Dans des temps difficiles, croire et annoncer l’évangile

Conférence à deux voix : André Fétis sm – M. Jean-Louis Schlegel
Bordeaux 25 janvier – Périgueux 26 janvier 2011

Parcours d’un fondateur – P. André FETIS

Nous sommes un dimanche de l’été 1806, à la chapelle de la Madeleine, au cœur de Bordeaux.

“A six heures quarante-cinq les jeunes gens sont rassemblés à l’oratoire. Le [responsable] commence le psaume 8 … que l’on récite en deux chœurs.

… à huit heures précises, le Père Chaminade monte à l’autel. … [le responsable] tend au célébrant le registre qui contient les noms des congréganistes en disant : “Monsieur le Directeur, les jeunes gens dévoués au culte de Marie se recommandant à vos suffrages : puissent leurs noms, de l’autel de l’Agneau immolé pour nous, être transportés dans le Livre de Vie !”. Le registre restera sur l’autel pendant toute la messe.

Après l’Evangile, l’abbé Chaminade fait une [brève] instruction.

L’après-midi les vêpres sont chantées, puis il y a un sermon de trois quart d’heures cette fois-ci suivi d’une bénédiction du saint sacrement ; le reste du temps est occupé par des divertissements.”[1]

Durant la semaine, ces mêmes jeunes vaqueront à leurs activités et prendront en charge quantité d’activités apostoliques, éducatives ou sociales.

Tel est l’étonnant spectacle qui se poursuivra, avec des variantes, des années durant, à partir de l’année 1800, regroupant tour à tour des jeunes gens et des jeunes filles, des pères et des mères de famille.

Nous sommes pourtant à quelques années seulement du grand bouleversement révolutionnaire, dans une période où les structures ecclésiales sont encore souvent déficientes…

L’homme qui anime tout cela est un périgourdin, il a alors un peu plus de quarante ans, il s’appelle Guillaume-Joseph Chaminade.

C’est lui qui nous rassemble une fois de plus ce soir. Laissons-le nous guider et nous dire ce qu’a été son génie pour entrainer ainsi jeunes et moins jeunes au travers d’une époque en plein mouvement.

Nous allons découvrir ses grandes intuitions missionnaires en évoquant les étapes de sa vie, c’est là qu’elles naissent et se développent. Chaminade est bien l’homme de son temps et c’est sans doute pour cela que sa parole a touché et attiré.

1ère Période – 1761-1800, de la naissance aux fondations : 40 ans de préparation

Guillaume Chaminade naît, il y a bientôt 250 ans, le 8 avril 1761 à Périgueux[2], à quelques pas de la cathédrale saint Front ; il est baptisé le même jour[3]. Il est né sous l’Ancien Régime, au sein de la société bourgeoise et stable d’une petite ville de Province. Son père tient avec succès un négoce de drap et de verre, rue Taillefer.

Il est le quatorzième enfant d’une famille très chrétienne : des six enfants qui survivent au-delà du bas âge, quatre seront prêtres diocésains ou religieux.

Mussidan (1771-1791)

A dix ans, en 1771, commence une étape fondamentale de sa vie : il va poursuivre son éducation au Collège-séminaire Saint Charles de Mussidan, à 60 kilomètres de Périgueux[4]. Pourquoi là ? Tout simplement parce que deux de ses frères s’y trouvent alors : l’aîné Jean-Baptiste en est l’économe avant d’en devenir pratiquement le directeur, Louis-Xavier, son aîné de trois ans y est élève. L’établissement est animé par la Congrégation des Prêtres de Saint Charles dont fait déjà partie Jean-Baptiste et où entreront successivement les deux cadets.

Guillaume va rester vingt ans en ce lieu, comme élève, puis économe, puis enseignant de mathématiques. Il entre lui aussi dans la communauté des Prêtres de saint Charles, et il est ordonné prêtre en 1785, à 24 ans. Dès lors, il sera aussi aumônier.

Les vingt ans passés à Mussidan vont exercer une influence décisive sur lui ; il y acquiert des convictions qui l’accompagneront tout au long de sa vie. Je voudrais commenter quatre d’entre-elles :

L’évangélisation de la jeunesse est une priorité.

C’est de fait celle de la communauté où l’on promet “de regarder l’éducation de la jeunesse comme un des premiers et principaux moyens de procurer le salut des âmes [5].

Tout concourt à ce projet.

Dans la communauté, on désire travailler non seulement pour “une bonne éducation chrétienne de la jeunesse”, mais aussi pour la “bonne éducation littéraire” et la “bonne éducation civile” [6].

Le Père Chaminade est lui-même très polyvalent. Il a un peu tout fait.[7] Pour la mission, à ses yeux, tous les aspects comptent : la formation intellectuelle, la gestion et la pastorale ; ils concourent, chacun à sa manière, au même bien. C’est peut-être pour cette raison que, sous l’influence des frères Chaminade, le Collège-Séminaire de Mussidan devient florissant.

La sainteté personnelle et collective est le premier acte de toute évangélisation.

En ce temps, le Concile de Trente est le point de référence de l’Eglise. Il a fait de l’instruction et de la sanctification du clergé la clé de voûte de son plan de réforme de l’Eglise. C’est ce à quoi travaillent un saint Charles Borromée en Italie – le collège porte son nom – et en France, un saint Vincent de Paul dont on connaît l’influence dans le Sud-ouest de la France.[8] La Règle de la communauté de saint Charles mentionne : “Associer à l’enseignement une vie cachée et intérieure”.[9]

On sait que le jeune Guillaume, sur sa requête, a été initié à l’oraison par son frère Jean-Baptiste. Un témoignage nous parle aussi de ses longs temps de prière solitaires et des inspirations intérieures qu’il en a reçues.

Les trois frères seront par la suite plus d’une fois décrits comme les “saint frères Chaminade”.

Marie agit fortement dans notre vie chrétienne.

Un événement va fortement marquer la dévotion à Marie du jeune Guillaume. Encore adolescent, au cours d’une séance de jeux, une pierre vient heurter l’enfant violemment au pied. La plaie qui en résulte évolue de telle manière que l’on peut être inquiet pour ses jours. Les traitements se révèlent incapables d’enrayer le mal, mais une guérison rapide survient après qu’il ait fait, avec son frère Jean-Baptiste, le vœu d’un pèlerinage d’action de grâce en cas de guérison. C’est ce qu’ils feront effectivement peu de temps après, parcourant à pieds les quatre-vingt kilomètres séparant Mussidan du sanctuaire de Verdelais. L’attachement qu’il manifestera toujours pour ce pèlerinage révèle l’importance qu’a eue cet événement dans sa vie.

C’est encore à cause de son attachement pour Marie, qu’il ajoutera au moment de sa confirmation le prénom de Joseph à celui de Guillaume[10].

Enfin, il est possible que ce soit à Mussidan que le Père Chaminade ait eu pour la première fois l’inspiration de fonder, ce qui révèle l’ampleur de l’expérience qu’il a déjà accumulé au cours de son séjour en ce lieu[11] [12].

Tout cela aurait pu durer jusqu’à la fin de la vie de notre héros, mais la Révolution met une fin brutale à cette situation et ouvre une deuxième période de la vie de Guillaume-Joseph.[13] Les frères Chaminade ayant refusé le serment de fidélité à la Constitution, ils entrent désormais dans la catégorie des prêtres réfractaires. Ils perdent le droit d’enseigner et le collège se vide des ses élèves quelques jours plus tard.[14]

2eme Période – Dans le Bordeaux révolutionnaire

Les frères Chaminade perdent donc la direction de l’établissement de Mussidan et pratiquement tous les biens qu’ils y possèdent. Guillaume-Joseph part s’installer à Bordeaux à l’automne 1791[15].

La situation politique se dégrade rapidement, on entre progressivement dans la Terreur. Des prêtres sont tués ainsi que des laïcs[16]. Des prêtres choisissent alors l’exil ; mais Guillaume-Joseph fait le choix de rester mais il entre dans la clandestinité.

Cela va durer trois ans. On sait que le Père Chaminade y exerça son ministère de manière héroïque, au péril de sa vie, au travers de toute une série de stratagèmes entrés dans la légende. Cette expérience a certainement été pour lui une expérience de purification et d’affermissement de la foi. Que reste-t-il d’autre alors que la confiance en Dieu et en son action ?

Une cinquième dimension fondamentale de son expérience s’est affermie en ce temps. Je veux parler du rôle irremplaçable des laïcs dans la mission de l’Eglise. Certes les prêtres et les religieux ont joué en cette période un rôle essentiel pour continuer l’action de l’Eglise. Mais rien n’aurait été possible sans l’engagement extraordinairement fort et audacieux des laïcs qui vont non seulement soutenir l’action des prêtres, mais également prendre eux-mêmes en main une grande partie de l’activité missionnaire de l’Eglise. Une liste, peut-être à compléter, mentionne 17 laïcs martyrisés entre le 6 juin et le 21 juillet 1794 à Bordeaux[17]. Comme figure emblématique, on pourrait mentionner une Marie Gimet, condamnée à mort et exécutée le 6 juin, à 30 ans, pour avoir caché des prêtres et facilité leur activité clandestine. Mais la famille marianiste ne peut pas oublier l’extraordinaire personnalité de Marie-Thérèse de Lamourous (1754-1836) qui se montre admirable au temps de la persécution : elle exerce un véritable ministère d’évangélisation dans le secteur du Médoc où elle vit. En 1795, le Père Chaminade devient son directeur spirituel, ce qui aura des conséquences décisives sur sa vie et sur sa collaboration dans la naissance de la Famille marianiste.

Cette deuxième période représente donc pour le Père Chaminade une expérience très forte qui l’ancre plus profondément en Dieu, lui fait expérimenter fortement son assistance et celle de Marie. C’est aussi pour lui une ouverture sur le rôle des laïcs dans l’Eglise et dans son œuvre d’évangélisation. D’ailleurs, une grande partie de son activité durant ces années se concentre sur l’accompagnement personnel de laïcs[18]. Il se souviendra de tout cela au moment des fondations.

3eme Période – L’exil a Saragosse – le temps de Marie

En septembre 1797, le Père Chaminade doit finalement s’exiler : par erreur il a été mis sur la liste des émigrés et sa présence à Bordeaux est perçue comme résultant d’un retour illégal. Pour éviter la prison et sans doute la mort, il doit partir pour l’Espagne. Il se fixe à Saragosse, où il reste trois ans et où il retrouve une forte communauté d’exilés français [19].

Là-bas, il se trouve auprès du plus grand pèlerinage marial d’Espagne, dédié à Notre-Dame du Pilier.

Dans ce moment très particulier de la vie du Père Chaminade, pour la seconde fois dans sa vie, l’influence mariale va être décisive. C’est dans la prière, aux côté de Marie, et sous sa protection qu’il va relire toute son expérience et se préparer à reprendre la route de la mission en France. En effet, loin d’être résigné, ce groupe de prêtres et religieux réfléchit très activement à la manière de reprendre l’évangélisation en France dès leur retour. [20]

Il est probable que ce soit là, à Saragosse que l’inspiration de la fondation a pris toute sa force et sa clarté. Ce moment a joué un rôle essentiel pour la préparation du projet qui allait l’occuper désormais jusqu’à la fin de sa vie.

Les institutions d’un fondateur pour rallumer le flambeau de la Foi

De retour en France, à Bordeaux, en novembre 1800, le Père Chaminade peut constater l’état de désolation de la chrétienté dans son pays. Il peut observer divers éléments :

  • la faiblesse du clergé : encore divisé entre prêtres jureurs et réfractaires ; au moins vingt prêtres ont été exécutés et un grand nombre a vécu en exil, hors de France ; il y a eu aussi beaucoup de scandales dans le clergé[21]. Il est difficile de se remettre de tout cela.
  • du fait de cette situation, les paroisses sont démantelées. Un certain nombre sont restées sans pasteur, beaucoup de chrétiens ont abandonné la foi ou au moins la pratique ; nombre de lieu de culte ont été transformé en théâtre, grange, …
  • une distance nouvelle existe entre l’Etat et l’Eglise ; une autonomie s’est développée entre les deux et ouvre une nouvelle alternative de société et de conception de la vie privée. Certains sont séduits et d’autres désorientés. Cette nouvelle situation évoluera d’une période à l’autre mais sans jamais revenir à l’état antérieur.
  • Au-delà de cela, le Père Chaminade perçoit un ennemi plus pernicieux et pour lui plus dangereux : il s’agit de l’indifférence, de la torpeur, de l’apathie dans laquelle est tombé le plus grand nombre des chrétiens. Il y voit deux causes. L’une est culturelle : le démantèlement de la société chrétienne a fait perdre aux chrétiens, aux jeunes surtouts, le milieu nécessaire pour l’élaboration des fondements de leur foi. L’autre – qui n’est pas tout à fait indépendante – est intellectuelle : au culte de Dieu s’est substitué un usage de la raison qui ne permet plus de retrouver Dieu. Ce sont ses deux grands ennemis, ceux qu’il s’engage à combattre : l’indifférence et ce qu’il appelle le philosophisme.

“Combien grande est depuis longtemps ma douleur à la vue des efforts incroyables de l’impiété, du rationalisme moderne, … conjurés à la ruine du bel édifice de la révélation [22]

Et dans les Constitutions de la Société de Marie de 1839, article 339 :

“Que de conquêtes le philosophisme moderne a faites dans le royaume de J.C.! La foi s’est affaiblie, son flambeau s’est éteint dans un grand nombre d’individus, et même dans des corporations entières. Les principes de la religion s’altèrent toujours de plus en plus. Combien peu il y a d’éducation chrétienne ! La génération naissante trouve si peu de maîtres qui s’attachent à former l’esprit et le cœur au christianisme ! Quels remèdes à opposer à tant de maux ?”

L’objectif qu’il se fixe est donc “de raviver ou de rallumer partout le flambeau de la foi.”[23]

Pour cela, il se propose un plan, sans doute mûri par l’exil et à l’écoute de l’Esprit. De fait, tout va se faire très vite !

Nova bella : de nouveaux combats !

C’est le titre que pourrait porter son plan. Il emprunte cette expression au livre des Juges : Le Seigneur a choisi de nouveaux combats [24]. Il constate que les défis sont nouveaux et que la structure habituelle d’évangélisation ou de soutien de la foi ne fonctionne plus, il faut donc choisir de nouvelles voies. A vin nouveau, outres neuves… L’adaptation aux réalités nouvelles sera une constante dans sa vie.

En préalable, il va demander un appui explicite à l’Eglise : il sollicite, et obtient, du Pape le titre de Missionnaire apostolique. Loin d’être un simple honneur, cela exprime son lien explicite avec l’Eglise dans tout ce qu’il va entreprendre. Pour lui ce sera toujours très important : travailler avec et pour l’Eglise, en solidarité avec elle.

Une méthode : des communautés, et surtout le témoignage d’un peuple de saints.

La méthode d’évangélisation du Père Chaminade est fondamentalement communautaire, existentiellement. Pour lui seule la communauté peut convaincre, alors qu’un témoignage isolé peut sembler une exception et ne pas encourager. Il écrit :

“Quelques hommes religieux et probes, … mais épars et isolés, seront d’un bien faible exemple pour les besoins de toute la jeunesse, tandis qu’autour d’elle tous les dangers sont en masse.” [25]

“L’homme vertueux a beau [resplendir][26] ; on dit assez ordinairement qu’il n’est pas imitable. […] Il n’y a qu’une réunion d’hommes vertueux qui puisse amoindrir ou détruire ce funeste préjugé. […]

“Si l’assemblée est étendue, si elle est nombreuse, elle frappera plus les regards ; elle ouvrira plus de portes à ceux qui demandent ce que c’est que la religion.”[27]

Le modèle à imiter est celui de la communauté des chrétiens de Jérusalem, décrite dans les Actes des Apôtres.[28] Cette méthodologie communautaire est développée dès le début auprès des laïcs et elle sera poursuivie ensuite pour les religieux

Tous missionnaires : les laïcs d’abord !

Il faut inventer quelque chose de nouveau : son choix va se porter non d’abord sur la paroisse, mais sur des communautés laïques.

Le 8 décembre 1800, au 7 rue Arnaud-Miqueu (à Bordeaux), il rassemble un petit groupe de onze jeunes gens qui, après une brève mais intense préparation s’offrent à Marie le 2 février 1801. C’est l’acte de naissance de la Famille marianiste. Ils ont promis : “je me donne et me dédie au culte de l’Immaculée Conception de la très sainte Vierge Marie. Je promets de l’honorer et de la faire honorer autant qu’il dépendra de moi comme Mère de la jeunesse.” Juste avant cela, ils ont renouvelé la profession de foi de leur baptême, montrant que leur engagement consiste à vivre plus pleinement les dons et la responsabilité de baptisés.

Le 25 mars, ce sera la naissance de la branche féminine de ce qui s’appelle désormais la “Congrégation de l’Immaculée”, puis en 1802 les adultes hommes, en 1804 les femmes puis une cinquième section, celle des prêtres.

Cinq sections mais un seul mouvement. Et surtout beaucoup d’entraide, en particulier de la part des aînés qui prennent parmi leurs premiers objectifs le soutien des groupes de jeunes[29]. Cette solidarité interne est une grande force. Le mouvement essaye de créer une culture propre qui va aider à renforcer les attitudes et les vertus chrétiennes des membres.

Mais le mouvement est aussi fortement missionnaire. Je voudrais citer ici quelques exemples :

  1. Le catéchisme pour enfants et adultes, pour préparer les membres aux sacrements.
  2. Les « petits Auvergnats » : catéchèse et éducation des petits ramoneurs.
  3. Visites aux pauvres, malades, mourants, à domicile et à l’hôpital
  4. Patronages avec des temps d’instruction
  5. Habillement des enfants pauvres
  6. Visite des prisonniers par les hommes
  7. Association des boulangers animée tant d’un point de vue religieux que professionnel
  8. Retraites annuelles, etc…

Il faudrait citer aussi les œuvres que les membres de la congrégation ont fondées ou animées sur Bordeaux ou dans les alentours, mais le temps me manque.

Je ne peux pas taire cependant l’œuvre de La Miséricorde pour les prostituées repenties, née à deux pas de la Chapelle de la Madeleine. C’est Marie-Thérèse de Lamourous qui en prend la responsabilité le 2 janvier 1801 et qui deviendra la fondatrice de la congrégation religieuse qui y naîtra (Les sœurs de la Miséricorde). Rappelons-nous qu’elle est une des fondatrices de la branche féminine de la congrégation et qu’à cette date, le Père Chaminade est son guide spirituel depuis six ans et le restera jusqu’à sa mort en 1836. [30]

Divers aspects sont nouveaux dans la conception de cette œuvre : elle réunit tous les âges, toutes les classes sociales et les hommes comme les femmes ; les assemblées sont publiques ; et un fort esprit missionnaire marial l’habite : nous y reviendrons”[31].

La congrégation de l’Immaculée va prospérer durant une assez longue période. En 1813, une autre section féminine vient la rejoindre en bloc[32] : celle créée par une toute jeune fille, Adèle de Trenquelléon (1789-1828), dans la région d’Agen. La réunion des deux groupes sera un grand enrichissement mutuel.

De nouvelles fondations

En fait, se préparent deux autres grands événements qui vont marquer l’histoire de la Famille marianiste. Dès le début des années 1810, Adèle de Trenquelléon, dont nous venons à peine de parler, et l’une ou l’autre de ses amies, envisagent de se consacrer à Dieu. Par correspondance, un dialogue s’ouvre avec le Père Chaminade à partir d’août 1814.[33]

Le Père Chaminade se montrera un guide sûr et le 25 mai 1816, à Agen, est fondée la première communauté de religieuses : les Filles de Marie. Elles sont six et vont se consacrer à l’éducation des jeunes filles et continuer à s’occuper de l’association des jeunes dont elles se sentent comme la prolongation. La transition de la congrégation des jeunes à la congrégation religieuse se fait sans heurt ; le Père Chaminade parle de “religieuses congréganistes” et les invite à bien veiller à ne pas dénaturer l’œuvre de la congrégation[34].

Là encore, l’esprit missionnaire est très fort :

“Ce qui doit vous distinguer des autres Ordres, c’est le zèle pour le salut des âmes : il faut faire connaître les principes de la religion et de la vertu, il faut multiplier les chrétiennes.” [35]

Un an plus tard, le 1er mai 1817, c’est au tour de la fondation des religieux de se mettre en route. [36] Le 2 octobre 1817, la première petite communauté se rassemble autour du fondateur : la Société de Marie est née.

Ce premier groupe définit quelques principes de base [37].

Comme pour les religieuses, on retrouve la même combinaison d’intérêt pour l’éducation et pour l’animation du mouvement des jeunes. Les deux congrégations naissent sans se séparer totalement des groupes où ils ont pris racine, ils font même de ce lien une réalité constitutive de leur existence, comme le montre le terme de “religieuses congréganistes”. Ils conservent une certaine sensibilité laïque et veulent travailler avec une certaine discrétion (les hommes ne portent pas de costume). Leur apostolat prolonge et soutient ce qui a été fait par les laïcs dans un esprit de collaboration. La première école où vont travailler les jeunes religieux a été fondée et dirigée par l’un des membres du mouvement laïc[38]. Cet apostolat trouve un appui dans la réalité laïque, comme c’est le cas dans l’enseignement ou pour la branche des ouvriers qui est alors très développée parmi les religieux.

Bien sûr chacune des congrégations religieuses va développer peu à peu son identité propre et sa mission ; l’autonomie va aller s’accentuant entre les trois fondations. Cependant, pour nous aujourd’hui, ce lien constitutif d’origine est certainement l’un des aspects les plus créatifs et porteurs d’avenir.

Les deux nouvelles fondations donnaient ainsi naissance à ce que nous appelons aujourd’hui : la Famille marianiste, mais ceci est une autre histoire dont je vous parlerai tout à l’heure.[39]

En alliance avec Marie

J’aimerais terminer par un dernier aspect, “last, but not least” aime-t-on dire en bon français… Cette caractéristique réunit toutes les fondations effectuées, et en expliquent, non seulement la nature, mais même la forme missionnaire : il s’agit de l’Alliance avec Marie.

Le lien avec Marie est fondamental, existentiel dans les fondations du Père Chaminade. Le parcours historique en a expliqué l’origine et la lente maturation, depuis l’éducation maternelle jusqu’au long séjour d’exil à Saragosse.

La relation avec Marie qu’offre le Père Chaminade n’est pas d’abord affective. Elle provient de la certitude qui l’habite qu’elle est celle qui a la plus grande capacité de développer notre relation avec le Christ. Marie, devenant la Mère du Christ, lors de l’Incarnation, reçoit en même temps une mission maternelle vis-à-vis de l’humanité et de chacun de nous. Par sa présence maternelle, elle facilite l’œuvre de l’Esprit qui nous transforme à l’image du Christ. Au pied de la Croix, selon saint Jean 19,27, Jésus explicite ce rôle maternel de Marie et établit une relation personnelle entre le disciple qu’il aimait et sa Mère ; entre chaque être humain et sa Mère. La collaboration qu’il attend de nous, c’est d’accueillir Marie comme Mère et de nous reconnaître comme ses enfants. Il s’agit d’une alliance réciproque : le chrétien, comme Marie, s’engagent. L’un offre son dévouement, sa collaboration, sa docilité ; Marie offre sa protection, son influence qui est source de transformation profonde, comme déjà expliqué.

Mon souhait est de faire sentir qu’il ne s’agit pas d’un acte de dévotion, mais d’un chemin spirituel, donc animé par l’Esprit Saint. C’est ce que propose le Père Chaminade, dans l’Eglise aux laïcs, à partir de 1800, puis aux religieuses et religieux.

Les laïcs comme les religieux le célèbrent par un acte initial de consécration (d’alliance) qui est ensuite renouvelé régulièrement, si possible quotidiennement comme le moteur de transformation de la vie. Par cette alliance initiale, nous avons lié tout ce que nous faisons à son influence. La vie des disciples du Père Chaminade est mariale non d’abord par son contenu, mais dans sa forme, parce qu’elle lui a été offerte librement et totalement, dans la conscience d’une réciprocité de sa part.

Par son expérience le Père Chaminade a vérifié la puissance de l’influence de Marie et c’est de là que découle aussi l’orientation missionnaire qu’il offre.

S’il y avait besoin, et pour dissiper certains doutes possible, j’ajouterais que la pensée et l’action du Père Chaminade sont profondément Christocentrique, suivant ainsi la double influence qu’il a reçue, celle de l’Ecole française et celle de la spiritualité ignacienne.

“C’est de Marie que Jésus est né ; nourri et élevé par elle, il ne s’en est point séparé dans tout le cours de sa vie mortelle : il lui a été soumis, et il l’a associé à tous ses travaux, à toutes ses douleurs et à tous ses mystères. La dévotion à Marie est donc le point le plus saillant de l’imitation de Jésus-Christ et en se dévouant à l’imitation de ce divin modèle, … la Société [de Marie] entend faire élever par elle chacun de ses membres, comme Jésus fut élevé par ses soins, après avoir été formé dans son sein virginal.”[40]

C’est de cette intuition que vivent tous les disciples du Père Chaminade jusqu’à ce jour.

 

 

Le monde de Chaminade et le notre

Jean-Louis SCHLEGEL

Il faut d’abord se souvenir de l’époque où Chaminade a vécu et créé : la Révolution française et la sortie de la Révolution, moment exceptionnel de l’histoire française, européenne, mondiale. Il faut tenter de se transporter spirituellement dans ce moment extrême. Un rapprochement de la misère des temps d’alors avec l’époque actuelle me vient alors d’abord à l’esprit : quelques années avant sa mort, le cardinal Lustiger aurait dit que la situation actuelle des prêtres était comparable à celle, dévastée, qui régnait au sortir de la Révolution française. Je ne sais pas dans quel contexte ni à propos de quel sujet il a énoncé ce constat, peut-être même le propos est-il apocryphe…, mais la comparaison de Mgr Lustiger est parlante. Sauf… qu’il n’y a pas eu de révolution violente récemment ni en France ni en Europe, et pas de persécution de l’Eglise. Il y a bien eu « mai 68 », certes, mais c’était il y a plus de quarante ans, mais ce n’était pas une révolution contre le christianisme et l’Eglise. On pourrait encore réfléchir au sens de cette « révolution culturelle », mais je rappelle que le philosophe Maurice Clavel a voulu y voir l’irruption de l’Esprit Saint contre le « dieu Consommation » !

Quoi qu’il en soit, que pouvons-nous dire, en sociologue, de la situation de Chaminade il y a deux siècles, autour de 1800, après la Révélation, et de la situation de la société et de l’Eglise eux siècles après, au début des années 2000 ?

En écoutant André Fétis, j’ai eu deux impressions contradictoires : d’abord le sentiment qu’au moment où Chaminade vivait – le « moment Chaminade » comme on dirait aujourd’hui –, toute un pan de la société dite « moderne » était déjà là, en germe ou réellement, et que sa grande intuition est d’avoir parfaitement saisi cela, en tout cas d’avoir cherché et trouvé des réponses pertinentes, parlantes en son temps, et aussi efficaces dans cette situation nouvelle créée ou indiquée par la Révolution. L’autre impression est cependant qu’un monde, ou plusieurs mondes, nous séparent de lui. Je voudrais très rapidement exprimer ces ceux perceptions.

L’avènement de la société moderne

En philosophie, ou dans l’histoire des idées, il est assez coutumier de parler du « tournant de 1800 », c’est-à-dire l’année même où Chaminade commence à réunir sa congrégation de jeunes et d’adultes, hommes et femmes. On évoque ce tournant comme un changement d’époque philosophique, spirituel et matériel. La Révolution française, qui a marqué tous les esprits européens, est passée par là. En particulier, André Fétis a eu raison de le rappeler, pour les rapports entre politique et religion, plus rien n’est et ne sera comme avant. Un mot fétiche a fait son apparition : « Liberté », au singulier ou au pluriel ; il signifie entre autres une révolution à propos de l’origine du pouvoir politique, ou des pouvoirs humains en général : désormais il(s) ne vien(nen)t plus d’en haut, mais d’en bas.

C’est l’âge de l’autonomie, de l’homme « qui se donne lui-même sa loi », qui ne dépend plus d’une transcendance. Certes, tout le XIXe siècle, en France et en Europe, sera encore marqué par des conflits, dans beaucoup de pays, entre d’une part l’Ancien Régime, avec des monarchies et des gouvernements plus ou moins autoritaires, et d’autre part l’aspiration à la République et plus généralement à réaliser les idéaux démocratiques de liberté et d’égalité. Mais la séparation du religieux et du politique, quel que soit le temps qu’elle mettra à se réaliser, est là, et elle est fondatrice des temps modernes.

André Fétis l’évoque aussi en passant : une autre révolution est en cours, là encore très progressive et différemment sensible selon les temps et les lieux : la révolution industrielle. J’ai entendu en passant le mot « ouvrier », mais je ne suis pas sûr que Périgueux ou Bordeaux ait été directement concernés encore en ces années-là par la révolution économique en cours, par le machinisme, l’urbanisation, les déplacements de population de la campagne à la ville, et les nouvelles pauvretés créées. En revanche, là où j’entends un écho de cette nouvelle situation, c’est dans le souci presque obsessionnel chez Chaminade d’enseigner et de former la jeunesse et aussi, déjà, de pénétrer les différents « milieux » sociaux (il est question des ramoneurs, des boulangers, des enfants pauvres, des prostituées, qui sont tous, à des titres divers, et en tant que « masses », habitants des villes…).

Rappelons que la société moderne, industrielle, change la « temporalité » : son temps est le futur, la construction du futur. Former les jeunes, c’est aussi l’idée qu’il faut préparer l’ « après-nous », les temps à venir. Le problème n’est plus la sauvegarde crispée du passé. Si j’ai bien compris, la nouveauté n’est pas la création d’institutions d’enseignement – après tout, les collèges jésuites et d’autres établissements d’autres congrégations existaient depuis longtemps. La nouveauté est l’intuition de l’existence d’une jeunesse comme telle, d’une « planète jeunes » comme on dira bien plus tard, des jeunes comme une classe d’âge en soi, à contacter, à éduquer, à former systématiquement, et d’ailleurs à former complètement, pas seulement en leur ingurgitant du savoir, mais en lui enseignant aussi des « vertus » (une morale : on est au « siècle de la morale », le XIX°), une « civilité » (on dirait aujourd’hui du « civisme »), et même en entretenant la jeunesse de « littérature », un mot où j’entends aujourd’hui le mot « culture ».

Pour ce qui est de l’Eglise proprement dite, il y a la situation particulière de la post-Révolution, qui laisse une Eglise dans une désolation sans précédent, un état déplorable, une pauvreté extrême, avec le souvenir d’oppositions internes violentes, de la grande fracture entre prêtres jureurs et prêtres réfractaires, et aussi des violences terribles de 1793. J’ai évoqué cette situation au départ, en rappelant ce que disait le cardinal Lustiger.

J’ai aussi dit que la Révolution inaugure le temps de la séparation entre la religion et le pouvoir, l’Eglise et l’Etat. Mais plus largement, on est au début de la grande partition qui va se jouer entre l’Eglise et la société moderne. C’est le grand tournant de la sécularisation, c’est-à-dire d’une société qui fonctionne de façon autonome, sans référence religieuse : la sécularisation est en marche. On a souvent souligné l’antichristianisme global, et parfois aigu, de la Révolution, mais beaucoup d’historiens ont aussi montré à quel point la sécularisation était déjà répandue avant la Révolution, sans que l’Eglise, officiellement en tout cas, s’en émeuve beaucoup : soucieuse d’appliquer le concile de Trente (cf. Fétis), elle supposait une société toujours chrétienne, sous un Roi très chrétien.

Or, de la sécularisation et de la déchristianisation qui est déjà avancée, la Révolution est aussi une conséquence violente et un accélérateur symbolique. On a quand même tué la « tête », le sommet symbolique, le Roi très chrétien – une nouvelle qui laisse l’Europe stupéfaite. Chaminade fait allusion au triomphe du « philosophisme », càd à la philosophie des Lumières, avec ses conséquences : le rationalisme moderne, et sa conséquence, l’impiété ; et le constat sociologique qu’il fait reste pertinent aujourd’hui, aux mots près, cf. je cite d’après A. Fétis : « La foi s’est affaiblie, son flambeau s’est éteint dans un grand nombre d’individus, et même dans des corporations entières. Les principes de la religion s’altèrent toujours de plus en plus. Combien peu il y a d’éducation chrétienne ! La génération naissante trouve si peu de maîtres qui s’attachent à former l’esprit et le cœur au christianisme ». Une idée très juste, en particulier, de Chaminade est que les « jeunes surtout » n’ont plus « le milieu nécessaire pour l’élaboration des fondements de leur foi » : que n’aurait-il pas dit à l’époque du portable, de la télévision et de l’internet triomphants !

Dans cette situation très difficile, deux des « nouveaux combats » de Chaminade, comme il les appelle lui-même, sont frappants. Ils montrent d’ailleurs la permanence des questions, et des combats modernes, pour l’Eglise. D’abord, il y a ce qui concorde bien avec notre temps, où le clergé est décimé et l’Eglise drastiquement diminuée, en situation de pauvreté : l’intérêt combatif de Chaminade pour les laïcs, hommes et femmes, je veux dire le fait qu’il les stimule à « prendre leurs responsabilités ». Dans les « nouveaux combats » qu’il mène, ces liens, cette hésitation, entre religieux et laïcs semblent un point constitutif, fondamental.

L’autre mot et l’autre réalité pour laquelle Chaminade se bat, c’est la « communauté ». Le mot et la chose n’ont pas toujours bonne presse aujourd’hui, à cause du « communautarisme (sectaire) » que certains croient voir surgir partout. Mais là aussi son intuition précède celle de notre temps, où il y a une recherche forte de communauté, de communication, de lieu de vie et de rencontre fraternels.

  1. Fétis dit aussi qu’à un moment certains groupes de laïcs évoluent « sans heurt » vers des « congrégations ». Il a certainement raison : le XIX° a été la grande époque des congrégations ! Elles ont été la réponse de l’Eglise à la diversification énorme des nouveaux besoins d’une société en mutation. En va-t-il de même aujourd’hui ? C’est une question de savoir si toute communauté de laïcs qui prend de la consistance doit devenir une communauté de religieux consacrés. En fait, notre temps a déjà apporté sa réponse, car la forme des communautés dites « religieuses », ou même de « communautés de laïcs » consacrés ou non, est aujourd’hui multiple. Et je note aussi l’hésitation qui fait qu’au tout début les religieux hommes ne portent pas d’habit religieux. Cette « hésitation » est pleine d’enseignements : des religieux sont finalement nés, mais l’ « hésitation » pour les créer de Chaminade est suggestive :

Qu’est-ce qui a changé ?

A l’époque de Chaminade : la sécularisation est encore commençante, c’est toute une modernité commençante, qu’il a très bien senti venir. Nous sommes, nous, à l’autre bout, dans l‘épuisement de la modernité, de la sécularisation. On parle désormais de « postmodernité », dont on pourrait donner bien des définitions et des signes. J’en signale une : Chaminade était frappé, forcément, par la montée et la puissance du rationalisme, du « philosophisme », des Lumières triomphantes partout : en politique, dans les sciences et les techniques, dans le monde économique et industriel, dans les villes, partout naissait un monde autonome, qui comptait uniquement sur les forces humaines, temporelles…

Nous aujourd’hui, nous sommes dans le « post », le « post-moderne », le « post-urbain », la « post-sécularisation », le « post-métaphysique », le « post-chrétien »…, dans le sens suivant : on parle depuis quelques dizaines d’années d’un « retour du religieux » ou d’un « retour de Dieu ». L’expression est très mauvaise, mais deux siècles après, la « Raison » n’est plus triomphante : les religions se réaffirment vivement, parfois abruptement, à travers des formes d’intégrisme et de fondamentalisme, mais aussi des recherches spirituelles personnelles, des conversions inédites et, disons-le, des formes multiples et parfois étranges de religiosité.

Il y a aussi le fait qu’au temps de la mondialisation, donc aujourd’hui, toutes les religions sont présentes, possibles en même temps : il y a une rencontre généralisée des religions du monde, et cela veut dire aussi un choix religieux immense, avec des risques de relativisation, forcément, de toutes les religions et de toutes les vérités. Les dieux se multiplient donc dans cette société prétendument indifférente. Cette société sécularisée, société d’indifférence, est ainsi une société contrastée : elle est autant attente de Dieu qu’absence de Dieu. Mais il y a une difficulté spécifique de l’Eglise, si anciennement établie toute seule, avec une très longue tradition : les dieux multiples qui naissent, « ces dieux nouveaux » comme disait Nietzsche, paraissent en quelque sorte jeune, libres de tradition.

Toute la question est de savoir ce qu’ils « pèsent » vraiment, s’ils ne sont pas aussi légers que toute la société éphémère et superficielle qui les voit naître.

Nous ressentons donc la complexité extrême de la situation de sécularisation, qui est tout autre chose que l’indifférence sans plus, et encore moins l’ « athéisme ». De manière générale, au-delà de la religion, la grande différence par rapport au temps de Chaminade, c’est l’éclatement, le pluralisme de nos sociétés, la rapidité, l’urgence, l’accélération de tout, et donc aussi le relativisme généralisé, où Dieu lui-même est inclus comme « un choix parmi d’autres ».

Deuxième différence : j’ai parlé de « choix » ; nous vivons en effet dans des « sociétés du choix » individuel. Attention : les choix peuvent être marqués par un grand conformisme social, aussi sous l’empire de la publicité, ou de la dictature de l’opinion, qui orientent les choix et formatent les consciences. Mais globalement, nos sociétés sont des sociétés de l’individualisme démocratique ; ce qui peut signifier paradoxalement deux choses : d’un côté, l’individu, sa réussite, son épanouissement sont la valeur maximale ; vivre pour soi, avec soi, de façon narcissique, est l’attitude la plus répandue.

Cela, ce n’est pas un choix des individus, c’est notre société qui réclame et fait des individus. L’individu démocratique est central, c’est le type d’homme sur lequel « fonctionnent » nos sociétés post-modernes. Mais d’un autre côté, le manque de cadres, de traditions, fait que cet individu est pour lui-même un problème : dans la société éclatée où il vit, qui ne fait plus société, qui est marquée par tous les déchirements économiques et sociaux, les problèmes d’identité et d’intégration sont puissants et répandus. Mais l’individu est « lourd » à porter à assumer. Le choix permanent de sa vie est fatiguant. Il y a une « fatigue de soi », comme dit Alain Ehrenberg.

Troisième différence, qui concerne le rapport à la foi : malgré tout ce que j’ai dit des proximités, on sent bien que la société de Chaminade reste encore chrétienne, même s’il s’effraie à bon droit de l’indifférence qui s’accroît. On sent aussi que les jeunes gens et jeunes filles de son époque, et les laïcs en général vivent encore une vie et une foi très intégrées, que leur ferveur est très englobante de toute la vie. Franchement, ce que disait au début André F. m’enchante : le dimanche entier était consacré à la prière, aux offices, aux cantiques… !

Il nous est dit que « le reste du temps est occupé par des divertissements » : on aimerait savoir lesquels et combien de temps il restait pour les pratiquer ! Peu importe : on voit bien que c’est un catholicisme non pas du tout intégriste, mais intégral qui est vécu.

Aujourd’hui, et le dernier « rapport Dagens » (« Entre épreuves et renouveaux : la passion de l’Evangile ») y insiste beaucoup, c’est le risque d’une religion de l’extériorité qui guette : c’est-à-dire qu’il y a danger d’ une identité chrétienne qui ne serait pas bâtie sur une expérience spirituelle personnelle, un peu large et englobante. C’est une idée pertinente et juste. « Extériorité », « rapport d’extériorité », veut dire : une religion qui est là, chez les individus, mais elle ne mord pas sur sa vie.

La vie est faite de cases successives à remplir : la profession, la vie privée, les divertissements, la consommation, la culture, et rien n’est relié ; et il y a aussi une case « religion » : un sacrement par ci, une prière par là, une émission de télévision, un petit pèlerinage, et le soutien au pape bien sûr même quand on fait l’inverse de ce qu’il dit, le tout étant privé de culture et d’ancrage religieux, de consistance. Cette « maladie » de l’extériorité est aussi une maladie, une faiblesse de l’identité, éclatée en multiples domaines éparpillés, et elle n’atteint pas seulement les plus jeunes : tous les âges sont atteints.

Voilà quelques défis nouveaux qu’un nouveau Chaminade pourrait relever. Je n’ai pas parlé encore de Marie, mais en fait beaucoup de ce que j’ai dit pourrait s’appliquer à son sujet (je parle en tant que sociologue, bien sûr). Si je voulais dire les choses d’un mot, je dirais : Marie se porte aujourd’hui bien, très bien, sa place est plus assurée qu’il ya quelques décennies, mais aussi avec le risque que Marie soit très bien, trop bien portée…

Le grand défi que nous adresse Marie, c’est que, sans rien effacer de son immense passé et des immenses dévotions qu’elle a suscitées, nous sachions en parler autrement, avec des mots neufs, et peut-être aussi « lui parler » autrement (puisqu’à Marie, on parle) ; et c’est ainsi que, contre l’extériorité dont je parlais, Marie indique le chemin d’une intériorité, d’une foi vraiment intérieure.

Jean-Louis Schlegel

 

Et aujourd’hui ?

P. André FETIS

Grâce à M. Schlegel, nous avons pu mettre en dialogue les intuitions du Père Chaminade et les appels que le monde actuel renvoie à l’Eglise. Comment les marianistes essayent-ils d’y répondre selon l’inspiration de leur Fondateur ? Je voudrais l’évoquer maintenant. Je garde en mémoire pour cela ses six intuitions missionnaires et les convictions fondatrices du Père Chaminade que j’ai mentionnées au cours de la première partie. Vous ne les avez sans doute pas nécessairement en tête mais j’espère que vous les retrouverez aisément dans ce que je vais évoquer maintenant brièvement.

Dans cette rapide réflexion, je voudrais me et nous poser quatre questions et mentionner la réponse que nous essayons de donner en tant que Famille marianiste.

Quelle église construire aujourd’hui ? – Des communautés diverses… Mais une seule famille : un peuple de Saints !

Il me semble entendre le Père Chaminade nous parler d’une Eglise faite de communautés diverses, indépendantes mais complémentaires, comme une seule famille, mais surtout un peuple de missionnaires et de saints.

Sous l’influence du Concile Vatican II, nous avons renforcé en nous la conviction que la vie et la mission chrétiennes prennent appui sur notre vocation commune de baptisés, qui est aussi un appel à la mission et une vocation à la sainteté. Dans la famille marianiste, comme dans l’Eglise, chacun vit cet appel commun d’une manière distincte en tant que laïc, consacré ou religieux.

Nous avons aussi renforcé en nous la conviction que notre particularité dans l’Eglise vient en grande partie de notre structure. C’est une part importante de ce que nous pouvons offrir aujourd’hui.

Nous nous comprenons comme une famille spirituelle composée de quatre branches distinctes et complémentaires. C’est une manière particulière de vivre et de témoigner, marquée par la fraternité, l’égale dignité et responsabilité de tous malgré la diversité des états de vie et la variété de la mission qui en découle. Marie, collaboratrice humaine et laïque du Christ, en est l’inspiratrice active.

Dans cette famille, les laïcs occupent une place centrale et y sont appelés à prendre toutes leurs responsabilités missionnaires propres.[41] Cela invite les religieux/ses à mettre en valeur leur rôle spécifique.

Concrètement, un Conseil de Famille stimule et aide le fonctionnement, dans l’unité et avec autonomie.

Nous croyons que cette image mariale de l’Eglise est une réponse pertinente aux besoins de l’évangélisation pour aujourd’hui. Le Père Chaminade a été créatif dans sa manière d’inventer de nouvelles communautés pour l’évangélisation. Quelle créativité nous est demandée pour aujourd’hui ? De quelles communautés notre époque a-t-elle besoin ?

Vers qui aller ? –  Vers les jeunes d’abord !

Evangéliser les jeunes par l”éducation a été depuis toujours, et donc depuis le Père Chaminade, un choix privilégié que nous voulons poursuivre. C’est celui par lequel nous sommes généralement connus. Nous croyons que la formation humaine, intellectuelle et spirituelle des jeunes est un enjeu majeur dans toute société et à toute époque. Il s’agit par ce moyen de travailler à poser les bases d’une culture inspirée par l’Evangile qui puisse permettre au jeune puis à l’adulte de répondre plus pleinement à sa vocation humaine et chrétienne. Cela suppose de répondre à des défis particuliers :

  • porter au cœur de l’éducation le débat entre foi et culture comme une rencontre féconde et stimulante pour l’intelligence comme pour la foi.
  • vivre selon ce que l’on croit ; avec un souci de cohérence dans le quotidien. C’est à ce prix que l’on peut influencer la vie des jeunes et lui donner des critères pour sa vie d’adulte et son engagement dans la société.
  • utiliser tous les moyens pour rendre possible la rencontre de Dieu, autant que possible, chacun à son niveau. En finale, on souhaiterait que la foi soit l’élément unificateur et illuminateur de la vie.

Que ce soit au travers d’œuvre ou sous forme d’un engagement personnel, beaucoup de membres de la Famille marianiste travaillent dans ce domaine, pas toujours dans une œuvre marianiste.

Au niveau mondial les défis ne manquent pas et nous essayons en particulier de nous mettre plus fortement au service des enfants qui ne bénéficient pas de structures d’éducation : enfants de la rue, éducation scolaire en milieu de pauvreté, comme par exemple l’école “Our Lady of Nazareth”, à Nairobi, implantée au milieu d’un bidonville et qui éduque 1400 élèves (permettant à plus d’un de poursuivre ensuite des études universitaires et professionnelles). Dans le domaine de l’éducation, nous sommes aussi présents dans des milieux non catholiques comme à Tunis ou encore au Népal ou en Inde.

Vers qui ? (2) – Prendre de nouveaux chemins (“Nova Bella”)

La Famille marianiste est devenue très internationale. Nous sommes aujourd’hui dans quarante pays environ avec environ dix mille membres, un peu moins de deux mille religieux et religieuses et huit mille laïcs.

Mais même sans cela, aujourd’hui, le monde vient à nous, il s’est fait plus proche.

Cela nous demande de répondre à de nouveaux défis.

  • Quelles nouvelles solidarités au sein de la globalisation. Par exemple entre tous les lieux de notre présence. Quel style d’aide mutuelle instaurer ? Quel style de vie et de mission mener dans chaque pays pour respecter les particularités locales sans pourtant se fermer à l’internationalité. Il y a en même temps besoin de plus de solidarité et de plus développer les caractéristiques locales.
  • Comment mieux répondre aux défis sans cesse croissants de la pauvreté, de la violence, des conflits locaux ou nationaux, des injustices …
  • Comment répondre aux crises internes à l’Eglise elle-même. Comment aider à leur solution.
  • Comment être présent dans les domaines nouveaux de la technique, de la communication, …

Nous avons besoin de faire mieux dans tous ces domaines.

Et, progressivement, sans doute trop lentement, ils occupent plus de place dans nos activités. .

Nous voulons y répondre d’une manière mariale, convaincu que Marie a su, dans sa faiblesse, aider à susciter des réponses neuves. Elle est aussi un témoin – mais aussi la collaboratrice – de l’action transformatrice de Dieu au cœur du monde, c’est ce qu’elle proclame par le Magnificat.

Selon quels moyens ? – Tous et tout concourent à l’évangélisation

Depuis les origines, toutes les œuvres marianistes sont animées selon trois axes : l’axe spirituel, l’axe intellectuel (culturel ou éducatif) et l’axe économique (qui comprend aussi toute la dimension de la justice sociale). Dans nos structures d’animation, il y a un responsable pour chacun de ces trois axes, avec la conviction que tous trois concourent à l’évangélisation.

Cela nous aide à ne pas oublier que l’évangélisation bénéficie de la variété des personnes qui y travaillent, variété de formation, de vocation, d’état de vie, de milieu…

La conception du Père Chaminade est inclusive et se veut universelle. Dans les faits elle est bien sûr limitée à ce qui est possible avec nos forces humaines !

On peut retenir de lui que tous les domaines (spirituels, intellectuels et économiques ou matériels) et toutes les personnes servent à l’évangélisation.[42] Ce que nous exprimons aujourd’hui par l’idée d’inclusivité.

Comment ? – Avec et comme Marie

Dans la vie et l’action quotidienne, les marianistes restent relativement discrets sur Marie ; elle l’a elle-même été. Mais c’est pourtant sa présence et son action qui sous-tendent tout ce que nous vivons ou faisons. Nous croyons à l’actualité de la relation particulière que nous nouons avec elle, c’est pour cela que nous voulons la partager autour de nous. Nous croyons à l’importance de cette figure féminine dans notre foi et dans l’Eglise pour nous centrer sur le Christ par l’action de l’Esprit. Elle ne s’est jamais détachée de notre humanité et a collaboré humainement à l’œuvre de Dieu pour nous. Nous croyons qu’elle continue à le faire de la même façon pour chaque être humain et nous voulons l’assister dans sa tâche, nous laissant nous aussi guider par l’Esprit. Nous sommes stimulés par son exemple de croyante, humble, discrète, courageuse et efficace. Elle nous invite à la créativité dans la collaboration homme-femme à l’intérieur de l’Eglise.

C’est donc avec l’esprit de Marie et à sa manière que nous voulons travailler à l’évangélisation aujourd’hui, dans les traces du Père Chaminade et de ses associés et collaborateurs.

Que le Père Chaminade qui a été un homme extrêmement créatif, jusque dans les dernières années de sa vie pourtant difficiles nous inspire et nous aide à répondre aujourd’hui encore pour notre monde.

Index

[1] D’après J. Verrier, La Congrégation, p. 151-152. Voir aussi l’intéressante description “Une séance du soir à la Congrégation de la Madeleine”, d’après un Dialogue de M. Larrieu (1826), in : EF III, § I. 213, pp. 243-247.
[2] Il semble que ce soit au 32 de l’actuelle rue Berthe Bonaventure (alors rue Froide).
[3] Dans sa paroisse d’alors, l’église Saint Silain, détruite après la Révolution
[4] Collège fondé en 1744 par trois prêtres du diocèse de Périgueux.
[5] ‘Règles pour l’éducation de la jeunesse’ in : “Les Règles de la Congrégation de Saint-Charles de Mussidan”, in : L’Apôtre de Marie, 22° année, n° 234, mars 1931, p. 373.
[6] Ibid.
[7] Un de ses disciples écrit de lui en 1830 : “Monsieur Chaminade n’est pas seulement un saint homme, mais un savant…”Lettre de J.-B. Lalanne, Bordeaux, 4 octobre 1833, à J. Chevaux, Saint Remy (Haute Saône), AGMAR B 25,1, 20)
[8] Le P. Chaminade lui voue un attachement personnel tout spécial révélé par deux méditations écrites qu’il lui
consacre parmi les rares notes que nous conservons de lui de cette période Cf. Ecrit et Paroles, I-4 & 5.
[9] ‘Règles pour l’éducation de la jeunesse’, op. cit., p. 373.
[10] C’est désormais à la saint Joseph que l’on fêtera son saint patron et il signera le plus souvent ses lettres G.-Joseph Chaminade.
[11] Autre fait étonnant, au Collège a été présent un élève brillant et extraordinairement fervent : Bernard Daries. Il a été le grand diffuseur d’un projet de restauration de la Compagnie de Jésus sous la forme d’une Société de Marie. Ses idées ont été connues de plusieurs fondateurs du début 19° et il a été en contact avec le frère aîné du P. Chaminade, Louis-Xavier, depuis toujours le plus proche confident de Guillaume-Joseph. Mais qui a influencé qui ? Les conjonctures les plus diverses planent sur cette question.
[12] La brièveté de cet exposé n’a pas permis de mettre en valeur l’influence personnelle qu’a exercée Jean-Baptiste, l’aîné de la famille, sur le jeune Guillaume. Il lui fait sans doute connaître certains aspects de la pensée jésuite puisque Jean-Baptiste a été membre de la Compagnie de Jésus avant sa suppression. Cette suppression atteint Pau, où se trouve alors Jean-Baptiste, en avril 1763. Jean-Baptiste meurt en janvier 1790.
[13] Pour ne parler que de ce qui touche directement l’intéressé, le 13 février 1790 sont supprimés tous les ordres religieux d’hommes et de femmes ; le 12 juillet est votée la constitution civile du clergé, promulguée le 24 août. En réplique à la protestation des évêques est exigé un serment de fidélité à la constitution de la part de tous les ecclésiastiques et des enseignants exerçant une fonction publique, faute de quoi ils seraient déclarés démissionnaires. Le décret est signé par Louis XVI le 26 décembre pour les ecclésiastiques, le 15 avril 1791 pour les enseignants.
[14] D’autres professeurs et directeurs les remplacent, mais ils restent pour l’instant sur place, dans l’attente de voir s’ils vont être indemnisés des frais qu’ils ont engagés dans l’établissement sur fonds propres. Les biens ecclésiastiques ont été mis à disposition de la nation par décision de l’Assemblée nationale du 2 novembre 1789, mais l’application s’en fait progressivement par décrets particuliers. A Mussidan, cette application n’a pas encore eu lieu à cette date. Cf. Jalons, 2° ed., p. 181
[15] Dans le quartier saint Michel, rue Abadie, au numéro 8 puis dans une autre propriété qu’il achète en banlieue, chemin du Tondu et où il installera ses parents.
[16] A Bordeaux, le 15 juillet 1792 sont massacrés deux figures admirées du clergé bordelais, les pères Dupuy et Langoiran, vicaire général du diocèse. La persécution s’étend comme une trainée de poudre et beaucoup de prêtres commencent à émigrer (plus de 260 passeports sont délivrés à des prêtres entre le 16 et le 31 juillet !). Jalons I, ch. 8, 2° ed, p. 249.

[17] http://causa.sanctorum.free.fr/revolution_francaise_07.htm, consulté le 22 décembre 2010.
[18] On peut mentionner, pour être plus complet, qu’au cours de l’année 1795 il y a tout de même une accalmie, de mai à novembre, pendant laquelle le P. Chaminade est chargé de réconcilier les prêtres jureurs.
[19] Son frère Louis-Xavier, déjà en Espagne, viendra l’y retrouver également
[20] Nous en avons pour preuve l’édition d’une série de Manuels des missionnaires qui leur étaient destinés et offraient des pistes pour l’œuvre future ; il est intéressant de noter que le P. Chaminade possédait plusieurs de ces manuels dans sa bibliothèque. En particulier : COSTE Jean-Noël, Curé de Haute-Fage, Diocèse de Tulle, et nommé par le St. Siège Administrateur du même diocèse, Manuel des missionnaires ou Essai sur la conduite que peuvent se proposer de tenir les Prêtres appelés à travailler au rétablissement de la Religion Catholique en France, Rome, 1801, 502p.

[21] Ainsi le mariage d’au moins cinquante prêtres et beaucoup de situations de compromission. Cf. GUILLEMAIN B., Le diocèse de Bordeaux, Paris, Beauchesne, 1974, p. 174.
[22] Lettres IV, n° 1076, au Pape Grégoire XVI, 16 septembre 1838.
[23] Ibid.
[24] “Nova bella elegit Dominus”, selon la version de la Vulgate, en Jg 5, 8.
[25] “Instruction pour les chefs de division”, EP I-43,32-33.
[26] Litt. : “éclater”.
[27] “Instruction pour les chefs de division”, EP I-43,34…36
[28] Ainsi, il présente la “Congrégation” (le mouvement des laïcs) comme une “société de chrétiens fervents […] qui, pour imiter les chrétiens de la primitive Eglise, tendent par leurs réunions fréquentes à n’avoir tous qu’un cœur et qu’une âme [Cf. Ac 4, 32] et ne former qu’une même famille” “Des congrégations sous le titre de l’Immaculée Conception de Marie, Mère de Dieu”, EP I – 58,1.
[29] “Nous avons déclaré que l’accroissement et la perfection de la Congrégation de la jeunesse, … devenait dès ce moment l’œuvre de notre cœur”: EP I – 15.1
[30] A partir de 1804, la congrégation des laïcs se réunit à la chapelle de La Madeleine que l’archevêque de Bordeaux, Mgr d’Aviau, a mise à la disposition du Père Chaminade pour cela. Le succès n’en sera que plus grand.
A certains curés, inquiets du succès de l’œuvre, le P. Chaminade répond en faisant allusion à l’expérience passée des congrégations jésuites, “qu’à mesure que les congrégations prospéraient, ils voyaient augmenter le nombre de leur vrais paroissiens, la piété se ranimer dans les familles et reparaître dans les temples” : “Réponses aux difficultés qu’on fait ordinairement contre les Congrégations établies sur le plan de celle de Bordeaux, sur la forme nouvelle qu’on leur a donnée, et sur les rapports qu’elles ont avec les paroisses”, 1824, EP I – 154 [12].
[31] Ibid, [9]
[32] 1813 (en juillet ou août) est le moment de l’Affiliation officielle de la “Petite Société” d’Adèle à la Congrégation des jeunes filles de Bordeaux. Adèle a eu connaissance de l’œuvre du P. Chaminade durant l’été 1808.
[33] Le premier témoignage en est la lettre du 30 août 1814 qu’il adresse à Adèle (Lettres I – 51).
[34] Lettres I, 52, Bordeaux, 8 octobre 1814, à Mlle de Trenquelléon.
[35] Lettres I, 57, Bordeaux, 3 octobre 1815, à Mlle de Trenquelléon.
[36] Jean-Baptiste Lalanne, un jeune étudiant bordelais, se présente au Père Chaminade, à la suite d’une mission prêchée à Bordeaux. Il désire vivre une vie et une mission semblables à celle du Père Chaminade et il va appeler d’autres à le rejoindre.
Celui qui dirige cette mission n’est autre que le Père Jean-Baptiste Rauzan (1757-1847), avec les Missionnaires de France dont il est le fondateur. Ce Père Rauzan a fait partie, à ses débuts, de la congrégation de l’Immaculée, dans la section des prêtres.

[37] « On posa en principe :
1° qu’il s’agissait d’un véritable corps religieux, dans toute la ferveur des temps primitifs ;
2° que ce corps serait mixte, c’est-à-dire composé de prêtres et de laïcs ;
3° qu’il aurait pour œuvre principale l’éducation de la jeunesse de la classe moyenne, les missions, les retraites, l’établissement et la direction des congrégations ;
4° qu’il ne se montrerait pas d’abord à découvert mais qu’on userait des précautions qu’exigeraient les circonstances ;
5° surtout qu’il serait sous la protection et comme la propriété de la Sainte Vierge »…Joseph VERRIER sm Jalons d’histoire sur la route de Guillaume-Joseph CHAMINADE, Maison Chaminade – Bordeaux 2007, p. 242.

[38] Il s’agit de Jean-Baptiste Estebenet, ancien responsable de la Congrégation des jeunes. La pension se situe à la rue des Menuts ; la communauté installe son deuxième logement juste à côté.
[39] D’autres congrégations religieuses ont eu comme fondateurs des membres des groupes laïcs du Père Chaminade ; celles-ci s’en sont détachées, y compris celle de la Miséricorde dont le Père Chaminade reste pourtant le supérieur ecclésiastique : telle était leur destinée. Il n’en était pas de même pour
[40] Constitutions de la Société de Marie, 1839, article 5.
[41] Tout ceci est bien la mise en œuvre des intuitions du Père Chaminade : (3 & 5)
[42] J’ai fait référence à la seconde intuition missionnaire du Père Chaminade.

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