e0 la sainte messe et par la sainte communion, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, comme toujours en ce temps-l\u00e0, par la confession\u00a0? Dans le Christ et avec Lui, Ad\u00e8le rencontre et honore sa m\u00e8re.<\/p>\n<h2 id=\"b-adele-vit-avec-marie-sa-spirituelle\" >B &#8211; Ad\u00e8le vit avec Marie sa spirituelle<\/h2>\n<p>Elle voit dans la sainte Vierge l\u2019exemplaire vivant des vertus qu\u2019elle sent n\u00e9cessaire dans sa propre vie spirituelle\u00a0: l\u2019ob\u00e9issance, l\u2019humilit\u00e9, la patience, la douceur et la ma\u00eetrise de soi (lettres 17, 35 et 53). Ainsi veut-elle devenir semblable \u00e0 J\u00e9sus qui nous dit\u00a0: \u00ab\u00a0apprenez de moi que je suis doux et humble de c\u0153ur\u00a0\u00bb (Lettre 16).<\/p>\n<p>Ad\u00e8le contemple et imite tr\u00e8s sp\u00e9cialement en Marie deux vertus\u00a0: la puret\u00e9 et l\u2019amour de Dieu. La premi\u00e8re deviendra chastet\u00e9 virginale pour s\u2019\u00e9panouir dans la cons\u00e9cration d\u2019elle-m\u00eame \u00e0 son C\u00e9leste Epoux, comme elle aimait \u00e0 appeler J\u00e9sus\u00a0; la seconde constituait l\u2019unique lien de la soci\u00e9t\u00e9. Elle revient sans se lasser \u00e0 l\u2019amour de Dieu comme au but ultime de toute sa vie et de celle des associ\u00e9es (lettre 15, 17, 35, 53). D\u00e9j\u00e0, elle vit d\u2019amour \u00e0 l\u2019exemple de Marie. Rien d\u2019\u00e9tonnant qu\u2019Ad\u00e8le aussi, le 10 janvier 1828, meurt d\u2019amour en exprimant son amour \u00e9merveill\u00e9 envers son divin Epoux\u00a0: \u00ab\u00a0Hosanna au Fils de David\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sa vie quotidienne, Ad\u00e8le la vit en grande proximit\u00e9 avec la Sainte Vierge. Dans les moments de souffrance, elle prend l\u2019habitude de contempler Marie au Calvaire et de s\u2019unir \u00e0 elle. Les pri\u00e8res mariales, le Sub Tuum, le chapelet, pars\u00e8ment ses journ\u00e9es et nourrissent cette union profonde avec la M\u00e8re de J\u00e9sus. Avec enthousiasme, elle communique \u00e0 Ad\u00e8le qu\u2019elle \u00e9crit en face d\u2019un portrait du Christ et de celui de sa sainte M\u00e8re. Son oratoire n\u2019est plus reconnaissable tant il est embelli par ces deux superbes gravures. (Lettre 72.5)<\/p>\n<p>Le c\u0153ur d\u2019Ad\u00e8le, en m\u00eame temps qu\u2019il s\u2019approfondit, s\u2019\u00e9largit \u00e0 toutes les associ\u00e9es. Elle veut les rassembler toutes, ce qui lui fait inventer, selon une tradition carm\u00e9litaine, des rendez-vous spirituels. Celui du Calvaire \u00e0 Trois heures apr\u00e8s midi est le plus habituel. Elle le transmettra au P\u00e8re Chaminade qui l\u2019adoptera et l\u2019adaptera pour le rendre encore plus marial. Mais Ad\u00e8le donnait d\u2019autres rendez-vous spirituels\u00a0: \u00e0 la cr\u00e8che, dans le d\u00e9sert, dans les bras de J\u00e9sus mourant, au C\u00e9nacle, et bien d\u2019autres.<\/p>\n<h2 id=\"c-avec-marie-protectrice-de-la-societe\" >C &#8211; Avec Marie, protectrice de la soci\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<p>L\u2019article 3 du r\u00e8glement pr\u00e9cisait\u00a0: chaque membre se mettra sous la protection sp\u00e9ciale de la Sainte Vierge par une communion faite \u00e0 ce dessein. Entre 1804 et 1808, la Soci\u00e9t\u00e9 se d\u00e9veloppe. N\u00e9e en Lot-et-Garonne, elle s\u2019\u00e9tendait, en 1808, aux d\u00e9partements des Landes, de la Dordogne, du Lot, du Gers.<\/p>\n<p>Cette extension remplit Ad\u00e8le d\u2019admiration et de z\u00e8le. Il faut lire ici la lettre 88, du 16 juillet 1807, f\u00eate de Notre-Dame du Mont Carmel. Cette lettre cl\u00f4ture et couronne la premi\u00e8re \u00e9poque de la correspondance mariale d\u2019Ad\u00e8le et manifeste combien l\u2019Esprit Saint et Marie l\u2019ont providentiellement pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 aborder avec fruit la p\u00e9riode suivante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oh ! Qui pourrait nous s\u00e9parer de l&#8217;amour de J\u00e9sus-Christ : seraient-ce les maladies, les souffrances ou la mort ? Non, rien ne nous s\u00e9parera de son amour ! Notre Dieu est le m\u00eame aujourd&#8217;hui qu&#8217;hier : toujours notre Dieu, notre Sauveur, notre R\u00e9dempteur ! Aussi, ch\u00e8re amie, soyons toujours les m\u00eames envers Lui.<\/p>\n<p>Son amour pour nous ne diminue point ; que le n\u00f4tre \u00e0 son \u00e9gard aille toujours croissant.<\/p>\n<p>Dieu nous comble chaque jour de nouveaux bienfaits ; r\u00e9veillons donc tous les jours le feu -de notre amour.<\/p>\n<p>Oh ! Ma ch\u00e8re amie, soyons fid\u00e8les au plus fid\u00e8le des \u00e9poux ! H\u00e9las ! Un rien nous fait oublier nos plus fermes r\u00e9solutions. Jusques \u00e0 quand serons-nous si inconstantes dans nos voies !<\/p>\n<p>Ma tendre amie, que les exemples que nous avons sous les yeux nous animent \u00e0 les suivre : j&#8217;envoie \u00e0 Dicherette une lettre d&#8217;Ad\u00e8le de Pomi\u00e8s, dans laquelle elle me mande qu&#8217;on remarque tous les jours quelques nouveaux progr\u00e8s dans la pi\u00e9t\u00e9 de nos associ\u00e9es. Pour elle, sa grande humilit\u00e9 fait qu&#8217;elle se croit en arri\u00e8re ; et que m\u00eame, elle n&#8217;ose pas \u00e9crire tout \u00e0 fait comme nous. Mais moi qui la connais, je vous assure qu&#8217;elle est bien une de celle qui l&#8217;est le plus. Et puis je le sais par Mme de Ste Agn\u00e8s.<\/p>\n<p>Notre Chef aussi, ch\u00e8re amie, qui est si saint !&#8230; Mr. Grenier !&#8230; Le saint Missionnaire !&#8230; Oh ! Que de saintes \u00e2mes dans ce cher petit troupeau !<\/p>\n<p>Je suis enchant\u00e9e de votre petite r\u00e9union des vendredis. Que je voudrais m&#8217;y trouver ! Enfin, la volont\u00e9 de Dieu !<\/p>\n<p>Que nous sommes augment\u00e9es, ma bonne amie: \u00e0 Agen, \u00e0 Valeilles, \u00e0 Condom, \u00e0 Villeneuve d&#8217;Agen, Villeneuve de Marsan&#8230; Nous nous \u00e9tendons bien loin, puissions-nous nous \u00e9tendre loin en amour pour Dieu et courir \u00e0 pas de g\u00e9ant dans la carri\u00e8re de la perfection.<\/p>\n<p>Que j&#8217;en suis loin ! Ne nous d\u00e9courageons cependant jamais. N&#8217;esp\u00e9rons rien de nous-m\u00eames ; mais tout de Celui qui nous fortifie.<\/p>\n<p>Ayons souvent recours \u00e0 la protectrice de la Soci\u00e9t\u00e9 : la tr\u00e8s Sainte Vierge. Oh ! Qu\u2019Elle est puissante aupr\u00e8s de son Fils ! Mettons-nous bien sous sa sauvegarde. Nous sommes ses enfants particuli\u00e8res, soit par notre Soci\u00e9t\u00e9, soit par l&#8217;habit du Scapulaire dont nous avons le bonheur d&#8217;\u00eatre rev\u00eatues.\u00a0\u00bb (lettre 88)<\/p>\n<p>La Sainte Vierge est devenu la protectrice de la Soci\u00e9t\u00e9. Les membres de cette Soci\u00e9t\u00e9 deviennent de ce fait les enfants particuli\u00e8res de Marie qui est puissante aupr\u00e8s de son Fils. Cette appartenance \u00e0 Marie est encore vue avant tout comme un mise sous la sauvegarde de Marie, dans le sens du Nous nous r\u00e9fugions qu\u2019Ad\u00e8le et peut-\u00eatre aussi ses amies, priaient tous les jours.<\/p>\n<p>Dans la lettre 88, il est fait allusion \u00e9galement \u00e0 l\u2019habit du scapulaire dont toutes les associ\u00e9es son rev\u00eatues. Cette d\u00e9votion typiquement carm\u00e9litaine symbolisait elle aussi la protection de Marie. Porter l\u2019habit de la Sainte Vierge, marquait ainsi qu\u2019on lui appartient et qu\u2019elle peut exercer envers nous son r\u00f4le de M\u00e8re, voil\u00e0 des convictions solides qui vont s\u2019\u00e9panouir dans l\u2019\u00e9poque entre 1808 et 1816, marqu\u00e9e principalement par la mise en relation d\u2019Ad\u00e8le et de son groupe avec le P\u00e8re Chaminade et sa Congr\u00e9gation de Bordeaux.<\/p>\n<h1 id=\"sur-ce-tronc-primitif-de-nouvelles-branches-mariales-apparaissent\" >Sur ce tronc primitif, de nouvelles branches mariales apparaissent<\/h1>\n<p>Nous sommes en l\u2019ann\u00e9e 1808, qui est pour Ad\u00e8le d\u00e9cisif. Deux \u00e9v\u00e9nements la marquent et ouvrent un avenir nouveau\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Ad\u00e8le renonce au mariage<\/li>\n<li>Ad\u00e8le est mise en rapport avec le P\u00e8re Chaminade.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le trouble d\u2019Ad\u00e8le fut grand face \u00e0 une belle proposition de mariage qui lui fut pr\u00e9sent\u00e9e en cette ann\u00e9e 1808. Son p\u00e8re, qu\u2019elle ch\u00e9rissait beaucoup, appuyait cette proposition. Elle consulte des pr\u00eatres, elle prie intens\u00e9ment. La veille de la f\u00eate de la Pr\u00e9sentation de Marie, elle prit la d\u00e9cision de ne jamais se marier. Avec Marie qui s\u2019est offerte toute jeune au Seigneur, elle s\u2019est donc rendue libre pour le Christ, d\u00e9sormais son unique Epoux. Son avenir peut s\u2019orienter maintenant vers la vie religieuse. Cette nouvelle d\u00e9termination rend aussi Ad\u00e8le avide de tout ce qui peut approfondir sa foi chr\u00e9tienne et son ouverture \u00e0 Marie.<\/p>\n<p>Oui, Marie va faire irruption dans sa vie \u00e0 partir de cette ann\u00e9e 1808. L\u2019\u00e9v\u00e9nement fut fortuit. Durant l\u2019\u00e9t\u00e9, alors que Madame de Trenquell\u00e9on se repose dans sa famille \u00e0 Figeac, elle rencontre Jean Lafon, un congr\u00e9ganiste de Bordeaux. On parle. La m\u00e8re \u00e9voque sa fille et la Petite Soci\u00e9t\u00e9. Le professeur, le P\u00e8re Chaminade et sa Congr\u00e9gation si active \u00e0 Bordeaux. On se promet de mettre les deux fondateurs en relation, ce qui se fit en automne, par une lettre que le P\u00e8re Chaminade adressa \u00e0 Ad\u00e8le.<\/p>\n<p>Une correspondance tr\u00e8s active va s\u2019\u00e9tablir entre les deux personnes, ce pr\u00eatre de 57 ans et cette demoiselle de 19 ans. Nous avons des lettres du P\u00e8re Chaminade mais celles d\u2019Ad\u00e8le ont disparu. Il ne nous reste que celles adress\u00e9es r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 ses amies et qui font \u00e9cho \u00e0 celles re\u00e7ues de Bordeaux. Que trouvons-nous dans cette correspondance concernant Marie\u00a0?<\/p>\n<p>Les lettres que Monsieur Chaminade adresse \u00e0 Ad\u00e8le lui font d\u00e9couvrir tellement de vues nouvelles sur la Sainte Vierge. Il faut nous contenter d\u2019un rappel de l\u2019essentiel.<\/p>\n<p>D\u00e8s sa premi\u00e8re lettre (n\u00b031), le P\u00e8re Chaminade d\u00e9crit la Congr\u00e9gation de Bordeaux, souligne les nombreuses ressemblances entre les deux groupements et termine sa lettre par ces deux phrases qui r\u00e9sument l\u2019esprit marial du groupe de Bordeaux\u00a0: Oh\u00a0! Si je pouvais vous bien faire sentir le bonheur qu\u2019il y a d\u2019appartenir d\u2019une mani\u00e8re sp\u00e9ciale \u00e0 la M\u00e8re de Dieu\u00a0! Nous nous glorifions ici du titre d\u2019enfants de Marie\u00a0: nous croyons composer sa famille privil\u00e9gi\u00e9e.<\/p>\n<p>Membres des fraternit\u00e9s, qui sont la continuation actuelle de la Congr\u00e9gation mariale, membres des Instituts religieux ou amis de nos Fondateurs, nous pouvons trouver dans ces deux phrases tout l\u2019essentiel de nos d\u00e9marches mariales constitutives\u00a0: le bonheur d\u2019appartenir \u00e0 Marie d\u2019une mani\u00e8re sp\u00e9ciale car elle est notre m\u00e8re spirituelle et nous sommes ses enfants, nous nous consacrons \u00e0 elle, et, ensemble, nous constituons la famille privil\u00e9gi\u00e9e de Marie.<\/p>\n<h2 id=\"a-le-bonheur-dappartenir-a-marie\" >A &#8211; Le bonheur d&#8217;appartenir \u00e0 Marie<\/h2>\n<p>D\u00e8s le mois de janvier 1809, Ad\u00e8le fait \u00e9cho \u00e0 la lettre pr\u00e9c\u00e9dente ainsi qu\u2019aux premi\u00e8res lectures qu\u2019elle a pu faire dans le Manuel du serviteur de Marie, le livre de pi\u00e9t\u00e9 de la Congr\u00e9gation de Bordeaux. Elle a confi\u00e9 \u00e0 Agathe\u00a0: \u00ab\u00a0que j\u2019aime ce petit livre, ma ch\u00e8re amie, toutes ces belles pri\u00e8res, ces belles instructions, ces beaux cantiques en l\u2019honneur de Marie\u00a0! Nous avons donc le bonheur d\u2019\u00eatre ses enfants, membres de sa famille privil\u00e9gi\u00e9e. Oh\u00a0! Confions-nous donc \u00e0 cette tendre M\u00e8re, elle est le refuge des p\u00e9cheurs.\u00a0\u00bb (Lettre 90.2)<\/p>\n<p>Dans la lettre suivante, du 26 janvier 1809, elle utilise pour la toutes premi\u00e8re fois le terme de cons\u00e9cration \u00e0 Marie qu\u2019elle vient de d\u00e9couvrir, et elle continue\u00a0: \u00ab\u00a0Heureux celui qui, d\u00e8s l\u2019enfance, lui fait de soi-m\u00eame le don et met son innocence \u00e0 l\u2019abri de son Nom.\u00a0\u00bb (Lettre 91.6-7)<\/p>\n<p>On assiste ainsi \u00e0 l\u2019assimilation joyeuse qu\u2019Ad\u00e8le fait et fait faire de la nouvelle dimension mariale venue de Bordeaux par le Manuel et les lettres du P\u00e8re Chaminade. Cette joie est le meilleur signe de la nouveaut\u00e9 de ce qu\u2019elle re\u00e7oit. Elle est combl\u00e9e dans son attente. Il est vrai que la p\u00e9riode pr\u00e9c\u00e9dente de sa vie l\u2019y avait tellement bien pr\u00e9par\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs est d\u2019un temp\u00e9rament optimiste. Il suffit de parcourir sa correspondance pour relever les nombreuses fois o\u00f9 elle utilise l\u2019adjectif heureux. La multiplication des points d\u2019exclamation en est un autre signe. Et voici que Marie ajoute \u00e0 son bonheur. A parti du 10 juin 1810, jour de ses 21 ans, de sa majorit\u00e9, on lit, dans un contexte de Pentec\u00f4te, pour la premi\u00e8re fois, une autre exclamation d\u2019Ad\u00e8le\u00a0: \u00ab\u00a0Vive J\u00e9sus\u00a0! Vive Marie\u00a0! A jamais dans nos c\u0153urs\u00a0!\u00a0\u00bb (Lettre 125.5) Elle est pr\u00eate \u00e0 embrasser avec joie la vie religieuse marianiste\u00a0! Mais cette heure-l\u00e0 n\u2019a pas encore sonn\u00e9 en 1810.<\/p>\n<h2 id=\"b-la-maternite-spirituelle-et-la-consecration-a-marie\" >B \u2013 La maternit\u00e9 spirituelle et la cons\u00e9cration \u00e0 Marie<\/h2>\n<p>Autre constatation \u00e9tonnante\u00a0: jusqu\u2019\u00e0 sa rencontre avec le P\u00e8re Chaminade, Ad\u00e8le ignorait, dans ses lettres, le mot et la d\u00e9marche de cons\u00e9cration \u00e0 Marie. Cependant, l\u2019Esprit Saint avait pr\u00e9par\u00e9, l\u00e0 encore, Ad\u00e8le, comme l\u2019a montr\u00e9 sa lettre 88. Elle se savait enfant de Marie, plac\u00e9e sous la sauvegarde, la protection de Marie parce qu\u2019elle appartenait \u00e0 la Petite Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Mais de Bordeaux arrivait un enseignement beaucoup plus riche et plus diversifi\u00e9. Ad\u00e8le qui avait de l\u2019imitation des vertus de Marie un axe essentiel de sa vie mariale, d\u00e9couvre avec enthousiasme les fondements spirituels de sa d\u00e9marche d\u00e9j\u00e0 ancienne. Elle progresse donc et s\u2019en r\u00e9jouit.<\/p>\n<p>Le P\u00e8re Chaminade l\u2019orient lui-m\u00eame vers une doctrine plus \u00e9labor\u00e9e sur la maternit\u00e9 spirituelle de Marie. La p\u00e9dagogie du fondateur est tr\u00e8s simple. Il part de la pri\u00e8re de cons\u00e9cration \u00e0 Marie, en constate les heureux effets et la justifie par un rappel doctrinal. Voici cette lettre d\u2019initiation qu\u2019Ad\u00e8le re\u00e7oit de Bordeaux en ao\u00fbt 1810\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je vous invite, ma ch\u00e8re Enfant, \u00e0 faire cet Acte de cons\u00e9cration de tout votre c\u0153ur \u00e0 la f\u00eate de la Nativit\u00e9 de la Sainte Vierge, si vous avez re\u00e7u cette lettre : ce sera aussi un bon avis \u00e0 donner \u00e0 toutes vos amies. Je suis comme \u00e9tonn\u00e9 des gr\u00e2ces et des b\u00e9n\u00e9dictions que re\u00e7oivent tous ceux et celles qui le font de bon c\u0153ur, et qui pers\u00e9v\u00e8rent dans les sentiments qui le leur ont inspir\u00e9. Oh qu\u2019heureux sont les vrais Enfants de Marie ! La M\u00e8re de J\u00e9sus devient r\u00e9ellement leur M\u00e8re. &#8211; Peut-\u00eatre, direz-vous : mais Marie ne peut pas \u00eatre ma M\u00e8re comme elle est M\u00e8re de J\u00e9sus ? &#8211; Sans doute, si nous ne consid\u00e9rons pas les choses selon l\u2019esprit : mais c\u2019est bien plus selon l\u2019esprit que nous devons envisager sa maternit\u00e9 divine, que selon la nature. Marie, d\u2019apr\u00e8s l\u2019aveu m\u00eame de J\u00e9sus-Christ, a \u00e9t\u00e9 plus heureuse de l\u2019avoir engendr\u00e9 spirituellement, que de l\u2019avoir engendr\u00e9 selon l\u2019ordre de la nature. Si vous ne comprenez pas bien cette v\u00e9rit\u00e9, que je ne fais presque qu\u2019indiquer, j\u2019y reviendrai avec plaisir dans une autre lettre.\u00a0\u00bb (Lettre 40)<\/p>\n<p>Que repr\u00e9sentait cet acte de cons\u00e9cration qu\u2019Ad\u00e8le d\u00e9couvrait ainsi\u00a0? Au plus simple, c\u2019\u00e9tait une pri\u00e8re d\u2019offrande de soi \u00e0 Marie. On peut la lire dans les Ecrits Marials du P\u00e8re Chaminade (Tome II n\u00b0881 et 883). Pour les deux tiers, ce texte est une sorte de Credo marial (881-882)\u00a0; suivent les engagements \u00e0 prendre (883)\u00a0: honorer Marie, s\u2019en remettre \u00e0 son amour maternel, vivre la qualit\u00e9 d\u2019enfant de Marie en appartenant \u00e0 la Congr\u00e9gation et en ayant envers Marie respect, ob\u00e9issance, confiance et amour filial.<\/p>\n<p>Dans le Manuel du Serviteur de Marie, Ad\u00e8le pouvait lire une tr\u00e8s suggestive pr\u00e9sentation de la Cons\u00e9cration \u00e0 Marie. Une cons\u00e9cration (\u2026) forme entre la personne qui se consacre et la Vierge Immacul\u00e9e qui re\u00e7oit cette cons\u00e9cration, une alliance v\u00e9ritable. D\u2019une part, l\u2019auguste Marie re\u00e7oit sous sa puissante protection ce fid\u00e8le qui se jette entre les bras de sa tendresse maternelle et l\u2019adopte pour son enfant. De l\u2019autre, le nouvel enfant de Marie contracte avec son auguste M\u00e8re les obligations les plus douces et les plus aimables. (EM II.395)<\/p>\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 des textes comme ceux-ci, Ad\u00e8le prend conscience de la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019Alliance. Avant 1813, elle n\u2019utilise jamais ce mot dans sa correspondance avec ses amies. Sa circulaire du 25 juillet 1813 permet d\u2019appr\u00e9cier \u00e0 quelle profondeur elle communie sur ce point, comme sur d\u2019autres, avec le P\u00e8re Chaminade. Cela va jusqu\u2019\u00e0 une similitude de vocabulaire.<\/p>\n<p>Vous allez vous enr\u00f4ler d\u2019une mani\u00e8re plus particuli\u00e8re sous les \u00e9tendards de notre auguste M\u00e8re. Pr\u00e9parez-vous avec toute l\u2019ardeur possible, \u00e0 cette glorieuse Alliance que vous allez contracter avec elle. (\u2026) Oh\u00a0! Quelles qualit\u00e9s doivent distinguer les enfants de Marie\u00a0! Etre sous la protection de la plus sainte des Vierges, c\u2019est faire profession de combattre tous les vices\u00a0: plus de monde pour nous, plus d\u2019attrait pour ses vains plaisirs. Que la vie humble, retir\u00e9e et fervente fasse toutes nos recherches.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le transcrit \u00e0 sa fa\u00e7on qui, lui, \u00e0 la suite du texte sur l\u2019Alliance v\u00e9ritable, \u00e9num\u00e8re les sept obligations de toute personne consacr\u00e9e \u00e0 Marie dans la Congr\u00e9gation\u00a0: prier, honorer et faire honorer Marie, se conduire en v\u00e9ritable enfant de Marie en imitant ses vertus et en combattant les vices.<\/p>\n<p>Ad\u00e8le en effet garde toute sa personnalit\u00e9. Je voudrais souligner sa mani\u00e8re tr\u00e8s personnelle avec laquelle il lui arrive, \u00e0 l\u2019occasion de la Pr\u00e9sentation de Marie, de formuler l\u2019Alliance dans sa double dimension\u00a0: Alliance avec Dieu et Alliance avec Marie.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, l\u2019Alliance entre elle et le Christ, le divin Epoux, reste premi\u00e8re et fondamentale. Pr\u00e9sentons-nous aussi en ce jour au Seigneur. Faisons-lui une cons\u00e9cration enti\u00e8re de notre personne\u00a0; n\u2019ayons plus rien en nous qui ne soit \u00e0 ce divin Ma\u00eetre \u00e0 qui nous devons par tant de titres, et \u00e0 qui nous ne faisons que rendre ce que nous lui devons quand nous nous donnons \u00e0 Lui. (Lettre 203.2)<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, en 1814, on sent Ad\u00e8le plus m\u00fbre en ce domaine du don d\u2019elle-m\u00eame. Elle a tr\u00e8s bien harmonis\u00e9 l\u2019Alliance avec Marie et celle, fondamentale, avec le Seigneur. J\u2019ai pri\u00e9, ch\u00e8re amie, notre divine M\u00e8re, le jour de la Pr\u00e9sentation, d\u2019offrir \u00e0 son divin Fils toute sa petite famille conjointement avec Elle (\u2026) Offerte par de telles mains, regardons-nous donc, ch\u00e8re amie, comme enti\u00e8rement consacr\u00e9es au Seigneur. Soyons \u00e0 Lui\u00a0: n\u2019agissons que pour Lui et en vue de Lui plaire, m\u00eame dans nos actions les plus indiff\u00e9rentes. (Lettre 256.2)<\/p>\n<p>Remarquons l\u2019emploi judicieux du vocabulaire. Le mot consacr\u00e9es a, en son sens fort, rapport au Seigneur. Cette Alliance prend tout son sens dans l\u2019Alliance biblique entre Dieu et son peuple, entre Dieu et l\u2019homme. Telle est la vraie d\u00e9marche cons\u00e9cratoire.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la relation \u00e0 Marie, Ad\u00e8le et ses amies forment sa petite famille. Elles sont conjointes avec Elle. L\u2019Alliance avec Marie est une d\u00e9marche analogue \u00e0 celle de deux conjoints\u00a0; l\u2019on reste donc dans le domaine de l\u2019union d\u2019amour entre deux \u00eatres humains. L\u2019Alliance avec Marie est une mani\u00e8re de faire famille, Eglise avec Elle, autour d\u2019Elle, conjointement avec Elle. N\u2019est-Elle pas la M\u00e8re de l\u2019Eglise et nous ses enfants, parce que disciples de J\u00e9sus, comme Jean, au Calvaire\u00a0?<\/p>\n<h2 id=\"c-former-ensemble-la-famille-de-marie\" >C \u2013 Former ensemble la famille de Marie<\/h2>\n<p>Dans la premi\u00e8re lettre re\u00e7ue du P\u00e8re Chaminade, Ad\u00e8le avait pu lire cette affirmation qui pouvait para\u00eetre pr\u00e9tentieuse\u00a0: nous nous glorifions ici du titre d\u2019Enfants de Marie\u00a0: nous croyons composer sa famille privil\u00e9gi\u00e9e. (Lettre 31)<\/p>\n<p>Que d\u00e9signe, pour le fondateur, l\u2019expression Famille de Marie\u00a0? C\u2019est une r\u00e9union de chr\u00e9tiens qui ont Dieu pour P\u00e8re, et qui, reconnaissant aussi, tr\u00e8s explicitement, qu\u2019ils ont, en commun, Marie pour M\u00e8re, ce qui renforce singuli\u00e8rement leur fraternit\u00e9 chr\u00e9tienne et donne \u00e0 l\u2019Eglise un visage plus familial. En somme, gr\u00e2ce \u00e0 Marie, ces chr\u00e9tiens tendent \u00e0 former une Eglise v\u00e9cue comme une grande famille.<\/p>\n<p>L\u2019expression avait impressionn\u00e9 Ad\u00e8le qui la rel\u00e8ve d\u00e8s la lettre 90, la premi\u00e8re apr\u00e8s r\u00e9ception de celle du P\u00e8re Chaminade\u00a0: nous avons donc le bonheur d\u2019\u00eatre ses enfants, membres de sa famille privil\u00e9gi\u00e9e. Rapidement la r\u00e9alit\u00e9 de cette famille spirituelle va stimuler le z\u00e8le d\u2019Ad\u00e8le. Elle a per\u00e7u que la famille de Marie est appel\u00e9e \u00e0 s\u2019agrandir, ce qu\u2019elle appelle faire des conqu\u00eates. Celles-ci ont un but\u00a0: Propageons la famille de la tr\u00e8s pure Marie. Ramassons le plus que nous pourrons de jeunes c\u0153urs sous \u00e9gide et \u00e0 la gloire de notre divin Ma\u00eetre. (Lettre 175.7) Nous sommes en 1813.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante, le 12 novembre, en \u00e9crivant \u00e0 Seurette Poitevin, responsable du groupe de Tonneins, Ad\u00e8le inclut dans la famille \u00e9galement les personnes spirituellement rattach\u00e9es au groupe. Nos ch\u00e8re affili\u00e9es me sont bien ch\u00e8res aussi\u00a0: elles appartiennent \u00e0 notre famille (Lettre 254.9). Et neuf jours apr\u00e8s, lors de la Pr\u00e9sentation de Marie, elle la prie d\u2019offrir \u00e0 son divin Fils toute sa petite famille conjointement avec Elle. (Lettre 256.2)<\/p>\n<p>D\u00e9sormais l\u2019expression fait partie de son vocabulaire et on la retrouve bien des fois sous sa plume pour d\u00e9signer, dans la p\u00e9riode suivante, soit la Congr\u00e9gation, soit les affili\u00e9es.<\/p>\n<p>Le m\u00eame \u00e9largissement et la m\u00eame pr\u00e9occupation, Ad\u00e8le les partage avec le P\u00e8re Chaminade. La famille de Marie, cette Eglise \u00e0 visage marial, \u00e9tait devenue le but de leur z\u00e8le apostolique. C\u2019est ce qui confie le fondateur \u00e0 des Congr\u00e9ganistes, en 1825\u00a0: par la grande mis\u00e9ricorde de Dieu sur moi et sur les autres, depuis longtemps, je ne vis et je ne respire que pour propager le culte de cette auguste Vierge, et faire ainsi tous les jours s\u2019accro\u00eetre et se multiplier sa famille. (Lettre381) Aujourd\u2019hui, nous sommes invit\u00e9s par le Concile Vatican II et le tr\u00e8s beau chapitre 8 de Lumen Gentium, \u00e0 penser l\u2019Eglise universelle comme la famille de Marie. N\u2019en a-t-elle pas \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e la M\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<h1 id=\"iii-epanouissement-marial-dans-le-vie-religieuse\" >III \u2013 \u00c9panouissement marial dans le vie religieuse<\/h1>\n<p>Abordons la troisi\u00e8me \u00e9poque de la vie d\u2019Ad\u00e8le. Depuis le 25 mai 1816, la voici devenue, dans la petite communaut\u00e9 d\u2019Agen M\u00e8re Marie de la Conception. Les 430 lettres de cette derni\u00e8re \u00e9poque pr\u00e9sentent de multiples allusions mariales. Les lettres \u00e9crites entre juin 1816 et septembre 1820 sont de loin les plus vivantes, car elles s\u2019adressent \u00e0 des amies rest\u00e9es dans le monde et charg\u00e9es de continuer son \u0153uvre, la Congr\u00e9gation mariale. D\u00e9sormais Marie et sa Congr\u00e9gation ne font plus qu\u2019un. C\u2019est comme si nous disions\u00a0: Marie et les fraternit\u00e9s. Leur extension et leur dynamisme missionnaire font la grande joie de M\u00e8re Marie de la Conception.<\/p>\n<h2 id=\"a-joie-de-lextension-de-la-congregation-mariale\" >A \u2013 Joie de l&#8217;extension de la congr\u00e9gation mariale<\/h2>\n<p>Commen\u00e7ons par la correspondante la plus illustre de cette \u00e9poque\u00a0: Sainte Emilie de Rodat, la fondatrice de la Sainte Famille de Villefranche de Rouergue. Leur correspondance d\u00e9bute avec la lettre n\u00b0334, du 21 juin 1819. D\u2019embl\u00e9e, M\u00e8re Marie lui dit\u00a0: Notre principale \u0153uvre est la formation et le soutien de la Congr\u00e9gation. Vous ne sauriez croire le bien que produisent ces Congr\u00e9gations\u00a0! Suivent bien des d\u00e9tails, puis la conclusion\u00a0: Oh\u00a0! Madame, faisons aimer et honorer Marie et par l\u00e0, nous s\u00fbres de faire aimer et servir notre C\u00e9leste Epoux\u00a0! Pardon, Madame\u00a0; mais le z\u00e8le rend hardi\u2026 Voil\u00e0. Quand elle parle de la Congr\u00e9gation, elle est intarissable. C\u2019est l\u2019\u0153uvre de son c\u0153ur.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite se fait jour le d\u00e9sir d\u2019\u00e9tablir la Congr\u00e9gation mariale \u00e0 Villefranche\u00a0: Ne sommes-nous pas bien heureuses d\u2019\u00e9tablir la d\u00e9votion \u00e0 Marie d\u2019une mani\u00e8re si sp\u00e9ciale\u00a0? (Lettre 296.7) Quelle explosion de joie au mois de septembre 1820\u00a0: Voil\u00e0 donc la Congr\u00e9gation \u00e9tablie \u00e0 Villefranche\u00a0; que je suis contente\u00a0! (Lettre 406.6) Moins d\u2019un an apr\u00e8s, on apprend que cette Congr\u00e9gation compte 200 personnes. Un exploit\u00a0!<\/p>\n<p>Autre exemple. M\u00e9lanie Figarol, fille d\u2019un magistrat, suit son p\u00e8re au gr\u00e9 de ses mutations. Gr\u00e2ce \u00e0 ces d\u00e9placements, la Congr\u00e9gation sera fond\u00e9e \u00e0 Tarbes et \u00e0 Pau.<\/p>\n<p>A peine install\u00e9e \u00e0 Tarbes, M\u00e9lanie re\u00e7oit une lettre d\u2019Agen, dat\u00e9e du 29 mai 1817. M\u00e8re Marie lui demande si elle a quelque espoir d\u2019arborer les \u00e9tendards de Marie dans la ville. Suivent les encouragements de la z\u00e9l\u00e9e sup\u00e9rieure\u00a0: ramassez, t\u00e2chez d\u2019assembler des jeunes c\u0153urs sous les \u00e9tendards sacr\u00e9s de la Reine des vierges, de mettre leur innocence et la v\u00f4tre \u00e0 l\u2019abri de son Nom\u00a0! (\u2026) Unissons nos efforts pour arracher au d\u00e9mon ses victimes, pour donner des c\u0153urs \u00e0 J\u00e9sus et \u00e0 Marie. (Lettre 320.2-3)<\/p>\n<p>Fin f\u00e9vrier 1818, la Congr\u00e9gation est n\u00e9e \u00e0 Tarbes\u00a0: combien votre lettre nous a fait de satisfaction en voyant que l\u2019empire aimable de Marie va s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Tarbes, et qu\u2019une int\u00e9ressante jeunesse va s\u2019enr\u00f4ler sous ses saints \u00e9tendards\u00a0! (Lettre 324.2) Une lettre de l\u2019\u00e9poque de la Pentec\u00f4te ajoute ce souhait\u00a0: qu\u2019un grand nombre de jeunes personnes viennent se ranger sous les banni\u00e8res sacr\u00e9es de Marie et renouvellent par leur ferveur les beaux jours de l\u2019Eglise naissante. (Lettre 325.3)<\/p>\n<p>En 1821, M\u00e9lanie, avec ses parents, est \u00e0 Pau. Suite \u00e0 une mission locale et avec l\u2019appui des missionnaires, la Congr\u00e9gation vient de s\u2019\u00e9tablir\u00a0: 80 jeunes personnes et 60 dames de la retraite sont inscrites. (Lettre 433.9)<\/p>\n<p>Il fallait du temps pour organiser la Congr\u00e9gation partie en fl\u00e8che durant la mission. Dans sa lettre du 6 mai 1822, M\u00e8re Marie exprime sa joie et participe \u00e0 la f\u00eate par ses pr\u00e9cisions et autres conseils.<\/p>\n<p>Marie a donc triomph\u00e9 de l\u2019enfer, ma tr\u00e8s ch\u00e8re s\u0153ur, son \u00e9tendard est arbor\u00e9 dans Pau, du moins je l\u2019esp\u00e8re, d\u2019apr\u00e8s ce que vous me mandez. Mais faut-il s\u2019en \u00e9tonner. Elle doit \u00e9craser la t\u00eate du serpent infernal\u00a0!<\/p>\n<p>Il faut, comme vous le pensez, \u00eatre v\u00eatue de blanc et avoir un cierge le jour o\u00f9 l\u2019on est re\u00e7ue, ou, pour mieux dire, o\u00f9 l\u2019on se consacre. Car, c\u2019est une cons\u00e9cration de nous-m\u00eames \u00e0 la Tr\u00e8s Sainte Vierge\u00a0: elle devient r\u00e9ellement notre M\u00e8re et nous devenons ses enfants\u00a0! (\u2026) Que de gr\u00e2ces d\u00e9coulent de ce glorieux titre\u00a0! On n\u2019y voit gu\u00e8re de jeunes personnes qui n\u2019aient re\u00e7u \u00e0 cette \u00e9poque des gr\u00e2ces particuli\u00e8re. (Lettre 469.2-3)<\/p>\n<p>Rarement M\u00e8re Marie de la Conception a si bien explicit\u00e9 la cons\u00e9cration \u00e0 Marie dans la Congr\u00e9gation. Ses enseignements sont comme l\u2019\u00e9cho de la premi\u00e8re lettre que le P\u00e8re Chaminade lui \u00e9crivit, fin 1808. Quelle forte impression a-t-elle d\u00fb produire, cette premi\u00e8re lettre, puisque, 14 ans apr\u00e8s, elle revient presque textuellement sous la plume de la fondatrice.<\/p>\n<h2 id=\"b-prolonger-laction-maternelle-de-marie\" >B \u2013 Prolonger l&#8217;action maternelle de Marie<\/h2>\n<p>Il est ais\u00e9 de relever nombre d\u2019expressions \u00e0 r\u00e9sonance militaire, lorsque M\u00e8re Marie d\u00e9crit l\u2019action des Congr\u00e9ganistes, m\u00eame des jeunes filles et femmes. Le m\u00eame vocabulaire se retrouve sous la plume du P\u00e8re Chaminade. Il est d&#8217;\u00e9poque. Permettez que je n\u2019y insiste pas, bien qu\u2019il ait toute sa valeur et que la vie reste un combat, comme il est dit dans le livre de Job.<\/p>\n<p>Je me permets de souligner ici comment la d\u00e9couverte de la maternit\u00e9 spirituelle de Marie, gr\u00e2ce \u00e0 la Congr\u00e9gation de Bordeaux et au P\u00e8re Chaminade, a port\u00e9 ses fruits en cette troisi\u00e8me \u00e9poque, celle de la vie religieuse. Il s\u2019agit souvent d\u2019allusions, rarement de longs d\u00e9veloppements. Durant l\u2019Avent de 1821, M\u00e8re Marie \u00e9voque cette maternit\u00e9\u00a0: Quel bonheur de pr\u00e9server des jeunes c\u0153urs des griffes du d\u00e9mon en les mettant dans le giron de Marie. (Lettre 467.7).La fondatrice contemple J\u00e9sus dans le sein de Marie et elle tire de cette contemplation une mani\u00e8re maternelle d\u2019agir envers les autres.<\/p>\n<p>Le temps de l\u2019Avent semble bien avoir \u00e9t\u00e9 pour M\u00e8re Marie un temps marial privil\u00e9gi\u00e9. Le sein de Marie, expression ch\u00e8re \u00e0 nos Fondateurs, devient ce c\u0153ur de Marie o\u00f9 elle accueille et porte avec une maternelle sollicitude tous ses enfants pour les former \u00e0 la ressemblance de son divin Fils. De l\u00e0 \u00e0 voir sa propre de vie de d\u00e9vouement comme une maternit\u00e9 spirituelle, \u00e0 l\u2019exemple de Marie et en participation avec elle, il n\u2019y a qu\u2019un pas que M\u00e8re Marie de la Conception a souvent franchi. Il lui arrive d\u2019\u00e9voquer sa Petite Soci\u00e9t\u00e9 qui est rest\u00e9e si ch\u00e8re \u00e0 son c\u0153ur. Elle se demande alors pourquoi et r\u00e9pond\u00a0: Parce qu\u2019elle fut les pr\u00e9mices de ma maternit\u00e9 et le principe de mon bonheur (Lettre 338.4). Ceci, en 1819, dans une lettre au P\u00e8re Chaminade.<\/p>\n<p>A M\u00e8re Th\u00e9r\u00e8se Yannash, sup\u00e9rieure de la r\u00e9cente communaut\u00e9 de Tonneins, elle confie, apr\u00e8s avoir \u00e9voqu\u00e9 Sainte Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Avila, sa patronne\u00a0: Oh\u00a0! Ma ch\u00e8re s\u0153ur, que c\u2019est une grande charge d\u2019\u00eatre M\u00e8re (\u2026) mais le bon Dieu ne donne pas des enfants spirituels, sans donner abondance de lait pour les nourri. Mais, pour cet effet, prenons nous-m\u00eames une bonne nourriture par l\u2019oraison, la r\u00e9collection, l\u2019union \u00e0 Dieu\u00a0! (Lettre 458.3)<\/p>\n<p>Il faut avouer que cette mani\u00e8re de voir la participation \u00e0 la mission de Marie convient mieux \u00e0 des femmes que le langage militaire qui eut cours \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Napol\u00e9on. Faut-il rappeler que le Concile Vatican II, en Lumen Gentium, oriente toute l\u2019Eglise vers une vision maternelle de toute action apostolique\u00a0? (n\u00b065, fin)<\/p>\n<p>Il faut terminer cette trop rapide \u00e9vocation de la vie mariale de M\u00e8re Marie de la Conception. Je le ferai en la rejoignant vers la fin de sa vie. Depuis 1824, le noviciat est install\u00e9 \u00e0 Bordeaux, rue Mazarin. La formation des novices lui tenait \u00e0 c\u0153ur. A M\u00e8re Louis de Gonzague Poitevin, la ma\u00eetresse des novices, elle \u00e9crit, le 13 novembre 1826\u00a0: Je suis souvent occup\u00e9e du cher noviciat de la rue Mazarin et de la ch\u00e8re M\u00e8re. Mais j\u2019ai confiance qu\u2019il sera prot\u00e9g\u00e9 de Marie. Il me semble que nous n\u2019avons pas eu encore assez de d\u00e9votion envers la Tr\u00e8s Saint Vierge\u00a0: il faudrait l\u2019inculquer davantage dans le c\u0153ur de nos enfants. Faire tout au nom de Marie. Demandons de vraies vocations par l\u2019intercession de Marie\u00a0! (Lettre 688.3)<\/p>\n<p>Nul d\u00e9couragement n\u2019est exprim\u00e9 ici, mais la fondatrice per\u00e7oit de fa\u00e7on plus aig\u00fce, \u00e0 la fin de sa vie, toute l\u2019importance de Marie pour la croissance de l\u2019Institut. Elle \u00e9voque la protection de Marie\u00a0; la confiance qu\u2019elle a toujours eue en la M\u00e8re de Dieu, devenue notre M\u00e8re\u00a0; l\u2019amour-d\u00e9vouement qu\u2019elle a v\u00e9cu avec un z\u00e8le admirable et qu\u2019elle veut laisser comme testament \u00e0 ses novices qui sont les futures religieuse. Puis jaillit de sa plume cette expression, qui, \u00e0 la fin d\u2019un parcours de 21 ans, r\u00e9sume sa vie mariale \u00e0 une formule de pl\u00e9nitude\u00a0: <em>Faites tout au Nom de Marie\u00a0!<\/em><\/p>\n<p>Avec Ad\u00e8le de Trenquell\u00e9on, nous sommes partis d\u2019une Petite Soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle l\u2019amour de Dieu \u00e9tait le seul lien et Marie sa protectrice\u00a0; nous aboutissons, \u00e0 la fin de cette trop br\u00e8ve existence, \u00e0 un Institut religieux qui veut tout faire au Nom de Marie, pour la gloire du Seigneur\u00a0!<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":130,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"ht_kb_category":[117],"ht_kb_tag":[128],"class_list":["post-1166","ht_kb","type-ht_kb","status-publish","format-standard","hentry","ht_kb_category-marie-chez-les-fondateurs","ht_kb_tag-conference"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1166"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/types\/ht_kb"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/users\/130"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1166"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1166\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1347,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb\/1166\/revisions\/1347"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1166"}],"wp:term":[{"taxonomy":"ht_kb_category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_category?post=1166"},{"taxonomy":"ht_kb_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.marianistes.com\/documentation\/wp-json\/wp\/v2\/ht_kb_tag?post=1166"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}