Plusieurs intuitions sont typiques du rôle de la mission telle que la voyait Chaminade. Et d’abord une attention vigilante aux signes des temps, car ce sont des signes providentiels. Chaminade était un homme d’une très grande prudence, jamais pressé de passer à l’action. Il plaçait son intelligence au service de l’amour. Il examinait les situations, les soupesait dans la foi afin de discerner l’appel de Dieu. Cette attitude s’est vérifiée en face de la grande Révolution, devant l’exil qu’il lui a bien fallu supporter, et au moment de la fondation des congrégations. Il attendait patiemment la réalisation de son rêve de Saragosse, où il avait perçu « comme dans une vision » la fondation des instituts religieux comme moyen de rechristianiser la France. Vingt ans plus tard seulement ce rêve était près de se réaliser : la Famille Marianiste (lui-même l’appelait « Famille de Marie ») composée de laïcs, de prêtres, de religieux, de personnes seules, de couples, de jeunes et de vieux, tous dévoués au service d’une mission commune, celle de Marie.

 

Peu importe les tâches qu’il entreprit, toutes avaient pour but de faire mieux connaître, aimer et servir Jésus et Marie, persuadé qu’il était « que nous ne pouvons conduire les gens à Jésus-Christ que par l’intermédiaire de sa très sainte Mère ». « Notre œuvre est grande », disait-il, »elle est magnifique ; si elle est également universelle, c’est parce que nous sommes tous missionnaires. A chacun d’entre nous, la Très Sainte Vierge a confié un mandat de travailler au salut de nos frères et de nos sœurs dans le monde »