Bicentenaire de la naissance d’Adèle de Batz de Trenquelléon

Célébration du Bicentenaire de la naissance d’Adèle de Batz de Trenquelléon

Le 10 Juin 1989 à la Cathédrale d’Agen – Homélie de Monseigneur Saint-Gaudens

Les membres de la Famille Marianiste, qui ont préparé cette célébration, nous ont proposé d’écouter l’Evangile qui vient de nous être lu : ce sont les dernières paroles de Jésus à ses disciples. C’est donc à la lumière de ces paroles de Jésus que je voudrais renouveler avec vous l’intelligence du message que Dieu a voulu donner à son Eglise par la vie, les écrits et l’œuvre de Mère Adèle de Batz de Trenquelléon.

C’est à l’école de la Vierge Marie qu’elle nous invite, comme elle, à accueillir l’Evangile du Christ Jésus dans toute notre vie :

« Tout pouvoir m’a été donné au Ciel et sur la terre. »

C’est à l’école de la Vierge Marie, qu’elle nous invite à accueillir, comme elle, tout l’Evangile :

« Apprenez-leur tout ce que je vous ai enseigné. »

C’est à l’école de la Vierge Marie, qu’elle nous invite, comme elle, à prendre notre part dans la mission de l’Eglise, pour que l’Evangile soit annoncé à tous les hommes :

« De tous les peuples faites des disciples. »

C’est à l’école de la Vierge Marie, qu’elle nous invite à vivre nous-mêmes l’Evangile aujourd’hui et à le proposer aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui :

« Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Reprenons ces quelques consignes du Seigneur si merveilleusement vécues par Mère Adèle de Batz de Trenquelléon.

– L’Evangile propose par le Christ Jésus, dans toute notre vie, sans en excepter aucun secteur, aucun domaine.

C’est dans la contemplation de la Vierge Marie qu’Adèle de Batz de Trenquelléon a reçu cette grâce, la grâce de ne laisser aucun secteur de sa vie comme à l’écart de la lumière de l’Evangile et de l’accueil de l’Evangile. Je laisse la parole à notre sœur.

« Votre impuissance sera le siège de la toute puissance du Seigneur. Il regardera votre bassesse et fera son œuvre en vous et par vous. Alors aimons Dieu et rien ne nous coûtera ; l’amour rend tout aisé, tout facile. » et encore :

« Menons une vie commune en apparence, mais surnaturelle par les motifs dont nous tâcherons d’animer toutes nos actions. Alors les moindres deviendront méritoires. Faisons tout pour Dieu et alors tout sera prière : mangeons, parlons, travaillons, souffrons pour Dieu. »

« Seigneur, je vous offre tout ce que je suis. Notre cœur n’est fait que pour Dieu. Ô mon Dieu, prenez mon cœur, prenez-le, gardez-le. »

« Qu’il règne seul dans notre cœur. Qu’il en soumette toutes les affections et tous les mouvements. Tout lui appartient, c’est Lui qui nous a créés, rendons-lui donc ce qui est à Lui. Aimons-Le en tout temps et dans toutes les situations : quand il nous console et quand il nous afflige, dans l’abondance et dans la pauvreté, dans la solitude et dans les compagnies. »

On n’en finirait pas de citer de pareilles paroles, fortes, de Mère Adèle de Batz de Trenquelléon. Pensons à la difficulté que nous avons nous-mêmes à accueillir ainsi l’Evangile, sans réserve, dans tout ce qui fait notre vie. L’Evangile dans toute la vie ! Sans nous laisser arrêter par la pensée de nos défaillances, de nos faiblesses, de nos limites. Elle en avait une claire conscience, et elle dit : « Le vrai humble se supporte avec ses misères, il ne se décourage pas de sa faiblesse, il n’est pas étonné mais il espère tout du secours de Dieu. Ne cessons de demander la grâce, avec une ferme confiance en Celui qui a tout entre ses mains et qui répand ses dons sur les plus humbles. »

Je fais ici une parenthèse : vous avez peut-être remarqué, en écoutant les paroles que je viens de citer, l’insistance sur « tout » : nous pouvons faire la même remarque dans les enseignements du Seigneur. J’ai parcouru les écrits de Mère Adèle. Ce serait une étude fort intéressante à faire que de noter tous les : tout – tous – toujours – tous les jours, qu’elle accumule. C’est un des traits caractéristiques de son message : elle nous appelle ainsi à une conversion qui nous entraîne toujours plus loin à la suite du Christ Jésus, à l’école de la Vierge Marie. Ce qu’elle a proposé aux membres de sa famille spirituelle et ce qu’elle propose à nous tous en nous invitant à nous consacrer totalement à la Vierge Marie.

Nous consacrant à la Vierge Marie, nous sommes par là sur la route pour nous consacrer à la manière qui soit au Christ Jésus, sans rien garder pour nous.

L’Evangile dans toute notre vie… Tout l’Evangile dans toute notre vie.

Contre la tentation de choisir dans l’Evangile ce qui nous convient et ce qui ne nous dérange pas. Ici, encore, la contemplation de la Vierge Marie a aidé Mère Adèle à vivre elle-même cet accueil intégral de l’Evangile et à nous le proposer. Pensons à la parole de la Vierge Marie le jour des noces de Cana. « Faites tout ce qu’il vous dira. » Tout ce qu’il vous dira ! Ne choisissez pas. Voici encore quelques paroles de Mère Adèle :

Aimons à répéter cette belle parole de Marie : « Je suis la servante du Seigneur. » Soyons vraiment des servantes prêtes à accomplir toutes les volontés de notre Maître. »

Mère Adèle qui a vécu intensément cet accueil de tout l’Evangile l’a puisé dans la contemplation des mystères de la Vierge Marie, à la manière de Saint François, à la manière de Sain Ignace. Elle demande aux premiers membres de sa famille spirituelle de consacrer beaucoup de temps à la contemplation des mystères de la Vierge Marie.

« Ayons une grande dévotion à Marie. Appelez-la souvent. »

En particulier, elle propose, tous les samedis du carême, un quart d’heure « à la regarder et à la prier de nous regarder. »

La regarder ! Comme ce message de Mère Adèle est proche, dans la même inspiration mariale, du message de Sainte Jeanne de France qui dit, – comme Mère Adèle aurait pu le dire à ses filles marianistes- :

« Si vous n’aviez comme Règle de vie que l’Evangile et ce que dit l’Evangile de la Vierge Marie, cela vous suffit. »

C’est dans la contemplation de la Vierge Marie « servante du Seigneur » que Mère Adèle a puisé cet appel à accueillir tout l’Evangile dans l’attitude de servante.

Tout l’Evangile dans toute notre vie, proposé à tous les hommes.

Mère Adèle a eu la grâce de regarder Marie comme Mère de Jésus et notre Mère. Mère de tous les hommes, sans en excepter aucun. Ici nous pensons à nos tentations de priorité ou même d’exclusion, sinon dans nos paroles, du moins dans nos attitudes. Dans le monde et dans notre pays, nous connaissons la difficulté considérable de vivre ensemble, membres de la famille humaine si bigarrée : peuples d’origines et d’histoires si différentes, marqués par des cultures et des religions si diverses. Devant cette situation se présente à nous la tentation de nous replier sur nous-mêmes, au lieu d’ouvrir nos cœurs aux dimensions du cœur de la Vierge marie et du cœur de Jésus qui ne font aucune distinction entre les divers membres de la famille humaine.

Ecoutons Mère Adèle

« Imitons la charité de notre divine Mère, et, à son exemple, rendons, de bonne grâce, à tous nos frères, les services qui seront en notre pouvoir pour le corps et pour l’âme. Nous devons être de petits apôtres, mais commençons par nous surtout, l’exemple est la meilleur prédication. Vous savez que les apôtres, au sortir du Cénacle, furent des hommes tout changés : ils s’en allèrent prêcher et convertir toutes les nation. Pour nous, tâchons, par nos exemples, nos conseils, donner à propos, de contribuer au salut des âmes. »

– Enfin, tout l’Evangile dans toute notre vie, proposé à tous les hommes, tous les jours, dans l’aujourd’hui de Dieu.

C’est en particulier dans la contemplation de la maternité de la Vierge Marie que Mère Adèle, qui a connu la tourmente révolutionnaire et les années de désordre qui ont suivi, c’est dans la contemplation de la maternité de la Vierge Marie qu’elle a compris, qu’il s’agissait, non pas de rêver au passé, mais de vivre l’Evangile et la mission dans l’aujourd’hui de Dieu :

« Nous sommes à elle – dit-elle – il faut donc avoir pour elle un cœur d’enfant, recourir souvent à elle avec la confiance qu’inspire la plus tendre des mères. Ne cessons de remercier Dieu de tous les bienfaits dont il nous comble journellement aujourd’hui et rendons-lui de grandes actions de grâce car il nous tient par la main d’une manière toute particulière. »

Et à partir de la contemplation de la Croix auprès de la Vierge :

« Le bon Dieu a ses desseins en tout et croyez qu’il sait tirer profit de tout, même du péché ; Dieu, dans son immense amour, au cœur de nos vies, le tourne à notre bien.

C’est après les grands choix qu’arrivent les grandes grâces. Jetons-nous dans les bras de Dieu. Ô mon Dieu, que je ne me sépare jamais de vous. Oh ! Qui pourra me séparer de l’amour de Jésus Christ, seraient-ce les maladies, les souffrances, la mort ? Non, rien ne nous séparera de son amour. Dieu nous comble chaque jour de nouveaux bienfaits, réveillons donc tous les jours le feu de notre amour. »

Sans faire de commentaire, nous voyons à l’évidence l’actualité du message de Mère Adèle de Batz de Trenquelléon. C’était une autre époque, mais une époque bien troublée aussi et qui a connu tant et tant de tragédies sur notre terre de France.

En écoutant ces paroles, chacun de nous n’a pas eu de peine, certainement, à les accueillir au cœur de sa vie aujourd’hui.

Comme Mère Adèle nous aide, avec la grâce de Dieu et l’action maternelle de la Vierge Marie, à repousser loin de nous la tentation qui nous guette de vivre l’Evangile dans certains secteurs de notre vie au lieu d’accueillir l’Evangile, quoi qu’il nous en coûte, dans toute notre vie ; la tentation de choisir dans l’Evangile au lieu d’accueillir tout ce que Jésus nous dit, comme la Vierge Marie ; la tentation, dans les faits, de nous trouver à l’aise entre ceux qui sont marqués déjà par le message de l’Evangile et d’avoir peur – reconnaissons-le – de tout ce que Dieu attend de nous pour que l’Evangile soit, par nous, membre de son Eglise, proposé à toutes les nations sans en excepter aucune ; et enfin la tentation – parce que les temps que nous vivons sont certainement très difficiles et qu’ils vont le demeurer – la tentation de nous réfugier dans le passé au lieu de vivre l’aujourd’hui de Dieu comme le Pape Jean-Paul II ne cesse de nous le rappeler :

« Les temps les meilleurs – a-t-il eu l’audace de dire –, sont les temps que nous vivons » car c’est aujourd’hui que Dieu nous appelle à la mission.

Accueillons l’Evangile aujourd’hui au cœur de nos vies, comme Mère Adèle a si bien su le faire et comme elle nous invite à le vivre avec elle. Car la grâce de la famille marianiste que je viens, avec vous, de me rappeler, doit être la grâce de toute l’Eglise et de chacun d’entre nous.

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